TOUT POUR PLAIRE de Cécile Telerman (France-2005): ça, c'est pas Palace!

Publié le par Dr Devo

(photo:"Negativland" par Dr Devo)

 

Chers Messieurs Dames,
 
Chemin de croix, la suite. Curieusement, après vérification, il s'agit de la station XIII, ce qui est fortement illogique, mais bon. N'est-il pas ici, après tout, question d'art ? On va donc s'occuper de TOUT POUR PLAIRE, puisqu'il le faut, le premier film de Cécile Telerman, vu en dépit du bon sens, ce film n'étant a priori pas pour moi, mais que voulez-vous... J’ai une bande de petits requins mignons comme tout (Vous!) à nourrir ! Ils ont toujours faim, ils sont avides et c'est bien pour ça que j'ai pris l'engagement de les chouchouter. Et puis, cette splendouillette métaphore marine me permet sans doute de cacher mon sado-masochisme rampant, dont je me dis, après tout, que j'ai au moins le bon goût de le déplacer sur le terrain cinématographique plutôt qu'un autre. Comme Dalida, tout ça c'est pour vous, cher public. Passons.
 
Et puis non ! Ne passons pas. J'avais le choix entre deux dessins animés en synthèse : ROBOTS et VAILLANT. Sinon j'avais tout vu. Mais, bêtement sans doute, imaginant une salle remplie de petits chiards en train de hurler au moindre mouvement de personnages, j'ai renoncé, au moins provisoirement. Sur ce plan précis, et non sur le plan cinématographique, je m'en suis mordu les doigts. Essayez d'imaginer pourquoi... Mais ne précipitons rien et restons précis.
 
En tout cas, avec TOUT POUR PLAIRE (encore une fois, permettez-moi d'insister, quel titre anonyme pour un film français : dans deux semaines, il faudra faire un effort pour s'en souvenir), on n'est pas pris au dépourvu. Film annonce et promotion télé disent bien ce que c'est. A savoir, les aventures, ou plutôt le moment de vie qui réunit trois copines en période transitoire, auxquelles on aimerait donner un âge d'ailleurs, chose rendue un  peu impossible, chaque actrice étant presque équidistantement (oh lala ! Ça, c'est Paris !) espacée. Trois copines qui passent une passe difficile, en quelque sorte, et tant qu'à faire, question style. Anne Parillaud, qui est quand même Mme Jean-Michel Jarre, l'artiste mondial multimédia (cette note ici pour sourire avec JMJ, et nullement ironique vis-à-vis de Dame Parillaud), Parillaud, dis-je, est mariée avec un gros con (dans le fim !), on peut le dire, qui travaille dans le super-top de la finance. Le stupide, dans son premier plan, est déjà condamné à la connerie, d'ailleurs. Mais de façon moins extraordinaire que Billy Zane dans TITANIC. Je n'ai jamais rien vu de tel que dans ce plan de James Cameron. Souvenez-vous ! Un pied, de profil, en gros plan, qui sort d'une voiture et vient se poser sur le bitume. A cet instant précis, on sait exactement que le personnage de Billy Zane sera un con stupide, méchant et velu ! Bien sûr, la caméra remonte le long du corps et le plan s'élargit, mais rien que ce pied montre que les jeux sont faits. Ce qui fait de ce plan assez stupéfiant un des exemples les plus forts de charactérisation (du terme anglais character) de l'Histoire du Cinéma, ce qui, à mes yeux de spectateur, n'est pas forcément un gage de qualité, mais passons. Parillaud, donc, est mariée à un stupide, avec qui elle a eu un petit Juju. Elle même travaille dans la pub, maltraitée par un directeur aussi laid qu’odieux. Pas facile pour elle, assurément. Mathilde Seigner, elle...
 
