MARIE-ANTOINETTE, de Sofia Coppola (USA-2006) : ça fait grossir, le camembert, c'est marqué dans MARIE-CLAIRE (Marie-Sofia prend son brunch dans la buanderie...)

Publié le par Dr Devo


(Photo : "Plan de Carrière" par Dr Devo)



Chers Focaliens,
 
Remarquez comme on peut faire un blog sur le cinéma en plein festival sans jamais parler de Cannes, et pendant une bonne semaine encore. Étonnant, non ? Dans ses MÉMOIRES, Ferdinand Schultz (à qui j'avais déjà consacré un article) notait : "Ici, à la Biennale, le champagne coule à flot, et la coco flotte en apesanteur sur des nez en trompette que dans d'autres circonstances, ou à une autre époque, j'aurais fort appréciés. Qu'ils me semblent ou carnassiers ou inconsistants aujourd'hui ! Rien n'est désagréable, une fois ceci noté. Ni agréable d'ailleurs. J'occupe l'essentiel de mes journées dans ces cocktails, en passant devant les œuvres, une bouteille de bière d'ouvrier à la main, et flotte ainsi de salle en salle. Le temps s'est arrêté, et ma "cannette", comme ils disent ici, ne fait même pas scandale. Rien n'a d'importance, et malgré mes yeux ouverts, l'impression que me laisse tout cela est celle d'une scrutation infinie du sonore qui monte dans les plafonds hauts des galeries. J'écoute les oreilles en l'air en quelque sorte, le monde en train de s'immobiliser avec rigueur. Quelque part, je les envie. Je décide néanmoins de rester à ma place".
[Je voulais mettre un extrait plus court, mais ça a quand même de la gueule, et sur le net le papier ne coûte rien !]
Marie-Antoinette (Kirsten Dunst donc), fille de la Reine d'Autriche (Marianne Faithfull), est envoyée en France où elle doit se marier avec le dauphin de fils du roi Louis XV, joué par le meilleur acteur du monde, Jason Schwartzman (empressez-vous de voir ce film). Elle doit abandonner tout derrière elle, amies, chiens et tout ce qui est autrichien...
Arrivée en France, sous l'œil bienveillant de Louis XV (Rip Torn), elle rencontre donc son futur mari, complètement timide et distrait, et découvre le protocole extraordinaire qui est en vigueur à Versailles, guidée en cela par sa tutrice (Judy Davis, que l'on revoit enfin au cinéma), et sous la surveillance délicate de l'Ambassadeur d'Autriche (Steve Coogan, rigoureux comme d'hab'). Antoinette a un peu de mal à s'adapter à ce nouvel univers. Dès qu'elle a pris ses marques, elle développe son goût pour les fêtes, et profite d'une grande vie faite essentiellement d'essayages de vêtements coûteux. Malgré tout, sous le vernis, l'ennui pointe...
Et ce n'est pas le plus grand de ses soucis. La future reine est là pour procréer et assurer au futur Louis XVI une descendance mâle. Malheureusement, le tranquille Jason est un peu coincé en ce qui concerne les choses de l'amour physique. Ce n’est pas gagné...

Sofia Coppola, bien entendu, était attendue par la presse et les fans comme le loup blanc avec ce richissime film en costumes que beaucoup attendent avec impatience, en cela bien aidé par un film-annonce depuis longtemps déjà dévoilé, film-annonce bougrement malin où les images de cette riche production étaient mixées avec un iconoclaste New Order ! Qu'en est-il au final ?

