SIMETIERRE & SIMETIERRE 2, de Mary Lambert (USA-1989/1992) : il y a une fote dans le titre

Publié le par Le Marquis

(photo: "Moi Ça" par Dr Devo et Le Marquis)

Centré autour de superstitions indiennes et d'un cimetière capable de ressusciter les morts - pour le pire - « Simetierre » est probablement l’un des romans les plus noirs et les plus dérangeants écrits par Stephen King. Comme c'est du Stephen King, le passage au grand écran était incontournable et attendu de pied ferme – d’autant plus que le projet devait initialement être confié à George Romero. Les producteurs ont fini par confier l’adaptation à Mary Lambert, dont les titres de gloire sont UNDER THE CHERRY MOON, clip d’1h30 autour du nombril de Prince, et SIESTA, film étrange, attachant mais pas très abouti. Choix curieux. Le résultat est très mitigé : le roman à l’origine du scénario étant d’une noirceur extrême, il était difficile de transposer l'action sans atténuer les éléments les plus troublants, et forcément, il en reste quelque chose à l’écran. Le petit Gage (l’affreux Miko Hughes dans son premier « rôle » - cette tête à claque vue dans CODE MERCURY et dans FREDDY SORT DE LA NUIT aurait fait passer Macauley Culkin pour Lawrence Oliver) passe donc sous un camion, et son père le déterre pour lui redonner la vie : l’enfant de trois ans va revenir, un scalpel entre ses petites mains potelées, faire la peau à papa et maman. Noir c’est noir. Confrontés à des images rarement vues en salles, à des idées généralement évacuées du cinéma de genre à gros budget, les critiques se sont montrés un peu indulgents envers ce film porté par une belle musique d’Elliot Goldenthal, mais présentant un casting terne et une mise en scène,
petite Mary, trop souvent médiocre – les cadrages sont souvent hideux, et Mary ne fait pas dans la dentelle pour instaurer de façon pachydermique des atmosphères. Le récit a beau être glacial, sa mise en image reste trop sage, trop plate, amorçant des effets pour le moins caricaturaux. Quant au scénario, il s’empêtre dans les intrigues secondaires (je ne suis pas certain que le film avait vraiment besoin, comme c’était le cas dans le roman, des flashes back introduisant le personnage de Zelda, la soeur agonisante, d'autant plus que les séquences en question s'avèrent assez maladroites) en glissant bien trop rapidement sur certains éléments de la narration qui restent superficiels.
SIMETIERRE n’est pas si mauvais, mais il est bien loin d'être à la hauteur de son sujet, et reste fade, dénué de poésie – la déception étant d’autant plus cruelle si l’on a lu l’excellent roman de King avant d’en voir l’adaptation (ce qui est quand même un peu recommandé). Note : la chanson du générique de fin interprétée par les Ramones (que je ne déteste pas par ailleurs) est atroce, était-ce bien nécessaire ?
Pour la séquelle, Mary tombe le masque. Le respect professé lors de la promotion du premier film adapté du roman de Stephen King s’évanouit ici, disparaît en fumée. Suite à vocation purement commerciale, SIMETIERRE II prolonge artificiellement le récit initial en accumulant les erreurs et les fautes de goût, les incohérences et les idées les plus stupides, les poncifs les plus éculés et les effets les plus caricaturaux. Passé un très beau générique d’ouverture, le film sombre dans la ringardise la plus totale. Atrocement mal mis en scène, joué avec les pieds (Edward Furlong est à gifler ici, et il n’est pas le seul), ponctué d’idées complètement stupides, SIMETIERRE II ressemble à une série Z en goguette, à un navet dévalant les marches du festival – il est d’ailleurs souvent aussi comique qu’un bon gros film de Fred Olen Ray ou de David de Coteau (mais il a coûté plus cher, ce qui est dommage) : ne ratez pas la séquence copulatoire avec la femme à tête de chien, ou ce plan final à pleurer de rire où Edward et son papa quittent la ville (car on ne se permet pas ici d’être radical comme dans le dénouement du précédent) avec en médaillon incrusté dans l’image les visages des personnages ayant trouvé la mort au cours du récit, sur fond de musique « mort de la Schtroumphette ». Seul intérêt du film en dehors d’une scène avec un chien empaillé assez cocasse, l’acteur Clancy Brown (HIGHLANDER, BLUE STEEL, LA PROMISE...) n’a pas l’air très dupe de ce dans quoi il a mis le pied et interprète le très méchant shérif zombifié en roue libre totale : il est souvent très, très drôle. Mais à part ça, le film est nul, nul, nuuuuuuuuuul, et Mary Lambert est depuis retournée dans la cuisine, à sa vraie place. Non mais.

Le Marquis.

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Publié dans Corpus Analogia

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Carembar 18/04/2005 13:52

Oohhh diantre! Et moi ça me rappelle l'herbier que nous avait fait faire Mademoiselle Guibelin, et puis une fois on avait été à la pistache (la piscine quoi!) !

Pour Balzac, je dois dire qu'à trois ans et demi je trouvais ça ébouriffant. Mais c'était avant de découvrir Steinbeck bien sûr et Pagnol (que je n'apprécierai que bcp plus tard).

Uso Dorsavi 17/04/2005 15:12

Oh fichtre, Balzac et Zola... Tu as raison, moi aussi, je les apprécierai plus tard, peut-être.
PS : qui dit Fred Olen Ray dit Linnea Quigley.

philippe U 17/04/2005 11:31

Le célèbre Simetierre de Stephen King ... Je n'ai pas vu le film mais j'ai lu le livre. En 3ème, c'est même ce livre que j'ai choisi pour faire une fiche de lecture qui m'a rapporté une note fort acceptable. Quel bonheur à 14 ans de décrire à son prof de français la mort d'un petit enfant, sa résurection et toutes les conneries imaginées par King pendant que d'autres gamins avaient bêtement choisi de faire des fiches de lectures chiantes sur Balzac ou Zola (que je n'apprécierai que bcp plus tard) (Une seconde fiche de lecture sur "Berurier au sérail" de San-A m'avait valu le respect total de mon professeur). Que de bons souvenirs grâce à M. Devo...

Pierrot 17/04/2005 11:18

Si je m'attendais à trouver un jour un blog où l'on parle aussi bien de Syberberg que de Fred Olen Ray!!! Monsieur le marquis et mon cher docteur, vous êtes désormais incontournables!