MISS FBI de John Pasquin (USA, 2005) : le syndrôme Poupée Bambi

Publié le par Dr Devo



(Photo: "Spaghetto Syndrome" par Loui, qui a offert à Matière Focale ce dessin, parce qu'en ce moment il nage dans le Western (deux ou trois par semaine). Quand c'est italien il aime bien, et il nous propose de trouver le film qui a inspiré le dessin. N'hésitez pas à déposer des commentaires, et à rendre visite au site de Loui (ici), où vous trouverez d'autres dessins et quelques tranches de vie. Merci Loui pour ton cadeau!)

Chers Amis,
 
Comme on l'a déjà dit sur ce site, on s'en fout un peu, et même complètement, de savoir si tel ou tel artiste est un gars sympa ou non dans la vie normale. Qu'il soit un emmerdeur, voire un salaud, ou le type le plus brave de la terre, quelle importance ? Aucune, car ici c'est l'œuvre qui nous importe. Ayant travaillé quelques heures pour Brian de Palma (pas d’affolement les amis, je lui ai juste projeté un film), et donc ayant croisé le bonhomme, je peux vous assurer que c'est un ours, plutôt gros, et surtout très mal léché, une porte de prison arrogante et pas sympathique pour un rond. Et alors ? Ben, on s'en fout. [Bernard RAPP était aussi présent, et il pourra vous confirmer que ma description du réalisateur du magistral ESPRIT DE CAIN est exacte !]
 
Des artistes, sympas ou gros cons, nous qui ne fréquentons pas les stars, on s'en moque. Comme on s'intéresse à l'Art, on juge sur pièce, et on laisse le reste aux lecteurs de Gala. Mais par contre, il y a un truc qui m'a toujours amusé, c'est essayer de deviner ce que serait un artiste sympa. Cette réflexion m'est venue à une époque où j'aurais bien été discuter une heure avec un ou deux artistes pour parler Art et Travail pendant une heure. Et il y a, dans ce type de spéculations sans importance, deux types d'artistes. Ceux dont vous pensez que vous pourriez les amener aller boire un verre au Bar Des Sports (BDS), en bas de chez vous, et les autres. Les Artistes BDS sont des gens qu'on ne prend pas forcément pour de grands artistes, mais des artistes assez intéressants et sympas pour qu'on puisse les amener Chez Monique pour tailler le bout de gras. Par exemple, j'aurais bien bu un demi avec Brian Eno au bar des sports, car j'ai des questions à lui poser, même si je ne suis pas spécialement un grand fan de son œuvre, et parce qu'il donne l'image de quelqu'un qui ne serait pas effrayé de passer une heure Chez Monique. Il y a aussi deux ou trois autres artistes à qui je ferais volontiers subir le même processus, mais ce sont des artistes que j'ai aimés dans ma jeunesse, et plus beaucoup aujourd'hui, et donc par pudeur et auto-censure, je ne révélerai pas leur nom, ou alors contre de l'argent, ou sous la torture ! Par exemple, ce gros ours de De Palma, il est pas BDS du tout. Tilda Swinton est BDS sans problème. Roger Corman, que j'ai croisé étant petit (Le Marquis était là d'ailleurs, mais nous ne nous connaissions pas encore à l'époque !) est BDS. Ken Loach est BDS. Mais Tarantino, je pense, ne l'est pas du tout. Toi aussi, fais ton classement BDS chez toi.
 
Sandra Bullock est sans doute une star et une grande bourgeoise, certes, mais elle n'en est pas moins une actrice intéressante dans son genre, et malgré tout, rien à faire, on a vraiment l'impression d'une actrice BDS. Si elle devait faire un tour par ici, on lui réchaufferait une pizza et on n'irait pas au restaurant, et ça serait très bien comme ça. En réalité, elle est sûrement propriétaire d'une villa immense avec 20 domestiques mexicains, mais bon, rien à faire, elle donne une image un peu contraire. [Nicole Kidman est anti-BDS par excellence.]
Et il faut vous dire un truc. On a tous nos faiblesses. Nos petits secrets honteux. Un peu. Maintenant que vous connaissez Le Marquis, fidèle collaborateur de ces pages, il faut que je vous dise un truc sur lui. Il ADOOOOOOOORE Sandra Bullock. Sans vouloir caricaturer son bel esprit, on peut quand même dire que s'il a une actrice chouchou, en dehors de ses qualités artistiques, c'est bien elle. Le Marquis la trouve marrante comme tout, trouve qu'on peut toujours regarder ses films, même les plus mauvais, avec plaisir, et qu'elle dessine, sans être la meilleure actrice du monde, un joli parcours, décalé et loufoque, d'actrice de genre. Elle a de la personnalité, elle est sympa et elle fait des films un peu louf', et le Marquis l'adore. S'il avait le choix entre ressusciter Orson Welles et inviter la Bullock à venir manger une pizza chez lui, le gros barbu pourrait rester rôtir en enfer ! Ceci dit, pas d'ironie dans mes propos, juste un sourire attendri peut-être face au culte décontracté que Le Marquis voue à Annette (c'est son deuxième prénom, comme dans PREMIERS BAISERS). Et du coup, du Bullock, j'en ai mangé. Le Marquis m'a fait voir tous les films qu'il avait d'elle, ou presque. Les sympas et les beaucoup moins bons. Et il se marre Le Marquis, à nous faire voir des machins comme LOVE POTION No9 ou L’AMOUR À TOUT PRIX ! C'est un joueur, Le Marquis !
 
