BOXING HELENA de Jennifer Chambers Lynch (1993-USA): Razzie à tout prix...

Publié le par Norman Bates







Je ne connaissais pas du tout la réputation que trainait le film avant de le visionner. J'ignorais par exemple totalement que le film devait être à l'origine une grosse production avec Madonna en tête d'affiche, mais que cette dernière avait quitté le projet au dernier moment, donnant lieu à un procès retentissant que gagna Jennifer Lynch. Et puis, le film est surtout connu pour être incroyablement mauvais, à tel point qu'il gagna un Razzie Award. Mais cela je l'ignorais encore...



J'aurais pourtant dû m'en douter, le film étant complètement passé aux oubliettes dans le vieux incontinent, à tel point que j'ai du acheter le DVD aux ziouésses, ce qui en plein effondrement du dollar n'est d'ailleurs pas une mauvaise affaire. De plus, il s'est écoulé plus de 10 ans entre ce premier film et le récent SURVEILLANCE, que j'avais plutôt trouvé agréable pour la saison, jouissant d'une magnifique tapisserie-matrice splendouillette, et d'une fin faisandée des plus réjouissante.  BOXING HELENA est quasiment dans le même registre, en plus faisandé encore, ce qui lui a sans doute valu sa réputation.



Julian Sands est Nick, chirurgien, riche, jeune, cheveux longs, sportif, belle carrière en vue et soupirantes à foison,  en gros le focalien moyen.  Helena c'est la sublime Sherilyn Fenn, femme fatale (rôle de composition donc), bourreau des cœurs, prend plaisir à humilier ses partenaires et à se baigner dans les fontaines publiques en sous vêtements aguichants. Nick a fait une erreur dans la vie : coucher avec Helena. Depuis pour Nick c'est Désir Fou que rien ne chasse, vertige de l'amour. Pour Helena c'était la pire nuit de sa vie, Nick n'étant pas un surdoué de la chose (pas autant qu'un lecteur de Matière Focale), et notre fringuant chirurgien va tout faire pour la reconquérir, au plus grand dam d'Helena qui essaie de s'en débarrasser... Deux Ex Machina, Helena se fait renverser devant Nick qui va la soigner chez lui, et en profiter pour lui scier tous les membres, après tout une bonne femme au foyer n'en a pas besoin...



Non mais t'as vu c'qui s'passe, J'veux l'feuilleton à la place, Vertige de l'amour. Quel film étrange ! A la fois complètement splendouillet et plein de gourmandises, le film oscille entre le film érotique du dimanche soir et du cinéma plus fantastique à la Kubrick. Les acteurs surjouent à qui mieux mieux, la palme revenant à Julian Sands qui ne rate pas une occasion de patater à pleins tuyaux, ce qui rend le personnage encore plus pathétique. La bande originale, ignoble, vient se greffer la dessus, et j'aime autant vous dire que le tout dépote. Certaines scènes sont proprement sublimes, par exemple le passage où Serilynn Fenn se dessape dans une fontaine de jardin sur fond de musique d'ascenseur se pose là en tant qu'évocation phallique, vertige de l'amour.



Pourtant, entre les scènes érotiques kitsch, il se passe beaucoup de choses. Le film passe du mièvre naïf au fantastique dérangeant grâce à une très belle scène, formidablement montée qui est un faux exemple flagrant de ce que mon docteur Devo de collègue appelle l'effet pot de fleur : un personnage normal et heureux passe sous une fenêtre et Clint Eastwood reçoit un oscar. En fait ici le montage laisse planer un doute, évoque la possibilité subtile d'un événement beaucoup moins aléatoire, du moins avant le dénouement de l'intrigue qui sera malheureusement un twist scénaristique, c'est-à-dire que l'on apprendra que le spectateur est bien crédule de croire tout ce qu'il voit pendant 1h40, que le scénariste est surpuissant car il arrive à nous faire croire pleins de choses fausses et qu'il a bien mérité son salaire. C'est même une fin à tiroir, qui enchaine plusieurs twists à la suite, chose particulièrement insupportable et qui sera interdite le jour où les focaliens auront le pouvoir,vertige de l'amour.



