(photo: "analyse de la cellule critique" par Dr Devo)

 

Chers Amis,
Usons, pour changer, de la rubrique "Corpus Analogia" de ce blog, et revenons donc vers le support analogique, enfin ici plutôt DVD pour être honnête,  vers les films vus chez soi. Quand j'en ai assez de prendre un DVD dans l'immense bibliothèque des Archives Focaliennes (des millions de films!), je vais à la médiathèque. Ils ont énormément de choses très diverses, un rayon VHS avec des incunables sublimes, mais, malgré tout, le turn-over  est énorme. Résultat : il n'y a jamais beaucoup de DVD en rayon, mais ce ne sont jamais les mêmes! Ce qui rend le choix de la galette empruntée très ludique et très risqué. Quant un film est vraiment rare, on n'est jamais sûr de le revoir. Ça met du suspense. Lors de mon dernier passage, pour une fois, le choix de films était réduit, certes, mais de plus, rien de vraiment excitant ne se présentant à moi, il a fallu se forcer à emprunter, sans quoi, on serait revenu les mains vides.
Allez, puisqu'il faut choisir, ce sera THE HOUSE OF YES de Mark Waters. D'abord, parce qu'on ne sait jamais, c'est peut-être le fils de John Waters (voilà une chose qui ne risque pas d'arriver, hé hé... Comprend qui peut...). Deuxièmement, Parker Posey, ex-idole du cinéma indépendant bon chic bon genre et actrice sympathique, est sur la couverture. Allez hop, j'embarque et je me dis dans la rue, en sortant de la médiathèque: "Ça a quand même de la gueule, ce titre, HOUSE OF YES... En dépit du contexte politique actuel." Et je pars en rire, étonné par mon propre humour.
Dieu, à défaut de me donner la foi, comme disait la poète, m'a quand même récompensé de ma curiosité (après tout je ne connaissais le film ni d'Eve ni d'Adam, et hop, une métaphore dans le filet), car quand la galette fut mise dans le mange-disque, je découvrais avec plaisir qu'au générique figurait Geneviève Bujold. Ah, Geneviève Bujold! Sympathique cadeau de la voir dans un film. J'y reviendrai. Mark Waters, donc, je ne le connais pas. Mais en préparant cet article, je découvre avec surprise, et après avoir vu le film, qu'il s'agit du réalisateur de l'excellent FREAKY FRIDAY, film de collège malin et émouvant, malgré une réalisation un peu sommaire (pour être gentil) et avec la brillantissime Jamie Lee Curtis. Mark Waters est aussi le réalisateur du paraît-il très raté (d'après mon ami Bernard RAPP) LOLITA MALGRE MOI, film de collège également, mais que je n'avais pas pu voir car il ne passait pas dans mon cinéma Pathugmont.
THE HOUSE OF YES, réalisé en 1997, se passe, magie du cinéma oblige (c'est très con cette phrase), dans les années 80. Nous sommes à Washington, dans un riche quartier résidentiel. C'est le jour de Thanksgiving. Geneviève Bujold, la mère de famille (stricte et cassante comme le rôle qu'elle interprétait dans le surprenant JERICHO MANSIONS, film méconnu de Alberto Sciamma, disponible en DVD),  prépare le repas en gardant un oeil sur Jackie-O (Parker Posey), sa fille de trente ans dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle a besoin d'être surveillée. Jackie-O est une fille superbe, mais c'est une boule de nerf qui peut s'emporter dans des crises violentes à tout moment. Un personnage haut en couleur qui monopolise à elle seule toute l'attention. C'est elle qui mène la conversation, c'est elle qui parle fort, et c'est elle qui décide! Dès qu'on discute trois minutes avec elle, on s'aperçoit qu'elle a un grave problème psychiatrique, sans doute une dépression très aggravée. Jackie est une fille cynique, cassante, intelligente, hystérique, pleine de sex-appeal, mais aussi complètement enfantine, bien qu'on ne mette pas exactement le doigt sur cette dernière nuance. Enfin Jackie n'a que deux passions dans la vie (entre deux passages en maison de repos) : Jackie Kennedy et son frère jumeau Lesly (Josh Hamilton). Quand ils étaient petits, ils allaient dans les soirées déguisées, habillés respectivement en John et