[Photo: "...ce que la Mort nous Sépare..." par John Mek-Ouyes.]




 

Suivant la foule pour sortir du Movie Theater me voilà interceptant une conversation téléphonique.

 

-"Ouais allô m'man... C'était juste pour te dire que le film était fini."

 

(Et ouais, fort heureusement tout a une fin, après 2h45 de film, bande-annonce et pub non comprise, il était temps !)

 

 -"... non c'était complet, finalement on est allé voir l'incroyable destin de ... "

 

(Tu m'étonnes, ce n'est pas vraiment le titre mais ça aurait pu l'être!)

 

C'est alors qu'un flux soudain de gens m'emporte, m'empêchant à jamais d'entendre la suite de cette conversation.

 

Alors L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BOUTON c'est l'histoire trop "space", d'un gars qui s'appelle Benjamin Bouton qui naît dans un corps de 80 ans et qui ne cesse de rajeunir (truc de 'ouf malade) . Il tombe amoureux d'une conne et... Ça sent déjà le gros déchirement émotionnel... Et nous serons allègrement servis croyez-moi.

 


Cela dit, c'est vrai que la chose n'est pas aisée à traiter, c'est plutôt le "bad", cette histoire, quand on y pense. Et ce petit scénario aurait pu donner quelque chose de fort intéressant, si cela n'avait pas été traité de la manière la plus convenue qui soit, c'est-à-dire dans un Hollywoodisme bien gland. [Notez que Hollywood peut faire de grandes choses, ça arrive, mais pas ici.]

 


Bon qu'on se le dise, t'as direc' envie de te barrer de la salle quand tu audiovisualises la première séquence. Tu vois une chambre d'hôpital, une vieille alitée et une brunette à son chevet. Tu comprends vite que la vieille est la mère de la brune et tu reconnais au son de sa voix que c'est Kate Blanchette, toute fardée, en train de "jouer" la vieille mourante... Ce qui est une bonne et une mauvaise nouvelle à la fois,  je dois dire. La bonne, c'est que David Finger in the Noze a donné du boulot à une équipe de maquilleurs intermittents qui pourront acheter une console Ui-Ui à leurs rejetons pour Noël prochain (En ces temps de crise c'est quand même trop sympa, même si ça aurait été plus simple de prendre une vieille lambda. Mais bon...). La mauvaise nouvelle: c'est tellement laid et mal joué que t'as bien pas envie d'entendre son histoire à la Blankette. T'aurais plutôt envie qu'elle crève de suite.



 

Enfin, pas de problème, je prends sur moi, je serre les dents et je reste vissé sur mon siège pour assister aux 2h40 restantes du film. 



 

Quand vous enlevez ces cinq premières minutes de film que reste t-il ?

 



Un "bébé-vieux" en synthèse de merde (putain, tu pouvais pas faire ça en Animatronic!),  deux ou trois petites blaguounettes "uh uh uh la main devant la bouche". Par exemple Brad jeune, et donc "vieux" en train de jouer avec des petits soldats de plombs, j'en passe et des meilleures ... "Top-top-top-top délire mega-groove", comme disait Boris. Il y a aussi une histoire d'amour pas émouvante, de beaux costumes, Brad "PaillTe" qui fait tourner les serviettes et qui les fait mouiller accessoirement (je sais, c'est rude mais bon, c'est bien là sa fonction, me semble-t-il), des petits effets de style histoire de faire "origuinal" (cf. l'image un peu "crado" pour les flashs "bien back" ou le petit effet vieux cinéma pour de courtes saynètes burlesques... Que du neuf quoi). Une petite photo bien léchouillée bien proprette, des images de synthèses bien laides, des acteurs photoshopés pour faire plus jeunes, le tout resucé des AMELIE POULAINGU', BIG FISH et consorts... N'en jetez plus !

 



Quand vous enlevez tout ça, donc, il ne vous reste plus grand-chose de ce qui faisait l'intérêt de David Fincher jadis. Seulement du bien convenu et pas excitant pour un sou. Reste tout de même la "p'tite" Tilda Swinton pour un petit rôle, toujours charmante, mais c'est un peu maigre n'est-ce pas ?

 

 

 

L'Ultime Saut Quantique.

 






Tu avais une critique et maintenant tu en as deux... 

 

 

 

 

Chers Focaliens, Monsieur le Président, Chers Membres du Jury,

 

 

La parole est à la défonce.

 

Si je rejoins mon collègue le Quantique sur certains points, je voudrais quant à moi souligner quelques points qui devraient éviter, je pense, grâce à votre clairvoyance, quelques années de prison à David Fincher.

