SAN KU KAI, Episode 14 (L'Agent Secret) : son nom d'Analis sur Sheita désert...

Publié le par Dr Devo

(Photo : "Duchamps Attitude" par Dr devo, d'après une photo du groupe Vanilla Ninja)

Chers Focaliens,
 
Ce serait l'espace, oui, ça serait le dixième système solaire. Il y aurait de l'oppression. La guerre révélerait problématiques et caractères. Les enjeux n'auraient plus le goût des amours de jadis...
 
Tu le sens, le cap qu'on franchit ? Épisode déjà très quatorze sur les 27 que compte la série, nous avons entamé la seconde moitié de SAN KU KAI, la seule série qui a vraiment mis en jeu la Narration. Rangés au placards les SOPRANOS, gadgétisés bien accessoirement les gimmicks de 24 HEURES CHRONO. Les seuls à avoir pris des risques et fait quelque chose de véritablement expérimental, oui, ça serait eux, les créateurs fauchés mais soufflants de SAN KU KAI.
 
La seule série qui explique le fascisme aux enfants quand même, quitte à être parfois d'une violence de bon aloi. Sans les chichis symboliques et paternalistes, sans le schéma "ma fille, ma famille, mon sang, ma patrie" des productions Disney ou de leurs concurrents. SAN KU KAI a choisi de s'adresser aux enfants de la manière la plus sérieuse qui soit, sans les ménager, certes, mais avec une douceur barbue que seule la réflexion intellectuelle et philosophique peut apporter. SAN KU KAI apporte à vos enfants bien plus qu'un MONSIEUR PATATE À LA PISCINE, ce livre que vous avez payé dix euros. Pour à peine le double, la série complète en DVD, dans son somptueux écrin de carton, et neuf s'il vous plait, apportera à votre enfant plus que la lecture de Robert Antelme, ou du moins tout autant. Choisis ton camp, camarade.
 
La guerre, c'est l'oppression, ce sont les mouvements majestueux des machines de guerre spatiales, c'est la déportation, c'est la destruction des religions non-autorisées, c'est le travail forcé... Autant de sujets, comme on l'a déjà vu, que SAN KU KAI aborde sans fard, mais avec espoir, dans les 13 premiers épisodes. Mais la guerre est aussi un enjeu économique. Démonstration.
 