Effectivement, Sofia a mis les petits plats dans les grands. Tournage à Versailles, décors et costumes somptueux et nombreux, casting suréquipé de série (élément le plus alléchant d'ailleurs), etc. Le générique, assez malpoli et d'un kitsch glamour en quelque sorte (un plan sur la belle alanguie, puis l'avalanche des noms sur fond noir et sur musique pop), place d'entrée le film sur le ton de l'iconoclasme. La séquence d'ouverture est plus calme que prévu. C’est la période autrichienne (assez courte puisque c'est un départ) avec une Marianne Faithfull, excellent comédienne, ici affublée de lourdes robes de reine, ce qui est assez rigolo. Voyage en carrosse jusqu'à la France, sur un rythme mélancolique et calme, et séquence différant les premiers mots du personnage, vague représentation de la Marie en jeune femme qui regarde le portrait de son futur mari avec ses copines, qui joue aux cartes, et qui regarde par la fenêtre des paysages qui finissent déjà par lasser. Une arrivée sous tente où l’on découvre la Judy Davis pincée au maximum et grisonnante, collet extrêmement monté. Passage en France, rencontre avec le dauphin et zouh, c'est parti, accélération, et musique pop ! Le voyage a servi de transition entre la translation de la vierge et ce film, présentement.

La mise en scène est relativement soignée. Une photo sans faute de goût (à part quelques plans de localisation avec un filtre maronnasse des plus vulgaires sur deux ou trois plans, mais bon, ce n'est pas gravissime) qui joue sur deux tableaux qui tendent parfois à se mélanger : photo blanche et mordorée très fine, ou alors photo plus sombre et bougrement contrastée (pas mal) tirant sur les teintes beige/marron sombres. C'est ce que le film a de meilleur.
Le reste par contre... Côté cadrage, même si on est loin d'être dans l'indigence la plus complète (le cadrage est un peu plus expressif, par exemple, que les insignifiants plans de rue de LOST IN TRANSLATION), rien qui nous fasse sauter au plafond, mais rien non plus de spécialement laid, à part là aussi quelques plans à l'épaule tout à fait convenus et pas beaux, et aussi quelques inserts, notamment un plan tout panouillé et tremblotant sur Schartzman à cheval, dont on se demande ce qu'il fait là, et, plus grave, à quoi ça sert.
Le montage tire un peu plus le film vers la volonté iconoclaste de sa réalisatrice. Le son, très bien mixé (vu dans ma petite salle art et essai où le Digital est fabuleusement réglé, et chose qui n'arrive jamais, arrive aussi à donner des sons mats et secs à entendre, chose que les multiplexes ont totalement perdue), joue quelque peu les perturbateurs, surtout dans la première partie du film (la découverte de la Cour), où la Sofia décale sans ménagement les commentaires à voix hautes des personnages. Voilà. Ce sera à peu près tout. Côté image, le montage est régulier disons, et tend à suivre ou le couple cadrage/photo, ou le son (et je dirais même plus : la musique). C'est plutôt un montage illustratif, qui suit aussi le découpage narratif d'ailleurs. En effet, Sofia (que j'appelle Sofia car c'est moins long et moins difficile que d'écrire son patronyme, et non pas par familiarité) impose à sa narration des sauts temporels sans prévenir (mais toujours en respectant l'ordre chronologique), ou des séries de saynètes illustratives sur lesquelles je vais revenir. Ainsi, on passe parfois, et même souvent, d'une chose à une autre, une scène pouvant se résumer à un plan dans une série. Ça, c'est du découpage scénaristique, et donc par voie de conséquence, on me permettra de mettre ces petits sauts de biche non pas sur le compte du montage mais sur celui du script.
Et c'est bien là que se situe une partie des problèmes du film.
L'impression dominante de MARIE-ANTOINETTE, c'est en effet celle d'une déclinaison, presque sans fin, d'une série de saynètes, de vignettes qui se succèdent, ad libitum, ça se mange sans faim. Le film se déroule tranquillement, dans une espèce de langueur fluviale plus ou moins éternelle. Ça pourrait durer 3 heures de plus. On assiste au film.
Sur ce point, je vais faire monter la pression, mais en effectuant d'abord un pas de deux sur le côté. La question est : "Qu'est-ce qu'elle a voulu raconter, la Sofia ?". Vous le savez, les films au contenu abstrait ou déroutant, où le sujet apparaît à peine en filigrane, j’aime beaucoup cela. Je veux dire que, pour moi, un film n'est pas obligé d'être un "film sur...", n'est pas obligé d'avoir un sujet bien délimité. On peut faire d'ailleurs un film sur un sentiment, même diffus. Voilà pourquoi, même si le film a encore beaucoup de mystère pour moi (il me semble très abstrait même), je peux à peu près voir de quoi il en retourne dans le récent BUBBLE de Soderbergh.
Ici, bien sûr, et on ne fera pas ce procès à Sofia, le film n'est pas spécialement abstrait, pas incroyablement diffus. Il y a un sujet narrativement très délimité. On sait où on est. Le récit est linéaire et largement chronologique (hormis les sautes temporelles, comme je le disais.) Mais de quoi ça parle ? Où elle veut en venir, la Sofia ? Ça nous dit quoi ?
