Chroniques de l’Abécédaire, ép. 4, 1ère partie : Transfert à l’œil de l’étrange comtesse américaine, de la banlieue de Kromer vers New York, au secours de flashes de viande morte après la bataille.

Publié le par Le Marquis

Allo, Ulla ?

Le visionnage suit son cours, avec ses hauts et ses bas. Parfois très hauts, avec la découverte d’un superbe film de maison hantée dont l’auteur, Dan Curtis, nous a quittés deux jours après celui où je me suis plongé dans son excellent TRAUMA. Parfois très bas avec le téléfilm assommant qui ouvre cette sélection, et je me demande encore comment j’ai pu tenir jusqu’au bout – quelle endurance… Avec surtout la même curiosité qui m’amène à ne pas me cantonner aux dernières sorties, et à aller déterrer, pour le meilleur et pour le pire, des titres issus de périodes et de pays variés, avec parfois quelques découvertes ayant de quoi laisser perplexe : l’occasion pour moi d’apprendre que pour être loup-garou, on n’en est pas moins gay, ou que la rencontre avec un œil géant peut mener à tout, y compris au viol par nerf optique interposé, ce qui pourrait constituer par l’absurde un aboutissement littéral et copieusement vulgaire de la thématique du VOYEUR ou de FENÊTRE SUR COUR ! Bref, plus d’une trentaine d’heures d’ennui, d’exaltation, de rire, de peur, d’indifférence, de colère, de coups de foudre… Un bol alimentaire que je me fais un plaisir de régurgiter sur le moniteur de votre PC – ou de votre Mac, je ne suis pas sectaire, et je n’ai rien contre les filles de joie. Bonne lecture !
 
A comme… AMERICAN MURDER, d’Anson Williams (USA, 1992)
“Entrez dans un monde de sexe et de meurtre : la Fac!”, clame la jaquette de cet inédit qui a très bien fait de le rester – dans mon souvenir, la Fac est plutôt un monde de partiels et de soirées bière, mais je suis sûrement passé à côté de quelque chose… Et la jaquette d’ajouter traîtreusement : « Un thriller cruel sur lequel plane l’ombre du grand Dario Argento », allégation qui doit certainement lui faire très plaisir au vu de l’incommensurable médiocrité de ce petit film idiot qui a encore les deux pieds dans les années 80 et se rengorge de la présence au générique, respectivement mais pas très respectablement, de Christopher Walken et de Joanna Cassidy. Une histoire toute bête de jeune étudiant rebelle, soupçonné d’une série de meurtres sur le campus, qui va devoir prouver son innocence dans un mélange insipide de polar et de slasher, avec révélation « à la Scooby-Doo » en dernière ligne droite – mon dieu, l’assassin c’était toi ???
Faut-il supporter la longueur de ce machin pénible juste pour admirer Walken en roue libre dans un rôle crétin, un fringuant inspecteur de police qui chante « Feelings » au haut-parleur pour régler une histoire de prise d’otages et joue au basket-ball dans le commissariat pour mieux se concentrer sur l’évolution de son enquête ? Quant à Joanna Cassidy, la pauvre, elle a à peine le temps de se pavaner dans le rôle de la femme infidèle et amère du proviseur (avec cette réplique qui sort du lot : « mon mari n’est pas plus spirituel qu’un blockhaus du mur de l’Atlantique ») avant de périr, étranglée par un petit serpent d’une espèce pas du tout constrictor pourtant. Et ne parlons même pas du jeune héros, Charlie Schlatter, mauvais comme un cochon, et insupportable de A à Z – mais je vous rassure tout de suite, il ne joue heureusement pas dans tous les films de cet abécédaire !
L’ennui est surpris lorsque je jette un œil sur le compteur pour vérifier l’avancée d’un film devant lequel je m’ennuie à mourir, et que je constate, stupéfait, que trois quarts d’heure se sont déjà écoulés, ce qui me paraît impossible : ai-je dormi ? Je ne crois pas… Est-ce qu’un bug a fait sauter une demi-heure du film sans que je m’en aperçoive ? Mmmm… Ne vérifions pas ! Et soulignons juste que si un cinéaste est remercié au générique, il ne s’agit pourtant pas de Dario, mais bien de Wallace Potts, réalisateur de PSYCHOCOP : tout s’explique, les grands esprits se rencontrent. En tout cas, la bonne nouvelle, mais je ne le savais pas encore, c’est que je m’étais d’emblée débarrassé du pire film de la sélection !
 