Sur Sheitah (pas SHEITAN), les Stressos et leurs séides ont décidé de permettre la réouverture du Marché. Et le Marché, si j'ose dire, ce sont les marchés sur cette planète où, on l'a déjà vu, les habitants vivant dans de gigantesques mégalopoles de 60 habitants (la série a été réalisée avant le tout numérique, et quand bien même, elle n'aurait pas eu les moyens) sont décrits comme des villageois de type bédouins, style Moyen Orient. La Kommandantur Stressos réouvre donc les marchés. Mais ce petit privilège n'est pas considéré comme un soulagement par les autochtones. Bien loin de là, même. En effet, comme le dira Siman, le macaque de l'espace, les prix ont augmenté de manière vertigineuse, et comme ajoutera Ryu à sa suite, "et les stressos prennent les meilleurs produits sans payer".
Siman et Sidéro décident néanmoins d'y aller. Sidéro, le petit robot sidérant et malpoli, malpoli, malpoli, sent dans ses entrailles électroniques ses phéromones de synthèse s'agiter dans tous les sens. Il réclame une robote, mais comme le dit Siman avec sagesse, pour une fois, mais toujours la clope au bec (je pense que l'acteur qui joue Siman a obtenu le droit de fumer pendant les prises en échange de porter le seul et unique masque de son personnage, masque inconfortable et califère, qui brunit lamentablement d'épisode en épisode, mais c'est la guerre ma brave Dame, et refaire un masque ça coûte trop cher, ça coûte encore plus cher que le budget effets spéciaux global... Economie, là aussi). Nos deux amis, respectivement dans le rôle de bad-cop et bad-cop, se baladent donc sur le marché nouvellement ouvert. Moment spielbergien de poésie pure (en mieux évidemment), Sidéro tombe sur une petite échoppe sympathique.
Bien sûr, les plus jeunes de nos lecteurs ne vont rien comprendre, alors oui, je vais leur expliquer. Avant les nintendogs, tamagotchis, avant le télétactica (pour les plus bourgeois d'entre nous, les plus modestes n'ayant d'autre choix que de découper et rater à la va-vite un sac plastique en moins de six secondes, les préparant ainsi à leur futur métier d'O.S), avant l'Internet et avant Séverine Ferrer (Miss Coconuts de la Cocodance, mais pas playmate de la semaine), et bien figurez-vous que les enfants s'amusaient dehors jusqu'à la tombée de la nuit avec les autres gosses du quartier, et jouaient au foot avec un seul but symbolisé par deux jeunes arbustes. En ce temps là, on achetait aussi des Moulins à Vent, espèces d'éoliennes pour le fun, fixés sur un morceau de bois fin en forme de tige. Tu le mets au vent ou tu souffles dessus et ça tourne de mille couleurs ! Bon ben, Sidéro tombe sur une échoppe qui fabrique ces moulins à vent, et elle est tenue par un grand-père et sa petite fille (tu la sens, la tension qui monte ?). Bizarrement la petite fille trouve Sidéro très poli, malgré son rentre-dedandisme exaspérant. Sidéro tombe amoureux, et sait que le 26ème siècle sera celui des relations amoureuses humain-machine ou ne sera pas, comme l'avait prédit le poète. Iris (symbôôôôôle !), la petite fille, offre un moulin à Sidéro, et gratosse encore. Le robot bipe de joie, en sons pré-midis. Bah, un épisode de SAN KU KAI, ça dure quand même 21 minutes (les américains, avec leurs 52 minutes, sont des ringards !), et on n'a pas le temps de s'attendrir. Les Stressos font aussi leur marché. Je te pille cette superbe lampe à pétrole, je te dérobe ostensiblement ces babouches, et que je te chipe ce portrait de Raymond Barre pour l'accrocher dans mon laserolab. [Ça motive au combat ! Ça fait une raison de se battre !] Evidemment, on t'a reconnu René Volcor, oui oui Volcor en personne, Lieutenant-Chef des basses besognes, le bras armé de l'idéologie stressos, celui qu'on envoie sur le terrain pour que les plans s'incarnent. Le seul membre du haut état-major stressos à aller mouiller sa chemise en dehors des bureaux feutrés et derrickiens de la Kommandantur. Bien sûr, il veut un moulin à vent, le Volcor. Iris, petite fille déjà aguerrie dans l'art de la transaction marchande, réclame son argent. Son grand-père essaie de lui faire comprendre que non, tu es folle, ce sont des stressos, prenez tout Monsieur Volcor ! Vexé, Volcor se barre, furieux de ne pas avoir pu voler le moulin à vent qui aurait été très beau, les jours de flatulences, dans l'intimité humide de sa salle de bain... Je reviendrai, et la prochaine fois je te prendrai tous tes moulins. Tandis qu'il repart, un peu inutile car n'ayant pas pu complètement exercer sa fonction d'oppression, ses hommes de main détruisent la frêle échoppe d’Iris et de son grand-père, pour la forme. Toute la marchandise est fichue. C'est malin. Mais Iris, résistante de la plus grande entreprise du dixième système solaire (l'Artisanat), est déjà prête à se remettre au travail pour constituer un nouveau stock. La résistance, c'est aussi les petits commerces contre le fascisme globalisé de l'oppresseur (euh...). Fin de l'intro.
 