Rien. Ou presque. Malgré les intentions déclarées de la réalisatrice (lues comme à mon habitude, après le film et après avoir rédigé la première version de cet article), on ne ressent rien dans le film de sa réflexion. Portrait de femme sensible ? Pas vraiment, la Marie nous étant présentée comme une gentille cruche. Portrait d'une adolescente trop vite précipitée dans le monde adulte, et non préparée à des responsabilités monstrueuses ? Le jeu sur l'âge du personnage est absolument invisible, Dunst ayant ostensiblement autour de 30 ans, Schwartzman pareil. Là encore, c'est une belle note d'intention, mais qui ne se ressent jamais dans la mise en scène, et pas tellement plus dans le scénario. Laissons parler le film, et non pas sa conceptrice.
Tout cela raconte l'histoire d'une princesse, une sorte de Sissi (post) moderne. S'ennuyant toujours un peu, elle est une femme de son temps et apprécie les avantages luxueux de sa vie. Sa passion, qui la distrait d'un protocole barbant, c'est le shopping et les produits de beauté. Elle adorerait avoir des enfants, mais coté galipettes, ça coince encore un peu avec le Prince. [Cette dernière affaire occupe une très grosse moitié du film.] Elle dépense beaucoup, et même un peu trop, mais n'est pas idiote et saura se rattraper sur ce point. Une fois qu'elle a eu des enfants, elle aspire à se consacrer plus à sa vie de femme, qu'elle veut épanouie, à son épanouissement personnel, et demande à son mari, pour ce faire, de lui construire une résidence secondaire, une thébaïde, mais juste à côté de la résidence principale. Elle croise un général et tombe amoureuse, un peu.
Voilà. Voilà ce que l'on voit dans ce film. N'y voyez pas de ma part une charge machiste, n'y voyez pas un brûlot anti-bourgeois, ni un jugement. Objectivement, voilà ce qu'il se passe, ou pour être plus précis, ce que le film dit.
Et quelquefois, je me demande si Sofia, obnubilée par son personnage, à mon avis au détriment de sa mise en scène et donc de son film, se rend vraiment compte qu'elle est dans l'intention complète. Par exemple : le frère de la Marie fait un saut à Versailles où il s'entend bien avec Jason Le Roi. Il y va franco et lui parle de sexe (puisque le couple royal ne consomme pas). Dans la scène suivante (la lecture d'une lettre envoyée à la Faithfull reine d'Autriche et mère de l'héroïne), le frère commente en voix-off (of course, bien sûr !) ce qu'il a appris de l'entretien : "Il semble que, mécaniquement, tout fonctionne chez eux, et que les deux amants soient aussi et surtout de grands maladroits dans les choses de l'amour." Voilà une phrase qui m'a fait bondir de mon fauteuil. Car qu'a-t-on vu à l'écran ? On a vu un Louis XVI ultra-timide, complètement coincé et effectivement d'une maladresse terrible quant au sexe, qui dormait auprès d'une sensuelle princesse qui n'attend qu'une chose : faire l'amour à son mari et lui donner un bel enfant. Le film dit texto que le problème vient de Louis XVI, et que du coup, l'héroïne n'a pas ce qu'elle désire ! Jamais, mais absolument jamais, Marie-Antoinette n'est maladroite dans ces choses-là ! Elle a un juste un mari puceau et donc forcément un peu incompétent ! [Je note d'ailleurs que la réalisatrice trace une nette limite : le couple Scwartzman/Dunst fera l'amour, mais pudiquement caché par un fondu au noir, là où on verra la reine nue quand il s'agira de batifoler avec le ténébreux général ! Scène qui sera répétée d'ailleurs ! Un poids et deux mesures.]
C'est un petit exemple, mais qui est pertinent je trouve, et qui est d'autant plus intéressant qu'il se situe dans le film lui-même. Le scénario contredit ici clairement ce que le film, la mise en scène et le jeu d'acteurs racontent !
J'ai fait ce pas de deux pour bien mettre en lumière les gros problèmes du film. On peut les résumer en quelques mots. Il n'y a quasiment pas de mise en scène. Encore une fois, tout cela manque cruellement de personnalité. On est dans la complète illustration, dans le livre d'images. MARIE-ANTOINETTE ressemble en fait à une espèce de transcription en costumes d'un univers de la haute-société moderne, une sorte de Manhattan à Versailles (la seule chose qui passe dans le film, mais que la réalisatrice ne dit pas ; la vraie intention de Sofia). Et ça aurait pu être rigolo ! Malheureusement, ici, point de mise en scène. Cadrages sans gourmandise, montage son et image sans expressivité. C’est le scénario qui commande, et le soin le plus important est porté uniquement sur l'actrice principale. Tout le reste, c'est de la figuration, c'est du décorum. Ce film ne raconte rien, et il ne se passe rien. Les scènes pourraient être montées dans un ordre différent dans chacun des trois actes que ça n'aurait aucune importance. [Oui, car le film est en plus divisé en trois actes de manière bêtement scolaire.]
 
