HUNGER de Steve McQueen (Irlande/UK-2008): Les mots sur les os...

Publié le par L'Ultime Saut Quantique

[Photo: "Les Etudes Montrent Chez les Françaises un Taux de Fécondité de 2,1 U2 par Femme" par Dr Devo, d'après une photo de la mannequin Jenny Chu.]





 

Alors attention "c'est du lourd" comme dirait une personne "engagée" qui S-L-A-M (tendance de peu d'intérêt de notre nouveau millenium) pour montrer à quelle point elle est engagé. Oui indeed, car le film dont nous allons parler ce soir a été gratifié de la Caméra d'Or à Cannes 2008 (dont le jury n'était autrement présidé que par Bruno Dumont). J'y vais plus ou moins à reculons, puisque l'on sait bien que le festival de Cannes s'intéresse d'avantage au CinémA puant qu'au noble art de l'audio-vision. Malgré tout on se dit que si Dumont (artiste de l'audio-visuel français) a pris son rôle au sérieux et a su s'imposer parmi le jury,  peut-être cela vaut-il le coup... Peut-être...

 



En 1981, des membres de l'IRA emprisonnés par le gouvernement british réclament le statut de prisonnier politique ne voulant pas être juger comme n'importe quel criminel, mais en vain. Pour arriver à leur fin, ils entament la "Blanket and No-Wash Protest" qui consiste en gros à ne pas se laver, faire du "Shit Art" sur les murs de leurs cellule (toujours sympa pour le nouveau compagnon de cellule) et autres petites grivoiseries. Comme cela n'émeut toujours pas le gouvernement british (ça doit même bien les faire marrer, les cochons!) Bobby Sands, la tête pensante du groupe de prisonniers, décide d'entamer une radicale grève de la faim invitant ses compagnons à le suivre, et ce jusqu'à ce que mort s'en suive!

 



Disons le franchement, cela faisait longtemps que ça n'était pas arrivé en salle, voilà bien une vrai proposition de cinéma. Je m'explique. Plus que de rapporter ce fait réel ayant existé pour de vrai (si, si, je vous assure) McQueen décide de s'intéresser au corps. Ce qui en sort, ce qui éventuellement y entre ou pas et plus particulièrement sa destruction ou plutôt son pourrissement si je puis dire. Ce qui est infligé au corps, ce que nous lui infligeons et pourquoi (et pourquoi pas, de toute façons le film ne cherche pas à donner de réponses). Aussi parait-il clair que ce qui intéresse McQueen chez ces prisonniers n'est pas tant leur lutte que les moyens qu'ils mettent en place pour le l'emporter à travers la destruction de leur propre corps.

 



Et pour s'exprimer autour de la chose, force est de constater que Mc Queen y met les formes. Il en va tout d'abord de la narration qui ne suit pas un parcours franchement habituel. Elle se déroule sur plusieurs parties et suit les parcours de différents protagonistes, le tout structuré autour de cette idée de la dégradation du corps. Le film commence avec l'arrivée d'un nouveau prisonnier et se termine dans la mort. Ainsi chaque parties témoignent d'une étape de dégradation du corps. La mise en scène, également, prend souvent de bien belle tournures. Le cadre est travaillé et Mc Queen n'hésite pas a utiliser quelques effets de bonnes alois, comme le flou (très bel instant ou un gardien allume sa cigarette...) et autres petites gourmandise. Autre point important le son, très soigné et qui prend une grande place dans le métrage...

 



Quand je disais que McQueen s'intéressait d'avantage au corps qu'à son histoire, on remarquera aussi le point de vue relativement ambigu du film sur l'action des prisonniers. En effet, il ne semble pas prendre vraiment parti pour un bord (les prisonniers) comme pour l'autre (le gouvernement britannique), et même si on ne voit qu'une seule tranchée de ce conflit (le gouvernement britannique n'intervient que par de courtes allocutions sonore de Thatcher disant qu'elle leur refuse le statut de prisonnier politique), la longue diatribe de Bobby Sands au milieu du métrage tend à discréditer quelque peu son action... Bref on ne sait pas ou se mettre, voilà qui est assez judicieux de la part de McQueen.

