GRAN TORINO de Clint Eastwood (USA-2009): A l'Eastwood, rien de nouveau...

Publié le par Norman Bates





[Photo: "Return of the Living Dance" par John Mek-Ouyes.]





Les avant-premières, c'est la classe. Mon smoking parfaitement repassé et mes chaussures brillantes me font entrer dans une salle comblée, entièrement acquise à Eastwood, le seul cowboy qui respire encore. Bon, pour être honnête moi j'ai abandonné depuis un petit moment (avec le navrant MILLION DOLLAR BABY), mais il se trouve, tenez-vous bien c'est cocasse, que je suis allé à cette avant première sans savoir que c'était un Eastwood. En fait, je croyait assister à une une sorte de spin-off (un mot anglais, classe !) de FAST AND FURIOUS, mon film préféré avec LE SCE¨PTIEME SCEAU. (Cette phrase signe la fin de la crédibilité de Matière Focale). Allez, installez vous.

 



En fait, Gran Torino ne parle pas de voiture ! Ni de jeux vidéos ! Bien qu'une telle hérésie soit difficilement pardonnable, je décidais quand même de ne pas sortir de la salle après le quart d'heure de politesse. Je jure de ne dire que la vérité, rien que la vérité : ce film raconte en couleur l'histoire de Clint après l'enterrement de sa femme. Il est vieux, raciste et habite maintenant tout seul dans un quartier rempli d'asiatiques. Heureusement il a un fusil et a fait la guerre en Corée : il connait donc toutes les stratégies offensives de ces petits fourbes aux yeux bridés qui caractérisent son cadre de vie (ils ne tondent même pas leurs pelouses !), et lui vivant personne ne l'empêchera de passer ses après midi devant sa porte à boire des bières en maugréant. Mais un jour, au bout de 30 minutes, il découvre que les vietnamiens ont une âme !Stupeur et tremblement, certains sont même moins stupides que ses crétins de gosses ! Il se prend d'affection pour cette communauté, tout en n'oubliant pas de leur rappeler qu'ils ne sont quand même pas chez eux.  Il va jusqu'à laisser le jeune Tao conduire sa Gran Torino (enfin on y arrive)...

 

Inutile de vous dire que si j'avais lu le scénario avant, je serais resté chez moi à compter les chômeurs sur BFM TV plutôt que d'assister pendant deux heures au festival de vannes sur la Thaïlande... Tant pis. Après tout j'ai payé le bus, je vais faire un effort. Mon voisin me disait que c'était le grand retour de Clint devant la caméra, sans doute à cause de la crise! Oui, mes voisins ont de l'humour. Rien de bien nouveau derrière la caméra par contre, c'est toujours la photographie pâlichonne et agonisante qu'il nous sert depuis MYSTIC RIVER, avec en prime un cadrage  vraiment laid qui permet au réalisateur quelque chose de formidable: rendre une Gran Torino restaurée à merveille, aussi rutilante que ma vielle kangoo.  En plus de ça, on ne peut pas dire qu'il y ait du rythme : les deux heures sont affreusement longues et monotones, enlisés que nous sommes dans ce montage apathique. Champs-contre champs, galeries de gros plans, c'est la même rengaine que 90% des films actuels qui ne misent rien sur la forme. Je serais bien incapable de me souvenir d'une scène en particulier tant elles se ressemblent toutes, à l'exception d'une ou deux scènes de bagarres filmées caméra à l'épaule (on se demande bien pourquoi). D'un point de vue technique, c'est quand même le film d'Eastwood le plus désolant que j'aie vu, avec toutefois un bémol dû aux conditions de projection ici en province (pas toujours au niveau). Le gros soucis, et ce qui me gêne le plus avec ce brave Clint, c'est la façon dont il fait passer la pilule, avec un scénario un peu dans le même ton que MILLION DOLLAR... et surtout en utilisant le bon vieux truc que mon courageux collègue John Devo avait mis en lumière déjà à l'époque : le coup du pot de fleur. En gros, on a un personnage gentil, charmant, avec tout pour réussir, et un beau jour un pot de fleur lui tombe dessus et le rend handicapé à vie. Il est facile de faire pleurer dans les chaumières avec de tels procédés, c'est d'ailleurs le principe de bon nombre de sitcom diffusées le matin en semaine. Rajoutez à cela un message d'amour et de tolérance envers une quelconque minorité ethnique, et vous aurez une véritable soupe de bons sentiment des plus repoussante. Le film enchaine les clichés à un rythme effarant, allant du gentil chinois autiste à qui il ne faut pas taper sur la tête, au "shaman" habillé comme dans TINTIN AU TIBET qui lit l'avenir dans le canard laqué... Et bien sur, à la fin, l'homme blanc ex-raciste et ex-méchant se sacrifie pour sauver toute la smala, en ayant en l'espace d'une heure quarante de film successivement abandonné la violence, la condescendance, la xénophobie, le racisme, l'intolérance, la méchanceté, la méfiance au profit de l'amour et du don de soi pour une seule raison : montrer à des voyous que la violence ne résous rien.

