KILLER PUSSY de Takao Nakano (Japon-2004): What's New, Pussycat? Wooow ooooh ooohh! (air connu)

Publié le par Ludo Z-Man


[Photo: "IN THE CUT" par Ludo Z-Man d'après une planche de la bande dessinée "BLACK HOLE" de Charles Burns]

 


Je crois que je vais me spécialiser dans les films de monstres, moi, sur Focale. Bon en tous cas, après les mutants à la plage, je vais m'attaquer à un type de monstre un peu délicat, le bien nommé (soyons scientifiques) VAGINA DENTATA (dentata du latin « avec des dents » et vagina du... enfin... vous avez compris tous seuls, non ?)

 



Nous débutons notre histoire en compagnie d'un groupe d'explorateurs et de scientifiques, s'aventurant en pleine forêt amazonienne dans le but de trouver un MacGuffin, au sens hitchcockien du terme, bref un truc dont tout le monde se fout éperdument et que vous aurez oublié à la fin du film. Au lieu de ça, ils tombent sur une étrange créature aquatique qui semble terrifier les autochtones. En effet, la sale bestiole finit par s'attaquer à une des membres de l'expédition et la tue en la pénétrant par une voie des plus intime. Générique, carton "Un an plus tard". Cinq touristes ont la drôle d'idée de venir passer leurs vacances dans le coin et de tomber en panne en pleine cambrousse. Ils échouent alors dans un bunker abandonné, pas franchement accueillant (avec une grosse pancarte "Danger, n'entrez surtout pas") dans lequel ils décident de passer la nuit et de faire la fête. Les filles se déshabillent, les gars trouvent des magazines pornos pour se stimuler et on danse allégrement sur du garage rock nippon très bruyant. Mais pris dans leur frénésie sex, drugs & rock'n roll,  ils ne savent pas  encore qu'un intrus va se joindre à la petite fête, la fameuse créature étant toujours dans le coin et ne demandant qu'à être libérée. 

 



Evidemment, toute l'originalité du film réside dans le mode opératoire du monstre qui en possédant des corps féminins pour s'en servir comme arme, réactive la figure de la prédatrice sexuelle et le mythe du vagina dentata qui doit forcément vous évoquer quelque chose si vous avez vu le récent TEETH (chroniqué dans ces colonnes par le docteur) qui se servait du mythe pour évoquer l'initiation à la sexualité d'une jeune lycéenne puritaine. Mais le rapport entre TEETH et KILLER PUSSY (qui lui est antérieur) s'arrête là. Dés les premières images, la forme ne laisse aucune ambiguïté : nous sommes dans une pure série Z fauchée avec un look brut de décoffrage, une interprétation en roue libre et des effets spéciaux qui mêlent allégrement trucages numériques pourris et créatures en caoutchouc. On est en terrain connu. Cela dit, il convient de présenter le bonhomme, Takao Nakano étant l'un des plus fameux artisans du V-Cinéma qu'on pourrait voir comme un équivalent des Direct To Vidéo américains (ces films directement produits pour le marché du DVD ou des chaînes câblées) mais qui s'est imposé au Japon comme une véritable cinématographie parallèle qui a permis à certains cinéastes connus de débuter (c'est le cas pour Kiyoshi Kurosawa) ou de venir se lâcher (comme pour Takashi Miike). Dés ses débuts dans le cinéma pornographique, Nakano importe au sein de ses films une imagerie délirante issue des mangas et du cinéma populaire nippon. S'il se tourne par la suite vers un cinéma plus "traditionnel" (ouais, enfin, c'est vraiment façon de parler...), Nakano continue de concevoir ses films comme un catalogue de clichés ponctionnés des kaiju-eiga et des films d'horreurs qui l'ont traumatisés, le tout passé au crible de son imaginaire érotique débridé.    

 



KILLER PUSSY peut donc se voir comme un film d'exploitation qui s'inscrirait dans le domaine de la parodie érotique, impression accentuée par l'interprétation outrée des acteurs qui font basculer les personnages dans la caricature la plus vulgaire. Toujours dans l'esprit "bricolage cheap", Nakano ne recule pas devant les emprunts musicaux, et le cinéphile qui ne se sera pas laissé distraire par les tendances exhibitionnistes des jeunes comédiennes du film pourra reconnaître au choix des bouts des BO de DANGER : DIABOLIK ou encore du VAMPYROS LESBOS de Jesus Franco. Une filiation pas si absurde, car même si Nakano ne fait jamais ici preuve du talent qui a donné les films les plus fascinants du prolifique cinéaste espagnol, il n'en reste pas moins qu'on y retrouve à chaque fois une érotomanie joyeusement décomplexée qui fait rentrer Nakano dans la catégorie pas moins sympathique des cinéastes obsédés sexuels et fiers de l'être. Chez lui, chaque thème (les monstres nippons), chaque mode (le cosplay ou la fascination pour les uniformes), chaque discipline (la lutte féminine dégénérant en ébats lesbiens), chaque fétichisme, chaque déviance est prétexte à un détournement ludique érigé en climax érotique. Au détour d'une scène, où l'une des héroïnes se délassant dans un bon bain est agressée par une créature zombie qui introduit en elle le parasite fatal, on pense inévitablement au FRISSONS de David Cronenberg, dont KILLER PUSSY pourrait être une sorte de remake potache : en effet, paradoxalement, la présence du parasite et la contamination progressive des protagonistes n'occasionne en rien une terreur phobique du contact sexuel mais au contraire débouche un grand élan de frénésie érotique quasi-apocalyptique.

 



Loin des raffinements d'esthète qui caractérisaient les pinku eiga des années 70, KILLER PUSSY éclabousse son érotisme somme toute assez soft (les actrices gardent en effet leur petite culotte, bien que d'ailleurs, Nakano s'amuse avec la censure en nous gratifiant de gros plans du fameux vagin denté et même d'un coït... vu de l'intérieur !) de gerbes de sang, de tripailles et autres fluides corporels gluants et visqueux. Rien de bien malsain en fait, mais un délire cartoonesque proche du n'importe quoi absolu, pour peu qu'on passe sur le mauvais goût hystérique de l'ensemble (dans le genre interprétation effroyable, ça se pose là quand même !) mais qui, je l'avoue, m'a globalement bien plus amusé que la plupart des productions vidéo que je visionne habituellement. Jadis, le critique Michael Weldon avait utilisé le mot "psychotronique" pour designer des films qui défiait toute forme d'analyse critique. Bien qu'on ait utilisé ce terme un peu n'importe comment depuis, il me semble que KILLER PUSSY mérite amplement ce qualificatif.

 



Ludo Z-Man.






Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !





Publié dans Corpus Analogia

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Epikt 08/12/2008 22:52

Qu'on se le dise, Takao Nakano est un génie.Il est même bien possible qu'en réalité il soit Dieu (celui des amateurs de tentacules au moins).