CIGARETTE BURNS, de John Carpenter (série MASTERS OF HORROR, saison 1, épisode 8, USA-2006) : le cinéma est une chienne de l'enfer...

Publié le par Dr Devo


(Photo : "Je vous déteste tous" par Dr Devo)



Chers Focaliens,
 
Continuons notre escapade télévisuelle dans la série MASTERS OF HORROR. Je pioche encore une fois dans le sac rempli (de moins en moins) de cassettes HI-8, le plus beau des formats vidéo, je le rappelle, sur lesquelles un ami américain (Et oui ! Mais la comparaison s'arrête là !) m'a envoyé avec dévotion l'intégralité de la série dûment magnétoscopée à la télé U.S. Pour nous, petits français, nous aurons bientôt un motif pour nous arrêter de râler, car finalement la série s'apprête à sortir à la location sous peu, avant l'été (et à la vente à la rentrée).
 
Pioche ! Et c'est Carpenter qui sort ! Juste après l'ami Argento, qui arrive toujours au bon moment dans les afters. Ça tombe bien car Carpenter cite allègrement l'italien, dans un geste de copinage, le cinéma à l'ancienne, et magnifique du reste, de CIGARETTE BURNS passant le fabuleux PROFONDO ROSSO (LES FRISSONS DE L'ANGOISSE en français, c'est déjà moins bien, pour ce film qui sortit à l'époque en version censurée, mais qu'on peut désormais trouver intégral chez Wild Side, ouf !). Les transitions hasardeuses, même dans les sacs en plastiques, sont toujours les meilleures !
 
Cinémaaaaaa ! Norman Reedus (acteur inconnu dans mon bataillon) est exploitant. Directeur d'une belle salle de cinéma à l'ancienne donc, avec vaste balcon et superbes tentures rouge profond. Et les affaires ne vont pas si bien que ça, ce qui est la moindre des choses quand on possède un monoplexe ! Malgré tout, Reedus propose à ses spectateurs une superbe programmation (PROFONDO ROSSO, par exemple, au hasard !). Pour arrondir les fins de mois et surtout pour faire en sorte de ne pas devoir lâcher la boutique, Reedus a un deuxième métier qu'il exerce en parallèle : il trouve des copies de films incunables et très rares pour les collectionneurs privés, copies qu'il fait payer au prix d'or (quoique, on le verra...). Et Reedus est terriblement doué pour ça.
Il se fait convoquer en pleine nuit par Udo Kier, étrange personnage croulant sous l'argent. Celui-ci, immense collectionneur à la collection de films quasi-parfaite, propose à Reedus de mettre la main sur un film des plus rares, pour ne pas dire le plus rare, à savoir le fameux LA FIN ABSOLUE DU MONDE, mis en scène par un étrange réalisateur dont on n’a jamais retrouvé la trace. Peu de gens ont vu le film. Peu peuvent témoigner de ce qu'il contient, au point que le film est devenu un mythe et trimballe une légende phénoménale. En effet, le film n'aurait été montré qu'une seule fois il y a une vingtaine d'années, au festival de Stiges. Et la projection se serait mal terminée, puisque tous les spectateurs, rendus fous par le long métrage, se seraient assassinés dans un mémorable bain de sang ! Peu de survivants, donc !
Kier n'a jamais vu le film, mais collectionne tout ce qui s'y rapporte : accessoires, qu'il montre à Reedus, et aussi l’un des rares acteurs qui ait survécu, qu'il garde dans son salon, enchaîné ! L'homme ressemble plus à une créature difforme qu'autre chose, son corps squelettique et sa peau blanchâtre le faisant ressembler à un spectre plus qu'à un être humain. Incapable d’aligner un mot, la "chose" captive qui fut autrefois un acteur a deux plaies béantes et circulaires dans le dos, cicatrices ineffaçables. Devant le spectacle de ce monstre humain, devant l'aveu même de Kier qui se considère lui-même comme un monstre et un sale type, Reedus est épouvanté mais aussi fasciné. Comme Kier paye rubis sur l'ongle, il se met en marche tout de suite pour retrouver la copie.
Sa première démarche est de retrouver un excellent critique qui aurait assisté à la fameuse séance au festival de Stiges, mais qui depuis vit en reclus et s'est retiré des affaires...
 