Terreur dans le villageopole, petite fille à son grand-père... On le sent, le vieux chantage qui monte. C'est un classique dans la série. Je tue ta fille si tu ne montes pas un piège pour capturer Ayato et Ryu, nos deux héros. Comme de bien entendu, l'ami Volcor, qui ne recule devant rien pour faire échouer les pires plans d'oppression (c'est la loi de Murphy à lui tout seul : quand il prend son petit déjeuner, les biscottes beurrées ne tombent pas sur le sol de la cuisine du Kosmausor, côté beurré ; car quand il veut manger avant d'aller exécuter des ordres prioritaires et harassants sur le terrain, Volcor, qui veut prendre des forces, constate que Furya a déjà mangé tout le beurre, que les biscottes sont déjà écrabouillées dans le paquet, et il fume donc une clope pour calmer la faim en buvant une tasse de café trop tiède), Volcor, dis-je, file fissa dans la hutte du grand-père d'Iris, tandis que celle-ci, et là aussi c'est un classique, c'est un leitmotiv de la série, va laver des tubercules trouvés par hasard dans la forêt, dans l'eau claire de la rivière. Un dialogue plus surprenant que prévu a lieu entre le général monocorné stressos et le vieillard. Ce dernier en effet a l'air de bien connaître la hiérarchie stressos, ce qui nous vaut une phrase ampoulée d'une longueur remarquable pour une série à la narration si hystérique (et qui ne dure que 21 minutes, génériques compris !). "C'est toi Volcor, je te reconnais, chef de l'Armée des Ninjosses, sous-commandant de Komenor, chef suprême des armées stressos, lui-même éminence noire de Golem XIII, chef suprême des Stressos !". On le sent bien, il y a Henri Langlois sous France Roche. Et c'est rien de le dire. Des ninjazzs stressos débarquent, ce qui est l'occasion d'un sublimissime plan de très bon goût, avec un objectif kaléidoscopique aux reflets hamiltoniens sur les moulins avant, qui se mettent à tourner comme des fous, et envoient par un magique courant d'air les dits ninjasses valdinguer contre les murs de la frêle baraque qui sert de maison au vieillard. Volcor propose un marché qui a déjà fonctionné (hahaha !) auparavant sur les pauvres : tu me livres Staros et le Fantôme (identité de super-héros vengeurs de Ryu et Ayato) ou je tue la petite Iris. Là, étrangement, le son s'arrête une bonne seconde avant de changer de plan.
Iris est au bord de la rivière et elle lave, et lave encore ses patates dans l'eau cristalline. Là, très joli plan, cadré avec l'agilité d'un éléphant essayant de battre le record d'alignement de dominos. Plongée (Rivière... Plongée.... Tout ça c'est bien calculé quand même. Ça force le respect) sur Iris avec, au fond du plan, la surface de la rivière sur laquelle vient se refléter la silhouette en contre-jour de Furya. Ha, Furya... Monstre sexy, vent d'érotisme sur les moulins de mon imagination, Furya, toute résilles et squaw sur ses cuisses fermes et gouleyantes.... Ni une, ni deux, et hop, la sexy bombe de l'empire stressos essaie de grappiller la fillette. Mais celle-ci fait des sauts de trampoliniste comme ceux réservés d'habitude à nos deux héros, Ryu et Ayato. La fillette serait-elle une guerrière ? Non, faut pas déconner. Mais Furya et deux stressos ne seront pas de trop pour la capturer. [Avant que la bataille ne commence, Iris presse de rage la patate qu'elle avait dans les mains : un jus vert et épais curieusement s'en échappe ! C'était un kiwi. De l'espace, bien entendu.] Cette fois-ci, les deux ninjosses adjoints au service de l'érotique Furya ont bien fait les choses, et ce n'est pas tous les jours le cas. Ils avaient gardé sur eux des serpentins déroulants qu'ils avaient mis de côté lors de l'anniversaire de leur chef de brigade. Vous savez, ces petits serpentins-cotillons qu'on utilise pendant les mariages. Avec ces armes suprêmes, ça ne traîne pas, l'agile petite fille est capturée. On retourne en un coup de montage à la cabane du grand-père.
 