Des belles choses il y en a d'autres tout au long du film, que ce soit dans le montage ou dans la mise en scène. L'ensemble fait quand même en majorité penser à du cinéma très bis, ceci dû au jeu des acteurs, mais aussi aux décors kitsch. La photo par exemple est particulièrement laide, et rappelle le soap opéra à sa grande époque. Le cadrage est anonyme, mais en fait le modus operandaye justifie très bien ces choix esthétiques. Au fond c'est cette mise en scène qui va de temps en temps permettre la rupture et révéler des points de saillie. Tout d'un coup le cadrage devient plus mystérieux, le montage embraye la dessus, et vient perturber la monotonie esthétique (et laide) de l'œuvre : sous le couvert de l'érotique série B se cache une réalité sous jacente terrifiante, c'est un peu le procédé utilisé par Yuzna dans SOCIETY, toutes proportions gardées. Tout semble mièvre et kitsch en apparence, mais en fait le personnage de Nick est complètement contaminé par ce milieu, et c'est ce qui le rend cinglé.



Les premières scènes du film sont très bien agencées, par un montage formidable : passage de l'enfance via un enterrement (belle scène, presque du Argento) à l'âge adulte. Il y a de nombreuses ouvertures dans le montage qui viennent saper progressivement l'eau de rose et l'érotisme torride sur fond de Lenny Kravitz: la folie du personnage donne une vraie singularité à la deuxième partie du film, avec l'apparition de faits mystérieux que le scénario élude, conférant une atmosphère  un peu malsaine. En gros des événements surviennent qui ne sont absolument pas expliqués et tout doucement on bascule dans une ossature du rêve, dans le film introspectif et subjectif, fait d'éléments irrationnels et d'associations d'images, comme pouvait l'être à sa manière le magnifique EYES WIDE SHUT de Kubrick. Malheureusement, je l'ai déjà souligné, la fin vient rompre avec fracas ce séduisant cocktail d'émotions, pour conclure maladroitement sur une explication rationnelle de tout ce que l'on a vu. C'est bien dommage, le film aurait gagné à conserver ce mélange aigre doux de faisan et de gourmandise trop sucrée, j'ai crevé l'oreiller, j'ai du rêver trop fort, vertige de l'amour.



Au final, il faut aimer le faisan pour supporter le film, mais pour les amateurs, c'est presque sublime, c'est du bonheur à chaque seconde : ici une coupe de cheveux splendouillette, là un imperméable vert fluo, au fond une scène de sexe extrêmement vulgaire, à droite une statue en plâtre... Au milieu gît une femme sans membres, un buste parlant renvoyant à l'homme son égoïsme et sa misère sexuelle. L'amour, c'est aussi des fontaines dans des jardins, des fraises que l'on mange avec du champagne, des rétroviseurs électriques et des enterrements sans chansons. 




Vertige de l'amour.





Norman Bates.







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Publié dans Corpus Analogia

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Norman Bates 31/10/2008 13:03

Et vous avez raison ! C'est une regrettable erreur de ma misérable personne. Vous embrasserez Kim de ma part, et lui presenterez mes plus plates excuses !

MAYDRICK 30/10/2008 11:35

Ah BOXING HELENA ! Dire que c'est à cause (ou grâce) à lui que j'éliminais un à un les films suivants de Julian Sands !Toutefois, je tenais à rétablir une précision historique : s'il est vrai que Madonna avait été approchée pour le rôle, lorsqu'elle le refusa il fut proposé à Kim Basinger qui accepta tout d'abord (verbalement puisque là-bas le verbe a parole de contrat, du moins si cela n'a pas changé depuis cette riche époque) puis elle se rétracta bien après et c'est elle que les studios menèrent au tribunal. Elle perdit effectivement son procès et dû payer plusieurs millions de dollars.En tant que biographe officiel de Kim Basinger je me devais d'apporter cette petite précision.