MESRINE, L'INSTINCT DE MORT de Jean-François Richet (France-2008): Un baiser sans moustache, c'est comme une soupe sans Cassel...

Publié le par Norman Bates








Il faut tout de même un minimum de courage pour aller voir un film avec Depardieu, mais il en faut encore plus pour aller voir James Bondieu dans ses nouvelles aventures plus sociologiques de combat que jamais. Isaac Allendo m'a un peu aidé à choisir, qu'il en soit ici remercié. Ce sera MESRINE donc, à prononcer Mérine dans un souci de fidélité historique, et pour ne pas avoir d'ennui avec d'éventuels moustachus nostalgiques de l'ère de la pilosité comme attribut phallique. Inspiré de l'autobiographie du même nom de Jacques Mesrine himself, le film se veut une reconstitution fidele et nerveuse de l'époque et de la vie du plus grand gangster français, du roi de l'évasion, de l'ennemi public numéro 1 et de biens d'autres qualificatifs poétiques et langoureux que la bienséance nous interdit de citer.  



Algérie. Le soldat Mesrine fait ses classes à la fin de la guerre, date à laquelle "les interrogatoires" battaient leurs pleins dans les geôles françaises. Période difficile pour commencer une vie d'adulte équilibrée, surtout quand votre supérieur hiérarchique vous demande d'abattre un homme désarmé de sang froid. De retour en France, le jeune Mesrine va découvrir, avec son pote Jacques Attali, la vie de petit caïd cambrioleur et flambeur : le sexe, les filles faciles et les parties de scrabble endiablées le soir au bistrot. Il est très vite repéré par Depardieu, le gros caïd du coin, qui le prend sous son aile, certains les ont même vus voler. D'un naturel violent et instable, Mesrine prend rapidement de l'assurance, et fait de plus en plus le Jacques. Ses collègues de bureau vont devenir de plus en plus critiques à son égard, si bien qu'il doit quitter la France lorsqu'il rencontre Cécile de France (ironie savoureuse, vous en conviendrez). Au Canada il tente de se refaire un CV convenable, tache à laquelle il échoue remarquablement en braquant une ou deux banques de trop pour un homme honnête, ce qui le conduit tout droit en prison. Fort déçu des conditions de détention de l'époque il s'évade et devient l'ennemi public n°1... La suite au prochain épisode. 



Figurez-vous que ca commence de la plus formidable des manières, par un générique en split screen des plus savoureux, mettant en scène Cassel et Saigner, dans une scène devant se dérouler probablement dans le deuxième épisode. C'est chou de sa part de commencer par une scène qui ne sera jamais expliquée dans le film que l'on est venu voir, avec un personnage que l'on ne connait même pas ! De plus, le split screen est délicieusement exploité, car complètement inutile dans le sens ou les différentes images montrent les personnages non pas au même moment (à la DePalma) mais avec un petit intervalle de temps, effet rendant a merveille et surtout sans aucun dialogue la sensation de paranoïa ressentie par les protagonistes. En voila un film qui commençait bien, et j'étais ravi dans mon for intérieur d'avoir bravé ma crainte pour le cinéma de genre hexagonal. On enchaine sans trainer avec les scènes en Algérie, un peu plus anecdotiques sur le plan purement cinématographique, car constituant en une série de gros plans tremblés du plus mauvais effet. Heureusement, cela ne durera pas. S'ensuivront deux grosses parties : la première en France, puis la seconde de l'autre côté de l'Atlantique. La première partie se suit tranquillement, Cassel jouant plutôt bien pour une fois, Depardieu tenant tranquillement la route (jeu de mot involontaire, désolé), Lellouche efficace, mais la mise en scène n'offre pas de ces délicieux biscuits cuisinés avec amour que l'on est en droit d'attendre, mais elle ne se fout pas de notre gueule non plus. Tout est très correct, dans la photo comme dans le cadrage. Le montage est somme toute assez banal, mais bien meilleur que 90% des films français que j'ai vus ces dix dernières années. On est au niveau d'un bon divertissement américain, bien écrit et interprété. Si en plus on a l'immense bon gout d'aimer la moustache, on n'est pas déçu du voyage. L'écriture et la narration sont très bien foutues, pratiquant l'ellipse de manière très gourmande : il manque carrément une scène au film, on assiste à la préparation d'un braquage que l'on sait perdu d'avance, et la scène d'après Cassel est en prison, sans que jamais le film ne reparle de la scène manquante. C'est très bien joué, le sol se dérobe sous les pieds (magnifiques au demeurant !) du spectateur cinéphile blasé.  



La seconde partie est bien meilleure du point de vue artistique, on atteint le summum de l'œuvre. D'abord le Canada donne de l'air au cadre, permet de mettre en perspective ce à quoi est condamné Mesrine à coup sur : replonger perpétuellement dans la violence. Il suffira d'un éclat dans la mécanique de sa vie quotidienne pour qu'il redevienne le chien fou dont parlait Depardieu tout à l'heure. A ce moment du film, plus rien ni personne ne peut plus empêcher la triste répétition des événements tragiques empêchant Mesrine d'avoir une vie "normale". C'est d'ailleurs tout l'intérêt et le charme du protagoniste, cette envie d'avoir une vie honnête, de faire des efforts en ce sens, mais de les voir systématiquement brisés par des échecs successifs. Plutôt que d'être un looser balloté par le système, et par crainte de devenir comme ses parents, il ne trouve que la violence, celle qui lui permet de briller dans les médias, d'être un bandit mais aussi un rebelle charismatique. La mise en scène trouve dans cette partie canadienne de quoi alimenter "la folie" du personnage, lui donner corps véritablement via des plans simples mais efficace (la dissociation de l'esprit et du corps dans un mouvement de caméra à la Argento). Le passage dans la prison est particulièrement réussi, plein de subjectivité et de cadrages dont mon voisin dirait qu'ils sont particulièrement sympatoches avant de se resservir en merguez. L'évasion fait fortement penser à du PRISON BREAK, le suspense est aussi maitrisé que dans la série, grâce notamment à un très beau découpage jouant de manière ingénieuse sur les axes. Bref, du tout bon pour Jacques. 



Alors oui, tout cela c'est bien joli, c'est très bien fait, mais malheureusement j'ajouterais un gros bémol sur la fin du film, qui n'augure rien de bon pour la suite : le dialogue au téléphone avec Cécile de France (au Canada, suivez un peu) est particulièrement mal écrit, le split screen réutilisé n'apporte pas grand-chose et les panonceaux servant la soupe Historique sont particulièrement malvenus, car ils replacent le film dans ce qu'il avait avec brio réussi à éviter, la reconstitution historique appuyée de faits réels. Je croise les doigts pour la suite. 



Mais ne boudons pas notre plaisir : le cinéma populaire français trouve une carte de visite baraquée (au bas mot !) qui finira surement par sortir chez nos amis américains. Avec des petits gars comme Siri et Richet, on a enfin des raisons de croire qu'en France il y a une place pour une génération de jeunes qui croient au cinéma en tant qu'Art, et surtout qui essaient de faire des films de genre qui ne soient pas totalement ridicules.




Norman Bates.






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Publié dans Corpus Filmi

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