THE SPIRIT de Frank Miller (2008-USA): Chiche-Kebab !

Publié le par Dr Devo



[Photo: "Watchmen (il avait du flair, ce Claude Berry)" par Dr Devo et Mr Mort]





Oh, bah les p'tits gars, c'est qu'on aurait presque du retard avec tout ça, mais rassurez-vous, ce n'est pas parce qu'il n'y avait personne à la réception que l'équipe focalienne s'est tournée les pouces, bien au contraire. C'est qu'ils sont allés en salle, les cocos, pour voir, par exemple...

 

 

 

THE SPIRIT de Frank Miller (USA-2008)


Des supers-héros et des comiques (oh, mon dieu, ça commence bien...), c'est vraiment chouettosse, mais ici, c'est encore autre chose car, ils ne portent pas collants. Le Spirit préfèrent le masque à la Mandrake et l'imper à la Christophe Lambert pour aller débarrasser la ville des méchants, ce qu'il fait fort bien, merci. C'est, cependant, sans compter l'affreux Octopus (Samuel Jackson), étrange docteur et pas critique de cinéma comme on peut sans douter (idée de scénario !), et grand gangster sanglant qui, une nouvelle fois, convoite ce qu'il n'a pas, c'est-à-dire un objet fabuleux qui pourrait le rendre définitivement surpuissant et faire basculer le Monde dans le chaos le plus total. Evidement, voilà qui n'est pas facile à empêcher pour notre Spirit, et ce d'autant plus que la mystérieuse Eva Mendes rôde aussi dans les parages, ce qui va semer le trouble, dans tous les sens du terme. Bref, le Spirit, il a du pain sur la planche...

 

 

Frank Miller, célèbre dessinateur bédé, passe ici derrière la caméra, comme dirait n'importe quel critique normal, en commençant à commenter le métrage, et ce après avoir été lui-même pas mal adapté ces dernières années, notamment à travers 300, la grosse choucroute, et SIN CITY déjà bien mieux, dont il reprend ici, un peu, le modousse opérandaille en mélangeant effets spéciaux et graphiques tendant vers l'influence bédé revendiquée, justement.



De fait, THE SPIRIT comme son "aîné" est plus beau que la moyenne des adaptations comiques, et part sur une base totalement revendiquée comme adulte et mature. Pourtant, les premières minutes glacent un peu le sang, notamment la première scène avec Scarlett Johansson très fausse alors, et quelques situations qui semblent ne pas marcher dés le départ, notamment à cause du ton employé. En fait, c'est une période d'adaptation. Contrairement à ces homologues, Miller traite la bédé de Will Eisner (qui était peut-être déjà ainsi, je ne sais...) sur un mode assez particulier puisqu'il s'agira de développer un univers comics, lui rendre hommage et donc faire les choses sérieusement, mais aussi utiliser un ton exagéré, voire souvent grotesque qui parfois appuie, très volontairement, sur les conventions et les passages obligés du genre. Et ce ton grotesque, et bien, on n'y est pas si habitué que ça. Le temps de comprendre le décalage, et tout rendre dans l'ordre. On comprend alors le projet, pas forcément si abstrait que ça (comme me le laisser supposer l'utilisation multiple et interchangeable des molosses Pathos et Logos), mais bien mélangeant les tons les plus hétérogènes. L'hypothèse se vérifie avec deux scènes donnant le "la", celle de la première bataille dans les eaux boueuses (pour ne pas dire plus!) de la ville entre le Spirit et Octopus, dans laquelle le méchant paralyse le héros avec un joli toilette Jacob Delafond, et plus encore avec la meilleure scène du film, la scène nazie, très réussie.