[Une anecdote. J'étais au téléphone, le 9 avril, jour de mon anniversaire et du mariage du Prince Charles, avec Uso Dorsavi, qui laisse souvent des petits commentaires pas piqués du hanneton sur ce site. Il a son franc-parler, le bonhomme, un franc-parler qui s'allie souvent à une rigueur féroce et dentue qui n'épargne jamais ceux (les gens de cinéma, bien sûr) qui fautent. Passons. Je disais à M. Dorsavi que j'avais été voir ce film, ce qui provoqua un râle de souffrance chez cet homme très sensible et très à cheval sur les principes. Je lui dis que "Seigner" jouait dedans. Il répondit avec grossièreté et classe mélangées, et avec son accent d'aristocrate italien (ce qu'il est d'ailleurs !) :"La bisexouelle ou la Voulgoss' ?". J'étais éclaté de rire. Je répondis, avec humour, mais vachardement (ce sont deux actrices qui me sont sympathiques): "Une des deux est bisexuelle ?". Il ajouta que la "Voulgoss", c'était Mathilde, et dans un souffle gourmand mais respectueux, il ajouta, dans une imitation de Salvador Dali (manie qu'il partage avec Bernard RAPP d'ailleurs) : "Je l'adoooorrrrrrr'-euh!". Étonnant, non ?]
 
Mathilde Seigner, donc. Fraîche avocate indépendante, elle plaide pour un grand groupe alimentaire, mouillé dans un scandale de "carottes au mercure". Elle bosse depuis des mois pour eux, et elle attend toujours le chèque pour ses honoraires, ce qui provoque un immense découvert que ne manque pas de lui reprocher son banquier d'ailleurs, lui qui pourtant essaye de l'aider avec une belle volonté. Côté cœur, elle vient de se faire larguer par son thésard de boyfriend au moment où ils devaient s'installer ensemble, ce qui ne manque pas de provoquer d'autres soucis financiers. Seigner, dans le groupe, c'est celle qui n'a pas froid aux yeux, celle qui a le verbe franc, celle qui ne se fait pas d'illusions sur les mecs, même si ça la mine, et pas qu'un peu. Et puis, il y a Judith Godrèche, mère de famille, la plus et la mieux casée des trois, des chiards partout donc, médecin dans le public, et mari artiste (croûtiste abstrait au début du film, puis figuratif quand il peint sa femme) qui n'en fiche pas une, se lève tard, et ne vend aucune toile. Sympa, mais bon... est-ce suffisant ? La question taraude finalement les trois femmes...
 
Tranches de vie, entre crise de la trentaine et/ou quarantaine, mariage, engagement, et les hommes bien sûr, TOUT POUR PLAIRE est sans doute ce que sa réalisatrice appellerait un film de l'air du temps. Femmes des années 2000, pourrait-on dire, en actualisant le texte d'un célèbre poète.
 
TOUT POUR PLAIRE vient surtout grossir le rang des comédies françaises qui se divisent, grosso modo, en deux catégories : les gros machins grand public, genre IZNOGOOD, ASTERIX, etc., et les comédies orientées vers un public plus mûr, à partir de trente ans (LES SŒURS FACHEES, par exemple). Les deux styles sont d'ailleurs distribués, dans leur division respective, au sens footballistique du terme, avec des moyens assez conséquents, notamment en ce qui concerne la promotion télé. Ici, on est exactement dans le schéma. Qu'y trouve-t-on ?
 
Exactement la même chose. C'est gai, c'est léger et c'est dans l'air du temps. Et tout pour les actrices. Et on retrouve également mes sempiternelles plaintes, toujours associées aux mêmes remarques... Est-ce moi qui me répète ? Non, ce sont les scénarios qui se répètent, et donc, malheureusement, les films. A savoir : montage plan-plan suivant le principe numéro 1 des films télés et cinés populaires, "je parle, je suis à l'écran" (bêtes champs/contrechamps), lumière pas belle, blanchâtre et grisouille, sans aucun but sinon que l'on puisse voir les acteurs (ce qui est aussi l'ambition des films familiaux tournés au caméscope. Cf. Videogag. De toute façon, 'manquerait plus que ce soit sous-exposé, la lumière!), cadre sans expression voire laid, où les actrices doivent se pousser pour être dans le champs (Cf. la scène, encore une fois, un vrai poncif, à chaque fois ils nous font le coup, du tube sur lequel les actrices dansent, ici "I will survive" ou "it's raining men", je ne sais plus. C'est insupportable de nous prendre pour des imbéciles de la sorte, en nous resservant toujours la même idée ! Cf. également le dernier plan où les deux actrices bord-cadres disparaissent par alternance !), et donc échelle de plans catastrophique, en conséquence.
Rien, absolument rien d'artistique, dans ce film. Oui, mais c'est du divertissement tout ça, c'est sans prétention, etc. Mais bien sûr !  Allez vous distraire, braves gens, avec des films sans prétention. On en voit si peu. Il y a si peu de téléfilm de divertissement à la télé.
En tout cas, on ne répétera jamais assez que le cinéma de cette sorte vous fait les poches en moins de deux (7 euros la place quand même, il ne faudrait pas l'oublier), squattent les commissions de financement, et par conséquent n'ont pour but que d'éloigner la concurrence. Combien de films à vocation artistique, avec un peu de montage et un peu de cadrage, ne sont pas financés, ou restent dans les limbes, tournés mais sans distributeur et donc sans public, pendant que ces films sortent, et avec quels moyens publicitaires ? On essaie de vous les vendre comme des petits films sympas, mais ce sont, bien sûr, des machines de guerre.
 