Par contre, il y a certaines choses avec lesquelles je serais beaucoup plus sévère, et qui ne sont que les conséquences du reste.
Tout d'abord, l'utilisation du casting. Comment, avec un si beau casting, peut-on arriver à une interprétation globale aussi fadasse et sans relief ? Judy Davis, sublime actrice, est monolithique. Faithfull s'en sort un peu mieux (malgré son roulage de R sur une réplique). Rip Torn, vu il y a deux semaines chez le Marquis dans VA TE FAIRE FOUTRE FREDDY, où il était phénoménal, est complètement éteint. Et comble du comble, Schwartzman semble être complètement entravé, pieds et poings liés ! Et pourtant, même dans la perspective du film, il y avait de quoi faire dans ce rôle en contrepoint de petit gars gauche et réservé, l'acteur avait assez de réserve pour faire un jeu en contradiction extérieur/intérieur, ce qui d'ailleurs était complètement dans la thématique du film. Là, il est fadasse. Steve Coogan, acteur très régulier et tout à fait intéressant, s'en sort un peu mieux, il est vrai, dans un rôle convenu mais proche du personnage principal, ce qui lui permet d'attirer un peu plus l'attention de la réalisatrice. Mais en conclusion, faire un film interprété de façon aussi terne par un groupe d'acteurs aussi formidables, faire de ces personnages des archétypes convenus et vus mille fois déjà dans n'importe quel film à costumes, c'est quasiment un exploit ! Il faut être sacrément maladroite pour arriver à une telle fadeur d'interprétation ! C'est quasiment un cas d'école. La raison en est simple : Sofia ne s'occupe que de son héroïne, et n'en a rien à faire du reste. Regardez d'ailleurs comment est filmé Louis XVI/Schwartzman... C'est un figurant, toujours relégué dans le contrechamp (alors même que c'est le deuxième personnage principal). CQFD.
[Je note aussi que seuls les figurants parlent français ! C'est chic. D’autre part, je remarque que certains figurants ou figurantes intelligents sont typés de la manière la plus attendue : vieille ridée, archi-poudrée, prélat bien en chair, et médisantes moches au nez pointu !]
 
