LA NUIT D'HALLOWEEN de Chris Angel (1999-Canada): Opus Minus.

Publié le par Dr Devo


[Photo: "La Beauté de Betsy Palmer" par Dr Devo.]




La dame qui fait les critiques sur France Info (la directrice de Studio Magazine, en fait) essaie de nous dire que le film sur les flamands roses sorti ce mercredi est un véritable tableau vivant, d'une beauté renversante. On pourrait. Oui, on pourrait se marrer et se moquer d'elle, ou l'attacher sur une chaise et lui diffuser l'intégrale des films de Guy Maddin tout en la gavant du pooridge avec un groooos entonnoir, mais non, nous allons plutôt observer le comportement de certains films dans leurs milieux sauvages...

 

 

Mieux que les bébés flamands roses menacés de dévoration express par des caribous affamés de passage ("notre émotion est sollicitée!"), le royaume des direct-to-video est bien plus fréquentable, enfin parfois, et LA NUIT D'HALLOWEEN, sublimissime titre d'une originalité échevelée, est typiquement le genre de titre qui squatte les bacs à soldes dans les trocantes, ou encore le type de film qu'on vend neuf à trois euros dans les supermarchés.




Et il y a du scénario! Michael (comme par hasard, en hommage au célèbre tueur du HALLOWEEN de Carpenter, ce que remarque d'ailleurs en s'esclaffant un des personnages dans LA NUIT D'HALLOWEEN) est un petit garçon qui a assisté à la mort de sa mère dans d'atroces conditions. Ça s'est passé pendant... la nuit d'halloween (la vache, c'est bien foutu!). Maman et Micky rentraient en voiture, lui déguisé en fantômes et elle en sorcière. Remarquant une voiture accidentée sur le bord de la nationale, Mummy se gare sur le bas-côté tandis qu'un synthétiseur qui passait par là décide de nous repasser au fer-vapeur une nappe de mauvais augure. La mère de Michael entend des cris qui l'amènent dans la forêt, où elle assiste à un meurtre! Un fou est en train de tuer une jeune demoiselle à la hache! Évidemment, le tueur se lance à la poursuite de la maman de Michael, et il la tue devant les yeux du pauvre petit garçon. Le tueur se dirige alors vers l'enfant et lui dit: "allez Michael, ne dis rien, ne fais rien, ou tu sais ce qui t'attend", avant de le mettre dans le coffre de sa voiture!



20 ans plus tard. Comme par hasard. Tandis que les flamands roses traversent les cieux canadiens à la recherche de températures plus clémentes, nous retrouvons Michael qui ne trouvent rien de mieux que de réunir la veille d'halloween (si, si!) ses copains et sa copine, et de leur faire passer le week-end chez ses grands-parents, ce qui est toujours très classe. On comprend vite, par un jeu de dialogues subtils, que le tueur mamanticide n'était autre que son père! [Ce qui veut dire, je résume, que: la maman de notre héros a vu un accident (par hasard, coude-coude!) le soir d'halloween, elle se gare va voir, tombe sur un tueur qui, pas de chance, est son mari et qui la tue devant les yeux de son fils! Si. Si. Je vous assure, vous avez bien compris.]