Jackie Kennedy, et elle portait, pour ces occasions, la réplique exacte du tailleur rose de la First Lady lors de l'assassinat de son président de mari. D'ailleurs, Parker Posey mettait même du ketchup sur ce tailleur pour faire plus réaliste! Bref, les deux jumeaux ont une fascination pour l'assassinat de JFK, et on soupçonne très fort qu'ils aient un jour joué à reconstituer cet assassinat dans le living-room! Bref, la fascination de Parker Posey pour son jumeau, et leur passion commune pour l'assassinat de JFK sont sûrement, on le sent bien, à l'origine des problèmes mentaux de Parker Posey! Il y a aussi un troisième enfant dans cette famille, Freddie Prinze Jr. (ex-roi des films de collège dont le splendouillet ELLE EST TROP BIEN, et de slashers pour teenagers), mais lui, on n'est pas sûr qu'il ait le même père que les jumeaux, et pour tout le monde, malgré sa timidité et sa gentillesse, il compte pour du beurre. Même pour sa mère! Bref, tout ce petit monde va fêter Thanksgiving. On attend plus que Lesly, qui vit maintenant à New-York, et toute la famille sera réunie. Alors qu'un ouragan menace dehors, Lesly arrive et, ô surprise, présente au reste de la famille sa fiancée : Tori Spelling. C'est le drame. Parker Posey et Geneviève Bujold rejettent tout de suite cette fiancée débarquée de nulle part. Et Posey va tout faire pour que son jumeau quitte sa future femme, afin qu'elle puisse enfin "récupérer" son frère, avec lequel elle formait quasiment un couple.
Bon, ben ce n’est pas du gâteau que de résumer un tel film! Vous l'aurez compris, enfin non, vous l'aurez mal compris, ça tourne autour d'un couple de jumeaux, dont on se demande quel type de couple ils forment, obsédés par les Kennedy (et l'assassinat!). Et ça tourne autour du personnage de Parker Posey, fofolle hypra-énervée, à la parole cinglante de bourgeoise upper-class, personnage dangereux qui peut sombrer à tout moment. Et bizarrement THE HOUSE OF YES est une comédie, cynique et pleine d'humour noir. Que s'est-il passé dans cette famille pour que Parker Posey (pauvre malade ou enfant gâtée) soit au bord de la folie complète ? Que s'est-il passé dans cette maison grande bourgeoise américaine, pour que tout le monde feigne d'ignorer des secrets de famille, plus ou moins sanglants ou trash, qui sont, en fait, de vrais secrets de Polichinelle ?
Et oui, c'est très dur de vous donner une idée de ce bizarre huis clos, où les joutes verbales et les manipulations s'enchaînent à un rythme assez effréné. La manipulation est de rigueur, et elle n'est pas facile, car tout le monde semble avoir un problème avec le langage dans cette maison! On prend les mots de l'autre au premier degré quand il s'agit de second, et vice-versa! La moindre conversation dégénère en parade hystérique pour retrouver le sens de la phrase originale, et comme tout le monde essaye de manipuler tout le monde, la confusion est souvent à son comble. La comédie est noire, forcément.
Le film est tiré d'une pièce de théâtre, ce qui se voit. On sent un aspect un peu guindé-chic qui est souvent l'apanage du théâtre américain moderne, qui se veut féroce, avec des dialogues supra-précis dans le symbolisme et le double langage, et on a toujours l'impression d'assister à un festival de bons mots, comme si toutes les pièces de théâtre américaines modernes se passait dans le salon d'Oscar Wilde (cf. Monty Python ou le livre de Graham Chapman). C'est souvent un peu crispant, mais ici, c'est plutôt bien intégré. Et l'intérêt du film vient de là. On hésite toujours, pendant le visionnement, entre un plaisir réel et une sorte d'agacement devant tant de bons mots et de situations parfaites. On est bien, mais on n'est pas complètement rassuré, on flaire un peu l'arnaque. Et finalement, ce n’est pas plus mal ainsi! Non pas que je sois masochiste, mais peut-être justement, le film est exactement ça : une espèce de pièce (ou ici de scénario) trop parfait, trop huilé, trop plein de