Impardonnable par contre, et d'une réelle putasserie cosmique, est la resucée du ton Coppola par Mlle Coppola ! Et là, je dis : attention, ma petite vieille, à ne pas nous prendre pour des cons ! Figurez-vous qu'il y a dans ce film quelques moments où la mise en scène est expressive. Il s'agit de soleils qui filtrent leur lumière à travers les branches des arbres. Il s'agit d'une caméra en contre-plongée qui filme à reculons et en plan large depuis les herbes les personnages qui se baladent dans les champs. Il s'agit, toujours dans les champs, de cette main de l'héroïne, en plan serré et toujours en contre-plongée, qui frôle de la paume la cime des fleurs et des fougères, main que la caméra suit en avançant. Il s'agit de contre-plongées verticales sur la cime des arbres !
Euh... Vous voyez ce que je veux dire ? La Sofia est en train de nous re-balancer, AU PLAN PRÈS, tout ce qu'elle faisait déjà dans VIRGIN SUICIDE !! Elle nous donne son "ton Sofia Coppola". Elle met son copyright. Elle s'auto-cite ! Elle refait deux fois la même chose pour mieux laisser sur son film son imprimatur "d'auteur" ! C'est un auteur, la Coppola, pas une réalisatrice ! La preuve : il y a des thèmes visuels récurrents ! [Entre parenthèses, merci Peter Weir. Et ici, pour les plans face caméra, merci Sally Potter !]
Voilà quelque chose d'artistiquement immonde. Ce n'est pas la première fois qu'un réalisateur fait cela. Kusturica est devenu célèbre avec les mêmes méthodes. C'est du marketing ! Sur ce point, je serai vraiment strict : c'est dégueulasse, en plus d'être d'une condescendance fabuleuse envers son spectateur.
Autre point noir, la gestion de la musique. Sofia veut faire un film iconoclaste et en costumes. Voilà une idée qui me réjouissait d'avance. Surtout que les films en costumes, à quelques rares exceptions près, sont vraiment de mauvais films.

Sofia procède ainsi. Elle veut de la pop-new-wave-electro sur son film. Pourquoi pas ? L'audace a cependant ses limites. La pop sera utilisée lors des moments de fêtes ou les moments mondains. Pour les événements importants du film, bien sûr, comme chez les autres, on mettra de la musique d'époque. Très mauvaise idée. Mais j'ai compris pendant la séance que c'était un système ! Oui, oui... On remarque que Sofia fait énormément de transitions en ellipse sur fond musical, figure archi-rebattue que toutes les comédies américaines utilisent, et qui fonctionne comme des apartés permettant de placer un tube chic, évitant de faire l'effort d'une narration. C'est un travers que je dénonce souvent ici ! Dans ces moments-là, bien sûr, c'est de la new-wave branchouille ! Le couronnement de Louis XVI ? Du classique bien sûr ! Et c'est comme cela tout le temps. En fait, la musique pop sert à la réalisatrice pour tirer son film vers la comédie romantique. Le classique, lui, sert à tirer son film vers le film à costumes ! C’est bête comme chou, c'est complètement conservateur, c'est opportuniste et sans surprise. L'utilisation de New Order, encore une fois, ce n'est que du décorum, rien d'autre ! Au final, dans cet aspect et dans l'obstination à filmer des costumes et des accessoires, on est bien sûr en plein James Ivory ! Mon dieu...
 