B comme… LES BANLIEUSARDS, de Joe Dante (USA, 1989)
Bide spectaculaire en salles à sa sortie, deux ans après celui, tout aussi injuste, du très bon L’AVENTURE INTÉRIEURE, LES BANLIEUSARDS n’a connu qu’une diffusion très discrète en France (est-il seulement sorti en salles, je n’en suis même pas sûr), et reste l’un des films les plus méconnus de la carrière de Joe Dante. C’est particulièrement regrettable, et il faut savoir profiter de l’édition DVD du film pour réparer cette lacune et redécouvrir ce film étrange, qui raconte sur un ton de farce teinté d’épouvante (parodique) la plongée dans la paranoïa d’un quartier de banlieue américain lorsque s’installent, avec leur molosse dénommé Landru, de nouveaux arrivants étrangers, invisibles et mystérieux.
Dès la formidable séquence d’ouverture, Joe Dante impose son style très personnel via une mise en scène cartoonesque : personnages très typés (Tom Hanks, Bruce Dern, Carrie Fisher), musique totalement illustrative, effets et cadrages hérités du dessin animé – un style affirmé et persistant chez Joe Dante, comme on peut le constater à la vision de son sketch pour LA QUATRIÈME DIMENSION, son très beau EXPLORERS (malgré le remontage castrateur du producteur) ou, évidemment, son plus inégal LES LOONEY TOONS PASSENT À L’ACTION. Une réalisation également truffée de références : au fantastique – avec ici des allusions directes à L’EXORCISTE, MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE II ou même au (trop) méconnu LA SENTINELLE DES MAUDITS – mais aussi à Tex Avery et à Chuck Jones, en passant par un remake de IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST avec gros plan tendu sur les yeux d’un caniche. Un registre de farce que le cinéaste pousse dans ses derniers retranchements, tout en préservant miraculeusement une véritable finesse du propos, et des instants de grande beauté.
Et c’est ici tout l’inverse d’AMERICAN MURDER : on est emporté par le récit en moins de cinq minutes. C’est une peinture assez caustique, mais dénuée de méchanceté, de l’american way of life, qui pourrait faire un assez beau double programme avec le film de Tim Burton, EDWARD AUX MAINS D’ARGENT : la peur de l’inconnu contamine peu à peu les personnages, les rumeurs enflent, et les adultes retombent petit à petit en enfance dans une forme d’hystérie collective rationalisée par des réflexes infantiles et des entreprises d’investigation aux conséquences de plus en plus désastreuses. Comme souvent avant et après ce film, Joe Dante est lancé dans un numéro d’équilibriste, toujours sur le point de sombrer dans le délire stérile ou dans la démonstration, mais sans jamais y sombrer : son film s’achève sur une fausse conclusion qui semble enfoncer des portes ouvertes (les monstres, c’est nous), avant, en toute dernière instance, d’appuyer sur le champignon comme un sale gosse en poussant la logique de cette belle vérité à son extrêmité : eux, c’est nous, ce sont donc des monstres. C’est le proverbe « pas de fumée sans feu » énoncé par un pyromane, en somme. Profondément réjouissant.
 
C comme… LA COMTESSE NOIRE, de Jess Franco (France/Belgique, 1973)
Rarement un film m’a paru à ce point défini et « contenu » par son plan d’ouverture. Superbe paysage d’une forêt noyée dans les brumes. Plan fixe. Au loin s’approche Lina Romay, vêtue simplement d’une cape noire et d’une ceinture tombant sur ses hanches. Pas de plan de coupe, il faut attendre que l’actrice, inexpressive et comme plongée dans une transe, s’approche jusqu’à être cadrée en plan moyen. La caméra zoome sur son regard, puis descend en détaillant sa nudité dans un érotisme froid assez peu engageant, s’arrêtant sur son sexe avant de remonter jusqu’à son regard. Zoom arrière. L’actrice, le regard perdu au loin, reprend sa marche jusqu’à obturer le regard caméra – au point d’ailleurs de se cogner le menton à l’objectif, effet comique garanti mais qui laisse tout de même perplexe : c’est le plan d’introduction du film, pourquoi laisser dans le montage une telle maladresse, la mettre à ce point en exergue ? Jess Franco est-il un esthète ou un tâcheron ?
La suite de sa carrière, ou du moins le peu qu’il m’a été donné de voir (L’ABÎME DES MORTS-VIVANTS, LES PRÉDATEURS DE LA NUIT – son remake bis des YEUX SANS VISAGE, MONDO CANNIBALE…) m’amènerait plutôt à prendre en considération la seconde option, malgré un film un peu plus consistant, UNE VIERGE CHEZ LES MORTS-VIVANTS, inégal mais comportant quelques très beaux passages et une ou deux idées splendides. LA COMTESSE NOIRE est un peu de la même veine, et bien qu’il ne soit pas très réussi, on doit lui reconnaître une vraie tentative de poésie fantastique, certes parasitée par certains versants plus Z d’un film qui a d’ailleurs connu un très grand nombre de montages différents, allégeant ou renforçant les aspects fantastiques et/ou érotiques – il existerait même des versions pornographiques du film. Et attention : chaque montage a eu droit à son titre personnalisé, de l’officiel LES AVALEUSES à des titres plus cocasses encore comme LA COMTESSE AUX SEINS NUS, EROTIC KILL, FEMALE VAMPIRE ou mon préféré, JACULA ! La version éditée en DVD en France présente une assez belle copie du film, semble-t-il dans la version la plus proche des intentions initiales de Jess Franco.
Et le récit se dandine cahin-caha, alternant qualités (beau cinémascope) et défauts (musique érotique mielleuse montée quasiment en boucle). Lina Romay, actrice fétiche de Jess Franco (JUSTINE) dans l’un de ses premiers grands rôles, interprète la Comtesse Karlstein, descendante muette d’une lignée de vampires sexuels qui ont la particularité de ne pas boire le sang de leurs victimes, mais leur « fluide sexuel » - le sang ajouté sur l’affiche du film aux commissures des lèvres de la Comtesse est donc totalement hors de propos. Le thème développé est assez séduisant : cette avaleuse de Comtesse donne son « pied de la lettre » à l’expression de « petite mort », se nourrissant littéralement du plaisir qu’elle procure à ses proies ; mais quel plaisir sensuel en tire-t-elle ? Car bien que le film soit très érotique, il se fonde surtout sur l’idée de la frustration, exprimée par la vampire muette via une voix-off lancinante et plaintive (souvent en vision subjective depuis l’intérieur d’une voiture de luxe, avec un oiseau de métal sur le capot, battant des ailes et évoquant – très belle idée – l’envolée souvent suggérée). La Comtesse souffre de cette frustration, qu’elle tente de compenser dans des séquences masturbatoires sur pied de lit ou traversin, mais qu’elle cultive paradoxalement chez certaines de ses victimes en les envoûtant, en les amenant au sommet de l’excitation sexuelle avant de disparaître, les laissant désespérés.
Ce sont là les éléments les plus intéressants de ce film curieux et inégal, qui souffre par ailleurs d’une mise en scène bancale (cadrages et flous artistiques ne rendent pas toujours des résultats très probants) et de séquences de pur remplissage : que de femmes lascives se pâmant sur des lits rococo (des sangsues alitées ?), dans des scènes visuellement pauvres et répétitives ; mais aussi toutes ces séquences longues et sans intérêt faisant intervenir un chasseur de vampires (Jess Franco en personne, très mauvais) et un Dr Orloff bizarrement interprété (dans tous les sens du terme !) par l’étrange Jean-Pierre Bouyxou. Autant d’aspects qui déséquilibrent cette COMTESSE NOIRE balançant entre élégance et vulgarité, poésie et prosaïsme bis pur jus, dans un ensemble attachant, mais sans doute moins cohérent que ce qu’on peut trouver dans l’œuvre de Jean Rollin (lequel n’ayant hélas jamais disposé d’un tel luxe de moyens, si relatifs soient-ils) d’autant plus que le film se conclut sur une séquence finale expéditive et peu convaincante qui nous abandonne sur un vif sentiment d’inachevé.
 
