PIRE EXPRESS, épisode No2: La Bête à 1000 Yeux...

Publié le par Dr Devo, Mr Mort et Jane Archer

(Photo: "Des Beaux Arts" par Dr Devo, d'après une photo de Christina Ricci dans le film BLACK SNAKE MOAN.)

 

 

 

 

 

Chères Lectrices,

Et hop, voici déjà l'épisode 2 de notre nouvelle série PIRE EXPRESS qui ne parle non pas des pires films du Monde, mais qui analyse de manière subjective et express des films dont nous n'avions pas pu parler auparavant, gageant qu'un petit article c'est quand même mieux "moins pire" que rien du tout. L'article et toujours écrit à six mains (je ne vous dis pas comment c'est dur pour la frappe!) par votre serviteur, Mr Mort et Jane Archer qui continue son grand retour...

 

Aujourd'hui, après avoir jeté un œil dans le précédent épisode sur les films vus en salle, nous nous penchons sur les films vus en dividis, en espérant que la sélection soit un peu meilleure...

 

Dr Devo.

 

 

 

 

 

SOEURS DE GLACE (DECOYS) de Matthew Hastings (Canada-2004)

Allez, zou, on commence par un direct-to-video qu'on aurait bien aimé voir critiqué sous la plume précieuse de notre ami et collaborateur Ludo Z-Man! DECOYS, titre original de ce SOEURS DE GLACE qui a l'avantage pour le critique d'être plus court et moins débile, raconte, tenez-vous bien, l'arrivée sur le campus enneigé d'une petite ville du Canada de deux sœurs trèèèès très jolies et pas farouches du tout, puisqu'elles se jettent dans le bras de notre héros et de son pote pourtant assez gras et laid! Et pour cause, mon ami! Les deux frangines cachent un terrible secret: elles aiment le froid et la glace, craignent le feu, et aiment coucher avec tout le monde... D'ailleurs, les cadavres s'accumulent sur le campus (prononcez "campu"): à chaque fois, il s'agit des garçons, retrouvés "frigorifiés de l'intérieur en plein acte sexuel"! Etrange... Quel est le secret de ces deux petites allumeuses venues de l'Espace?

Matthew Hastings a eu une "bonne" idée, enfin une idée du moins: mélanger la série B horrifique avec le film de collège d'obédience AMERICAM PIE! Si, si... Joué à la truelle par des acteurs splendouillets mais bien souvent totalement incompétents, DECOYS s'avance donc sur les deux tableaux, fantastique et potache, de la manière la plus stupide qui soit, c'est à dire en divisant les nuances en deux compartiments étanches. Soit on rit, soit on a peur, mais jamais les deux ensemble. Côté mise en scène, c'est du travail de yes-man (au mieux!), strictement sans intérêt et rempli de poncifs qui nous donnent l'impression d'avoir déjà vu ça 12,000 fois. Bien. On est donc très loin du petit soin artisanal ou passionné d'un David DeCoteau, comme dans LEECHES par exemple! Les effets spéciaux sont très croquignolets et ratés. Mais, le plus splendouillet est sans doute le scénario, complètement improbable et débilosse. Ces petites nymphos venues de l'espace et d'une autre galaxie, ont choisis de coloniser et féconder (sic!) les mâles de ce campus en visitant le site de l'université sur internet (pas connes, les frangines aliens!). C'est quand même un morceau dur à avaler! Tout cela est érotique comme un robot mixer Moulinex, et comme disait Stephen King qui n'a pas écrit que des conneries, les parties "comédie" de ce film sont horribles, et les parties "horreur" très comiques... Ceux qui iront jusqu'au bout découvriront un autre aspect du film, à la fin, lorsque DECOYS essaiera de devenir émouvant et mélodramatique! Une totale réussite! Bravo les cousins!

 

 

 

 

DEAD SILENCE de James Wan (USA, 2007)

On sait que le Docteur Devo est un peu masochiste et qu'il vit (et chroniqua) les 3 premiers films de la série SAW, très côtée mais totalement stupide. James Wan, créateur du concept et réalisateur du premier SAW, film trèèèès mal écrit, et pas bien réalisé, revient ici avec l'histoire d'un homme qui retourne dans sa ville natale enquêter sur le meurtre de sa femme qui pourrait être lié à une poupée ventriloque, sans doute possédée...