Volcor : "Ainsi donc, c'est toi qui a formé les soldats ninjosses, et tu vas reprendre du service pour tuer Staros et le Fantôme. Stressos un jour, stressos toujours, sinon je tue la petite !"
Papy : "Non, non, je ne veux pas, mais je n'ai pas le choix".
Le grand-père n'a pas le choix, donc, et il va dans son placard chercher son vieil uniforme de sale traître ! Ainsi, le vieux monsieur est à l'origine des corps des ninjas ! C'est un collabo, les enfants, un collabo, repenti certes, mais c'est un collabo !
 
Sidero assiste à l'enlèvement de la petite fille, et il l'observe du haut de la falaise. Elle gît au sol, dûment entravée et gardée par deux stressos. Sidéro ne sait pas comment faire. Il ne peut pas se battre contre les stressos, et pour cause : il n'est pas équipé pour le combat ultra-rapide et rapproché. Il décide alors de déclencher une Intifada ! Il balance une pierre avec sa pince mécanique et assomme le premier stressos, puis se jette de la falaise. En deux plans. Un premier où un assistant jette la carcasse du robot, filmé en contre-plongée totale, puis un plan en plongée sur le soldat entravé par Sidéro qui, de fait, ressemble à une tortue sur le dos. Enfin bon, le résultat est là, la fillette est sauvée.
 
Pendant ce temps, Ayato et Ryu se séparent. Enfin façon de parler. Inquiets de ne pas savoir où est Sidéro, ils partent à sa recherche. Ayato croise alors le grand-père d'Iris (qu'il ne connaît pas, suivez un peu !). "Ha vieillard ! Tu m'as fichu une de ses frousses, j'ai cru que c'état un soldat stressos !" N'aie crainte mon jeune ami, blah blah blah... Dis moi, tu n'aurais pas vu un petit robot grand comme ça, blahblahblah... Si, si, il est parti par là justement, (cligne, cligne), blahblah... Ah bah merci, je file alors, dit Ayato, qui a juste le temps de se retourner quand l’ex-chef des ninjas et vieillard  le capture violemment, en prononçant une phrase judaso-shakespaerienne tandis que notre jeune héros, entre ses bras de papy musclé, est déjà évanoui : « Pardonne-moi, j’y suis obligé, je dois sauver ma petite-fille… ». Tous les traîtres disent ça.
 
Intermède sur le Kosmausor. Volkor vient annoncer à Komenor, son supérieur, que contre toute attente, le plan a marché et que le vieillard est prêt à régler son compte à Staros/Ryu et Ayato/Le Fantôme. Je ne pensais pas qu’il céderait si facilement, rajoute Volkor, toujours étonné quand ses missions sur le terrain se déroulent bien. [À ce propos, nous, nous savons déjà qu’il y a roupilles dans la préparation mousseuse charcutière, car nous avons vu qu’Iris a été délivrée des Stressos par le saut de l’Ange de Sidéro… Là aussi, C’est du Shakespeare…]
Koménor : « Bah !!!! (Mouvements de cape à fond les ballons comme d’habitude ! Le roi Lear !) Moi, je n’ai jamais douté. Je suis de ceux qui pensent, avec Roald Dahl, que le mal ne progresse que dans le refus du peuple de tuer ses propres enfants pour sauver la Liberté ! Ça marche toujours ! » [Je transcris, mais c’est ça !]
Volkor : « Ainsi, Koménor, tu penses que le fascisme et l’abus de pouvoir se fondent sur la peur, et la non possibilité d’incarnation de la notion de Sacrifice, ce en quoi un parent essaie toujours de jouer la carte qui consiste à sauver ses propres enfants, contre celle qui fait qu'il porterait, sur ses propres épaules, la liberté de tous les autres ? »
Koménor : « Mais bien sûr, on a l’impression que tu réinventes le laser à couper le galak ! Et je dirais même plus, cet axiome total est d’autant plus vrai que les actions qui en découlent sont d’autant plus efficaces, quand en plus des enfants, le sacrifice empêcherait aussi le confort matériel lié à la maison ou au fond de commerce, ce qui est le double cas dans cette histoire ! Le peuple préfère renoncer à la liberté de tous, et ne pas risquer de s’user en résistance plutôt que dégrader un niveau de vie qu’il estime, parfois à tort, déjà faible des genoux ! Les enfants deviennent alors leurs fils, leurs batailles et ils ont déjà, sans le savoir, tout perdu ! Les liens du sang, c’est le mythe le plus fondateur des régimes autoritaires ! Les racines, Volkor, les racines ! [Ici, Komenor fait allusion aussi au Peuple des Racines…] C’est le mensonge qui nous permet à tous d’exploiter ce système solaire ! Que tu peux être naïf, mon pauvre ami ! »
 
