En Direct de Clermont Ferrand: Norman Bates et les courts-métrages...

Publié le par Norman Bates




[Photo: "Tendance Haussière sur le Marché des Nano-Technologies" par Dr Devo.]






Chers Focaliens,


Ce n'est pas tous les jours que nous avons un envoyé spécial quelque part. Norman Bates a décidé d'arpenter les coulors du Festival des Courts-Mètrages de Clermont-Ferrand 2009 et d'affronter courageusement le monde impitoyable des films de durée courte... Ici les studios, à vous Norman....


Dr Devo.








Samedi 31 janvier, il fait froid et le soleil est rare, le temps parfait pour courir les projections. Nous commençons cette première séance par la série L1, autrement dit Labo 1. Les séries labos sont consacrées au cinéma expérimental. C'est souvent là qu'on trouve les plus belle choses, affranchies des sacro-saints scénarios, expérimentant vaillamment, et parfois au péril du spectateur, les limites du 7eme art.  Pendant quelques jours j'ai enchainé les projections, et vu le nombre de films vus, il m'est difficile d'être honnête et de me rappeler parfaitement de chaque œuvre. C'est donc un compte rendu éminemment subjectif, vous l'aurez deviné. On commence sans plus tarder.




THE CONTROL  MASTER de Run Wrake (UK-2008)

On commence par de l'animation. Années 50, Le Mal court après la belle, celle qui possède le Control Master. Au prix d'un subterfuge audacieux, il dérobe à la malheureuse l'objet convoité et entreprend de plier le monde à sa botte. C'est sans compter sur un chien roux à tête humaine et un super héros prestigieux.


Réalisé entièrement avec des images libres de droit des années 50, collées puis animées dans un patchwork très pop art, le film est plaisant et les sept minutes passent très vite. Beaucoup d'idées visuelles, mais le film n'échappe pas au syndrome de l'infographiste, soit une apparence très soignée mais un fond un peu creux. Reste de belles images et de l'humour un brin attendu. Dommage.





AH, LIBERTY ! de Ben Rivers (UK-2008)

Enfance joyeuse dans une ferme campagnarde. Les enfants jouent déguisés en animaux dans des monticules épars constitués de vieux laves vaisselles. La voix off s'interroge sur la liberté, et la nécessité du cinéma. Conserver un souvenir, une émotion, mais pas des idées. Les émotions sont uniques, les idées peuvent être partagées. On rigolait bien quand on avait 12 ans...



Intéressant dans la forme, image noir et blanc plutôt crasseuse, fond sonore fait de bruits industriels mêlés à des chants d'oiseaux, le tout complètement désynchronisé face à l'image. Impression d'être hors du temps, on pourrait se courir après pendant des heures. La nature comme théâtre des émotions, terrain de l'imaginaire.  Ca pourrait être un film de vacance de Charles Manson ou d'Edith Piaf, au choix. Le sublime n'est pas loin...





ORGESTICULANISMUS de Mathieu Labaye (Belgique-2008)

Un handicapé nous explique en voix off comment le mouvement est primordial pour assurer la vie. Le mouvement imaginaire bien sur, et sa représentation spirituelle. Scénettes de la vie quotidienne ou les hommes se vautrent dans le canapé et les femmes font la vaisselle. Et oui on nage en pleine expérimentation ! Peu à peu le mouvement devient plus abstrait, et au final on assiste impuissant à une sorte de danse des sushis.



Les films sur le handicap sont très souvent casse gueules,  le pathos n'est jamais loin. Ici, on nage en plein dedans, et le commentaire de l'handicapé n'y est pas étranger. Tout est beaucoup trop appuyé, poésie de circonstance, je ne peux pas bouger, mais regardez j'arrive à danser dans ma tête... Mouais.





TIERRA Y PAN de Carlos Armella (Mexique-2008)

Travelling arrière très lent de 8 minutes. Le cadre s'élargissant révèle de nouveaux éléments de l'intrigue au fur et à mesure. Des indices apparaissent peu à peu dans le plan, c'est bien trouvé. Malheureusement le propos est un peu simpliste : le malheur des uns fait le bonheur des mexicains. La forme audacieuse et poussée jusqu'au paroxysme reste néanmoins une excellente idée. Un dispositif propice à bien plus à mon avis.