Et bien, personne parmi nous n'aurait parié sur un tel film, ni sur un tel réalisateur! Tourné en scope, et plutôt richement doté, DEAD SILENCE (car, dans le film, la victime qui crie pendant son agression est sûre de mourir!) est un film de facture classique, au décorum plutôt classieux, mais tout à fait soigné. Wan arrive assez facilement à ne pas faire sombrer cette histoire de poupée tueuse dans le ridicule et maintient tout au long du film un ton premier degré tout à fait justifié qui sert un récit classique mais d'une belle facture gothique qui sait utiliser, notamment, des décors subjectifs et assez beaux. La musique est un peu omniprésente, mais sans que ce soit rédhibitoire, et les acteurs naviguent entre le A et le B plutôt avec tact. En tout cas, on est très loin du médiocrissime dispositif de non-mise en scène de SAW. Tout cela tend vers une bonne maitrise du rythme et des effets, et le twist eplicatif (très court), plus maladroit, ne gâche pasle plaisir de l'ensemble. Débarrassé de sa volonté de prosélytisme opportuniste et branchouille, Wan se révèle un artisan assez correct, et très sérieux. Une bonne série B, assez richement dotée, et trahissant un vrai amour du gothique. Pas mal.

 

 

 

L'EMPRISE de Sydney J. Furie (USA, 1981)

Voilà un classique des années 80 ! En voyant la chose, j'ai réalisé un fantasme enfantin, car combien de fois ai-je vu la jaquette de la VHS trôner dans la vitrine des vidéoclubs alors que j'étais encore en culottes courtes, mias sans pouvoir le louer?

Barbara Hershey, grande actrice (revoyez BREAKFAST PF CHAMPIONS pour vous en convaincre), est une jeune mère célibataire qui élève seule ses trois enfants (deux petits et un grand, quasiment adulte). Du jour au lendemain et sans prévenir (rires), elle sombre dans l'horreur totale. En effet, chaque soir, une présence invisible la frappe violement et la viole tout court! On l'oriente très vite vers Ron Silver (tout jeunot!), un psy qui va essayer de découvrir ce qui se cache derrière cette névrose...

Je n'attendais absolument rien de Furie, réalisateur de AIGLE DE FER 3 (ou 2?) que je vis en salle à l'époque où j'étais, justement en culottes courtes, et qui était un mix enter RAMBO et TOP GUN des plus débiles.

Ici, l'entame est magnifique. Un générique qui démarre sur les chapeaux de roue, nous balance dans l'action et le quotidien du film alors que celle-ci a déjà commencé. Ces premières minutes sont très bien cadrées, très bien montées, et constituent une entrée en matière originale, nerveuse et synthétique qui met en place le contexte du film en trois minutes au lieu de 20! Clap clap clap! Quatre minute plus tard, c'est la première agression invisible, et là mes cocos, je dois vous dire qu'on n'en menait pas large. La violence, simple mais ignoble (une baffe, et une lèvre qui saigne légèrement) explose à la figure de manière impressionnante, soutenue par un dispositif sonore superbe et angoissant, à savoir des tenues de notes courtes et répétitives à la guitare électrique soutenue par autant de coup de grosse caisse à la batterie. Cette bizarrerie a deux avantages, non, trois avantages: on est happé par le film en une seconde, le suspens est hallucinant, et on accepte tout de suite le parti-pris un peu loufoque du film (une femme violée tous les jours par un fantôme ou le diable, ou que sais-je!).