À ce moment, la voix de Golem XIII, empereur de toute la Stressossie, résonne dans l’impérieux Kosmausor : « Je suis d’accord, Komenor ! On ne saurait te donner tort ! »
La messe est dite.
 
Fin de l’intermède et de la page 3.
 
Retour sur Sheitah (sans les Weissmüller !).
On en était où, exactement ? Le vieux chef ninja reconverti dans les hélices de moulins à vent pour enfants (si, si !) décide de rejoindre la cause stressos de nouveau, arguant que oui, ils ont ma fille, vous comprenez… Il a donc neutralisé Ayato. Si vous avez manqué le début, vous voilà renseignés…
 
Il en profite pour faire un tour près du merveilleux vaisseau San Ku Kai qui donne le titre à la série éponyme dont, justement, nous sommes en train de parler. Utilisant une vieille technique ninja, "l’appel de la forêt" ou encore "le haut-parleur du Diable", il diffuse à l’intention de Siman et Ryu, bien inquiets de ne pas avoir de nouvelles de Sidero, le petit robot énervant, et de Ayato, leur camarade de jeu, un message de sa voix puissante qui rebondit sur chaque feuille de la forêt, de sorte que, même caché derrière un frêle buisson, le récepteur du dit message ne sait qui parle ni d’où vient le message. [Le Sheriff, collaborateur de ce site, où il a brillé de ces superbes chroniques concernant Koh-Lanta (le plus incipit du site) et maître es kung-fu et autres prouesses shaolin, me dit que tout cela est véridique… Je vous rappelle que le totem martial du Shérif est "Panda Laconique"… Et je rappelle pour ceux qui commencent à trouver long cet article (et moi donc !), mais qui aiment l’Asie, qu’une autre collaboratrice, il y a quelques mois, nous avait fait un joli article sur LA 36ème CHAMBRE DE SHAOLIN…]
Le vieux ninjosse parle donc des mille voix de la forêt, et annonce la couleur : Staros et le Fantôme doivent se rendre immédiatement à la maison des moulins pour l’affronter, lui, la voix mystérieuse de la forêt en combat singulier !
 
Arrêtons nous là quelques instants… Staros est Ryu et Ayato est le Fantôme ("le messager de paix" beugla-t-il). Mais comment le vieux nainjasse a donc su que ces deux identités secrètes étaient celles d’Ayato et de Ryu ? Comment a-t-il pu deviner que, pour joindre Staros, il fallait parler à Ryu, et pour cause, parce que le deuxième est l’identité secrète de super-héros de l’espace du premier… Comment a-t-il su que les deux étaient en fait le même ? Mmmmm… Comme disaient les poètes américains des années 1980 : "Who’s driving ? Where we going ? Who knows ! Hi hi hi hi hi hi !"  Une fois et c’est une fois de trop. On appelle ça, les enfants, une licence poétique qui, comme nous allons le voir à la page 27 de cet article, n’est pas sans poser problème.
En tout cas, Ryu, comme si de rien n’était, lance à la voix de la forêt, un "oui, oui, je leur dirai", sans s’affoler. Siman, lui, rustre homme des arbres et bizarre chaînon manquant entre le singe et le cancer du poumon, panique légèrement. "Comment on va faire, Ryu ? Il faut que j’y aille avec toi ?".
 