D comme… DEAD MEAT, de Conor McMahon (Irlande, 2004)
Là, Mr McMahon, nous n’allons pas être d’accord. Et pourtant, les conditions étaient bonnes (belle copie en VOST, ce que n’indique pas la jaquette – bien que les sous-titres soient à peu près absents dans le dernier quart d’heure), et j’avais vraiment envie de l’aimer, votre film de zombies irlandais, avec son sujet cocasse s’ouvrant sur de belles perspectives… À savoir une mutation radicale de la maladie de la vache folle, amenant le paisible ruminant à dévorer son maître (qui a donc été mangé par de la vache enragée), lequel devient alors un mort-vivant : et c’est parti pour une visite des campagnes irlandaises hantées par les cadavres anthropophages. Les séquences, trop rares, faisant intervenir les vaches tueuses sont d’ailleurs les meilleurs moments de ce film raté, en partie pour leur relative originalité (le fantastique a éclusé tout un bestiaire d’animaux mangeurs d’hommes, chiens et chats, loups, singes, lapins, escargots même, mais jamais des vaches !) et parce qu’elles sont un peu mieux réalisées que le reste (sans doute à cause du fait que l’impossibilité de trop en montrer a contraint le réalisateur a faire un peu de montage).
DEAD MEAT affiche une volonté ostentatoire de singer EVIL DEAD et BAD TASTE. Ben oui quoi, si ça a marché pour Sam Raimi et Peter Jackson, pourquoi pas nous ? Tout simplement parce qu’il faut encore savoir proposer une mise en scène probante, et aller chercher ses propres idées. Les incessantes fantaisies de cadrage de ce film tourné en DV (avec une texture à l’image pas toujours très gracieuse d’ailleurs) s’accordent très, très mal avec l’amateurisme du montage, qui ne parvient jamais à mettre en valeur les multiples tentatives d’excentricité et d’énergie – voir notamment ces gros plans gore jamais correctement insérés au montage. Malgré toute ma bonne volonté, DEAD MEAT échoue régulièrement à faire peur ou à faire rire, et passées les vingt premières minutes, la saturation s’installe durablement. Casting de trognes (mais acteurs nuls), musique déplorable, rythme empesé, effets grotesques détruits par la nullité de la réalisation, le film finit vite par puer la carte de visite opportuniste, le talent en moins, et s’achève sur un clin d’œil appuyé à George Romero (pour THE CRAZIES). À aucun moment le cinéaste ne tente de se démarquer de ses références, nous sommes face à une imitation, à une contrefaçon maladroite qui ne trouve pas sa personnalité propre et finit juste par devenir antipathique : si EVIL DEAD était une vraie réussite, BAD TASTE était pourtant nettement moins réussi, mais on y trouvait un ton original qui fait ici cruellement défaut. Bref, un long-métrage vain qui ressemble à tous ces courts-métrages imitant piètrement les idoles, mais sur 90 laborieuses minutes.
 