Est-ce parce qu'on lui a laissé carte blanche ? En tout cas, John Carpenter ne s'est pas privé de parler bizness. Le scénario n'est pas de lui (comme souvent dans la série, c'était déjà le cas du film d’Argento), mais il n'empêche, on sent bien qu'il n'a pas été nécessaire de motiver beaucoup le gars Carpenter pour qu'il s'amuse avec sa copie ! Enfin bon, s'amuser, c'est vite dit...
Saluons tout d'abord la belle idée, simple mais magnifique, qui sous-tend le moyen métrage. Un film qui rend fou, un film qui plonge ses spectateurs dans la folie et dans le meurtre. Ne serait-ce que sur le papier, on se mord les doigts de ne pas avoir pensé à aborder le sujet auparavant. [Vous savez que j'aime les déclinaisons oulipiennes, et là encore je rêve d'une série, et même d'un nouveau genre, les films de "film qui rend fou". Avouez que ça serait classe... En même temps, certains ont déjà été faits...] 
Dans les faits, CIGARETTE BURNS remplit complètement le cahier des charges de la série. Progression linéaire (enfin... On va voir que ce n'est pas si simple !), héros hanté par son passé, puis rédemption (ou anti-rédemption), parcours initiatique irréversible (le temps détruit tout, mais l'éternité aussi, nous voilà propre), confrontation finale, retournement (ici anti-retournement par l'absurde), et belle progression fantastique classique. Sur ce dernier point et dans le ton général de cet épisode, Carpenter revient sur des chemins parallèles à certains qu'il a déjà foulés. La stagnation du temps qui n'est perturbé que par les événements d'Apocalypse (logiques et presque attendus, mais auxquels on ne se fait décidément pas, thème déjà abordé par la bande et par l'épisode, joli zeugma, réalisé par Stuart Gordon) sonnent dans un sombre écho, comme une variation sur, sans doute, l’un des deux ou trois plus beaux films de Carpenter : PRINCE DES TÉNÈBRES (film proprement hallucinant). Dans l'architecture globale des éléments que je viens de vous décrire, on pense également, et c'est d'une extrême logique, à L'ANTRE DE LA FOLIE, quoique, sur ce point, il convient d'être précis dans l'évocation ! Cette architecture, c'est bien normal, est celle, en fait, d'un récit lovecraftien très classique (d'où aussi un mimétisme avec le DREAMS IN THE WITCH HOUSE de Gordon). Normal dès lors qu'on puisse faire le parallèle avec L'ANTRE DE LA FOLIE, qui faisait moult appels du pied à l'auteur de Providence (Lovecraft était de Providence, USA, en Nouvelle-Angleterre, name dropping...). Malgré tout, il ne faut pas voir CIGARETTE BURNS comme un décalque ou un remake des films cités. Loin de là, le moyen-métrage possédant en effet sa propre logique et sa structure spécifique. Mais disons que sur certains détails, certaines articulations ou certains thèmes plus mineurs, on ne peut s'empêcher de voir ce nouveau cauchemar qu'est CIGARETTE BURNS comme une résonance des précédents, ce qui laisse pour le carpenterophile dévoué une nette impression de "j'ai déjà rêvé ça en à peine moins pire, faîtes que ça s'arrête", absolument ignoble. Mais pour celui qui passe par là sans avoir  vu le reste, la plongée au détour d'une série télé risque d'être également des plus violentes.
 
Ce qui frappe d'abord, et c'est le seul rapprochement que l’on puisse faire avec le JENIFER d'Argento (c'est d'ailleurs encore plus fort ici sans doute), c'est l'incroyable délimitation du temps imparti, l'appropriation tout bonnement soufflante avec laquelle Carpenter enclenche ses 52 minutes ! On ne sait jamais quand ça va s'arrêter, ni combien de temps s'est déjà écoulé, et la maîtrise du format est impeccable, et même plus : impressionnante. C'est dans cette étrange temporalité, et peut-être aussi dans le fait que le film est censé se dérouler dans plusieurs pays, sans qu'on ait, paradoxalement, l'impression de bouger (le montage fait le voyage), que le film enlise avec délice son spectateur avec le plus de force. Là encore, c'est une structure très cinématographique, ou mieux encore, très cinématographiquement payante, qui est utilisée : celle d'une espèce de slowburn (complètement anglo-saxon) vraiment étonnant. Le film avance, et il est axé sur une quête, sur la découverte d'indices (assez attendus en général, comme chez Lovecraft). La progression est linéaire, et l’on est en droit d'attendre un certain suspense. Mais à mesure que l'on avance, comme souvent dans les pires cauchemars, nous avons la nette impression que notre vitesse décroît, que nos pieds patinent dans l'asphalte mou et fondu qui colle aux semelles, que la progression est de plus en plus pénible. Prévisibilité du récit d'horreur, impression de course de plus en plus ralentie, pseudo-déplacements géographiques (et temporels fatalement), quelque chose coince, quelque chose grince, quelque chose ne va pas. Comme disaient nos amis poètes américains, il y a du sable dans la vaseline ! À ce point de sensation (qui court de la première à la dernière scène), je vous le dis, amis spectateurs, on est mûr ! Il n'y a plus qu'à cueillir. De cet enlisement naît le pire... Le récit est progressif, ne l'oublions pas, est initiatique aussi. Les bobines se succéderont sans fin, on n'y échappera pas, certes, mais on sait qu'à chaque marque de changement de bobine justement (ce que signifie l'expression anglo-saxonne "cigarette burns") le Pire est là, tapi quelque part, et de toute façon, sans aucun doute, en toute prévisibilité, ça va faire encore plus mal. Mais savoir cela ne change rien, n'arrange rien et ne met pas notre esprit dans l'attente et la résignation. L'attente du surgissement est quasiment immonde, et quand le Mal déboule, je vous le dis, on est mûr, les semelles bien engluées ! En un mot, quand ça se déchaîne, c'est l'Horreur, l’Impuissance, la Violence Indicible !
Euh, oui... Ben moi, je dis que faire endurer cela dans le cadre d'une série télé balisée, qu'on s'appelle Carpenter ou pas, chapeau ! Et bonjour l'angoisse. Vous êtes prévenus.
 