Faisons ici une pause. Ce jeu de masques, vous l’aurez reconnu, enfin moi, je viens de le reconnaître, alors que ça fait 5 jours que je travaille péniblement à cet article, c’est un jeu de masques shakespeariens, dans le plus beau style du SONGE D’UNE NUIT D’ÉTÉ, dont d’ailleurs cette scène que je viens de vous décrire reprend carrément le décorum, avec même les étranges créatures entre l’humain et l’animal, en la présence de Siman ! J’avais déjà évoqué ci-dessus Shakespeare qui plane sur cet épisode de SAN KU KAI comme un fantôme au-dessus d’un château écossais, et de ce fait, le lecteur peut se dire que, décidément, cet article est drôlement bien construit, et que son auteur fait de biens jolies métaphores.
 
Siman veut donc prêter main forte à Ayato, histoire de l’aider à lutter contre le vieux ninjasse, d’autant plus qu’on ne sait vraiment pas où est Ayato/Le Fantôme ! Trop dangereux ? Fierté personnelle ? Ou encore un "ça suffit, le quota de minorité, je suis japonais, j’y vais tout seul", comme dans un bon vieux STARSKY ET HUTCH ? En tout cas, bizarrement, Ryu assomme le pauvre Siman, et moi aussi, pour l’empêcher de venir.
 
Quelques instants plus tard, à la cabane du vieux ninjasse, l’endroit même où sont fabriqués ces merveilleux petits moulins à vent de l’espace. Ayato est toujours entravé dans la cabane où le vieux ninjasse l’a laissé, et toujours évanoui qui plus est. Le vieux le délivre néanmoins, mais sans le réveiller. Et il lui dit, alors même que notre jeune héros dort dans le coma : "Désolé…. Pardonne-moi… Blah blah pour ma fille… Blah blah blah…".
 
Dehors, Ryu arrive toutes sirènes hurlantes, et dans son superbe uniforme de Staros, avec ses lunettes de ski et ses bas résilles sur collants lycra. Une petite formule pour convoquer la Voix de la Forêt, dans un style léger et élégant, du genre (au mégaphone) : "Montre-toi ! Je suis Staros et je suis venu du fin fond de la galaxie, etc."
"J’arrive, vieux hibou, prépare-toi à mourir", et c’est ainsi que débarque notre maître ninjasse mais attention, dans sa tenue de super-méchant. Hommage à William Carpenter ou à John Shakespeare, comment savoir, c’est le Jour des Masques, décidément.
 
Arrêtons de progresser laborieusement un petit instant. Pour ceux qui ne connaissent pas bien la saga, ou pour ceux qui n’auraient pas encore acheté le fabuleux coffret intégral en DVD (soit cinq DVD bourrés à bloc pour le prix d’une édition simple de n’importe quel film à la Fnuc, c'est-à-dire moins de 20 euros… Neufs, bien sûr…). Dans quasiment chaque épisode, en plus des stressos communs, en plus des chefs stressos si délicieux (Volcor, Furya), il y a souvent un méchant spécial, créé spécialement pour l’épisode. Je vous recommande par exemple le fabuleux Cyclotor. Ici, c’est donc notre vieux ninjosse, dans un costume de super-vilain absolument fantastique et bien entendu d’une splendouilleterie qui force le respect !
À savoir, un look de créature qui hésite entre le Condor Passa, la chauve-souris (mais pas à la mode Batman, plutôt à la mode chauve-souris), le cacatoès, l’aigle royal et la musaraigne des fourrés. Ça a du poil, ça a de la plume et ça vole merveilleusement bien, ce qui nous vaut, en plus, atomique cerise sur le gâteau déjà bourré jusqu’aux dents de la crème chantilly la plus sucrée et la plus calorique, un vrai combat sol-air, avec moult plans en caméra embarquée et en plongée au-dessus de la créature inquiétante et (quasiment) majestueuse. Vas-y Coco, me dis-je, tu peux balancer la musique de Barbelivien et Charden. Et dès lors, ça roule tout seul, c’est beau comme un Ziegfried à Bayreuth, et comme on dit vulgairement : ça a de la gueule ! Juste avant que le combat ne commence, Ayato, dûment délivré de ses entraves et de sa position comateuse de captif par un scénario arrangeant, certes, mais palpitant au fond, se joint à la partie, oui, oui, sous son costume de Le Fantôme, "le messager de la Paix", ben voyons…
 