E comme… L'ÉTRANGE MONSIEUR PEPPINO, de Matteo Garrone (Italie, 2002)
Mr Peppino ne porte pas de sombrero. L’étrange Mr Peppino ne souhaite pas détourner la fête de Noël. C’est un nain taxidermiste solitaire, qui comble son isolement en organisant de ruineuses soirées auprès de filles qu’il paie pour leurs se(r)vices, et tente de couvrir ses dettes en acceptant à l’occasion de travailler pour la mafia en dissimulant de la drogue dans des cadavres avant leur convoi vers leur dernière demeure. Peppino fait la connaissance d’un jeune homme un peu paumé, à qui il propose de l’installer chez lui et de lui apprendre le métier. En toute amitié, bien sûr. Bien sûr… Mais quand son jeune protégé tombe amoureux d’une jeune femme (Elisabetta Rocchetti, assassinée à plusieurs reprises dans le cinéma de Dario Argento), Peppino ne le supporte pas et devient de plus en plus possessif, envahissant et manipulateur.
Ce qui est étrange, c’est surtout ce sujet bizarre construit autour d’un triangle amoureux assez surréaliste. Alléchant, surtout pour quelqu’un comme moi, car je l’avoue, je suis totalement fasciné par les acteurs de petite taille !!! Et la première partie du film s’avère très réussie. Petite précision, il ne s’agit absolument pas d’une comédie. Ouverture étrange donc, avec la rencontre de Peppino et du jeune homme dans un zoo, premiers échanges chaleureux sous le regard (en vision subjective) d’un marabout (l’oiseau, pas le riche docteur africain), dans une séquence intrigante qui évoque, par son atmosphère, le (superbe) film VACAS de Julio Medem. Mais on pense aussi à ZOO de Peter Greenaway, évidemment à cause de ses séquences construites autour d’animaux morts (dont un plan impressionnant montrant les deux hommes à l’œuvre sur le cadavre d’un imposant taureau), mais aussi du fait d’un très beau travail sur le cadre et la photographie, extrêmement esthétisant, froid et non dénué d’humour.
Hélas ! La suite, quoique toujours soignée et correctement mise en scène, ne s’avère pas à la hauteur, et la déception se juge un peu à l’aune des attentes que cette très belle introduction avait fait naître. Le film ne dépassera pas au final le stade de la simple curiosité. Comme s’il était pétrifié par la mise en place de cette histoire de nain homosexuel et empailleur, Garrone semble par la suite freiner des quatre fers et vouloir tirer un film amorçant des éléments passionnants vers un propos et un développement esthétique timides, qui compensent dès lors par une volonté de réalisme, de sérieux, de justesse psychologique. Bravo, c’est dans la poche, mais du coup, le film n’est plus qu’un polar soigné et mélodramatique, manquant cruellement de sensualité, n’osant pas poursuivre sur la voie (pourtant amorcée avec force) de l’abstraction, de la transgression. Peppino offre maladroitement une bague à son compagnon, congédie en douce les prostituées embauchées pour se retrouver seul avec lui, fond en larmes au beau milieu d’une conversation avec un proche lorsqu’il est quitté par le couple… Le cinéaste parvient à rendre ces moments assez émouvants et sait faire naître une certaine tension, épaulé par un casting solide, mais d’un autre côté, il n’exploite presque plus la taxidermie après la première partie et s’essouffle en choisissant la voie la plus sage, la plus convenue et la plus prévisible, celle du pathétique et du thriller psychologique bien tourné, mais banal. Quel dommage de livrer un film aussi quelconque avec un tel potentiel… Comprenez : c’est pas mal, mais ça aurait pu et dû être formidable.
 