Voilà pour l'essentiel, et si j'étais honnête, je devrais m'arrêter là. On peut d'ailleurs passer amplement ce paragraphe, qui ne fera qu'évoquer quelques détails. Chemin faisant, Carpenter déploie en effet moult réflexions, grandes et petites, sur le cinéma et l’art. Il associe directement d’abord le Cinéma (ou l’Art, après tout) à une sorte de propagande, ou mieux, de terrorisme. Le réalisateur de LA FIN ABSOLUE DU MONDE est une espèce d’individualiste, un anarchiste absolu, vendu à son art corps et âme. Le film sera financé par des réseaux de contre-pouvoir ! Tant qu’à faire. Le cinéma n’est qu’un danger, un pari difficile à prendre, et pour cause : on joue, côté spectateurs comme côté concepteurs (artistes), sa propre vie. Le cinéma, c’est l’engagement. Pas politique, forcément, mais l’engagement d’une vie dans l’exploration des côtés les plus obscurs, avec ce que cela peut engendrer comme risques. De son côté, le spectateur, réceptif mais aussi démuni devant le film, est une victime potentielle. Comme dans son sommeil, on l'attaque pendant la projection au moment où il est le plus faible. Devant le film (ou devant un film), il est dans la position la plus sensible : éveillé mais soumis à la narration et aux idées d’un autre, prêt à recevoir les pires horreurs, lui aussi risque sa vie.  Sur un plan plus social, le cinéphile est stigmatisé comme un collectionneur obligé d’une passion mortifère elle aussi, cherchant un horizon inatteignable (il y a toujours un film qui nous manque cruellement), et cherchant sans cesse une dose plus forte. C’est l’addiction (Carpenter met bien le doigt dessus d’ailleurs : le risque du parcours des collectionneurs et de rats de cinémathèques est le plus grand et le plus destructeur, et finalement, la fin de CIGARETTE BURNS avec le retour d’un personnage qui a introduit la quête (je vous laisse la surprise), est une façon de remettre le film au cœur du débat, et non pas la recherche du film et le fantasme a priori d’une dose encore plus forte. Les rats de cinémathèques, qui voient tout et veulent tout voir en encyclopédistes, sont des gens déjà morts !).
L’autre point plus important, comme je l’ai dit, c’est le but de la création cinématographique. Pas de réponse précise ici, mais Carpenter recentre le débat. Un film, sans aucun doute, doit viser l’Ultime, le Sublime, et doit tout remettre en cause. Pas étonnant dès lors que le réalisateur de la FIN ABSOLUE DU MONDE ait intéressé certains cercles de pouvoir. Carpenter donne une vision du cinéma qui finalement se révèle punk : le sublimissime ou rien du tout. L’aspect fantastique de CIGARETTE BURNS n’est sans doute pas que le film rende les gens fous, mais que celui-ci réunisse, dans un endroit inédit et commun, le spectateur, les concepteurs et l’objet. La bobine, la salle de cinéma, la caméra (la superbe séquence de torture), le spectateur, les acteurs, etc., matériel, support, fiction, c'est-à-dire le matériel comme le narratif (le concret et le pensé), tout cela valse dans un espace commun, dans un no man’s land inédit. Et c’est ça qui fait peur. Du coup, et dans le film de Carpenter et dans LA FIN ABSOLUE DU MONDE, nous sommes, comme eux, tous victimes du Temps, à sa merci. Et ça saigne ! Carpenter a donc eu le nez creux en faisant patiner cette temporalité, en nous y engluant pour mieux nous soumettre aux pires des violences, aux plus brutales et aux plus injustifiées (quoique…).