Si Michael réunit ses potes, c'est pour une raison précise. Bien que parfaitement intégré, notre héros au si beau brushing est un peu marqué par les événements traumatiques (d'halloween!) de son enfance. Or, chez ses grands-parents (et donc à l'endroit même où ce sont passés les funestes événements), il y a aussi cet indien, ami d'enfance de Michael. Là, Chris Angel, et c'est son vrai nom à n'en pas douter, est un peu flou. L'indien est dépositaire d'une espèce de marionnette en bois que lui ont léguée ses ancêtres. Elle fait 1.80 mètre, et elle s'appelle Morty... la marionnette. Vous suivez. Bon ben ce n'est pas qu'une marionnette, c'est aussi une espèce de symbole et de totem. Et si j'ai bien compris, même si c'est l'indien qui maintient Morty en état (un coup de xylophène, remplacement des chevilles de bois...), la marionnette fait désormais partie de la famille de Michael, l'indien en question n'ayant pas de descendance. Bien. L'indien a aussi construit un masque (ça se complique, mais c'est logique), en bois également, doté de pouvoirs magiques, enfin d'un seul. Et c'est là qu'on comprend les plans de Michael: il va organiser avec son ami indien un... Tenez-vous bien. Tenez-vous mieux! Ils vont organiser un Cercle de Peur pendant... LA NUIT D'HALLOWEEN! Il s'agira alors pour Michael et ses amis de faire un cercle spiritique mais indien, auquel Morty-la-marionnette-totem participera, et grâce à ce(te) dernier(e), Morty, tous ces jeunes gens vont pouvoir entrer dans une réalité alternative où ils affronteront tous leurs démons et leurs peurs! On voit tout de suite l'intérêt pour Michael: exorcisme du passé, reconstruction pour l'avenir, patati patata... Pour que la cérémonie se passe bien, tous doivent être déguisés (j'y reviens dans une seconde), et Michael, lui, portera le masque de bois spécialement conçu par Joe l'indien, masque qui devrait lui permettre de voir, pendant la cérémonie, à travers les yeux de Morty-la-marionnette-totémique!

 

 

[Une parenthèse.]

 

 

[Une autre. Pour vous dire que les amis de Micky se déguisent pour la cérémonie. Par exemple, la petite intello du groupe est claustrophobe: elle se déguise donc en boite en carton. [Véridique!] Le petit marrant-beau-gosse a peur de prendre des décisions: il se fait un costume constitué d'un drap sur lequel il a fait au marqueur des petits points d'interrogations! Un autre a peur des requins? Bah, il se déguise en requin... Et tout ce beau monde va se faire décimer par Morty. Oui, oui. Un film d'horreur, certes, mais un film d'horreur avec des personnages déguisés de façon totalement cheap et ridicule! C'est la deuxième bonne idée de Chris Angel, tout de suite après ce sublime scénario.]

 

 

Ha bah, Chris Angel est un petit gars qui n'en veut. Il s'est dit que, pour se faire remarquer, rien de tel qu'une revisitation du thème d'halloween. Ca intéressera toujours une télé du câble qui veut faire, pour la toussaint, une nuit thématique! On aura également compris que Angel n'est ni Bergman ni Greenaway. La séquence d'introduction donne le la: le XXIéme siècle sera alambiqué ou ne sera pas, et dés que cette séquence se termine, on est stupéfait de constater l'incroyable "coïncidisme" de ce début d'histoire. Tomber sur un accident de voiture, c'est ballot. Le soir d'halloween aussi. Tomber, en plus sur un tueur, ce n'est pas de chance, et en plus que ce tueur soit son mari et le père de son fils, c'est vraiment étonnant.

 



Et encore, si je me suis permis de vous résumer plus longuement que d'habitude le script de ce film, c'est que Angel... Comment dire? Il n'en fait rien! Pendant trois-quarts d'heure, remplis de punchlines et soutenus par un doublage français qui est, comme d'habitude, d'une très grande classe et effectué avec le plus grand sérieux (lecture à vue, sur-jeu, traduction un peu approximative... Il faut éradiquer les doubleurs, ce sont des gens incultes et maléfiques!), le cousin réalisateur nous explique l'incroyable complexité bringuebalante de  son dispositif (le cercle de peur). Et encore, je vous ai épargné la ballade en forêt où chaque phobie va nous être révélée! [Un bon quart d'heure, mais qui nous vaut un sublissime dialogue entre un des jeunes gars présents et la bimbo de service sur le religion et la politique! Ca, c'est vraiment marrant!] Finalement, ce long processus redondant d'explication du dispositif ne servira à rien! Le Cercle de Peur n'aura jamais lieu! Morty décidera, tout serul comme un grand, de tuer tout le monde avant que quoi que ce soit ne commencé, comme dans n'importe quel slasher! Voilà donc trois quarts d'heure bien utilisés puisque totalement inutiles! La grande classe!

