LES 3 VISAGES DE LA PEUR de Mario Bava (Italie-1963): Mario Bros, Docteur mouilla...

Publié le par Dr Devo

Chers Focaliens,

 

Ce n'est pas parce qu'il ne se passe pas grand chose sur les écrans, voire rien le plus souvent, qu'il faille se couper des autres plaisirs de la vie, comme l'achat de jeux de mah-jong hors de prix, ou encore de précieuses galette vinyles, allant du A comme a;GRUMH... (ça s'écrit comme ça !) à non pas Z comme ZZ top, mais à S comme Skinny Puppy. Privé ainsi des pièces de monnaie nécessaire à l'achat d'un bon traitement capilicole, mes cheveux sont donc longs, ce qui est beau lorsque je regarde au large, le pied nonchalament appuyé sur un rocher de granit...

 

 

Il se fit d'abord un petit cours de rattrapage très salvateur en déballant enfin la galette des 3 VISAGES DE LA PEUR, du super Mario Bava qu'on lui offrit lors d'un Noël lointain et pluvieux. Le case était slim, mais la surprise sympathique, et dans l'écrin, la pépite. On a déjà beaucoup parlé de Bava dans ces pages et à raison, tant ce réalisateur fut magnificent et d'une importance primordiale, quoiqu'on préférât encore de nos jours, dans les milieux autorisés, un Fellini, non pas  nullosse bien sûr, mais bien éclipsant of the heart, comme disait le poète.

 

Ici, trois sketches, habilement introduit par un Boris Karloff, narrateur et mûr, mais quand même drôlement en forme derrière un arrière-plan d'une très belle toilette (zone, bien sûr) qui tua sa matrice d'entrée de jeu, et plaça tout ce qui suivit derrière le sceau, le saut et le sot du magnifique. En scope bien sûr, et en couleur.

 

Le premier sketch, simplissime et épuré, nous montra une Michelle Mercier, dis donc, Michelle Mercier brune et de prune baignant. Huis clos, peu de personnages et une bonne dose de paranoïa, toujours justifiée. La semi-cruche ici se transforma de l'autre côté des Andes italiennes en magnifique instrument chirurgical, soumise comme pas deux à une mise en scène exigeant un réglage rigoureux des déplacements dans l'espace qu'elle a d'ailleurs magnifique, cette mise en scène gourmandissime. Pour une fois l'expression ne fut pas galvaudée, et la mini-bande fut d'un érotisme poignant et facile, pénétrant, oh oui, oh oui, au plus fort de nos psychées. Là où les hollywoodistes traitaient les choses du sexe en se tordant les méninges, parfois joliment, pour établir des réseaux métaphoriques, ici les choses étaient abordées de front. Mercier, ici en oursonne en mal de léche-pelage, fuit la mort, enfin essaie, mais attention, en profite (la chair est faible et surtout belle) pour rouvrir ses draps au meccano interdit de l'amour. En dehors du studio (hihi !), le Giallo est là, menaçant comme la mort et drôlement annoncé en amont, beau point de fuite tactique nous mettant nous-même dans l'embarras, car ça faisait peur mais on n'avait pas, mais alors vraiment, la tête à ça, nous, mais plutôt à ça. Coude coude, tu vois ce que je veux dire ? Brillantissime, et d'une modernité absolue, envoyant les "Gweenie-je-t'aime" actuels balader dans les décors des plus nets archaïsmes. Tous les festi-veaux, les gais, et aussi les biens, ne feront pas mieux. Well done, juste à point. Ceci dit, ne quittez pas, je vous le passe...

 

 