Je note que tous les personnages ont misé leur vie sur le Cinéma, mais qu’aucun n’est plus un spectateur normal, ou un concepteur normal. L’objet-film n’est plus qu’une variable dans leur addiction, et finalement, peut-être, la FIN ABSOLUE DU MONDE remet le film au cœur du débat (même le réalisateur est absent, perdu de vue depuis longtemps). C’est le film qui se venge. Comme si Carpenter nous disait que quand le cinéma cesse de viser le Beau ou l’Ultime, cesse de vouloir être le plus beau du monde, quand il n’est qu’une petite chose, un nom sur une liste, le retour de bâton est ultra-violent. Comme disait, et je le paraphrase, Robbe-Grillet, il faut se méfier d’un auteur qui n’aurait pas l’ambition d’avoir écrit le plus grand livre du Monde ! Et c’est peut-être ça que raconte CIGARETTE BURNS. La vengeance de Cinéma ou la vengeance du Film, deux personnages oubliés. [Allez faire un tour sur les forums de cinéma et vous verrez de quoi je parle. Beaucoup de cinéphiles cherchent à voir le plus de choses possibles. Au bout de quelques pages, vous aurez la nette impression que les films vus ne sont quasiment plus que des dates. Après avoir parcouru quelques forums, vous verrez que vous serez incapables de dire quels films ont compté le plus pour eux et quelles sont les choses que ces cinéphiles retiennent. Le cinéma est devenu un objet de collection et d’appréciation. Si les critiques parlaient de mise en scène de temps en temps, peut-être cette volonté d’allonger la liste sans jugement de rupture, disparaîtrait (c'est-à-dire sans qu’un film marque une étape et engage irrémédiablement la vie du cinéphile dans une direction inédite sans que l’on ne puisse jamais rebrousser chemin… Comment dire… Comme quand vous voyez un Derek Jarman pour la première fois : si vous appréciez le film, c’est un point de non-retour, et vous êtes obligés de faire un tri ensuite, de comparer avec le reste de votre vie cinéphilique…). Mais là, pour le moment, ce n’est pas le cas, tout finit par se valoir.] Le plus dérangeant finalement dans le film de Carpenter est qu’il met le doigt dessus, encore une fois. Y-a-t-il un seul personnage qui soit encore conscient qu’un film est un enjeu, un monde, et non pas un nom sur la liste ? Aucun, sans doute même pas le Héros qui lui, justement, est à mi-chemin… ce qui est assez normal (et intéressant) car il est aussi exploitant, il a une boutique à faire tourner, des dettes d’argent à éponger. [CIGARETTE BURNS, sans insister, montre aussi bien ça : dans le cinéma, tout se monnaye, du producteur au spectateur, tout est question d’argent.]
Il y en a un, en fait, qui est encore conscient de voir des films, et qui met, et pour cause, le film au cœur de tout. C’est le projectionniste ! C’est lui, l’élément le plus faible, le dernier maillon de la chaîne, moins important qu’un caissier ou qu’un spectateur, c’est lui qui a, paradoxalement le dernier mot. [Le projectionniste est souvent très mal payé, moins qu’un agent de sécurité par exemple. C’est le bout du bout de la fin de la chaîne !] Carpenter le fait apparaître brièvement, mais avec humour. Reprenant à son compte la théorie de Raul Ruiz (le spectateur, en clignant des yeux, refait forcément le montage du film et de fait, chaque nouvelle vision d’un seul film révèle à chaque fois un film différent ; et aussi la théorie selon laquelle il est impératif de dormir toujours quelques minutes pendant la séance), Carpenter nous montre le projectionniste enlever sur la pellicule de chaque film un photogramme. Pas douze, un seulement sur les 90x60x24 que contient un film d’une heure trente ! Il l’enlève, met le photogramme dans un classeur, et c’est tout. Encore un collectionneur, me direz-vous ? Non, il fait, sans rire, le director’s cut du film ! Ainsi, chaque copie d’un même film est unique, c’est même à chaque fois un film différent. Le projectionniste, c’est aussi lui, le maillon le plus inutile (paradoxalement) et le plus méprisé de la chaîne. [Un cinéma gagne plus d’argent quand vous achetez un coca-cola que quand vous payez votre place. Alors, le projectionniste, oui, symboliquement et concrètement, c’est l’élément le plus accessoire de l’Industrie Cinématographique, et encore, ça ne va pas s’améliorer dans les années à venir pour les raisons que vous pouvez deviner.] C’est le projectionniste qui fait le director’s cut ! Que c’est drôle et que c’est vrai ! En tout cas, par l’opération d’enlever un photogramme à chaque film, il personnalise le film, en fait un objet unique, remet le film au centre. CQFD.
 
