SHADOW CREATURE de James Gribbins (USA-1995) et GATSBY LE MAGNIGNIFIQUE de Jack Clayton (USA-1974): Comment se comporter dans la bonne société ?

Publié le par Dr Devo


[Photo: "Sado Creature" par Dr Devo, d'après une photo du film MANIAC NURSES FIND ECTASY de Leon Paul De Bruyn.]



Ha, faire carrière dans le cinéma n'est pas facile, et ce n'est pas James Gribbins qui me dira le contraire, lui qui réalisa, en 1995, SHADOW CREATURE (un direct-to-dvd, bien sûr) et qui vivota ensuite en tant que directeur de la photo ou électricien.

 

SHADOW CREATURE n'est pourtant pas pire qu'une matinée de témoignages de "gens normaux" sur France Info. Très loin de là même, puisqu'il s'agit de l'enquête de Shane Minor, superbe pseudo, qui joue un flic (bodybuildé de manière impressionnante) charger d'enquêter sur une série de meurtres sanglants qui le mène très vite vers Dennis Keefe, acteur splendouillissime qui joue un professeur en génétique, et qui est coincé dans une affaire concomitante aux meurtres. Chargé par le maire de la ville (Cleveland, en l'occurrence) en mal d'investissements, de créer une lotion pour faire repousser les cheveux, le professeur a lamentablement échoué ce qui lui vaudra sans doute un joli cercueil en sapin chromé de la part du maire véreux. Mais parallèlement, si le produit capillaire miracle est un bide, il semblerait que la lotion, si on la met en contact avec une moule génétiquement modifié (la moule Zébra, je n'invente rien !), créée aussi par le professeur, engendre alors des mutations. Et comme par hasard, quand un marchand de pêche se fait mordre par une moule Zébra contaminé au Petrol-Han, bah les meurtres s'enchaînent... Shane Minor enquête à toute bringue, et très vite, il se retrouve nez à nez avec cette créature ténébreuse, moitié moule (Zébra quand même !), moitié homme, moitié réalisateur qui se mouille les cheveux pendant les tournages... Croyez-moi, ce n'est pas gagné...

 

 

Ha bah, on en a vu des animaux mutants sur Matière Focale. Des tiques, des guêpes, des chauves-souris, des lombrics, des réalisateurs français, des sangsues, etc. Mais la moule mutante est une espèce plus rare, et soyons honnête, malgré les qualités certaines de ce beau site, on ne parle pas assez des moules sur Matière Focale. C'est vraiment dommage et heureusement James Gribbins est là pour faire monter la sauce (il y a un jeu de mot dans cet article, sauras-tu le retrouver.. ?) et réparer l'outrage.

 


Trêve de Noël et de plaisanteries, SHADOW CREATURE, qu'on trouve constamment en dividi, dans les bacs à 50 centimes des trocantes (malheureusement sans version originale) est le cas typique du petit film d'horreur fauché, pas tout à fait Z, mais pas loin du tout, qu'il est très agréable de regarder, car malgré ses défauts, la chose a assez de personnalité pour qu'on puisse passer un moment agréable... Monsieur Gribbins fait un film entre deux chaises, pas franchement parodique, assez sérieux dans sa ligne bis par moment même, mais en utilisant des acteurs très décomplexés et qui chargent sans complexe le mulet.

 



Je ne vais pas m'étendre, le Marquis ayant déjà parlé du film, là. Il dit très bien les choses. Mais on peut signaler ce film en période de fêtes : voilà un bon cadeau à ramener lors d'une soirée entre amis pour que la fête soit réussie. Pour les focaliens les plus pauvres, on trouve ça à moins d'un euros, je le disais plus haut. Offrez ça à votre petit-neveu Urbain. Même s'il est né dans les années 90, voire l'année du film, il va se poiler, et ça lui donnera peut-être le goût du monstre en latex et du film gore. A l'instar du dernier Clint Eastwood, ce film est "tiré d'une histoire vraie" ! Je rajouterais enfin qu'en effet, le Marquis a raison, la musique par contre est très rigolote et très bien arrangée. Elle donne un bon coup de décalage, pas dupe, à l'ensemble, sans du tout être cheap. C'est une vraie réussite, cette musique. Et hop, Matière Focale est donc le seul site de cinéma au Monde à avoir consacrer deux articles à ce film ! Pas mal, non ? [Pour vous donner une idée, SHADOW CRETAURE est aussi agréable et sympatoche que LA NUIT D'HALLOWEEN est fade, prétentieux et opportuniste !]