répliques qui font mouche et de symboles grossiers (la maison où se passe le film est la maison voisine de la résidence Kennedy, ce qui est décidément énorme!). Et à mesure, on s'aperçoit que toute cette histoire est aussi une caricature de ce théâtre, une parodie de l'ultra-symbolisme américain, de Arthur Miller à Williams ou Neil Simon (dans le désordre!). Ce théâtre où il faut mêler les petits destins aux Grandes Destinées, les petites histoires à l'Histoire, le destin d'un sombre individu à celle du Pays entier. Comme MORT D'UN COMMIS VOYAGEUR, par exemple. THE HOUSE OF YES, de ce point de vue, est bien fichu. Mark Waters se moque bien, semble-t-il, de l'ultra-symbolisme de la littérature américaine : dans ce film, chaque réplique, chaque situation, chaque mouvement, chaque objet renvoie à l'ensemble de la pièce, et enrichit le surfilage des métaphores et des symboles, jusqu'à que tout cela explose avec ridicule (par exemple, le symbolisme du macaroni sur le tailleur ou la vraie fausse mauvaise synchro pour la scène du piano : fallait oser quand même!).
On navigue donc entre deux eaux : le film, adapté d'une pièce trop parfaite pour être honnête, et sa propre parodie. Le mélange est assez délicieux. Côté mise en scène, c'est relativement rigoureux mais sans fantaisie. Joli décor, jolie lumière, un peu de cadre, mais quand même quelques passages en champs/contrechamps simplistes. Les séquences reprenant la vie des Kennedy sont par contre très réussies (avec notamment une apparition fantomatique, drôle et effrayante de Bujold). Waters, ça se voit, est plus occupé à donner du rythme à ses dialogues et à servir ses comédiens sur un plateau, plutôt que de faire quelque chose de complètement foufou dans la réalisation. Le montage est, cependant, relativement nerveux, même s'il suit le scénario comme un toutou fidèle. Bref, c'est soigné, mais moins baroque que le sujet lui-même. Comparé à la mise en scène de FREAKY FRIDAY, sans conteste, c'est bien supérieur.
Côté acteurs, par contre, ça se défoule bien. Parker Posey, ex-égérie  du regretté Hal Hartley, c'est la reine du bal et elle s'en donne à cœur joie. Je pense cependant que le scénario est suffisamment riche, et que son jeu aurait pu être un poil moins attendu. Bah, en même temps, ça marche bien. Geneviève Bujold (qu'on ne voit pas assez sur les écrans, et qui est une femme au charme fou, et la voix la plus sexy du cinéma!) est parfaite, et survole tout ça avec classe. Josh Hamilton, le jumeau de Parker Posey, lui, me semble carrément plus fadasse, et je crois que si le film donne par instant l'impression de s'engluer, c'est aussi parce qu'on sent nettement qu'il est bien en-dessous de ses partenaires. C’est le seul qui n'ait pas de charisme, et il se fait bouffer tout cru par  Posey  et Bujold qui, elles, sont déchaînées. Pauvre Josh Martin! Tu es inconnu au bataillon et tu n'as pas de chance! Surtout que, contre toute attente Tori Spelling (fille de) et Freddie¨Prinze Jr. sont très bons, surtout ce dernier qui, dans ce rôle de frère timide et mis à l'écart, a de temps en temps des airs de ressemblance physique avec Jake Gyllenhaal (DONNIE DARKO), ce qui est complètement stupéfiant. Si un jour on m'avait dit que Freddie Prinze Jr m'aurait étonné dans un tel rôle, je n'y aurais pas cru et pourtant c'est le cas!
On s'amuse donc, dans ce film dont on ne sait jamais dans quelle mesure il s'agit d'une parodie. Les acteurs sont plutôt délicieux. Sans être le film de l'année, THE HOUSE OF YES peut vous permettre, un soir où le vidéo-club du coin n'a que des petites choses à vous proposer, de passer une excellente soirée, ludique et pas idiote, et en très bonne compagnie. Et comme le sujet est plutôt original, c'est déjà très bien.
 
Sympathiquement Vôtre,
 
Dr Devo
 
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Lundi 4 avril 2005 1 04 /04 /Avr /2005 00:00

Publié dans : Corpus Analogia
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