LE BON, LA BRUTE ET LE CINGLE de Kim Jee-Woon (Corée-2008): Psyché dans la Colle

Publié le par Norman Bates


[photo: "Papon, Brutus et Pinochet" par Dr Devo et Mr Mort.]






Comment commencer avec brio un article sur le cinéma en cette nouvelle année ? Facile, en citant une critique des Inrocks  : "Kim Jee-woon réussit avec bonheur la greffe entre codes occidentaux et psyché orientale." Voila une phrase tirée de l'article dithyrambique des Inrocks, mais qui pourrait aussi bien l'être de TELE 7 JOURS ou de JEUNE ET JOLIE (si si, il y  a une rubrique cinéma).




Maintenant j'aimerais vous parler dans mon modeste article de psyché orientale. Oui, je pourrais vous en parler toute la nuit s'il le faut. Plus important encore j'aimerais parler de ma passion inconditionnelle de la greffe de psyché mais malheureusement le temps m'est compté, et Matiere Focale n'a pas les épaules suffisantes pour de telles révolutions conceptuelles dans la façon d'aborder le cinéma. Je vois bien que vous êtes déçus, mais il faudra vous y faire, bonne année.




Loin de la psyché et des affres de la transplantation stylistique, il y a le fait que c'est le deuxième western asiatique que je m'enquille en trois semaines [j'ai subi la vision de l'incompréhensible SUKIJAKI WESTERN DJANGO de Takashi Miike (Japon-2007), greffe de psyché sans doute ratée], et voilà qui me fait me poser de drôles de questions  sur la psyché des producteurs orientaux que je vous épargnerais volontiers.




Kim Jee-Won est parait il très apprécié ici bas à la rédaction de Matiere Focale, toutefois je ne vous raconterais pas de salades, je n'ai vu aucun de ses films.  LE BON, LA BRUTE ET LE CINGLE est une variation sur le thème du western spaghetti de Leone, sans toutefois en être un remake. Trois personnages avec autant de personnalité que dans le titre se disputent un bout de carte dans le désert de Mandchourie, 500 ans avant le paris dakar. Le Cinglé est un peu là par hasard, La Brute cherche à rembourser sa garde robe prada mise à mal par la dure vie de cow boy, et le Bon cherche à s'enrichir par tout les moyens (ce qui en dit long sur la psyché orientale, hum). Voila voila, le scénario n'impressionne pas particulièrement par sa profondeur abyssale, il n'est qu'un prétexte à une débauche de psyché et de scènes mettant en avant des chapeaux et des chevaux.



Et soudain je me trouve mal, car j'ai vraiment passé un moment éprouvant dont j'aurai bien du mal à parler avec déconvenue et flegme. Je n'ai vraiment pas du tout aimé pour parler simplement, ou alors, la greffe n'a pas prise, pour parler d'un point de vue médical.  Quand on n'a pas de scénario captivant ou spécialement bien écrit, la moindre des choses c'est d'assurer un peu derrière avec un point de vue original, voire artistique dans le meilleur des cas. C'est même une prérogative importante pour tout lecteur assidu de Matière Focale. Autant vous dire que ce n'est pas du tout le cas : scènes d'actions illisibles, cadrage en dessous de tout, photo inexpressive, images de synthèse rajoutées par-dessus la jambe, et boum le focalien moyen se retrouve bien vite sans défense et submergé par un flot incessant d'image et de sons qui surenchérissent tour à tour dans la médiocrité et le mauvais gout. Je ne ferais aucun parallèle avec l'œuvre de Leone, même ses films de vacances à Rimini doivent être plus agréables.  Passe encore les acteurs et leurs postures tape à l'œil, je m'y étais plus ou moins habitué. Mais de là à convoquer le plus mauvais goût occidental et le coller à ce que l'Asie a de plus cliché, c'est plus de la greffe : c'est le retour de Frankenstein dans une version où le savant fou serait interprété par Lech Walesa: c'est tout bonnement une abomination croulante. C'est vraiment très difficile pour les nerfs, d'autant plus que c'est en coréen donc, si vous commettez l'erreur de fermer les yeux, vous aurez instantanément des visions plus horribles encore.  J'espère pour Kim Jee-Won que c'était une erreur de parcours ou une grosse dette à payer, parce que ca ne donne pas envie de voir ses autres films. Honnêtement j'aimerais bien faire une critique constructive et argumentée, mais les bras m'en tombent. Il n'y a absolument rien de cinématographique dans ce film. Même pas du respect pour le vieux Sergio, c'est dire où la légendaire perfidie asiatique nous entraine pendant deux longues heures. Comme quoi, la psyché, c'est pas bien compliqué...





Norman Bates.








Retrouvez d'autres articles sur d'autres films en consultant l'Index des Films Abordés 






Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

Dr Devo 17/01/2009 09:48

Vous avez raison, cher Epikt, je confonds dans lapsus con et fondant car je voulais parler de 3 HISTOIRES DE L'AU-DELA (1ére épsiode de compilation de realisateurs asiatiques), et non pas 3 EXTREMES (la deuxième compilation et la plus connue), dans lequel Ji-Woon a effectivement réalisé un sketch. Voilà qui est plus précis...Comme disait la poète au jambon: "Quand c'est précis, j'apprécie!"Dr Devo.

Epikt 17/01/2009 00:27

Y a confusion Doc, Kim Ji-Woon n'a pas participé à 3 extrêmes (qui est réalisé par Park Chan-Wook, Fruit Chan et Takashi Miike).

Dr Devo 16/01/2009 22:23

Je confirme que même si c'est un paradoxe, DEUX SOEURS est sublime. Le segment qu'il avait réalisé pour 3 EXTREMES était quant à lui tout à fait réussi aussi! Et après, terminé, y a plus personne!Dr Devo

Epikt 16/01/2009 18:10

> "J'espère pour Kim Jee-Won que c'était une erreur de parcours"Malheureusement non mon cher Norman.De tous les réalisateurs coréens sur-estimés (et Dieu sait qu'il y en a !), Kim Ji-Woon est sans doute le plus sur-estimé de tous ! D'une certaine manière Le Bon, la Brute et le Cinglé se trouve dans la droite continuation de A Bittersweet Life, film aussi boursoufflé et poseur que mal monté. De sa filmographie il n'y a qu'à Deux Soeurs auquel j'ai envie de redonner une chance (il m'avait pas vraiment embalé à l'époque mais curiusement il se bonnifie dans mon esprit). Son court métrage Coming Out est aussi rigolo, mais c'est un peu tout.

Zarzuela foutrax 16/01/2009 13:11

Oui je l'avoue : je ne connais pas du tout le cinéma asiatique en général et ce réalisateur dont j'ai du mal à retenir le nom en particulier. Ce qui reste, c'est que j'ai beaucoup ri en vous lisant, et ça, ça ne se refuse pas. Merci, donc, Norman Bates.