F comme… FLASH GORDON, de Mike Hodges (Angleterre, 1980)
On surfe sur la vague post-STAR WARS et surtout post-SUPERMAN, avec cette production de Dino de Laurentiis dont les choix et orientations diverses ont souvent eu de quoi décontenancer (voir le remake 1976 de KING KONG ou pire, l’inénarrable KING KONG II). Au risque de provoquer de violentes convulsions de rage chez certains, j’avoue avoir pris infiniment plus de plaisir à revoir cette immense baudruche kitsch et bariolée qu’à revoir le SUPERMAN en question. Son rythme soutenu et sa profonde absurdité, ses effets spéciaux fantaisistes et ses dialogues délirants jouent très largement en sa faveur, pas seulement parce qu’il prête le flan à la moquerie, mais aussi et surtout parce que c’est un film d’aventures enlevé, agréable et souvent très drôle.
L’empereur Ming (Max Von Sydow, excellent) déclenche des averses de « grêle chaude » sur la Terre, sa fille (jouée par Ornella Muti) est menacée d’être torturée par de mystérieux « vers perforants » et promène un nain en laisse (mon dieu), et la foule acclame régulièrement : « Heil ! Ming Heil ! » (sagement traduit en VF par un timide « Ave Ming ! »). Mike Hodges, cinéaste inégal à la carrière remarquable d’incohérence (la comédie loufoque boiteuse LES DÉBILES DE L’ESPACE, l’étrange et assez beau BLACK RAINBOW), verse allègrement dans le kitsch assumé et la franche comédie, livrant un film un peu fou, sans doute un peu con aussi, mais savoureux comme le nanar honteusement friqué qu’il est, avec sa débauche de costumes, de décors, de figurants, son choix (d’un goût très sûr, assurément) du groupe Queen pour composer la BO très spectaculaire (et pas trop chantée heureusement), le tout au service d’un récit résolument simpliste, qui marche fièrement sur la cohérence et les modes de l’époque pour mieux faire progresser son intrigue, en dépit du bon sens mais avec une belle énergie : l’avion transportant Flash Gordon (Sam Jones, hélas un peu fade) et Dale Harden (Melody Anderson, sympathique actrice très typée années 80, vue dans l’étonnant RÉINCARNATIONS de Gary Sherman), touché par la grêle chaude, s’écrase, enfin, sa maquette s’écrase dans la demeure d’un savant, sans faire de bobo à personne, et nos héros ont à peine le temps de se recoiffer que le savant en question les oblige, sous la menace d’une arme, à monter dans sa fusée expérimentale, direction involontaire : la planète de Ming – mais dès que la fusée a décollé, le savant pose son arme et devient l’ami de Flash Gordon : et bien oui, il fallait bien les amener sur le lieu de l’action, c’est con mais c’est bon, fonce, fonce, on verra plus loin !
Et tout le film se déroule de cette façon, ce qui est à la fois fatigant et délicieux. Ce qui n’empêche pas le réalisateur de soigner sa mise en scène (avec quelques idées très belles et vraiment amusantes, comme cette très belle séquence de lavage de cerveau au montage particulièrement inventif, ou comme ce sablier retourné dont le sable remonte au lieu de tomber – et dans l’arrière-plan, un prisonnier cruellement crucifié la tête en haut ! Vous avez suivi ?) et d’opter pour des effets visuels parfois très surprenants, visuellement et sur le papier (voir un Ming rougeoyant et immense fondre à travers les nuages sur l’avion de Flash Gordon, avec un zoom bizarre à l’effet indéniablement surréaliste). Un indescriptible chaos parodique, qui, mine de rien, restitue assez justement l’atmosphère des vieux serials, mais qui n’aura à sa sortie pas vraiment rencontré le succès escompté : pas de suite donc, et le « The End… ? » de se voir alors répondre par un triste « ! ». Sympathique.
 
G comme… GALACTICA, LA BATAILLE DE L'ESPACE, de Richard Colla (USA, 1978)
Tant qu’à se vautrer dans la SF (déjà) rétro de cette époque révolue, autant embrayer dans la foulée avec ce space-opera télévisuel (pilote, distribué en salles en Europe, d’une série télévisée dont certains d’entre vous se souviennent peut-être : Appolo, Starbuck, Adama, Muffit, Boxey, ça vous dit quelque chose ?), en s’armant précautionneusement de patience et d’une bonne louche de nostalgie, car le métrage pèse tout de même deux bonnes heures, ce qui est un peu long. Le sujet est assez transparent (les survivants d’un peuple décimé par les félons Cylons – avec des massacres qui font rudement penser aux Stressos, avis aux amateurs – décident de tenter de rejoindre une très ancienne colonie perdue, et se mettent donc en quête de la planète Terre, ce qui va occuper bien des épisodes par la suite) et dissimule mal une exploitation du filon STAR WARS, dont le film constitue un peu une version pauvre, avec sa musique en forme de fanfare courant après celle de John Williams.
En réalité, pour aboutir à la durée d’un (trop) long-métrage, l’épisode pilote semble en cours de métrage succéder à un nouvel épisode prolongeant subitement l’action, ce qui n’est pas très bon pour la structure du film, scindé en deux parties distinctes, mais s’avère assez salvateur en relançant doucement un rythme qui commençait à se faire très, très pesant, avec d’interminables réunions du conseil et des amourettes sans intérêt dans l’équipe des pilotes. Et c’est parti donc pour la visite, sur la planète Carillon, d’un casino tenu par des extra-terrestres, les Ovions (la nuit est chaude ?), semble-t-il affables, mais qui sont bien trop moches pour n’être pas malfaisants et à la solde des Cylons (qui brillent toujours comme des boules de Noël, c’est très joli). Bon, dans l’ensemble, il faut bien l’avouer, tout ça a très mal vieilli, c’est soporifique au possible, et les aspects télévisuels se font cruellement voir (images utilisées en boucle, redondants zooms sur des maquettes laissant place aux acteurs dans des décors pas très spectaculaires, sous-intrigues amorcées laissées en suspens…). Pour être honnête, le film est souvent sauvé par ses défauts, à savoir ses idées puériles (Muffit l’ourson bionique – oooooh, c’est mignon tout plein !), ses gadgets ridicules (je veux un languatron !) et ses effets spéciaux… très spéciaux (les chanteuses du casino ont un look assez indescriptible, deux bouches, quatre yeux et une coupe afro !). Désuet, mollasson et vaguement comique.
 