Le combat fait rage. Ça vole, ça lance des projectiles explosifs, ça trampoline de tous les côtés, et le réalisateur se démène avec le peu de moyens à sa disposition. Il faut se rendre à l’évidence et à cette conclusion : il y a quand même des cons qui se sont cassé les fesses à monter une séquence à trois millions de dollars, 200 figurants, 18000 cascadeurs et trois mois de tournage pour faire les scènes de courses dans BEN HUR qui, au final et en comparaison, ressemble quand même à une espèce de nain. Un trampoline, un chouette costume, une belle phrase avant d’aller au combat, des plongées, des contre-plongées et une seule caméra (et toujours une seule prise ! La règle d’or de la série !). Il suffisait de peu. Merveilleux combat donc, qui se termine par cette phrase de Ryu : "il faut lui crever les ailes". Ce qui est fait aussitôt. Le vieux nainjasse est à terre. Il enlève son masque et demande le pardon. À ce moment-là débarquent très opportunément Siman, Sidéro et la petite Iris. Ryu, par trop de mansuétude, pardonne au vieux nindejasse…
 
L’heure tourne, les stressos re-débarquent pour la forme, avec Furya et Volcor, petit combat à suivre et l’épisode est terminé.
 
Conclusion : tout le monde est sain et sauf, les enfants. Comme un cheveu sous la soupe, Eolia, la mystérieuse princesse de l’espace avec sa voix de Nathalie Baye dans Billancourt désert, arrive à bord de sa goélette du cosmos, le fabuleux Azuris, vaisseau spatial majestueux… Elle se propose de mettre le vieux ex-ninjasse et sa petite-fille en sécurité. Un effet spécial à base de particules vient donc cueillir les deux personnages et les embarquer de force dans l’Azuris. On entend alors, en son-off, la petite Iris qui dit cette phrase révolutionnaire dans l’histoire de la création cinématographique, une phrase qui va bouleverser tout un pan de la poétique de l’audio et du visuel : "c’est beau ! On est à l’intérieur de l’arc-en-ciel !".
Cette dernière touche est en effet traumatisante pour nous, à qui l’on a toujours appris que l’arc-en-ciel, ce destin qui recule à mesure qu’on avance, cet eldorado infranchissable, et bien en fait, on peut y vivre, il existe et il est accessible : il suffit de viser à rentrer dedans, et non pas à le dépasser. Dans la nuit, tandis que le générique de fin coule sur l’écran, les petites filles aux joues gonflées de leurs sanglots s’aperçoivent qu’on leur a menti depuis le départ !
 
Avant de nous quitter, Siman frappe violemment Ryu sur la tête. Et Ryu a très mal, mais non, c’était pour rire que l’homme-singe clopant a eu ce geste, alors tout le monde rigole, même Ryu et bien qu’il ait très mal à la tête, même s’il saigne un peu.
 
C’est ça, la morale de la vie.
 
Je vais retourner vomir dans la bassine, et vous souhaite tout le bonheur possible.
 
Salutations.
 
Dr Devo
Retrouvez les autres épisodes de SAN KU KAÏ, ci-dessous:
Episode 2 : Les Ninjas
Episode 4 : Le Camp
Episode 6 : Le Roi Golem
Episode 8 : Du sang froid
Episode 11 : Princesse
Episode 12 : Le grand combat

Publié dans Lucarnus Magica

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