 

 

En ce qui concerne la mis en scène, c'est également splendouillet. Certes, la photo, sans être exceptionnelle est un tout petit peu soignée, mais ce sera bien tout. Angel ne fait pas dans la dentelle. Quand le héros a des flashs oniriques, l'image se déforme sous l'effet d'un splendouillet morphing! Le découpage, le cadre, et le reste (et l'épouvantable musique) sont sans intérêt, et bêtement illustratifs. Là où Angel mérite de visionner pendant un an un film de flamands roses en boucle, avec le commentaire audio de la patronne de Studio, c'est dans le choix de son casting, complètement improbable, composé de "jeunes talents" qui ne sont déjà que des cinquièmes couteaux. La sublime idée était de confier le rôle principal à... [Tiens, pendant que j'y pense... En allant chercher le nom du brushing principal sur imdb, je m'aperçois que c'est l'anniversaire de Rachel Griffiths, bonne comédienne, et de Alan Rudolph, réalisateur canadien, comme Chris Angel, mais très talentueux lui... Ben, bon anniversaire les gars!] Je disais donc qu'après un casting de six mois et après avoir auditionné 20,000 comédiens, Angel a choisi... Gordon Currie! Ha Gordoooon! Et bien, il a beau être complètement nullasse, voilà un acteur (télé et ciné) qui n'a pas arrêté de bosser! On lui doit un rôle récurrent dans BEVERLY HILLS (la série). Pas mal. Il est aussi réalisateur de trois films dont le dernier s'appelle MAGNUS OPUS (Yummy yummy!). Et, à leurs débuts, lui et Brad Pitt ont été colocataires! Que dire de Currie, sinon? Bah rien!

 

 

 Alors, vous devez vous dire que ce n'était pas la peine de faire une tartine sur ce film. Certes. Mais, tout d'abord, c'est une question d'orgueil. Je pense que Matière Focale sera le seul site au monde ayant consacré autant de ligne à ce film (hormis le blog de la maman de Gordon Currie...). Et la deuxième raison est que je ne pouvais pas faire autrement, car cette NUIT D'HALLOWEEN est aussi jouée par Betsy Palmer! Qui? Betsy Palmer, quoi!!!! Et s'i il y a bien un site qui défend Betsy Palmer, c'est bien Matière Focale. On vous en avait déjà parlé. Besty est la maman historique, si vous me permettez l'expression, de Jason Vorehees, le méchant de la célèbre saga de 150 films VENDREDI 13. [Série dont on a critiqué ici quasiment tous les films, enfin du premier au huitième! Un travail de titan!] Betsy palmer est formidable, c'est l'actrice la moins sobre du monde. La plus nizstchéenne aussi, tant elle repousse les frontières de bien, du pire et du mieux. Dans un but totalement propagandiste, donc, il fallait donc consacré un article à ce film qui arrachera peut-être des rires nourris à vous, les plus perverses lectrices de Matiére Focale, et qui peut fasciner  (dix secondes) dans le suprême alambiquage de sa construction, rendue ensuite inutile par le réalisateur lui-même qui, dans un geste baroque et non-sensique, décide finalement de ne pas en tenir compte. Un dimanche d'ennui, LA NUIT D'HALLOWEEN, très splendouillet au final avec cette poupée tueuse indienne en caoutchouc-mousse, peut remplacer avec justesse la vision d'un film de Nanni Moretti. Par exemple. Le couple Currie/Palmer (ici petit-fils et grand-mère, donc) et la belle indigence de certains dialogues ou de certaines situations (le dialogue prés de la tombe, dans la forêt!) peut faire oublier l'anonymat et la débilité de l'ensemble, et vous faire nager pour quelques minutes, si vous ne vous êtes pas endormis entre deux, dans un bain tiède et splendouillet. Ceci dit, je ne suis pas objectif, je suis largement Palmerophile (d'ailleurs, j'adore TWIN PEAKS aussi!).

 

 

Tiens, sinon, dans 5 jours, on fête les 4 ans du site!

 

 

Allez, bisous!

 

 

 

Dr Devo.

 

 



PS : La copine de Michael, la comédienne Emmanuelle Vaugier a un nez énorme et assez beau.

Sinon, je m'en viens à me demander, après le visionnage de SŒURS DE GLACE, si le Canada ne serait pas le triangle des Bermudes du cinéma fantastique...

 

 




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Publié dans Corpus Analogia

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