H comme… HERCULE À NEW YORK, d’Arthur Allan Seidelman (USA, 1970)
On touche le fond avec cette casserole traînée par cet acteur exécrable qu’est le gouverneur Arnold Schwarzenegger. Soit dit en passant, je ne comprendrai sans doute jamais vraiment le succès de ce comédien lamentable, de très loin le pire (et le plus antipathique) dans le registre des musclés de séries A. Il débutait ici sa carrière, se faisait alors appeler Arnold Strong et ne maîtrisait pas encore tout à fait la langue anglaise, ce qui impose, si vous voulez profiter des plaisirs pervers que ce film est à même de vous procurer, à commencer par cet accent hilarant (et je pèse mes mots), de le voir en VO malgré l’absence de sous-titres (d’autant plus que la VF est souvent inaudible) – évitez donc l’édition Prism Leisure pour opter pour celle, pas du tout plus onéreuse, issue de Belgique. Juste pour le plaisir, voici un échantillon de ses dialogues (voix bovine de rigueur) : « I have bin hirr fousend auf yirrs, I’m boared ! Let me be zi judge auf vat, I’m dired auf ze sem feuzes, ze sem auld vings ! Certenly, if you vish me tou ! » Yah, yah !
Bon, à part ça, ça raconte l’histoire d’Hercule, qui, comme vous l’avez parfaitement compris, s’ennuie sur l’Olympe (une pelouse, trois toges et un escalier en pierre, l’addition, ce sera tout, merci !) et veut aller visiter la Terre. Zeus n’est pas d’accord, mais comme Hercule insiste, il le punit en l’envoyant sur Terre (euh…). Générique – musique traditionnelle grecque, ha-ha, c’est drôle (oh ! non ! c’est la même pendant tout le film !!!). Je suis hilare au bout de cinq minutes de métrage, ce qui ne m’empêche pas de jeter un coup d’œil inquiet sur l’avancée d’un long-métrage que je risque quand même de sentir passer. Arnold Le Strong débarque donc sur Terre, aussi articulé qu’une figurine des Maîtres de l’Univers (si, si : sa taille pivote !), à l’exception notable de ses doudounes musclées, qu’il fait danser comme des chiots excités dès qu’il a l’occasion de tomber le T-Shirt. Papa Zeus suit ses pérégrinations sur une grande boule de cristal – moi, j’ai beau me concentrer et plisser très fort des yeux, tout ce que je vois dans la boule de cristal, c’est l’équipe technique.
Tiens, à propos d’équipe technique, je remarque le point le plus frappant du métrage : il n’y a pas de mixage sonore, rien, pas une seule fois !!! Les plans sont le plus souvent sonorisés sur place (je ferme les yeux sur les plans de transition, muets !), c’est déjà une chance, et mis bout à bout tels quels, avec toutes les fautes de raccord que cela implique, attention les oreilles, ça fait très mal. Et quand je dis que les plans sont accolés à la queue leu leu, ça concerne aussi l’écriture du film et sa narration, suite de sketches sans queue ni tête, sans début ni fin, suivant maladroitement une vague trame générale, probablement en grande partie improvisée après coup sur un scénario qu’on devine écrit en deux jours et tourné en trois : lorsque Fiston est en mauvaise posture, Zeus délègue Ulysse et Samson pour lui porter secours, et dans le plan suivant, il y a juste deux mecs en toge de plus dans la mêlée, il faut suivre ! Ma séquence préférée aurait pu être ce concours d’haltérophilie auquel participe Hercule (belle occasion pour Arnold Stronggenegger de faire se trémousser ses tétons sans les mains), mais j’avoue un faible prononcé pour cette séquence montrant un grizzli échappé d’un zoo venir se mesurer au musculeux gouverneur, du Benny Hill hardcore avec homme costumé (j’ai cru que c’était un gorille, à vrai dire) marchant à quatre pattes et qui ne se redresse sur ses deux jambes, pardon, ses deux pattes, que pour mieux boxer Arnold dans des plans tournés en accéléré. Plaisamment nul.
 