 

 

 




Ooops, sans transition, on passe à l'adaptation de Fitzgerald par Jack Clayton, sublimissime réalisateur d'un des deux ou trois plus beaux films du monde : LES INNOCENTS dont le Marquis, là aussi nous avait déjà parlé. [En fait, en vérifiant au moment de mettre cette article en ligne, non, le Marquis n'en a pas parlé! Si on vous pose des questions, faites comme si vous aviez lu l'article...]

 

Alors ici, on change de tonalité, avec un récit symbolique, certes, mais beaucoup plus terre à terre que la folie du film précédemment cité [LES INNOCENTS, hein? Pas SHADOW CREATURE, ok?] On passe également à la couleur, et à un budget pas ridicule du tout. Le scénario, écrit par Coppola Sr., s'il prend une trame classique, sait aussi réserver quelques bonnes surprises. Il ne semble jamais dupe, et n'essaie pas de faire passer les vessies pour des lanternes face aux spectateurs, puisque dés le départ, Clayton et Poppola refusent de jouer la carte "ascension/déchéance" que n'importe quel tâcheron aurait emprunté. Non, ici, les choses sont, gisement épuisé (un autre jeu de mot se trouve dans cet article) déjà très perverties dés le départ, et finalement quand la partie finale se déclenche, l'événement aussi brutal soit-il, parait presque comme une goutte d'eau, c'est ironique, ou plutôt comme une conséquence minime et logique de toutes les horreurs de rien dont on a été témoin, tout le long du film.

 



La force de GATSBY..., c'est de faire cohabiter l'amertume du regard du narrateur (Sam Waterston, très bon), et la politesse de ce milieu aristocratique qui ressemble d'ailleurs furieusement aux communautés jeunes et branchées de nos années 2000 (fussent-elles plus modestes !).On fait la fête, on est malheureuse et mal mariée, on se gave de sentiment. Clayton affronte directement la sève du roman original : cette Société est violentissime et complètement à côté de la plaque et du quotidien. Dans ce contexte, choisir Redford dont je ne suis pas particulièrement fan, est une bonne tactique surtout que le beau blond semble avoir complètement pigél ce qu'il était en train de faire et qu'il nous propose là un jeu moins posé et plus sec, avec plus d'à-coups que dans ses autres films, aussi bons fussent-ils. Même si ce Gatsby est aussi un noble (so to speak) et qu'il est complètement dans le moule de sa communauté nantie, et donc pas toujours aimable ou juste à nos yeux, Clayton la joue fine et ambivalente, en nous révélant, sans twist ni fanfare la noblesse étrange de ce personnage qu'il a su, d'ailleurs, dépeindre de manière glaçante et inquiétante, sans avoir eu l'air d'y toucher, dans la première partie du film. C'est vraiment bien vu, et voilà qui déjoue les pièges et du film à costumes et de l'adaptation littéraire avec bonheur. On est donc, vous l'avez compris, sur un terrain subtil, et entre des mains qui ne le sont pas moins. Ce qui m'amènera à parler des "seconds rôles", mais plus loin, car leur utilisation est un choix de mise en scène, et donc esthétique, et hop, transition, je change de paragraphe.

 

 