 



Et pourtant malgré toutes ces bonnes intentions et cette bonne volonté (celle de faire vraiment du cinéma en faisant jouer tous ses paramètres), ce film m'a ennuyé. Notons que Mc Queen est issu de l'art contemporain, qu'il a exposé diverses œuvres dans des musées, et que HUNGER est son premier film. Cela n'a peut être rien à voir, ou peut-être tout à voir, il n'empêche qu'il ressort du film la sensation de quelque-chose de très léché et très structuré, presque théorique, comme si McQueen avait appliqué son schéma de travail à la lettre, sans laisser le film lui échapper. C'est vraiment dommage car cela lui aurait sûrement réussi. En somme nous (moi) ressentons de "l'intelligence" dans le visionnage de HUNGER alors que nous (moi) aurions aimé plus de fulgurance et de spontanéité (enfin je suppose). 

 



L'Ultime Saut Quantique.

 

 



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Publié dans Corpus Filmi

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Dr Devo 01/03/2009 21:51

Tiens, je viens de lire  dans la revue BRAZIL (pendant que j'y pense...) une interview de l'acteur principal de HUNGEr qui avoue que pour lui le film n'est "absolument pas un film politique". Dr Devo.

L'USQ 04/02/2009 00:37

Cher Eman,Tout d'abord merci pour ta critique.Saches que le fond m'interesse tout autant que la forme du moment qu'il ne soit pas clichetonneux et gnangan la praline etc...Comme toi j'ai remarqué que ce film "parlait politique", comme toi je suis allé au lycée et ai pu suivre quelques cours sur les conflits entre l'Irlande et l'Angleterre... alors certes depuis je n'ai pas élargi mes connaissances dans ce domaine en particulier... cela m'interdit-il de donner mon avis sur un film de cinéma qui dans son scénario traite de ce sujet... je ne crois pas ( si c'etait le cas j'arreterai d'aller voir des films car dans de nombreux domaine ma culture est en fait assez pauvre... enfin ce que j'en dis de la culture, plus on en a... plus on en A ) Un film doit se suffire à lui même cher Eman et ne doit pas necessité d'aller se documenter à la bibiliothèque ou ailleurs... (Si toutefois c'est cela que vous suggériez)BrefQuestion : Etes vous bien certain que le film traite uniquement de " la politique injuste et coloniale de l'Angleterre en Irlande" et de la courageuse et tragique lutte de Bobby Sands et de ses comparses... J'aurai tendance à dire oui... mais non (en tout cas pas que) Je m'explique...Effectivement la scène à laquelle tu fais allusion, qui forme un peu le pilier central du film, est bien un plan totalement fixe (de douze minutes possible... en tout cas ça dure, ça dure...) où nous sommes totalement à l'écoute du propos (Il ne se passe rien d'extraordinaire, dans un plan d'ensemble Bobby Sands et son ami pasteur sont assis l'un en face de l'autre à contre jour, peu de profondeur de champs, rien derrière, rien devant...). Nous n'avons pas d'autres choix ( s'en est même assez effrayant quand on y pense) que d'ecouter le discours de Bobby Sands (et aussi les arguments du pasteur qui s'oppose a cette mortelle grêve de la faim)Mais... là où ça devient plus interessant selon moi c'est qu'au bout de tout ce temps (presque 12 minutes donc...) Mc Queen change de point de vue et passe en plan sérré sur Bobby Sands... Et c'est là ou tout devient plus ambigu selon moi parce qu'a partir de ce moment, exit le discours engagé et politique... on découvre une autre facette de Sands au travers d'une anecdote de jeunesse qu'il raconte au pasteur...( lorsqu'il s'est illustré face à une bande de jeunes, certains amis, d'autres rivaux, en tuant de ses mains un cheval à l'agonie...). Ce que nous révèle ce changement de point de vue et cette anecdote, c'est un certain trouble dans les réelles motivations du sacrifice de Sands... en effet toute cette lutte ne serait elle pas l'opportunité de s'illustrer à nouveau, de se positionner en meneur et en martyr, eventuellement d'avoir sa petite page dans wikipédia (le fameux quart d'heure de gloire!)... Le discours politique de Sands ne devient alors que pretexte à assouvir sa soif d'orgueil et de pouvoir... C'est du moins la lecture que j'ai fait de cette séquence.  (Tout ça peut paraître dégueulasse mais après tout pourquoi pas)... Et il m'a semblé que la dernière partie du film pouvait être comprise en ce sens également...Donc plutôt que de "politique" à proprement dit et à laquelle vous tenez tant Eman, je dirai que le film s'interroge plus sur le discours politique, sur l'engagement et ce qu'ils peuvent cacher (d'assez nauséabond quand même puisque Sands entraine plusieurs de ses camarades à la mort!)... Selon moi