I comme… ISSUE DE SECOURS, de Dick Maas (Pays-Bas/Allemagne, 1999)
Dick Maas s’est fait un nom en réalisant dans les années 80 le film L’ASCENSEUR, grand prix un peu contesté à Avoriaz, et petit classique de vidéo-clubs (« Prenez l’escalier, prenez l’escalier… Par pitié, prenez l’escalier !!! »). Pas une merveille ceci dit, malgré quelques qualités et une certaine originalité, du fait d’un rythme mou, d’une photographie terne et d’un récit tombant en panne dans sa dernière ligne droite. Et son AMSTERDAMNED (que je n’ai pas encore revu, mais qui m’attend et m’espère, perché sur son étagère) ne m’avait pas non plus fait une forte impression. Bref, voilà bien un cinéaste dont je n’attendais rien. La vision de son propre remake de L’ASCENSEUR (NIVEAU 2) avait donc été une surprise très agréable : pas une merveille, mais un film soigneusement réalisé et assez énergique, non dénué d’humour, qui parvenait à restituer les meilleurs éléments du film original dans un écrin plus efficace et surtout plus régulier. Voilà qui m’a donné l’envie de jeter un œil sur ISSUE DE SECOURS, réalisé deux ans avant, un thriller au casting bizarre, et au sujet évoquant un peu le semi-raté TEMOIN MUET d’Anthony Waller : lors d’un voyage d’affaire à Amsterdam, la fille muette (mais pas sourde, vous m’entendez, pas sourde ! Sans quoi, nous aurions eu droit à une fillette SM. Sourde-muette, hein ?) d’un couple d’américains (et quel couple : William Hurt et Jennifer Tilly !!!) est le témoin d’un meurtre dans l’hôtel où ils résident, et se retrouve pourchassée par les assassins. Certes, le terrain est très balisé et le film n’a rien de vraiment sensationnel, mais on retrouve ici une efficacité assez imparable, proche des meilleurs films d’un Renny Harlin, et le résultat, fort bien mis en scène (superbe photographie), vif, drôle, énergique et jouant sur un registre très agréable mêlant suspense et comédie, s’avère au final plutôt attachant et réussi, même dans ses passages les plus improbables – dont une séquence en référence à L’ASCENSEUR, un personnage hilarant parodiant Marilyn Manson, ou plus encore, William Hurt dans des séquences de cascade à la Keanu Reeves dans SPEED (!!?!). Un excellent divertissement, qui vaut bien un petit détour à l’occasion.
 
K comme… THE KILLER EYE, de David DeCoteau (USA, 1999)
Les productions Full Moon, dirigées par Charles Band (que l’on pourrait comparer à Roger Corman sur bien des aspects – à l’exception notable de celui de ses propres talents de réalisateur !) ont vu une bonne partie de leurs productions récentes distribuées en DVD en France, dans des copies hélas souvent recadrées (notamment celles de David DeCoteau, qui tourne presque toujours en cinémascope) et en VF ou VO non sous-titrée, mais qui ont l’avantage de remplir les bacs de DVD soldés ; l’occasion de découvrir l’une des rares productions contemporaines de vraies séries B tournées à l’ancienne, ce qui est toujours très sympathique. On a déjà parlé ici de WITCHOUSE, et il sera « fatalement » bientôt question de films comme BLOOD DOLLS, SHRIEK ou TALISMAN, et j’en passe. Je n’essaierai pas de vous faire croire qu’il s’agit de merveilles, surtout que les meilleurs titres de cette firme, plus anciens (DOLLS, PUPPET MASTER, FROM BEYOND, FOU À TUER, SHRUNKEN HEADS…), ne sont pas distribués dans la collection – ce qui n’est pas forcément dommage, vu la piètre qualité technique de ces DVD proposés par la Warner. Mais tout de même, aussi calamiteux soient-ils, ces films ne ressemblent vraiment à rien et jouent sur un registre bis saugrenu et très rafraîchissant (voir dans HIDEOUS cette limousine braquée par une bimbo seins nus et portant un masque de gorille !).
Arrêtons nous donc sur ce film cocasse et totalement stupide, recadré et proposé dans sa version plate (car, comme CREEPS, le film réunissant tous les grands monstres du fantastique interprétés par des nains (!), il a été tourné en 3-D !). Un scientifique fait des expériences sur l’œil humain, cherchant à prouver que cet organe peut ouvrir des portes sur la 8e Dimension (s’ils croisent BUCKAROO BANZAÏ, qu’ils le saluent de ma part). Il pratique donc des expériences sur des cobayes humains qui passent régulièrement l’arme à gauche. Le film débute sur l’aboutissement de ces recherches : un jeune prostitué subit l’expérience à son tour, et décède, mais cette fois, son œil se met à gonfler dans les proportions monstrueuses (ne ratez pas ce plan en ombre chinoise où l’acteur gonfle un ballon pour figurer la métamorphose de son globe oculaire), s’extirpe de l’orbite et s’en va commettre des méfaits dans l’immeuble où se déroule l’action.
Bien que le film soit réalisé par DeCoteau, sa figure de style maîtresse, à savoir un filmage en plans perpétuellement basculés, que l’on peut admirer dans FINAL SCREAM (recadré et en VOST), dans WITCHOUSE ou dans LEECHES (au format respecté et en VF, choisis ton camp, camarade), est quasiment absent ici, probablement à cause de la complication du tournage en relief. Mais rassurez-vous, on retrouve d’autres éléments propres au cinéaste, en particulier son goût pour les minets en caleçon (dont deux échantillons très « copains », amants de la femme du savant fou, occupent l’essentiel de leurs scènes vautrés sur un grand lit). Et ce qui frappe surtout dans cet absurde KILLER EYE, c’est son aspect érotique, nettement plus prononcé que dans les autres films produits par Full Moon. Les motivations de l’Œil Tueur ont d’ailleurs de quoi laisser perplexe : il semble surtout préoccupé de jouer les voyeurs (et malgré sa taille, les jeunes filles matées ne le remarquent jamais, qu’elles soient sous la douche où en train de faire du vélo d’appartement), et, à l’occasion, de violer quelques donzelles avec son nerf optique (si, si !). Vous trouvez ça débile ? Vous avez raison, mais saurez-vous apprécier ? Ceci dit, dans le genre idiotie amusante, les dialogues font très fort : « Quelque chose me suce la vie ! ». « Il ne faut pas en parler à qui que ce soit ! – Pas seulement à qui que ce soit : à personne !!! » « Attention, ne le regardez pas dans l’œil ! ».
Voilà voilà voilà… Que dire, à part que c’est très court, très con et, avec un peu d’indulgence et quelques verres de bière, très bon.
 