 



La première partie du film s'articule autour d'une narration qui ne me paraissait pas ridicule, et dont je dirais même que le principe est assez intéressant. Le film est narré par le personnage de la mère (Cate Blanchett vieille). Fincher insiste bien sur le caractère assez subjectif de cette narration, et reprend le principe d'histoire non pas une, mais multiple qui s'organise en une espèce de jeu de poupées russes. "Je vais vous raconter l'histoire de Button, mais avant ça, il faut que je vous explique celle de l'horloger." Une histoire racontée en cache une autre. Bon. Au fur et à mesure, on s'aperçoit que les récits (légèrement) enchâssés ne révèlent non pas de l'anecdote vécue mais du récit merveilleux, au sens littéraire du texte. La narration tient du Conte, avec son exagération fantastique. Dans cette logique, souvent, dans l'histoire même qu'on est en train de raconter, ou dans une sous-partie de l'histoire, on croise un personnage qui lui-même raconte une histoire extraordinaire. C'est plutôt un bon système, même si je le trouve largement minoré par l'introduction (très longue et beaucoup plus hollywoodienne), et également par une deuxième partie tristement linéaire où cet aspect merveilleux disparaît (on aurait préféré la voir "mûrir", cette étrangeté narrative,  et changer de statut avec le personnage principal), comme le prouve l'histoire de l'accident de voiture qui ne fait que dérouler une chaîne de conséquences logiques, là où on attendait quelque chose de plus touffu, de plus absurde, et de plus fantastique, un peu à la Greenaway, ou encore, autre exemple, comme dans l'introduction (bien trop courte) du film médiocre, au sens strict, qu'était MAGNOLIA.  Premier point.

 



Dans la logique que je viens de décrire, je dirais que Fincher pousse la direction artistique de son film dans le même sens. Au fur et à mesure, une imagerie se met en place qui affiche ostensiblement des décors ou des photographies largement artificiels, et des effets spéciaux jouant aussi sur la reconstitution "merveilleuse". Cette imagerie donne, je pense, les meilleurs moments du films : les scènes de bateau, et le passage en Russie, largement artificiels et qui me semblent fonctionner. L'aspect photoshopé tant décrié par l'accusation me paraît donc être un point à nuancer, même si dans la deuxième partie du film, on est effectivement plus proche de la chromo classique qu'autre chose, hélas. C'est dans cette partie qu'on croise le personnage de Tilda Swinton, vraiment très bien dans un rôle un peu différent que ceux qu'elle incarne dans le cinéma mainstream de ces dernières années, et qui est un des personnages qui incarne le mieux la tristesse et le détachement qui constituent le fardeau du protagoniste. On permettra alors à la Cour, de m'autoriser à changer de paragraphe et d'embrayer sur mon troisio...

 

 



...BENJAMIN BUTTON raconte l'histoire d'un homme dont le déroulé biographique est une succession sans fin de deuils. Permettez-moi de demander à la greffière de passer la pièce à conviction 269-B.

 

[La greffière enclenche un magnéto à bande...]

 

 

VOIX DE MICHEL MOISAN : "C'est fou, quand même, dans le film de Fincher, il y a plus de morts que dans le dernier Romero !"

 

 

[La greffière arrête le magnétophone.]

 

Vous aurez reconnu la voix du critique québécois Michel Moisan dont la sagesse n'est plus à démontrer. [Clin d'œil à la Cour.] Les deuils fous qui s'enchaînent comme dans un film d'horreur, voilà un des sujets  les plus touchants, pour ne pas dire le plus touchant de ce film. Bizarrement, sans doute à cause du casting (on ressent beaucoup plus ce sentiment, paradoxalement, dans les scènes avec Tilda Swinton...), cette avalanche de morts, ce deuil incessant est traité assez froidement, avec détachement, presque, dans le film. On observe donc l'objet en restant extérieur et en se disant que Fincher livre une copie potentiellement intéressante mais lourdement handicapée par ses prothèses hollywoodiennes, sur le plan narratif. Le vague sentiment d'une folie, ou du moins d'un emportement du cœur et des sens ne se ressent que dans l'imagerie merveilleuse (au sens littéraire) de certaines séquences de la première partie et encore sur un mode un peu trop "sotto vocce" à mon goût. Mais, même là, et aussi dans le reste du film, bien plus banal et insipide (le tour du monde de Brad Pitt !), l'achoppement, la singularité (pourtant sujets du film), n'achoppent jamais, et laissent ce goût de bien-trop-peu qui nous amène, malgré nos cœurs ouverts et notre affection potentielle, à préférer l'échographie du film plus que le bébé en tant que tel.

 


[Le public de l'audience rugit en silence, et change de fesse pour s'appuyer contre les durs bancs de bois...]

 



Je demande donc ni la condamnation à [Mr] mort, ni la relaxe mais un sursis pour l'accusé.

 


I raised my case.


 

Ha oui, sinon j'aime beaucoup aussi l'animatronique à l'instar de Maître Quantique...

 

 



Dr Devo.





 

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 1 mars 2009 7 01 /03 /Mars /2009 16:58

Publié dans : Corpus Filmi
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