La suite est du même acabit et très angoissant, voire même désespérant. Les séquences diurnes nous plongent dans le désarroi le plus total, celui de l'héroïne, et nous angoisse, car on sait qu'il va falloir rentrer chez soi le soir pour subir ce qu'on a déjà subi. De ce point de vue, fantastique mais simple et sans chichi, on s'identifie complètement au calvaire de la pauvre Hershey. En alternant quatre ou cinq séquences, Furie construit un tableau bien plus convaincant que ces horribles films de studios sur le viol ou la violence conjugale (comme LES ACCUSES), je vous assure. On retrouve ici tout le savoir faire et la poésie du cinéma fantastique américain lorsqu'il est à son meilleur. L'EMPRISE réussit en effet à jouer du scénario et des séquences plus instinctives d'une part, et aussi à entremêler de manière humaine et touchante la métaphore (la névrose d'une femme seule et délaissée) et le fantastique brut. Les deux sont emmêlés.  Le mélange inextricable et subjective du social et du fantastique est bouleversant et angoissant, dans la pure tradition américaine, et même anglo-saxonne, qu'on retrouve aussi bien dans certains films de la Hammer (même si, ici, on en est très loin), que dans LES INNOCENTS de Jack Clayton (un des plus beaux films que j'ai eu l'occasion de voir!) ou dans le cinéma horrifique américain des années 70-80. Bref, c'est un film fantastique, social, psychologique et totalement horrifique. C'est un genre qui s'est perdu dans les décennies suivantes: le film d'horreur adulte!

Furie soigne ces cadres, abuse avec justesse de son dispositif sonore, et le tout a un sacré rythme. Bravo.

Malheureusement ce n'est pas tout! L'EMPRISE est coécrit par Frank De Felitta, d'après un de ses romans. Ca ne vous dit rien, et c'est bien normal! En tout cas, dans la deuxième partie du film, l'héroïne se tourne vers des parapsychologues qui vont par conséquent envahir le film en toute impunité... Et là, c'est la catastrophe intergalactique. De Felitta, romancier et scénariste en vogue à cette époque, est alors connu à Hollywood pour ses positions idéologiques: il croie dur comme fer, et dans un total premier degré, au surnaturel. Sous son influence, le film vire complètement. Adieu la métaphore humaine et sociale, et bonjour le grand guignol. Avec le plus grand sérieux, De Felitta nous explique que tout cela est vraiment dû au Diable ou à une présence semi-mystique semi-physique venue d'une autre dimension! D'ailleurs, ce film est tiré d'une histoire vraie! Dés que les parapsychologues débarquent, L'EMPRISE tombe dans le n'importe quoi. Les acteurs sont épouvantables, la mise en scène se dégonfle comme un soufflet, et le rythme est pitoyable. Si vous vous voulez, on passe du fantastique adulte, austère et presque expérimental (je force un peu le trait) au pire nanardisme américain qui cartonnait aussi à l'époque, dans la lignée des débilistiques AMITYVILLE. On se retrouve alors dans un style prosélyte et stupide qu'on retrouve aussi dans le récent L'EXORCISME D'EMILY ROSE.  L'EMPRISE devient alors l'opposé de sa première heure: un film de lobbying, mêlant le religieux (puritain, en plus!) et le parapsychologique tout à fait premier degré. Evidemment, on a l'impression d'être trompé, que les producteurs ont retourné leur veste à notre insu. Cinématographiquement, le changement est aussi de taille...

 

Bref, L'EMPRISE est un cas d'école! Ce n'est pas un film, mais deux. Une première partie splendide, et une deuxième complètement nulle et viciée idéologiquement. Reste que la première heure vaut largement le détour et le déplacement. Le cinéphile focalien, lui, regrettera jusqu'à la fin des temps que le film ait muté de la sorte en cours de route. Je ne suis pas favorable au remake, mais pour le coup, ça serait rigolo de faire un remake au plan de la première partie, et d'écrire ensuite un deuxième acte qui reprenne les superbes qualités de la mise en scène primitive de Furie, et qui prolonge le ton sombre, adulte et triste du début du film...

 

 

 

DHARAM VEER de Manmohan Desai (Inde-1977)

Sans transition, allons faire une tour du côté de Bollywood avec ce mélodrame flamboyant mêlant film à costumes, intrigues royales, trahisons, amours impossibles ou contrariées, et bien sûr la chatoyante comédie musicale... Alors, z'yva les frères jumeaux qui ne le savent pas (qu'ils sont jumeaux), les califes sournois et manipulateurs, les échanges de bébés à la naissance, les belles gitanes (oui, il y a des gitans en Inde!) amoureuses des jeunes princes, etc... DHARAM VEER  est semble-t-il un classique bollywoodien.

