LEGER TREMBLEMENT DU PAYSAGE, un film écrit, réalisé, monté, décoré, costumé, objétisé, mixé et en partie sonorisé par Philippe Fernandez (France-2008)

Publié le par L'Ultime Saut Quantique

Voilà une chose délicate que de parler d'un film que peut-être personne (ou presque) n'a vu ni ne verra. En effet, LEGER TREMBLEMENT DU PAYSAGE dont je vais vous parler dans pas plus tard que dix lignes et pas mal de caractères, est, comme qui dirait, difficile à voir. Sa carrière est pour le moment cantonnée a une vie de festival (et une vie en festival, c'est déjà presque une petite mort dirons certains d'entres vous, à moins que...). C'est d'ailleurs à l'occasion d'un de ces festival, "Moutarde et Cinéma" , enfin je veux dire « CinémaScience » ( Deux « S » , deux « C » dixit le parrain du festival Jean-Jean Ja-Jacques Beuneix) que j'ai eu la chance de découvrir ce film. 

En attendant une hypothétique diffusion interplanétaire, la moindre des choses que je puisse faire, c'est de remplir mon job (qui n'en est toujours pas vraiment un puisque le prestigieux magazine CinéMaMaMia ne veut toujours pas m'embauché, diantre, cornegidouille...) 

L'histoire du film, je ne vous en parlerai pas puisqu'il s'agit d'un des heureux parti-pris du réalisateur qui est de ne pas en raconter, d'histoire. Donc pas vraiment de début, pas vraiment de fin, mais malgré tout une certaine "évolution" qui se dessine chez les personnages. Car il y a tout de même des personnages, à savoir principalement un peintre, un coureur automobile et deux enfants curieux... Et forcement, il subsiste quelques très minces éléments d'histoires qui se tissent autour d'eux. Néanmoins, l'essentiel n'est pas là, et nous avons davantage à faire à une succession de vignettes à la mode Roy Anderson (même si leur esthétique est totalement éloignée, Anderson étant magnifiquement tragico-dépressif et Fernandez plutôt superbement paisible...). 

Aussi plutôt que de recourir à ce qui semble être une obligation chez 97,63 pour sang des cinéastes, à savoir le champs/contre-champs et autres petites arlequineries, Fernandez privilégie des plans uniques tantôt fixes, tantôt en mouvement, toujours très posé et des cadrages assez larges. Bref ça respire! Very "épuré", I would say ! Mais ce n'est pas tout...   

Figurez vous un plan de demi-ensemble. Nous sommes dans un laboratoire, comme en atteste un plan de travail carrelé et le microscope posé dessus. Une femme vêtue d'une blouse blanche est en train d'effectuer une manipulation: elle applique quelque chose sur une fine plaque de verre et va la positionner sous la lunette de son microscope. Elle avance sa tête vers "l'œilleton" du microscope pour observer son objet d'étude, et clique sur un interrupteur qu'elle avait en main. Changement de plan. Une image toute blanche apparaît, ou presque puisque la surface n'est pas tout à fait lisse, mais légèrement granuleuse. On peut entendre la légère rumeur de ce qui pourrait être des insectes, mais rien ne bouge sur cette surface. Pourtant, à ce stade, il semblerait que nous ayons été projeté dans une vue subjective de la femme en blouse blanche, mais rien. C'est alors qu'un pinceau s'impose dans l'image et vient appliquer une peinture grisâtre sur la surface blanche. 

Voyez la simplicité d'une "idée" de cinéma. Vous avez été surpris, peut-être ému, ou alors cela vous a laissé totalement indifférent, il n'empêche que nous sommes bien en face d'une "idée" de cinéma. L'effet suscité par cette séquence ne peut être créé que par le montage et "l'idée" qui ne peut prendre toute son ampleur et sa beauté qu'une fois établie dans le film. Je veux dire que ce n'est pas juste quelque-chose d'intéressant sur la papier, il est même fort probable que l'on ne ressente rien si la chose est seulement lue.  

Evidement ce qu'il y a de plus simple est sûrement ce qu'il y a de plus beau, encore faut-il avoir l'idée et surtout cette nécessité de faire du cinéma. Il paraît clair que chez Philippe Fernandez cette nécessité est bien là. Et c'est par le détour de petites touches sensibles comme celle que je viens de décrire ainsi qu'une certaine distanciation que Fernandez nous procure moults sensations qui vont très certainement varier d'un spectateur à l'autre (et non pas une sensation qui serai dicté par l'auteur). Après tout, c'est un peu cela qu'on recherche quand on va au cinéma. Ajoutons à cela un certain décalage dans le jeu des acteurs ainsi qu'un très beau travail sur le son que l'on ne manquera pas d'apprécier...  

Et voilà un film qui, dans son propos, pourra paraître un brin naïf du fait du rapprochement de l'Homme avec la nature, l'art et la science, car c'est un peu de ça dont il s'agit, «"l'Homme" et l' "Univers" qui l'entoure, il n'en reste pas moins que LEGER TREMBLEMENT DU PAYSAGE forme une vrai proposition de cinéma à la fois personnelle, touchante et ambitieuse. Voilà qui fait du bien par où ça passe.    

L'Ultime Saut Quantique 

P.S : Malgré l'hispanicité intrinsèque au nom "Fernandez", figurez-vous que ce bougre est français! Comme quoi tout arrive. Ne désespérons pas! 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


Publié dans Pellicula Invisablae

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