Sandra Bullock est effectivement un personnage sympathique, et j'apprécie l'actrice qui me paraît très douée pour la comédie (je suis moins conquis par son volet "romantique"). Parmi les films bien fichus de sa filmographie, un de ceux que j'apprécie particulièrement est MISS DETECTIVE (MISS CONGENIALITY en VO). Bon casting, mise en scène relativement nerveuse (relativement), histoire loufoque et originale, et plaisir évident des acteurs à jouer là-dedans, on passe avec ce film un très bon moment, pas trop bête en plus. Que demande le peuple ?
 
MISS FBI est la suite de MISS DETECTIVE, voilà. Les distributeurs français étant très doués, c'est bien connu, ils ont délibérément gommé la franchise du titre pour faire moins d'argent, mais ce film est bien la suite de MISS DETECTIVE. [Chapeau pour l'affiche, les gars, elle est encore plus laide que la première et propre à faire fuir tout le monde.] Evidemment, c'est la cerise sur le gâteau dans cette semaine cinématographique, et je suis d'autant plus content que mon ciné Pathugmont, où j'ai une carte illimitée, passe le film (sans faire de pub et sans même montrer un film-annonce !). Grâce à ce film, j'échappe provisoirement à Catherine Frot et aux pygmées de Régis Wargnier, alors, un peu que j'y cours, cheveux au vent et sourire aux lèvres. Miam !
 
Sandra Bullock bosse toujours au FBI, mais elle a un gros problème. Les événements de MISS DETECTIVE lui ont apporté une grosse popularité à travers tout le pays, et c'est très gênant pour un agent du FBI, forcément incognito sur le terrain. Une opération tourne mal parce qu'on lui a demandé un autographe. On lui propose alors un poste placardisé. Elle refuse. Mais, dans le même temps, son nouveau boyfriend lui fait faux bond et met fin à leur relation, pour des problèmes liés au sexe, sous-entend le film! Effondrée, la belle accepte finalement le placard proposé par son patron. Elle devient, par conséquent, "le visage du FBI", c'est-à-dire une poupée médiatique, pour communiquer avec les journalistes. Elle fait tous les talk-shows, sort un livre, etc. Adieu le flingue et le terrain, et bonjour les tailleurs Chanel, les stylistes et le strass. Dix mois plus tard, Miss America, une bonne copine à elle (Cf. MISS DETECTIVE), et l'organisateur du concours Miss America (William Shatner, que j'adore sans être fan de STAR TREK) sont kidnappés à Las Vegas. Bullock est appelée sur place, mais, à son grand dam, pas pour enquêter mais pour communiquer avec la presse qui s'affaire autour de ce kidnapping. Il faut dire qu'en dix mois, la Bullock est devenue une Barbie Mondaine prétentieuse et superficielle, chose que personne ne lui pardonne parmi ses collègues. Elle essaie néanmoins de sortir de son placard doré, et de se mettre au travail, et sur le terrain cette fois.
 