Un autre passage du film est superbe, drôle et féroce comme un doigt tendu à tous. Celui de la torture parisienne, que je ne dévoilerai pas ici. Finalement, quel est l’enfer dans CIGARETTE BURNS ? La captation en temps réel sur support audiovisuel ! Le cinéma sans montage, le cinéma vérité ! Soit ça donne Videogag, soit c’est du snuff-movie ! Ce sont deux éléments d’une même chaîne. Et là aussi, le film se venge et remplace violemment champ et contrechamp. C’est toujours la même dialectique : le film finit par reprendre ses droits. Il y a dans cette scène quelque chose d’obscène, une chose taboue, interdite, que l’on n’a pas le droit de faire. C’est sans doute le point zéro du film, son enfer atomique. Après ça, le film bascule dans le tout Lovecraft, dans le déchaînement de l’horreur. Méchant retour de bâton. Le cinéma, c'est le montage. L'ami Carpenter, sur ce point, est bien d'accord avec moi ! [Laissez-moi frimer un peu...]
 
Question mise en scène, le film est beau. C’est le montage qui impressionne le plus. La photo est très soignée (par Attila Szalay, qui avait aussi fait celle de JENIFER), et la musique composée par le fiston Carpenter n’est pas sans rappeler l’Italie. Les acteurs assurent tranquillement, plutôt dévoués. C’est la gestion de ce rythme étrange qui est encore le point le plus frappant. Mais il me semble en avoir déjà trop dit. Exceptionnellement, je m’arrête là… L’essentiel est dit.
 
Vous pouvez rentrer chez vous…
 
Passionnément Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Publié dans Lucarnus Magica

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Tchoulkatourine 13/02/2007 01:04

En tant que lecteur, je puis vous dire que vos lecteurs sont des ingrats : pas un commentaire sur ce superbe article. Vous mettez le doigt sur un point qui fait mal : l'accumulation de référence, le cinéma SICAV via cette vengeance du cinéma. Merci pour cette séquence du spectateur ! Bon par contre, tout ce discours sur la manipulation/propagande/"Leni, elle s'appelle Leni", j'ai tendance à en donner moins de poids.  Je pense que Carpenter s'en moque aussi de par les effets comiques mis en place (au fond, les bribes du film sont grand-grand-guignolesques tout comme les allusions lourdement répétées sur son aspect sanglant). Hop, un pas en plus : Golden Parachute. Alors j'appelle à  la rescousse, une bonne valeur obligataire à 5% de rente dans les cocktails avec la très courue  prime compensatoire de 3000 euros en stock options pour les débats d'insultes associés  . Robbe Grillet, donc,  dans une série d'entretiens au moment où il fit passer ses archives à l'IMEC disait  :'j'écris parce que je ne sais pas, parce que je ne comprends pas le monde". D'une certaine manière un point qui me plaît chez Carpenter, c'est cette manière de ramener tout le monde à dos comme je puis le percevoir dans Escape from L.A., The Thing, voire pour une main dans le Prince des Ténèbres ... Comme vous le mentionnez dans votre article, les scouts du cinéma "sans montage, bio, élevé au grain "/réel/Vrai/Pur (vous savez comme on dit après au moment des procès douteux ensuite tenus par ces tenants) en prennent aussi pour leur grade , je pense par ailleurs que ceux qui y mettent leur vie tout comme leurs trippes  ! (le "rendu à l'écran" est du reste une des plus belle scène du film). Et c'est là, encore,  que j'apprécie Carpenter, qui ici aux trippes préfère donc la farce, dans sa distance, la distance totale qu'il prend vis à vis du cinéma, même. (enfin le mot, ce n'est peut-être pas distance, ce serait plutôt lucidité ou le courage de dire aussi que lui, il ne sait pas et que ce n'est peut-être pas la bonne question). Bon par contre, contrainte liée au format, même si cela tombe assez bien pour un film qui est censé nous parler d'une oeuvre en format Super Roots (comme on dit chez les créatifs)  , la photographie/éclairage et  les cannons lyophylisés de la direction artistique "série TV qui cartonne"  : je vous le dit tout net, cela ne passera pas par moi (enfin, j'exagère, j'irai pas dire du bien, c'est tout).