L'amour SUR le téléphone, ça fait un peu mal au début, et tu sais que j'aime bien cela, comme disaient les poètes, pas tristes non plus, mais il faut enchaîner, coco. Retour du goth, et tenez vous mieux, avec Karloff, pour le deuxième sketch, tranquillement vampiresque et campagnard, baigné aussi par les feux de l'amour plus classiques, mais bon... Les sentiers fort brumeux, baignés de hurlements de loups et de chiens, dés fois en nuit même pas américaines (ou pas trop) ou chez soi en studio, étaient fort balisés, certes. Ouais mais... On se rendit vite compte que la structure permettait une certaine froideur adéquate, évitant ainsi le Romantisme purement littéraire, et une concentration, je dis bien concentration, sur la mise en scène en des espaces plus larges que ceux de la grosse chatonne de la Mère Michelle, décidément plus étroite. Les mogwais se transforment après minuit, et il ne faut pas les nourrir, tout le monde le sait. Et alors, répondrais-je à l'imprudent. On vit, hahaha, c'est drôle ça, on vit que le jeu était rigoureusement le même que dans l'épisode fasciste, pardon saphiste (pour le plaisir, dans l'eau trouble de mon regard ; vous me pardonnerez) qui avait précédé. Mouvements d'appareil magnifiques et gourmands, effets d'annonce, contradiction et envolée lyriques s'achevant parfois, ou rencontrant en chemin selon les cas, des plans placés comme si de rien n'était, comme s'ils n'étaient là que pour l'illustration, alors qu'ils sont bien mirandolesques. Je cite mes sources : transitions magnifiques à cheval prouvant la nette régression du cinématographe moderne et suivant, plan de forêt en plan douche avec lumières chaudes rasantes (hallucinant de beauté), et côté écriture du beau aussi, notamment dans cette disparition d'enfant (enfulte ?) qu'on nous annonçât pourtant comme pièce de résistance, miam miam, et que ce vieux briscard de Bava ne place qu'en plan final, bien plus effrayant. Bien joué. Maaaaaaaah- Jong !

 

 

Enfin, but not at least, la même chose encore mais côté baroque déglingue, avec cette histoire de cadavre en mode skinny chucky, que la gourgandine désargentée pille et qu'elle paiera au centuple, car le crime est toujours puni, fussions-nous pauvres, et moi, j'appelle ça la Justice ! Là où la studio line l'emportait et où la laque tombait en bouteille complète sur les cheveux majeurs, lors de l'épisode vampiresque précédent, on se retrouve ici dans une perspective plus échevelée. Les cadres aux murs sont de traviole, le décor se surcharge de bordels multiples, mais attention, on va lancer un peu plus la machine à découper les plans, ici très malicieuse. On reprend le motif sonore, comme avec "le" vaillant Mercier (rires, c'est drôle ça !), ou encore le gothisme de bon aloi des vampires karloffiens, mais on pousse la logique à bout, jusqu'à l'érection, encore, de la viande froide, c'est bon et pas du tout dans le sac justement, qui s'anime (la viande, suivez un peu...) mi-mécanique, comme une poupée de porcelaine, mi-jouée par une actrice, donc incarnée. Pas mal, troublant, grotesque et foutant drôlement les chocottes, bene ! Là, on voyait très bien l'excellence des castings italiens, la gourgandine voleuse étant délicieusement vulgaire, certes, mais complètement à l'unisson de la Mercerie primaire. C'est fabuleusement beau.

 

La conclusion, je vous en ne parle pas. Quand ça commence, en plan rapproché je me suis dit : "La vache, c'est ça qu'il faut faire : convoquer l'échafaudage grilletien !". Mais quand il élargit pour le plan final, je me suis dit : "Quel malpoli ! quel punk ! Je crois que je suis amoureuse !" Vous penserez à moi quand vous verrez la chose, car c'est tout ce que je vous raconte depuis bientôt 4 ans !

 

 

À moi de conclure, justement. Moi aussi, je vous aime. LES 3 VISAGES DE LA PEUR, thème et variations, mais pas si simplistes que ça, bien plus dans l'épure qu'on le panse (oh zut ! Pense, voulais-je dire !), enfonce tout, défonce la concurrence passée et à venir. Accidents, recherche, pas un plan inutile, jamais deux trucs qui se répètent, ultra-rythme, et supra-cassure de rythme, drôle, effrayant et grotesque et baigné dans le découpage le cadre et encore plus la photo dont je vous mets au défi d'essayer de comprendre comment elle a été préparée sur le plateau. C'est compliqué à mort, c'est intuitif et incarné encore plus.  Il est vivant, nous sommes tous morts ! Ce film est sublissime. CHEF-D'ŒUVRE TOTAL !

 

 

Bisous !

 

 

Votre dévoué docteur...

 

 

    

Publié dans Corpus Analogia

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Isaac Allendo 29/11/2008 21:08

Ca fait plaisir de te voir sortir de la cave docteur. Et comme je dis toujours, à l'heure où l'on nous balance du tunning gothique à toutes les sauces, rien de tel qu'une cure de Mario Bava.

sigismund 22/11/2008 17:03

s'il en est à propos d'un maitre si pauvre futile encore que votre idée de la justice...aah merde j'arrive pas...

très chouette chronique Docteur...faut que je m'y mette à Bava , faut que je m'y mette...