Dr Devo 01/02/2009 18:13

Salut Eman!Je crois que tu aurais du manger un petit bol de chocapic avant de poster ton commentaire, intéressant sur le fond, puisqu'il témoigne d'une autre impression de spectateur que celui de l'Ultime Saut Quantique (et le critique est avant tout un spectateur). Sur la forme, je rappelerais simplement qu'on est sur un site de cinémaaaaa. C'est quand même pas grand chose, enfin ce n'est pas gave, d'une part. USQ exprime un point de vue en apparence radicalement opposé au tien: lui, pour une fois, et je crois que la raison pour laquelle sa critique donne réellement envie de voir le film et me semble positif au final, a trouvé qu'au vue du sujet, justement, McQuen ne signauit pas un film politique ou "à thèse", mais justement un film sur la lutte et sur le corps! Ila trouvé en plus, et là c'est franchement un compliment (surtout quand on voit le niveau desastreux de 98,77% des films à sujet politique), que le fameux discours de Sands était intéressant puisque ambigu, rempli d'enjeu et de paradoxe. C'est à dire ni angélique, ni lobbyiste, ni partisan. QUand USQ émet des réserves quant au film c'est sur la forme et sur le manque de fulgurance du projet. En somme, pas sur le fond. Le critique ressent d'abord des emotions, et c'est bien normal: le cinéma est un art ! Je pense que 99,54% de la critique pro ou amateur fait uniquement de la critique se basant sur les sujets, les reseaux de sens apparaissant dans les dialogues et les armatures grossières du scénario et sur les acteurs. Ici, ce n'est pas le cas et ette demarche nous parait reductrice. ceci dit, la critique dialectique est tellement majoritaire, qu'on ne peut pas dire que nous les "formalistes" (si tu veux!) envahissont le monde!!!Quant au reste de ton intervention, je preferre laisser de côté. On est ici entre gentlemen, non? evitons simplement les adjectifs un peu insultant. Ceci dit, au plaisir de te relire, je l'espère!Dr Devo.

eman 01/02/2009 02:58

Il est tard, je rentre de soirée e je suis fatigué alors je ne ferai qu'un bref commentaire sur le comentaire. 12 minutes de films balayées d'un revers de phrase, 12 minutes de dialogue intense entre boby sands et un prètre où chacun s'exprime sur le sens du combat et les moyens pour y parvenir. 12 minutes de plan fixe pratiquement où l'on est à l'écoute du propos. 12 minutes où, pour une fois dans un film, on parle poitique et voila que ce critique nommé l'ultime saut quantique, dans le vide ajouterais-je, ne comprends pas que c'est là que se trouve le sens du traitement si particulier du film. Ces hommes n'ont plus que leur corps pour lutter contre une politique injuste et coloniale. Celle de l'Angletere en Irlande. Formaliste de merde, vous n'avez rien à dire et vous ne comprenez rien parce que vous ne vous donnez pas la peine de savoir de quoi parle le film. Le corps, soit, et alors, c'est le corps en lutte, et si on ne s'intéresse pas au pourqoi alors on ne s'intéresse à rien. Le fond c'est la forme qui affleure à la surface, espèce de demeuré engoncé dans son inculture.