Côté mise en scène, il faut annoncer la couleur tout de suite, le film, même s'il est très réussi, n'a pas la largeur qu'offrait le sujet des INNOCENTS, et donc, globalement, c'est beaucoup moins foufou et expérimental. On n'est pas dans le baroquisme chirurgical du chef-d'œuvre du réalisateur, et c'est sans doute dû tout bêtement à l'histoire ici abordée et au matériau adapté. Mais pour autant, comme dit notre ami Bernard RAPP, en-dessous des INNOCENTS, chef-d'œuvre galactique, il y a de la place pour faire de magnifiques films. Il y a donc, dans ce GATSBY...,  des moyens et des costumes pour permettre une reconstitution riche, je le disais.  Les repérages, très bons, permettent de souligner la magnificence et le luxe kitsch de l'époque, mais aussi le confinement triste et ennuyeux dans lequel ces ultra-riches se vautrent (cf. la garçonnière, la suite de l'hôtel...), ou encore permet de donner une aura presque fantastique et métaphorique à des décors plus modestes, comme le fameux garage, très bien construit. Ceci posé, ce qui saute aux yeux, c'est la photographie, très belle, qui joue aussi de la surenchère puisqu'elle exploite avec maniaquerie le flou hamiltonien ! Un choix étrange mais qui fonctionne à fond les ballons, même quand Clayton, en baroque chirurgien, place Mia Farrow dans le plan, par exemple, de manière à ce qu'un projecteur crée un effet d'étoile à l'exacte limite de la pupille et du globe oculaire de l'actrice ! C'est très beau, et voilà qui met drôlement mal à l'aise, tant cela ne parait pas naturel. Voilà qui illustre et nourrit parfaitement  et de manière sensuelle le propos. Sinon, on retrouve sporadiquement ici et là les fondus enchaînés à trois ou quatre images qui faisait notre bonheur dans les INNOCENTS, mais ici, c'est plus illustratif et moins intimement lié au cœur esthétique du film. Ceci dit, le bonhomme ne perd pas son sens du montage notamment, forcément plus discret, mais drôlement précis, qui permet de lâcher les chiens ici et là (la scène sublimissime des "lâchers de chemises") et de créer plus globalement des jeux de regards ou des isolements de personnages dans le montage, avec un soin là aussi maniaque. Voilà qui permet alors d'immiscer le doute, la violence, et un deuxième degré dans la narration. En effet, si Clayton raconte l'histoire de Gatsby, il développe en contre-chant, un jeu avec les rôles plus "secondaires", notamment celui de Sam Waterston, le narrateur-témoin. Celui-ci, souvent en opposition avec ce monde aristocratique qu'il découvre, ne prend jamais la parole pour dénoncer ceci ou cela. Par contre, Clayton l'isole dans le montage ou l'échelle de plan, ou au contraire l'oblige à être de la partie quand il voudrait être ailleurs, et de plus, il créée tout un réseau de jeux de regards, notamment avec le personnage de Lois Chile (très bonne actrice), plus mature et moins dupe également. Dans la scène d'engueulade entre Farrow et son mari, dans la suite de l'hôtel, Waterston et Chile sont témoins et ne disent rien. Par contre, le jeu de montage et leur position dans plan donnent une force formidable à leur désapprobation et/ou à leur colère, sans qu'aucun dialogue ne soit prononcé. Les liens fraternels entre ses deux personnages ne sont d'ailleurs jamais pointés mais apparaissent nettement. Donc par le montage et le cadrage, et souvent en filmant ces personnages secondaires en plan très large parmi d'autres personnages (donc san avoir recours au fameux "gros plan pyschologique", mythe cinématographique bien connu...), Clayton installe une système de double-discours proprement magnifique. Le contre-chant n'est pas forcément celui qu'on croit. C'est un beau dispositif, très sensible, et, je trouve, assez généreux pour le spectateur attentif. Le film par conséquent est beaucoup plus amer que prévu, tout ce savoir-faire inspiré donne un coup de fouet à une adaptation de Fitzgerald qu'on attendait plus académique. Clayton permet ainsi au film de respirer et de marcher sur la corde subtile, en évitant la démonstration métaphorique et donc lourdingue qu'on pouvait craindre. Un insert sur un visage, deux ou trois décalages de tons au sein de scènes plus homogènes font le reste. GATBSY... est un beau film subtil qui fait du livre, non pas une adaptation ivorienne de plus ou un pamphlet hollywoodien, mais une oeuvre amer sur une communauté qui pue le cercueil. Dans ce contexte, Redford-Gatsby s'élève tristement (ce qui est très beau). Quant aux autres acteurs, Mia Farrow notamment, sans oublier une Karen Black en très grande forme, ils n'hésitent pas à franchement incarner la bêtise et la crasse ignorance de leur personnage. Même si je ne la déteste pas tant que ça, je doute qu'on aurait obtenu le même résultat avec Nicole Kidman. Il est assez rare de voir une actrice jouer un personnage aussi idiot et négatif avec précision et sans se soucier de son image.

 

Un beau film, donc !

 

 

 

  

 

Radicalement Vôtre,



Dr Devo.









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Publié dans Corpus Analogia

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sigismund 24/12/2008 16:28

je vois... peut-être le titre de la première super-production focalienne ?chocolats à la crème, sig- 

Dr Devo 24/12/2008 15:23

Un jeu de mot excellent et qui calle bien. Je mets dix francs d&ans le nourrin.Dr Devo.

sigismund 24/12/2008 14:20

'No 666 last night'( que c'est triste )

Dr Devo 23/12/2008 18:42

Rires!Tu es "sick sick sick of six six six" comme disaient le poète!En tout cas 6666éme commentaire, c'est pas rien!Salutations!Dr Devo.

sigismund 23/12/2008 15:41

non.en fait je les hais.c'est gentil de demander.