 

 

Un ton ambigu, un adaptation mature, un univers graphique inspiré de SIN CITY, bref un film un peu adulte et différen. Mais c'est une divine surprise, me diriez-vous... Malheureusement, même si THE SPIRIT est plutôt au-dessus de la moyenne des grosses machineries du genre, il me pose plusieurs problèmes. Premièrement, et croyez-moi bien que ça m'arrache la bouche de dire ça, le casting me semble très largement inégal, voire faible. Samuel Jackson fait ce qu'on attend de lui, en tant que spectateurs et réalisateur, et en rajoute, de manière plutôt efficace, si du moins on n'est pas allergique au jeu outré. Ca fonctionne et prouve qu'il a très bien compris le  sujet. Mawam' Scarlett, très à côté donc dans sa première séquence, relève le niveau par la suite, et arrive à trouver un équilibre de plus en plus solide. Cette actrice qui n'a pas fait que du mauvais, ne m'a jamais bouleversé véritablement, mais elle assure, sans étincelle aucune, et se rattrape tranquillement dans le reste du métrage sans rien faire de bien passionnant, mais aussi sans rien bousiller comme elle le laissait supposé au premier rendez-vous. Pour le reste, c'est plus problématique. Gabriel Macht, le Spirit donc, est incroyablement fade, et même s'il essaie d'introduire un peu de distance ou d'ironie, son jeu est sans rythme et très fade, sans aucun charisme. La scène avec l'équipe de télé (bien écrite d'ailleurs) montre très largement ses limites. Ce bonhomme est charismatique comme une cagette d'endives. Ooops... Les seconds rôles sont tout juste passables, sans saveur également, et les deux p'tits pioupious qui jouent Macht et Mendes jeunes sont épouvantables et ruinent complètement les fameux flash-backs qui deviennent une vraie épreuve de torture. Bref, côté acteur, c'est froid, lisse et sans saveur, ce qui est quand même le comble.

 


La mise en scène pose deux problèmes et un cas d'école. Il y a quelques bonnes idées dans la mise en scène de Miller, par-ci par-là, et plus intéressant encore, il y a quelques plans très composés, voire exagérément, qui du coup sont assez iconoclastes. Je pense à cet alignement de visages lorsque le Spirit frôle la mort par exemple, image très hénaurme et dont on se dit que ce n'était pas du tout une mauvaise idée, fut-elle très artificielle. Il y avait là du potentiel. Parfois, on a même un plan plus abstrait et très beau. Je pense à ce plan totalement blanc (en scope en plus) maculé de petits ronds rouges et dans lequel arrive par le bas du plan une paire de main ! C'est très étrange (même si on sait ce que ça représente dans le flot du récit), et c'est une chouette idée de plan, parfaitement réalisé. Et pourtant, voilà qui ne marque pas et qui me permet de faire ma critique principal au film. Des petits plans comme ça, il y en a, pas de problème. Ils sont beaucoup plus intéressants d'ailleurs que les gimmicks sincitiens récurrents qui souvent, et aussi à cause de la chose que je m'apprête à vous expliquer, fonctionnent uniquement comme éléments de direction artistique sans qu'ils aient de réelles fonctions de mise en scène. Le problème, en fait, c'est le montage. Si on excepte la scène "nazie" que j'évoquais plus haut, le montage plombe littéralement le film. Non pas qu'il soit infamant d'ailleurs... Au contraire, le rythme est plutôt soutenu. Un bon rythme d'un énergique footing bien sérieux. Mais un rythme qui manque cruellement, et c'est vraiment avec le casting, le défaut principal du film, défaut plus grave même, de débrayages ou d'accélérations ! C'est assez rapide, mais monotone ! A la vision, il n'y a rien d'infamant dans ce rythme, si on excepte que ça pourrait durer une demi-heure ou cinq heures sans que ça fasse de différence! Tous ces petits plans sympas, ces quelques bonnes idées graphiques se noient, du coup, dans la fluidité de ce montage d'où rien ne fait saillie. Ca coule comme une musique new-age de relaxation, ça n'irrite pas, ça ne fâche pas, mais ce montage aplatit tout et vide le film de son caractère inhabituel. Et là, la différence avec SIN CITY se fait cruellement ressentir. Le sentiment qui me frappe à la projection est celle d'un long fleuve tranquille. Rien n'émerge, et je soupçonne Miller, dans cette volonté d'homogénéiser le montage, d'avoir, alors qu'il avait un matériau relativement iconoclaste, voulu faire un film qui est l'air d'un film ! Un film "normal" en quelque sorte. C'est un mauvais calcul, tant le film se noie lui-même dans cette uniformisation du rythme qui tue tous les effets. Ce manque de caractère et de personnalité de l'objet final fait du coup ressortir le troisième défaut du film : le nombre infini de gros plans et de plan rapprochés à l'approche du moindre dialogue. Voilà qui tue aussi la dynamique cinématographique, et fait ressembler THE SPIRIT en une bande étale, sans beaucoup de saveur. Malgré les bases du projet, et deux trois choses qui marchotent ça et là, THE SPIRIT semble configuré de manière beaucoup plus banale que prévu, et pour ces raisons de mise en scène pure (montage, échelle de plan), on se retrouve face à un long-métrage non pas totalement ennuyeux, mais très fade et curieusement assez anontme (paradoxe!), bien loin de l'addition iconoclaste qu'on attendait.