[On notera que ces films sont l'exact doublon du cinéma du réel, si cher au cinéma art et essai.]
 
Pas étonnant alors de retrouver dans ce film les thématiques qui le fondent. On passera, par pudeur, les détails. Bourgeoisisme ahurissant ("mais dans quel monde je vis ?", me dis-je, en entendant les héroïnes parler d'argent dans le film), misandrie complète, anti-intellectualisme primaire, etc. De là à dire que le film est réalisé par une grande bourgeoise qui s'ennuie, il n'y a qu'un pas, que le film nous incite lui-même (quel cynisme !) à franchir (regardez bien les ostensibles ouverture du magazine ELLE dans le film).
 
Bref, ce film, tout sauf cinématographique, n'incite qu'à deux choses : la lutte Women vs Men (comme disait David Byrne dans sa chanson éponyme, tout ça finira par des batailles rangées dans les parkings !), la  lutte du cinéma en tant qu'Art avec le bourgeoisisme le plus effréné. Qu’on ne s'y méprenne pas, c'est exactement ce qu'on pourrait appeler du cinéma d'en-haut.
 
Si tu dépenses 600 euros (sic) à Habitat chaque semaine, et que tu es prêt(e) à mettre 360 euros (sic) dans un pantalon, alors oui, ce film est pour toi. Vas-y, tu vas rire, c'est cocasse. 
 
Si tu veux voir une comédie sans prétention, mais plutôt bien foutue, va voir L'ANTIDOTE. Si tu veux voir un essai convaincant de Cinéma du Réel, fais pareil.
 
Si tu veux voir des machins pour te divertir, sans te prendre la tête, fais des économies et allume ta télé. Garde l'argent des tickets et de l'essence et des pop-corns, mets-le dans une tirelire, et à la fin, au moins, tu pourras inviter ton (ta) bien aimé(e) au restaurant, ou lui faire un très beau cadeau.
 
Si tu aimes les films truculents ou forts, où l’on admire des acteurs sublimes, repasse-toi un Cassavetes ou un Woody Allen.
 
Les autres peuvent passer.
 
 
Amicalement,
 
Dr Devo.
 
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Publié dans Corpus Filmi

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Dr Devo 12/04/2005 18:02

Mister Cre,
à ma grande honte je n'ai jamais vu un épisode de Sex and The City! Malgré mon faible pour kim Catrall
Dr devo

Monsieur Cre 12/04/2005 15:14

J'admire ton courage pour être aller voir ça (mais le fait de ne pas avoir de carte illimitée, ça m'évite d'aller voir n'importe quoi, je préfère en avoir pour mon argent quand je vais au ciné). Dommage que cela nous prive d'un billet sur les deux films d'animation (une séance de rattrapage dans les semaines à venir ? je ne pense pas que le public enfantin soit le plus génant dans ces deux films, après tout, tu es allé voir SpongeBob).
L'argument de vente de cette merveille de 'Tout pout plaire', c'était : "Un 'Sex and the city' à la française". Tu en penses quoi, docteur, de cette série ?

Loui 12/04/2005 10:51

hello docteur devo.
Je me suis permi de te faire un petit dessin. Si ça t'intéresse, donne moi une adresse e mail. voici la mienne : louisriche@free.fr
Si ça t'intéresse pas, ben je le garde pour moi...

Fab 12/04/2005 00:45

Quel est le rang aristocratique d'Uso Dorsavi svp doc ?
Bon ben encore 7 euros de bien économisés, merci Dr Devo !