BRAIN DEAD de Adam Simon (USA-1990): Singing in the Brain !

Publié le par Bill Yeleuze et Dr Devo

[Photo: "Claims it was invisible" par Dr Devo, d'après une photo du film DES TROUS DANS LA TÊTE de Guy Maddin.]

 

 

 

Adam Simon est un drôle de loulou ! BRAIN DEAD, qu'on ne confondra pas avec le plus récent BRAINDEAD de Peter Jackson (très bon film d'ailleurs), est son premier film, juste avant le mythique CARNOSAUR célèbre chez les amateurs de série Bis et B. On avait déjà parlé de lui sur ce site, à propos d'un de ses documentaires (il en a fait deux), AMERICAN NIHGHTMARE, qui retrace la genèse social des films de Craven, Cronenberg, Landis, Romero, Lynch et les autres, avec interviews des dits réalisateurs qui nous racontent ce qu'était l'Amérique à l'époque de la contre-culture et pendant les années suivantes. Un documentaire vraiment sublime. [Simon en réalisera un autre sur Samuel Fuller!] On avait aussi déjà parlé de BONES, très beau film fantastique baroque, d'une tenue surprenante même. C'est Simon qui a écrit BONES! Voilà. Les présentations sont faites.

 


On retrouve ici un jeune Bill Pullman, spécialiste des choses du cerveau, à qui Bill Paxton, patron de Eunice, une grande multinationale, propose d'opérer et de trépaner un des ingénieurs de la firme qui a perdu la boule. Ce dernier, brillant mathématicien était en train de travailler sur un projet militaire de la plus haute importance. Pullman accepte à contrecœur. L'opération qui consiste à une sorte d'ablation de la tumeur responsable de la maladie mentale (!) du mathématicien est très difficile, voire utopique, mais contre toute attente Pullman la réussit. Le mathématicien est sauvé, il va pouvoir se remettre au travail. A partir de cet instant, c'est Pullman qui va avoir des problèmes avec la réalité qui va prendre une tournure toute relative, jusqu'à que peu à peu, elle devienne totalement illisible ! Dés lors, tout le monde semble penser que c'est Pullman qui est fou ! Et que même si ça se trouve, il n'est pas spécialiste du cerveau du tout !

 



Drôle de sujet que ce BRAIN DEAD, et drôle de traitement de l'histoire. Film à budget modeste, Simon sait quand même investir dans les postes clés de son film. Un bon casting tout d'abord, puisqu'en plus de Pullman et Paxton, on retrouve le fameux Bud Cort (vraiment impressionnant), le Harold de l'excellent HAROLD ET MAUDE dans le rôle-clé du mathématicien. Côté mise en scène, les décors sont bien choisis et amplifient assez simplement d'abord l'idée de folie qui innerve le film, mais aussi l'ambivalence du réel qui y est reliée. Le film est bien découpé, jouant à la fois de la rigueur et des modousses opérandailles de la série B des années 80. C'est assez rigoureux, avec quelques beaux moments même, aussi bien dans des plans anodins que dans des plans plus cruciaux (comme la superbe surimpression dans la scène du placard, idée très belle, suivie d'un beau plan d'eau à suivre). L'impression qui se dégage du film c'est l'incroyable mixture de paranoïa, bien sûr, mais aussi d'absurde. Plus qu'une histoire cachée dans l'histoire, BRAIN DEAD développe une narration bien plus fofolle et ambitieuse puisqu'il s'agit non pas de nous révéler un twist, mais au contraire de faire dévier l'histoire de ses rails... tout le temps ! Quand le récit ouvre une porte, le film change et devient autre, mais avec une constance qui frôlé le suicide commercial ! Si, vu du ciel, le film se découpe classiquement en plusieurs parties, dans le fil du visionnage, l'impression générale est celle d'un pourrissement, d'une dégénération du monde et de la réalité qui m'a fait immédiatement à la régression (d'ailleurs le mot "dévolution" est prononcé en début de film) des objets et des actions dans le fameux UBIK, le livre de Philip K. Dick. On retrouve d'ailleurs un humour triste, perdant pour ainsi dire, proche de l'auteur de science-fiction américain. Petit à petit, alors même qu'on se dit que Simon ne tiendra pas la longueur, le film acquiert son indépendance et commence à glacer le sang entre deux rires (car le film est très drôle). Le tout s'achève sur une séquence très très belle qui clôt le film avec force, notamment par des effets spéciaux très beaux. La folie, c'est bien le sentiment qui nous habite face au film de Simon. BRAIN DEAD est un film d'une grande liberté narrative, soigné esthétiquement, et qui donne clairement l'impression, enfin, enfin, enfin, de voir un long-métrage totalement original et qui ne ressemble à rien.  BRAIN DEAD  rassemble donc bien toutes les qualités que pouvaient avoir les productions les plus libres des années 80, et le film dépasse largement le cadre "série Bis" qui l'a vu naître. Un grand film, et une surprise de tous les instants, comme on dit à TELE 7 JOURS, dans la lignée des accidents cinématographiques de l'époque. [J'aimerais énormément revoir notamment le film L'APPROCHE FINALE de Eric Steven Stahl. Si quelqu'un a ça dans ses archives...]

 

On trouve BRAIN DEAD dans les bac à soldes pour deux ou trois euros, en V.O en plus, et ce serait un tort de ne pas acheter ce film libre et bien fichu, surtout à une période comme celle-ci où on s'ennuie énormément (depuis au moins 6 mois) quand on a va au cinéma, et où les films sortis, même honorables (et il y en a peu!), sentent énormément le calibrage, l'autocensure des idées créatives, et la convention. BRAIN DEAD a cette force ne pas ressembler à un film ! Quel dommage que Simon ne puisse pas réaliser plus de films !

 

 

Bill Yeleuze et Dr Devo.





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Publié dans Corpus Analogia

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Dr Devo 17/12/2008 12:45

Absolument Popman! Je signale tout de même que l'éditeur du dividi est revenu au titre originel BRAIN DEAD, ce qui est quand même bien mieux que ce SANGLANTE PARNOÏA un poil trop splendouillet!Dr Devo.

popman 17/12/2008 10:22

Exploité en France et en VHS sous le titre "Sanglante paranoïa"