LYDSKYGGER de Julie Engaas (Norvége-2008)

Encore un nom compliqué, encore un film d'handicapé. Cette fois ci une aveugle nous explique comment elle "voit" le monde.

Aucun intérêt, un texte très nombriliste sur des espèces d'animations reprenant mot à mot le propos.  Suivant.





SALTOS de Gregorio Graziosi (Brésil-2008)

Encore un film sur le handicap... cette fois-ci complètement réussi. Le film de 8 minutes est sublimissime, strictement aucune paroles, juste de la mise en scène et du son, du son, du son. Sans que personne ne nous le dise on comprend rapidement le handicap de ce jeune plongeur, via les sensations magnifiquement transcrite par la mise en scène. Une pure expérience sentimentale, et sensuelle. Sublime. Voila un moyen intelligent et artistique d'évoquer la perte d'un sens. Tragique et bouleversant.





HEROES NO LONGER de Sun Xun (Chine-2008)

Film d'animation sur la vie en Chine soviétique. Aucun intérêt, aucun souvenir non plus.  Dans la lignée de Persepolis d'après mes maigres souvenirs.





4 de Edouard Salier (France-2008)

4 lettres, 400 000 possibilités. Ce film en est une.

Gros buzz et grosse campagne marketing sur ce court. Une sorte de blockbuster expérimental en 3D de la mort, 18 infographistes à temps plein pour au final une sorte d'économiseur d'écran bruyant et dont on ne garde aucun souvenir. Tape à l'œil et creux.





Et hop, mes collègues ont a peine le temps de griffonner quelques notes pour leurs critiques et ainsi espérer élire objectivement le meilleur court, qu'il faut déjà sortir et enchainer sur une nouvelle séance... Dehors le soleil sort un peu, le débriefing se fera sur une terrasse ensoleillée : nous ne savons pas ce qui nous attend dans la prochaine salle donc nous levons nos verres aux futurs chefs d'œuvres qui nous attendent sans doute d'ici peu... Il est beau le temps de l'espérance...



A suivre...




Norman Bates.




Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

Jeanne 04/02/2009 19:03

Merci pour ce compte rendu : Clermont, les scéances F2/L1, l'amphi Gergo... me manquent. Reste à trouver les courts sur le net et à guetter le palmarès d'ici quelques jours!

Norman Bates 04/02/2009 10:31

Tout a fait d'accord Quantique (si tu me permet la familiarité) ! Le court metrage est trop souvent une idée mise en image. Mais ca ne m'empeche pas d'avoir vu certains films sublimes...Je n'ai pas vu les films dont vous parlez, mais c'est vrai que Tierra y Pan est sans doute plus anecdotique, c'est surtout basé sur une idée et puis basta...

Dr Devo 03/02/2009 23:00

Exact mon petit sault ultime! Snow à fait trois films sur des figures cinématographiques dont le panoramique (3 bonnes heures), le travelling et le zomm que j'ai vu au dernier Etrange Festival et qui est magnifique et qui dure 20/30 minutes et qui ne devoile rien de particulier. Le son aussi etait très beau!Dr Devo.

L'USQ 03/02/2009 20:49

Ah la la la, le court métrage...Trop souvent quelque-chose de bien mal exploité puisque reposant souvent sur une (et seulement une !) idée (souvent une idée de scénario d'ailleurs plus que de mise en scène!)... C'est assez bête de se dire "tiens faisons un court-métrage"(Comme si c'etait un genre à part entière alors que souvent ce n'est qu'un "mini film"... Il faudrait se dire faisons un film, un point c'est tout) Il me parait plus judicieux d'adapter la durée d'un film en fonction de son désir, du rythme que l'on souhaite y donner et de ce qu'on veut dire (ou pas) etc... Cela ne devrait pas se décider avant de tourner. Plutôt au montage...Aussi ne faudrait-il pas se priver de faire exploser la chose... tout les courts métrages devraient être explosifs et avoir une structure ouverte (et non férmé comme c'est le cas dans 99% "des courts métrage")... comme si ils pouvaient durer plus longtemps... Enfin ce n'est que mon avis...  PS: Le procédé de Tierra  Y Pan me fait sacrément penser à un film de Micheal Snow (est ce bien Micheal ?!), que je n'ai pas vu mais il me semble que ce procédé est utilisé... Peut être quelqu'un pourrait nous éclairer là dessus...