 


Il y a 20 ans on appelait ça de la propagande. Aujourd'hui, alors que l'Amérique à érigé la symbolique ethnique comme choix politique, peut on décemment qualifier ce genre de chose comme ayant ne serait-ce qu'une once de rapport à l'art ? Le politiquement correct, s'il ne s'agissait que de ça : bienvenue au XXIe me siècle et au médiatiquement correct. Quel est l'intérêt de ce film ? Nous raconter une belle histoire pour nous raconter une belle histoire? Je ne parle  pas de critiquer la société, juste de bousculer toutes ces conventions classiques dans l'espoir de donner naissance à une perspective entièrement nouvelle, un pont entre le réel et l'inconnu...

 


Les gens sortent, heureux, dans le froid nocturne. Ils se dépêchent de rentrer dans leurs voitures, heureux que les voisins thaïlandais de Clint Eastwood soient heureux en famille et que les méchants gangs soient emprisonnés. Moi j'attends le bus...







Norman Bates.



 

 

Publié dans Corpus Filmi

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Martin r 10/03/2009 13:39

Je suis d'accord, Eastwood se complait clairement dans des essais de moins en moins convaincants entre Million dollar Baby et ce dernier opus (tourné en 15 jours tout de même).Décidément nul chef d'oeuvre depuis Mystic River si ce n'ets le courrage et la fascination que le cowboy a/avait de se regarder vieillir. Aujourd'hui il fait le geste de se montrer dans la bière, mort comme le brigand de son "Monde Parfait" et cette fois ci de l'autre côté de l'arme. Okay ça fait mpouliner les méninge, on peut qualifier ça d'artistique... N'empêche que Monteiro l'a déjà fait et bien mieux...

Hulk Bresson 08/03/2009 20:20

Je vois pas trop l'interet de ton intervention ici cher robinet... si tu es en désaccord avec tout ce qui est dit ici, ou si tu trouves le niveau si bas pourquoi ne pas le relever justement en nous faisant partager ta vision des choses ou même ton sentiment sur le film... Ce serai peut-être plus interessant que ces petits reproches à la mord moi le noeud non ?...Aussi je ne vois pas en quoi tu as montré les limites de Circoncizor ou des autres qui expriment un point de vue et des opinions alors que tu n'exprimes... rien...Enfin la réalisation de film est une chose, la critique en est une autre... Si les deux se croisent c'est très bien, mais depuis quand doit-on pratiquer un art pour avoir la légitimité d'en parler, ça n'a pas vraiment de sens ce que tu dis là...

robinet 08/03/2009 19:56

Exact Sigismund, "ça les instruit". La preuve, je corrige tes fautes.Quant à toi Circoncizor, qu'un humble visiteur vienne te montrer tes limites, ça te la coupe pas vrai ? Eh bien les deux nigauds, je vous dit ceci, et vous avez intérêt à en tenir compte, parce que ça vous concerne : une mauvaise critique ne profite jamais au propos qu'elle prétend servir, c'est malheureux mais c'est vrai. Vérité qu'illustre à la perfection l'indigente critique ci-dessus. Ainsi que vos commentaires niveau CM2.

Circoncizor 08/03/2009 17:14

"pas capable de faire un lescaut", déjà t'en sais rien, et de deux, en gros, pour te résumer : "ouais toi tu srais même pas le faire, alors critique pas"... c'était super utile robinet, t'es un winner.

sigismund 08/03/2009 17:02

salut robinet, je suis pas chez moi mais je fais partie des illettrés dont tu parles, si tu veux bander, tu t'es trompé d'adresse...fallait que je te le dise.et je serais toi, je parlerais pas aux cons , ça les instruits.