Sans problème, c'est donc le film de la semaine, et on s'installe avec délice dans son fauteuil, content de voir un film léger mais bien fichu, avec du caractère, comme l'était MISS DETECTIVE qui brillait encore plus grâce à ses acteurs pétillants et précis. Les USA, d'ailleurs, c'est bien pour ça : la comédie, pour eux,  ça n'est jamais potache, même si le sujet l'est. C’est une affaire sérieuse et on s'applique drôlement, très loin des comédies françaises dont je parlais récemment. Si Michael Caine a décliné l'offre de jouer dans cette suite (dommage, il était en forme le vieux !), William Shatner, lui, rempile. Chic !
Malheureusement, après un démarrage gentiment couci-couça, les choses se gâtent assez vite. La mise en place est, en effet, assez longue, mais on ne sait pas à ce moment-là que cette première bobine est sans doute la meilleure. En voyant Sandra Bullock se transformer en Barbie Pétasse, on se dit qu'on va bien rire, mais en fait, non, pas du tout. Tous les choix de scénario sont calamiteux. Les seconds rôles sont affligeants (le styliste et les assistantes), au moins en VF. Rien ne fonctionne et tout se grippe, et on s'aperçoit avec horreur que la pétillante Miss Detective du premier épisode n'est pas déguisée en Barbie Média, elle l'est devenue !!!!! Et tout le ressort comique s'effondre, par manque de point de vue et manque de décalage. Bon, si ça vous fait rire de voir comment c'est difficile de courir avec des bijoux, vous allez vous poiler. Sinon... Bref, tous les aspects incisifs du premier volet sont perdus dans une masse de mauvaises idées qui essaient de brasser sur le thème de l'embourgeoisement de son héroïne.
Le problème, c'est qu'on a perdu dans ce deuxième acte le gros enthousiasme des débuts. Tout le monde a l'air de s'embêter sec. Bullock joue un cran en dessous, de manière un peu plus raisonnée, et perd de sa force comique. Aucune fantaisie chez les seconds rôles. Shatner est quasiment absent, et a l'air de s'embêter drôlement dans ses rares scènes. Côté mise en scène, c'est également beaucoup plus médiocre que le premier, tout en exploitant les mêmes gimmicks. [Un ciel de studio très raté a particulièrement retenu mon attention. Ça devient, pour le meilleur (dans THE MACHINIST, par exemple) et pour le pire une spécialité hollywoodienne.] Donc, montage laborieux, bien évidemment sans échelle de plans, photographie horrible, etc. Le scénario, bête comme chou, enchaîne les mauvaises idées, dont le final en boîte transformiste est sans doute la plus calamiteuse. Finalement, on rit très peu : une ou deux allusions aux merveilleux disques de William Shatner, dont je ne saurais que vous recommander le dernier album (HAS BEEN), et la scène de la fausse poitrine, ça c'est très drôle. Le reste est quand même un peu nullosse. Finalement, le contraste joue bien mieux quand la dichotomie FBI-Monde des Barbies est portée par Bullock toute seule, sans sa partenaire kick boxeuse.
De plus, la dernière scène, une fois l'intrigue achevée, est carrément ignoble. Bullock abandonne complètement son personnage pour jouer son propre rôle, et la conclusion contredit complètement l'esprit du premier, en prônant, sans rire cette fois, que le monde a besoin de la Paix Universel. Beurk ! Où est passée l'ironie de ce film ?
En fait, le film s'est complètement embourgeoisé, et je pensais, en sortant de la salle, qu’on n’était pas loin de l'horrible BE COOL, vu récemment et dans la même salle. A la réflexion, comme me l'a bien fait remarquer notre ami de Kuhe im Halbtrauer, BE COOL est de loin beaucoup plus antipathique, car c'est un film pourrave avec des toutous de luxe, pas BDS pour un rond, et que ce film pue l'arrivisme à plein nez. Ici, ce n'est pas tout à fait le cas. MISS FBI est plus sympathique, parce qu'on sent finalement que tout le monde dans l'équipe a senti venir le film pourri. BE COOL, lui, essayait de nous faire croire avec arrogance qu'il était le film le plus drôle du monde. Ici, c'est plus modeste et c'est déjà ça. Ce qui m'amène à dire : je me demande vraiment ce qu'en penserait Le Marquis, de ce nouveau Sandra Bullock. Gageons qu'il nous donnera son avis.
Quant à vous, Miss Bullock, on vous pardonne, et on attend sagement le prochain, une comédie romantique où vous aurez la lourde tâche de dérider Keanu Reeves. Ce n’est pas gagné, mais bon, on ira voir ça quand même, car on vous aime bien. Ceci dit, même si vous avez déjà utilisé le procédé, arrêtez la chirurgie esthétique, car vous ressemblez de plus en plus à Michael Jackson, comme disait quelqu'un, et que vous êtes très bien comme ça. Vous n'en avez pas besoin. Si on vous retrouvait refaite à neuf dans votre prochain film, customisée comme le semi-remorque Madeleine Stowe (qui a décidé il y a quelques années de devenir physiquement Julia Roberts, et qui est devenue un monstre), on serait très triste. Et lâchez-vous un peu plus, comme autrefois !
Vivement votre prochain film!
 
Congénialement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Publié dans Corpus Filmi

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Proctoman 22/04/2005 16:00

Moi je suis sûr que je peux faire de Nicole Kidman une partenaire BDS de feu!!! Ainsi fait je lui ferai manger un bon fromage de chèvre parce qu'elle doit manger et après... elle fera de moi ce qu'elle veut, Nicole Appelle-moi!

Fab 15/04/2005 11:47

Les yeux sont le miroir de Laaam !
Hello Devo !
ton blog fonctionne t'as bien de la chance, le mien est out aujourd'hui...
a+

Bernard RAPP 15/04/2005 10:13

Et même, je souscris avec un esse. Et même, j'intériorise avec un euh (Veuillez m'excuser, j'ai de tellement si gros doigts pour les petites touches du clavier)...

Bernard RAPP 15/04/2005 10:10

Je souscrit complètement au truc de la beauté intérieur, et j'ajouterais même que les yeux sont le miroir de Laam.

Le Marquis 14/04/2005 21:46

J'ai le choix des armes : j'opte pour MAFIA PARANO. Voir et revoir Sandra en proctologue de l'amour...