L comme… LES LOUPS DE KROMER, de Will Gould (Angleterre, 1998)
Après l’œil violeur de la 8e dimension, difficile de croire qu’il est possible de surenchérir dans le grotesque. Et pourtant, dans un tout autre style, LES LOUPS DE KROMER relève le challenge. Par quel bout le prendre pour vous le présenter… Bon… Alors voilà… Ça se passe dans un monde contemporain, mais un peu onirique sur les bords. Il y a la ville, et dans la ville, deux vieilles servantes qui se font leur propre adaptation des « Bonnes » de Jean Genet en assassinant leur maîtresse. Et puis il y a la forêt, et dans la forêt vivent des loups-garous qui pourraient encore vous surprendre : ce sont des minets (tout droit sortis d’un David DeCoteau ?) aux oreilles pointues, aux ongles itou, piercing, yeux de biches, vêtus de manteaux de fourrure qui laissent dépasser leur queue (de loups, hein, on est bien d’accord). Et bien sûr, ils sont gay. D’ailleurs, la voix-off est assurée par Boy George. Et les deux vieilles vont naturellement tenter de faire porter le chapeau à deux d’entre eux, Seth et Gabriel, lycanthropes amoureux l’un de l’autre.
Voilà voilà voilà voilà… Bien, bon, ben, vous l’aurez compris vous-mêmes, ce film ahurissant, souvent surnommé « Gay Werewolves in Love » outre-Manche, adapté d’une pièce de théâtre anglaise, est une métaphore avouée de l’homosexualité, métaphore rendue lisible (ou risible ?) jusqu’au ridicule le plus achevé, bien que le film ne renie pas totalement ses aspects humoristiques. Seth vient de faire son howling-out (vous avez une meilleure façon de le dire, vous ?), lit des numéros de « Loup Hebdo », et a encore un peu de mal à accepter son identité – il faut dire que, pendant toute son enfance, sa maman a cherché à dissimuler sa queue tandis que son père s’était enfermé dans le déni. Au début du récit, il commence à s’assumer, tombe amoureux de Gabriel, et ce gentil petit couple va être confronté au drame, aux préjugés et à l’intolérance d’un petit village mené par le prêtre, peut-être le plus virulent des anti-loups gayrous (mais on découvrira qu’il cache une queue sous sa soutane, comme quoi, ça touche un nerf !).
C’est une pente bien savonneuse sur laquelle s’engage ce métrage, et malgré la petite qualité de certaines parties du film (principalement autour des deux vieilles meurtrières), le résultat ne tarde pas à sombrer dans une démonstration foncièrement grotesque – d’autant plus que la mise en scène et le scénario, maladroits et naïfs jusqu’à la niaiserie, tapent très largement en-dessous d’un traitement qui, tant qu’à faire, aurait dû être bien plus iconoclaste. On est ici confrontés à un sujet complètement excentrique, mais qui ne fait rien de ses idées en termes d’esthétique ou de narration. La juxtaposition de références (Jean Genet, le petit chaperon rouge…) tombe donc franchement à plat, et abandonne le spectateur face à une parabole tendance « hymne à la Tolérance » qui affiche des velléités d’insolence et d’originalité pour aboutir à un énoncé passablement imbécile et visuellement plus risible qu’absurde ou surréaliste – voir cette séquence finale au paradis, où les héros s’éclatent sur la chanson « Spirit in the Sky ». Au rayon des Grands Improbables, on préfèrera de très loin L’ÉTRANGE MONSIEUR PEPPINO (fort bien réalisé, émouvant, et dont le seul défaut est de ne pas assumer jusqu’au bout ses aspects esthétiques et narratifs les plus abstraits et les plus intéressants) ou THE KILLER EYE (dont l’idiotie est plus franche et décomplexée) à ces LOUPS DE KROMER qui tentent, assez lamentablement, de transcender un matériau absurde pour en faire une œuvre à message à l’originalité pour le moins filandreuse.
 

Sur ces considérations, je vous abandonne momentanément, car il me tarde de vérifier si le phénomène par lequel un état affectif éprouvé pour un objet provoque la mort ou l’ennui lorsqu’il est étendu à un objet différent. En clair, nous allons enchaîner avec la projection suivante.

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