 


Dr Devo.






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Publié dans Corpus Filmi

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Gilles Penso 18/01/2009 21:09

Adaptation "mûre" ? Comme tu y vas ! Pour ma part, THE SPIRIT est à Frank Miller ce que SPEED RACER était aux frères Wachowski: une régression infantile dénuée de finesse, d'élégance et de profondeur. Mais bon, une fois de plus, c'est avant tout une affaire de goût, et ton avis présente le mérite d'être argumenté.

sigismund 18/01/2009 14:37

hélas oui, car la démystification de son propre héros en soi hypra-intéressante passe complètement à l'as.par démystification j'entends tout d'abord les relations avec les femmes, ou il se tire in extremis de la séquence nazie grâce à son passé de coureur de jupons mais pour se retrouver embroché par après par celle qui l'a sauvé. The spirit ne sait pas ce que c'est que l'amour, et serait une sorte de don juan diagnostiqué qui ne peut s'empêcher de séduire.puis vient le rapport à l'immortalité qui suit dans le mouvement, avec le côté cartoon du personnage qui survit à tout ce qui lui arrive, pour les peines de coeur ça va, mais pour les balles , il faut un gillet. Le public n'aurait pas suivi si on nous montrait un type qu'est juste trop justicier dans sa tête, mais c'est ce que sous-entend Miller, en soi, c'est déjà très fun.

Dr Devo 17/01/2009 23:20

Merci Bertrand!!Hell-o Sigismund!effectivement j'ai vu le film en V.O, et je maintiens que j'ai trouvé le jeune Macht fadassissime (impératice, bien sûr). Sinon, on dit la même chose! Le ryhtme est, je le suppose, issu du montage mais tu as raison de souligner que tout cela est imbriqué et forme l'alchimie bizarre des mises en scènes. Un cadrage, un axe, par exemple, et tout le reste de la mise en scène, influent sur le rythme et aussi sur le montage. Un cadre, chez un réalisateur qui fait son boulot, organise le plan et aussi, par exemple, le jeu des acteurs. L'échelle de plan toute seule et sur des plans d'égale valeur temporelle, autre exemple, peut être vecteur d'accélération et de décélaration, bien entendu, et on pourrait dire la même chose de la photo qui peut faire saillie et faire surgir un plan, par exemple. Tu pointes aussi un élément avec lequel je suis vraiment d'accord, et tu mets là vraiment le doigt dessus: Mr Miler a voulu faire narratif, et n'a pas joué assez la carte de la disnarration. Bien vu!Salutations à celui qui le lira!Dr devo.

sigismund 17/01/2009 15:45

pour ma part je me suis evertué dans mon article à démontrer que 'the spirit' n'est pas le navet qu'on dit.en ce qui concerne le jeu de l'acteur principal, peut-être avez-vous eu la chance de le voir en v.o, ce qui n'est pas mon cas, mais on ne peut pas imputer à un acteur des torts qui ne sont pas de son ressort, des dialogues pénibles par exemple.je ne sais pas non plus si on peut parler de problême de tempo alors que la priorité de Miller, ou son point faible, est de rester narratif, le problême viendrait alors aussi de la mise en scène - je n'ai rien contre Scarlet Johanson mais je trouve qu'elle accumule certaines des scènes qui sont les plus plates ( celle des décors japonais, celle du départ en camion au final ), sinon entièrement d'accord avec vous sur la scène de flash-back des protagonistes jeunes. néanmoins je suis quasi-sûr que c'est avec toutes ces incongruités que le film de Miller va se bonifier avec le temps. 

Bertrand 17/01/2009 13:39

Bien, enfin un peu de raison et de justesse, merci Docteur.