[Si Sofia avait eu un réel courage, une véritable volonté de faire quelque chose d'iconoclaste, elle aurait pris des musiques de Fad Gadget par exemple, dont des morceaux comme SCAPEGOAT ou NEWSREEL auraient été particulièrement adaptés. On peut comparer le travail de Coppola à celui de Gregg Arraki, lui aussi choisissant ses musiques avec soin et qui, lui, les intègre à la mise en scène. Et là, il n'y pas photo !]
Au final, MARIE-ANTOINETTE se révèle être un film à la mise en scène au mieux discrète, et plus certainement inexistante, mais exécutée sans doute par quelques bons techniciens. Qu'importe, ce qui compte ici, ce sont les costumes, les décors, la possibilité de louer Versailles pour plusieurs mois, et surtout un scénario plutôt mal ficelé et hésitant, noyé dans les intentions et qui ne pense jamais en termes de prévision de mise en scène. Il en ressort un métrage flottant et sans rythme, d'où ne surgit aucune urgence ni aucune nécessité. Une ambiancerie (si je veux) de luxe en quelque sorte, qui jamais n'arrive à éclairer un quelconque propos ou ne révèle une quelconque mise à distance. Sofia Coppola a l'air de bien s'amuser, mais nous laisse aux grilles de son projet. [Sur ce dernier point, n'y voyez aucune métaphore, aucun message caché de ma part, car il n'y en a pas. Je dis cela sans ironie.] Et encore, le rôle principal, qui requiert toute l'attention de la réalisatrice, est tenu par Kirsten Dunst, qui nous parait plutôt sympathique. Mais l'intérêt d'un film dont le but principal semble de nous montrer une princesse rouler dans l'herbe au milieu de ses canards, ou encore jouer au jeu du post-it avec ses amis (véridique !) est un objet triste et sans vie. Et d’où le cinéma est bougrement absent ! Et encore, on reste gentil dans ces lignes, je trouve, tant chaque parti-pris, un peu plus ostentatoire que le reste, purement illustratif, semble démontrer une volonté affichée de vouloir vendre "le ton Sofia Coppola", de vendre son étiquette d'auteur. C’est absolument détestable (ce dernier point, je veux dire) et voilà qui finit par rendre antipathique un film qui n'est autrement que mou et sans ambition. Un film de plus, vendu avec des méthodes de marchand. Un futur hit pour les "supermarchés de la culture". Une carrosserie de Ferrari avec sièges intérieurs cuir qui roule décidément avec un moteur de voiturette sans permis.
 
C'est triste.
 
 Justement Vôtre,
 
Dr Devo.


PS : Shirley Henderson et Jean-Christophe Bouvet sont vraiment très bons.
 
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Publié dans Corpus Filmi

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Henriette Vogel 03/06/2006 21:51

Mettez le mou de côté pour Métaphrande (mon chat) , il devrait aimer cela.  Pource qui est du nourrin, il faudra freiner  les métaphores,  trop rempli, il pourrait finir en rillettes.  Votre dévouée, Henriette Vogel

Dr Devo 03/06/2006 21:27

Et une métaphore dans le filet! Il reste du mou je vous le mets?En tout cas, je rajoute dix francs dans le nourrin.Dr Devo.

Henriette Vogel 03/06/2006 21:21

Cher Docteur,Au fond, vous avez raison   : un jeu de  mot  ne mange pas de pain mais de la brioche.(même si pour la brioche, contrairement à certaines,  je ne mange pas de ce pain là).Portez-vous bien.Henriette V.

Dr Devo 03/06/2006 20:45

henriette,Avouez qu'un petit jeu de mot ça ne mange pas de pain, enfin surtout celui-là!Dr devo.

Henriette Vogel 03/06/2006 20:35

Merci infiniment Ludo,Vous m'avez fait gagner un temps précieux. Docteur,Le Mans, Rillette... excusez-moi si je n'ai pas bien compris (je ne suis pas française) :  vous me prenez pour une cochonne ?Et pour tout vous dire, je n'habite pas à le Mans mais sur une île au milieu du lac de Wann.Votre Dévouée, Henriette V.