PIRE EXPRESS, épisode No4: Les Tripodes attaquent...

Publié le par Bill Yeleuze






Résumé des épisodes précédents:


Il est bien loin le temps où tout se résolvait en un clin d'œil. Nos aventuriers, n'écoutant que leur courage, décident d'éviter le pire en restant chez eux à regarder des dividis en fumant le cigare, tandis que dehors, l'invasion extra-terrestre bat son plein.





CRIMES A OXFORD de Alex De La Iglesia (Espagne-UK, 2008)


Tiens, en voilà un qu'on avait loupé en salle, se dit-il en buvant un bon café dans le mug "spécial" offert par La Fabrique de Films lors de la présentation de son line-up 2009. Iglesia est plutôt en forme depuis quatre ou cinq films. Très à l'aise, il adapte ici un livre (dont je vous laisse deviner le titre, mes petits marsupiaux) se passant dans le milieu des thésards en mathématique ! Si carlosso modo, on est plein dans le thriller pyschologique à twist à Saint-Tropez, nous admettions très vite que la chose a de l'allure, pour une fois dans ce genre nanardesque. Une jolie photo, des beaux cadres malgré un très grand nombre de gros plans, et un joli casting de tête de gondole puisque Elijah Wood et John Hurt, le sublissime, et pas de verbe. Vous voyez ce que je veux dire.... Ce dernier surplombe tout, mène le débat les doigts dans le nez et joue de tout comme un chirurgien aguerri avec son scalpel magique. C'est bondissant, assez drôle, plein d'informations simultanées, ce que les anglo-saxons seuls savent faire apparemment, et très finement mené de la part de cette vieille ganache de John qui humanise un rôle très écrit et que d'autres acteurs, même bons, t'auraient pataté en moins deux. Le Wood n'est pas caché par l'Arbre bien sûr, et comme d'habitude assure plus que correctement, un vrai plaisir. L'intrigue se base sur des déclarations de Wittgenstein confondant la réalité comme un Philip K. Dick de base. Du coup, c'est entraînant, d'autant plus que Iglesia joue largement sur la superposition d'éléments confondants. Trop d'ailleurs, et c'est prenant. Par conséquent, la seule certitude est sans doute que tous ces personnages, comme le suggère le seul plan-séquence du film, sont tous dans le quartier, mais c'est bien la seule, certitude, suivez un peu, que nous ayons. On est bien avancé, c'est à dire pas du tout. L'élégance globale du projet, son écriture balisée, certes, mais habile, convainquent largement et place CRIMES A OXFORD très largement au-dessus de la moyenne. Cela a beaucoup de rythme et c'est presque tout le temps beau. Le twist s'étale un peu facile, mais Iglesia en vieux briscard, le double en queue-de-poisson finale avec une scène beaucoup plus intéressante et toute simple qui plongera le petit focalien en culotte courte dans les abysses du remord humain, avec frayeur et tristesse. Vraiment un bon film, qui bosse bien pour gagner sa croûte, et au final bien moins anonyme que prévu. Très bonne série !









LE VILLAGE DES DAMNES de Wolf Rilla (UK-1960)



[Photo: "L'enfer des Daney" par Dr Devo.]


 

Ha bah tiens, dit-elle, je l'avais jamais vu, bien que grand fan du remake de Carpenter éponyme. C'est quasiment la même intrigue. Un village tombe dans le sommeil pendant quelques heures et se réveille avec des tas de questions sur les bras, toutes insolvables. Neuf fois plus tard, c'est la panique : toutes les femmes biologiquement actives sont enceintes ! Les maris se sentent trompés, mais ils n'ont encore rien vu. Les rejetons venus de nulle part se ressemblent franchement, sont beaucoup trop intelligents, et de plus en plus violents sous leur apparente courtoisie...



