LA COMPAGNIE DES LOUPS de Neil Jordan (UK-1984) + RAPTOR de Jim Wynorski (USA-2001) : celui qui n'a jamais été seul au moins une fois dans sa vie.

Publié le par Le Marquis

 

 

(photo: "Bannière" par Dr Devo et Le Marquis)

Réalisé en 1984, LA COMPAGNIE DES LOUPS est un film à part. C’est à la fois l’œuvre la plus aboutie de son réalisateur, l’une des rares réussites du film à sketches, le meilleur film consacré au mythe du loup-garou, une adaptation inégalée du conte du Petit Chaperon Rouge, et l’un des plus beaux films fantastiques des années 80. Réalisateur d’une piètre adaptation du beau roman d’Anne Rice avec ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE, Neil Jordan est un cinéaste qui vaut mieux que cet opus académique et maladroit, et son approche, qu’elle plaise ou pas selon les cas, se caractérise toujours par une belle inventivité visuelle et narrative – on lui doit notamment MONA LISA, CRYING GAME, BUTCHER BOY ou le sous-estimé PREMONITIONS. Avec LA COMPAGNIE DES LOUPS, il propose une relecture particulièrement originale et audacieuse du conte du Petit Chaperon Rouge, récit illustrant les rêves de Rosaleen, adolescente boudeuse enfermée dans sa chambre.
Le conte en question s’inspire à la fois de la version de Charles Perrault et de celle des frères Grimm, mais aussi de versions antérieures de tradition orale, comportant des éléments plus ouvertement érotiques. L’influence de l’ouvrage de Bruno Bettelheim (« La psychanalyse des contes de fées ») se fait également ressentir via une imagerie explicite – jamais forêt n’a paru plus turgescente. Et pour parfaire le tableau, la grand-mère du Chaperon Rouge (excellente Angela Lansbury, qui a fait d’autres belles choses en dehors d’ARABESQUE) lui raconte, dès que l’occasion se présente, des légendes sur la lycanthropie qui font l’objet de séquences isolées oscillant entre la grivoiserie, l’humour, l’épouvante ou l’émotion (pour la superbe séquence de la fille louve). Ce matériau narratif extrêmement dense trouve une illustration visuelle (décors, photographie, cadrages) d’une beauté à couper le souffle, portée par la musique sensationnelle de George Fenton. Le thème musical, majestueux, explose littéralement lors de la séquence finale, accompagnant la meute dans sa course effrénée à travers les décors rencontrés depuis le début du métrage, course qui se poursuit jusqu’au seuil de la chambre de Rosaleen. Une séquence qui suscite l’émerveillement avant de s’achever – et de conclure le film – dans un hurlement de terreur. Quelques animations un peu mécaniques lors de quelques plans d’effets spéciaux ne ternissent pas le film admirable en tous points. « Et la blessure guérit, car ce n’était qu’une jeune fille qui s’était écartée du sentier, et qui se souvenait de ce qu’elle y avait trouvé. »
Le film était mine de rien devenu assez rare. Un DVD est proposé depuis quelques mois dans une « collection frisson » pas très alléchante, il est sorti sans fanfare et ne remplit pas les rayons du supermarché du coin. Mais la copie est de très bonne tenue et le carton-titre, en allemand, rassure tout de suite : il s’agit bien de la version complète du film, amputé de nombreux plans lors de sa dernière diffusion en France. Pour ceux qui ne l’ont encore jamais vu, je ne peux que vous enjoindre à le découvrir, vous constaterez par vous-mêmes que ça a quand même une autre gueule que VAN HELSING ou UNDERWORLD.

Mais que de dithyrambe… Allez, pour conclure, quelques mots sur un film d’une toute autre portée. Juste quelques mots pour saluer le RAPTOR de Jim Wynorski, un simili-JURASSIC PARC produit par Roger Corman en 2001, avec Eric « frère de » Roberts et Corbin « le dentiste » Bernsen. Un savant fou travaille, pour des raisons passablement obscures, à recréer des dinosaures (c’est un projet dénommé « Jurassic Storm »). Il y en a quelques uns qui s’échappent et le shérif du patelin d’à côté travaille d’arrache-pied avec sa co-équipière pour y mettre le holà parce que bon, ça va un moment. C’est complètement fauché, mais les dinos sont plus rigolos que ceux de Spielberg (surtout quand ils courent très vite), c’est joyeusement gore, ça va très vite, c’est très, très con, les dialogues sont ridicules et la chute est sûrement une des fins de film les plus idiotes qu’il m’ait été donné de voir depuis une bonne paye. Donc c’est nul ? Alors ça, ça ne coûte vraiment rien et ça m’a souvent fait rire. Nul pour le meilleur. J’ai besoin de films comme ça. Merci Jim. Pour vous faire goûter, voici en substance les deux premières minutes du métrage.
Un 4x4 trace dans le désert, dedans une bande de trois jeunes qui s’éclatent.
- Attention au ravin !!!! (Le 4x4 stoppe brutalement).
- Eh ben, c’était à un poil de cul près.
- Bon, j’vais faire pleurer popaul.
Dès que le personnage est parti (vous m’excuserez, je n’ai pas retenu son prénom), le couple resté dans la voiture s’enlace.
Elle : Oh oui, sois bestial avec moi !!!
Pendant ce temps, Toto fait pleurer popaul en buvant une bière. Il rote. A cet instant précis, un petit raptor se rue sur popaul, et Toto hurle.
Je vous laisse deviner la suite. C’est tellement mieux que LES CHORISTES que ça me donne envie de boire.


Salutations.

Le Marquis.

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Publié dans Corpus Analogia

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Le Marquis 13/05/2005 01:01

Oui, tu as eu de la chance, j'ai hésité avec MOLLY.

Dr Devo 12/05/2005 22:37

Marquis,
Nous venons de regarder "la compagnie des loups" dans la version dvd que vous m'avez offerte pour mon birthday. je ne l'avais pas vu depuis preque 10 ans, et bon dieu de bois, ça assure drôlement. Sublime film, tres bien ecrit, musique incroyable, et maestria technique! C'était le bon temps, les années 80, definitvement!
Monsieru Marquis, vous goûts n'ont d'égal que votre réputation: ils sont exquis!

Merci! c'est un beau cadeau (dire qu'il y en a encore trois derrière!)


Dr Devo

Le Marquis 19/04/2005 01:37

La Bergerac est une truie.

Roxane De Bergerac 18/04/2005 23:39

Le Marquis est un gros menteur.

Le Marquis 18/04/2005 17:58

Tu as mal compris, Roxane, je t'ai prêté "La brigade des morses".