Bon, on ne va pas tourner autour du pot: ce film est globalement assez médiocre, quoique splendouillet. On est dans une facture plutôt basse, sans doute en dessous de ce que peut faire Bollywood. Le cadre est médiocre, le montage est quelquefois catastrophique (mais drôle), les scènes de combat n'ont rien à envier à SAN KU KAI. La ligne narrative, très alambiquée, est classiquement bollywoodienne. Les chorégraphies sont assez débiles, notamment celles avec des tambourins qui nous fit mourir de rires, le Marquis et moi lorsque nous vîmes la chose. Durée du court-métrage: 2h45!

 

Mais, la vérité est ailleurs! Si le film est globalement médiocre, voire nanardisant, soit, il faut absolument le voir, car la vision de DHARAM VEER pourrait être une expérience totalement inédite dans votre vie de cinéphile!

Le Marquis a trouvé ce dvd dans un bac à solde. C'est un dvd indien, certes, mais en version internationale. La copie est "restaurée" (enfin, c'est ce qu'ils disent) et les sous-titres disponibles dans un nombre impressionnant de langues, dont le français. Le film démarre et dés le début de la première séquence, musicale bien sûr, j'entends le Marquis (qui avait déjà vu le film) ricaner, et même pleurer de rire! Je comprends vite la source de son émoi, lorsque le héros commence à chanter les paroles suivantes: "L'amour est 7éme merveille du monde, les ciseaux étant huitième!" Wow! CA DEMARRE FORT. Et bien, chère lectrice, figurez-vous que cette première phrase est la plus sensée de tout le film. Après, c'est n'importe quoi...

 

Je m'explique. DHARAM VEER, en l'état du moins, est une sublime expérience absurdo-linguisto-cinématographique. Un film expérimental! Le petit gars qui a fait les sous-titres a trouvé la bonne solution. Il a passé le texte (sans doute d'après une mauvaise traduction en anglais) au traducteur automatique Google! Ni plus, ni moins! En tout cas, ce sous-titreur ne parle pas un mot de français. Du coup, cet énième avatar, fut-il un classique, de l'industrie cinématographique bollywoodienne devient un moment de pur cinéma expérimental et un ovni sémantique. Pendant TOUT le film, les sous-titres sont en mauvais franglais où le vocabulaire et la syntaxe sont maltraités (violés même!) et par conséquent voire le film est une expérience aussi douloureuse que drôlissime. L'intrigue est déjà très compliquée, avec ses deux ou trois mille sous-intrigues toutes entremêlées dans une toile d'araignée mélo, comme Bollywood sait si bien le faire. Ne parlant pas l'indien ni le Google, la lecture des sous-titres de ce film, classiquement bavardau demeurant, devient une espèce de mission suicide, où le cerveau jongle avec des phrases incompréhensibles (mais pas totalement), des situations alambiquées et des informations visuelles ultra-kitchs. On finit, à peu près, par rassembler les pièces difformes de ce puzzle surréaliste. Le cerveau oscille entre concentration extrême et laisser-aller. Au bout de 30 minutes de film, l'expérience devient sensorielle. On ressort du visionnage groggy, impuissant et lessivé par tant de poésie paratextuelle et absurde. DHARAM VEER malgré sa facture classiquement médiocre est donc un voyage hors du commun dans la 69éme dimension, et contient trois produits dans un même dévédé: un film étrange (du coup!), une étude précise des avancées bouleversantes de la recherche informatique et linguistique, et un simulateur parfait de troubles du langage.

Inutile de vous dire que tout cela vaut le détour.

(Si le Marquis passe par là, qu'il ne se prive pas de nous mettre en commentaire de cet article quelques perlouses issues des sous-titres!)

 

 

 

Dr Devo, Jane Archer et Mr Mort.

 

Publié dans Corpus Analogia

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Dr Devo 16/12/2008 19:04

Mon Dieu, quelle abnégation, cher Z-Man! Le premier fait déjà moyennement rire! Je vous croie sur parole et passe mon tour...Dr Devo.

Ludo Z-Man 16/12/2008 18:41

Alors je tiens à dire que entre temps, j'ai vu DECOYS 2 (sous titré ALIEN SEDUCTION), suite du SOEURS DE GLACE dont cette chronique rend compte assez justement, et c'est encore pire, parce que ca se veut moins Z, plus soigné mais tout aussi insipide et surtout c'est d'une mollesse incroyable. Resultat : DECOYS faisait peut-être rire à contre-temps, DECOYS 2 ne fait plus rire du tout !