Un très bon classique dis donc, mon garçon ! Et pas anonyme du tout en plus. Si le récit, très anglais, est caractéristique de la bonne forme de ce cinéma à l'époque, on note une ambiance particulière. Le film est très ramassé, court, mais prend son temps dans l'introduction et le développement, pour ensuite s'emballer sans en avoir l'air de fort belle manière. Très pessimiste, LE VILLAGE... est encore plus froid. Certes le héros scientifique balise tout ça, et ses rapports avec sa femme et son fils font un bon repère. Mais pour le reste, et quelquefois malgré un jeu d'acteurs assez typé (une bonne tactique en fait, car voilà qui fait décalage), ç ne rigole pas, et la gravité du ton et des remarques sont très modernes et très noires pour l'époque. Peu de musique (juste un peu pour accompagner l'effet spécial le plus marquant du film, les fameux yeux de la mort hypnotique), une photo recherchée, et des commentaires sociaux drôlement iconoclastes (avec même des immaculées conceptions, dites donc, ce qui fait toujours plaisir). On est dans un ton résolument adulte. Le final, juste horrible et sans chichi, fait froid dans le dos. On mesure alors la pertinence de l'adaptation de Carpenter qui en ne changeant pas grand chose,  a réussi à rendre sa copie personnelle en rallongeant tel rôle, en réutilisant telle image, et en raccourcissant ceci ou cela. Un fort bon double programme. La facture quant à elle est très soignée, les effets spéciaux sont beaux, le son efficace, et les quelques mouvements d'appareil, de grue notamment, vraiment superbes. Très bon film, et pour le Carpenter et pour le Rilla. De là à dire que je danse le Rilla, il n'y a qu'un pas. Hahahaha....


(Note : toujours finir une critique sur une note d'humour...)








LA MARQUE (QUATERMASS 2) de Val Guest (UK-1957)


[Photo: "Marque 2 (LA MAS)"]



Le lendemain, tiens comme par hasard, nous voyions la MARQUE, seconde aventure de notre ami le Professeur Quatermass. Et il est furieux ! Son plan de base lunaire a été refusé par le gouvernement. Par contre, comme par hasard, son équipe de brillants scientifiques repère que des météorites étranges tombent non loin de là. Il part jeter un coup d'œil, et là c'est la stupéfaction : près des points de chute, il y a une base qui est exactement la réplique de sa base lunaire. Cette base, personne ne sait à quoi elle sert, et le gouvernement a classé l'affaire top secret. Mais, il semblerait que des choses louches s'y passent. Et quand Quatermass et un courageux député commencent à fouiller l'emplacement, les choses se précisent largement... La paranoïa guette...



Là aussi, on est complètement dans la tradition du film britannique de l'époque, très curieux, très adulte, et mêlant l'angoisse kafkaïenne au récit de série. C'est du divertissement de haut de gamme. Là aussi, comme dans le VILLAGE DES DAMNES, et même si le déroulé et le ton sont ici plus lyriques, on est dans le concis et le ramassé. C'est également très noir, avec un beau rythme, bien soutenu, et court. Pas de fioriture mais beaucoup d'ambiance. On est frappé par le nombre croissant de morts, par les remarques pessimistes sur le sort de l'humanité, certes, mais aussi sur l'humanité elle-même, souvent très en deçà de ses aspirations, largement corruptible ou simplement bête. Les enjeux sont cruciaux, mais souvent ce sont les pires décisions qui l'emportent. Quatermass, beau personnage pas aimable du tout, aime les principes et c'est ce qui le sauve. Et nous avec ! Si on est dans un style plus direct, moins ouvertement somptueux que LE VILAGE..., On souligne le rythme alerte du montage qui sait débrayer si nécessaire, et quelques jolis plans de belle facture. Le soin général, la précision des repérages forcent notamment le respect.  La splendide Albion de l'époque était quand même un réservoir de techniciens doués et passionnés qui savaient se mettre avec poésie aux exigences des récits, certes loufoques à la base, mais développés avec le plus grand sérieux. Le film ne prend pas beaucoup de rides. Les thèmes sont dynamiques, les effets très beaux en général, et ils osent tout, des terreurs bien humaines aux loufoqueries extraterrestres plus graphiques. Un excellent double programme avec le film précédent donc, même si le professeur Quatermass fera encore mieux par la suite... Bon film.




 SLIME CITY de Greg Lamberson (USA-1987)



(Photo: "Cité Sim" par Dr Devo)


 

C'est Denver, l'ami des grands et des petits, qui m'a offert lors d'une récente partie de mah-jing, ce beau dividi américain tout de vert fluo. J'ignorais totalement qui était Greg Lamberson mais un joyeux petit livret intérieur me donna des pistes de premières mains puisque dévoilée par Lamberson lui-même. J'y reviendrais, comme dirait le docteur Devo...


Nous sommes à New-York dans les années 80. Un jeune gars (un étudiant en beaux-arts, hihi !) trouve un appartement dans un quartier plus que modeste de la Grande Poire. Il s'installe rapidement. A son grand dam, sa petite amie ne veut pas s'installer avec lui, mais qu'importe. Lui qui est assez garçon modèle, fait la connaissance avec ses deux voisins bien plus rock 'n' roll : une petite bombasse semi-gothique (façon eighties du moins) et un jeune Pinque qui s'avère au fil du temps plutôt bon camarade. Notre héros est tracassé : sa girlfriend ne sent pas encore prête pour coucher avec lui. Elle est vierge, voyez-vous. La petite goth, elle, est de plus en plus allumeuse et visiblement peu farouche. Le pinque fait alors goûter à notre ami bien sous tout rapport, un étrange élixir, très bon, mais qui lui prépare une gueule de bois original puisque le lendemain, Héros se réveille tout dégoulinant d'une substance visqueuse et peu à peu sa peau se met à fondre de manière fort peu ragoûtante.... C'est la fin de sa petite vie bien rangée et ses débuts dans la vie noctambule et underground !


Lamberson est en fait à peine sorti de l'école de cinéma où il a eu pour camarades d'études Frank Henenlotter, réalisateur de BASKET CASE, film mythique des années 80, réalisé en 1982, et de Jim Muro, grand opérateur steadycam, mais encore plus culte réalisateur du fabuleux STREET TRASH. C'était tous des jeunes gens, et Lamberson s'inscrit dans la droite ligne de l'époque. Si ils n'avaient quasiment pas de moyens, ceux-là débordaient d'énergie, et quoiqu'il arrive, ils tournaient un film ! BASKET CASE, c'est de l'énergie pure, une grande vivacité et une originalité sans borne. STREET TRASH est miraculeux. Autant en emporte le vent dire tout de suite, Lamberson n'est pas le plus doué de l'équipe. SLIME CITY, réalisé aussi avec un budget modeste, est une série bis, ni plus ni moins, qui a du mal à transcender son matériau de départ. Poétiquement, c'est moins riche, de très loin même. Esthétiquement aussi. La photo est faite à l'arrache, et le son est souvent moyen. Malgré tout, grâce à Jim Muro qui fait ici l'opérateur, ça cadre gentiment, sans plus mais gentiment. [D'ailleurs ce dvd permet pour la première fois de voir le film dans le cadre 1.85 voulu à l'époque. Lamberson avait tourné le film en 16mm pour des raisons économiques et pensait, dans un deuxiéme temps, le gonfler en 35mm. Ainsi le format de cadrage est 1.85. Par contre, le film n'a jamais été gonflé ! Gag ! C'est donc la première fois qu'on le voit dans le cadrage original grâce au fameux système letterbox...]




Second point qui relègue aussi un peu le film au plan des choses mineures: l'interprétation qui est plutôt splendouillette dans l'ensemble. Le montage est un peu mou, biens moins précis que chez Muro ou Henenlotter. Ceci dit, on est là en plein plaisir coupable de série Bis. Si quelques scènes sont bien patinées de kitsch avec le temps, notamment l'improbable danse sexuelle de la petite goth qui dure des plombes et dont on comprend la fonction, laborieusement, quand enfin on comprend la maladresse du montage alterné. Tout cela est fort sympathique, plutôt drôle, parfois burlesque (la scène avec le ghetto blaster). Il faudra chercher ailleurs la petit truc qui fait la différence. Ici, ce sera le principe de guérison, très marrant pusiqu'il faut tuer (et manger !) pour empêcher de dégénérer en monstre gluant. La deuxième chose qui sorte un peu de l'ordinaire, c'est sans doute la scène finale, très grotesque, mais dont la longueur donne à la fois un aspect glauque et surtout courageux artitietgrosminetstiquement, puisque c'est là que Lamberson prend le risque de faire le plus d'effets spéciaux malgré un budget anémique.  On se retrouve alors en pleine variation monty-pythonesque assez étrange. Non pas que ce soit beau ou haletant, mais disons que, enfin, dans cette scène, on trouve chez Lamberson un peu de l'énergie de ses camarades et collègues. SLIME CITY ne bouleverse rien mais se regarde avec nostalgie, avec bonne humeur pour les plus courageux d'entre nous, et nous rappelle la belle soif de filmer de tout ces petits jeunes des années 80 qui s'en foutait bien des commissions d'avance sur recette et/ou des résultats de la compét' à Sundance. Comme disait Pascal Thomas avec qui je discutais il y a quelques mois : on est vraiment passer d'un cinéma de combat à celui de la plainte !



(Note : toujours faire preuve de mondanité à la fin d'un article...)






Bill Yeleuze







Publié dans Corpus Analogia

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