Chroniques de l’Abécédaire, épisode 6, troisième partie : le début n’était que le commencement.

Publié le par Le Marquis

Suite et fin de cet épisode 6 à rallonge, qui n’est au fond que la dernière ligne droite avant l’épisode 7, même si je ne dois pas pour autant négliger le fait que la balle est dans mon camp Stressos pour faire avancer le compte-rendu détaillé de la série SAN KU KAÏ – tant de choses à faire et si peu de temps. Bonne lecture !
 
T comme… TRICHEURS, de John Stockwell (USA, 2000)
Coiffé au poteau par le Dr Devo qui a consacré un article à cet excellent téléfilm lors de sa dernière visite, je procède comme d’habitude en complétant sa critique par quelques petites remarques annexes – en précisant, bien évidemment, que TRICHEURS a bien été vu dans le cadre de l’Abécédaire : je l’ai donc revu une seconde fois à la demande du Dr Devo, car, je le rappelle, l’invité fait loi. La première, qui s’est imposée à moi comme une évidence puisque je l’ai vu tout de suite après, c’est que TRICHEURS distille un suspense infiniment plus haletant que le très mauvais SAW. Le réalisateur John Stockwell (ancien acteur qui tenait le rôle principal de CHRISTINE de John Carpenter) n’est pourtant pas un esthète, mais sa mise en scène reste solide et parvient à maintenir un rythme particulièrement efficace, une tension soutenue sur toute la durée du métrage. Beaucoup de bonnes idées, comme celle de replacer la musique de ROCKY lors du triomphe des tricheurs, ce qui semble dans un premier temps un peu appuyé et caricatural… jusqu’à ce que le thème soit repris dans la foulée par la fanfare du lycée, dans une version cacophonique assez drôle et doucement ironique. Pour le reste, et comme le disait le Dr Devo, le propos est brillant, étonnant de maturité, et apporte au film une envergure que peuvent lui envier bien des films distribués en salles, loin des clichés attendus sur un sujet aussi risqué : ce qui motive le récit, c’est la lutte contre l’apathie environnante, l’amertume trop longtemps couvée, la cruauté d’un combat où tout le monde est perdant (le délateur par dépit tabassé par les mêmes élèves qui sifflaient les tricheurs), la balance entre le mensonge ouvert et l’hypocrisie silencieuse, équilibre sur lequel le film lui-même joue en prenant de petits arrangements avec les faits dans sa conclusion (Jena Malone va en fac et envisage de se tourner vers l’enseignement, alors que le personnage qu’elle interprète a en réalité trouvé sa voie dans la restauration). Très bon film.
 
U comme… UN JOUR SANS FIN, de Harold Ramis (USA, 1993)
La malédiction est enfin levée. Oui, j’étais jusqu’à présent victime d’une étrange malédiction visant à m’empêcher de voir ce film. À de nombreuses reprises, j’ai pourtant essayé, mais à chaque fois, passées les premières vingt minutes du film, un événement se produisait, me contraignant à interrompre la projection : coup de fil urgent et important, visite surprise d’invités ayant déjà vu le film, panne brutale du poste de télévision… J’avais fini par me faire une raison, en trouvant poétique l’idée de toujours voir en boucle les mêmes vingt premières minutes d’un film lui-même construit sur l’idée de la répétition – celle d’un homme cynique prisonnier d’une journée appelée à se répéter encore et encore, parcours au terme duquel, comme dans un conte de Dickens (Bill Murray fait exactement la même prestation dans le médiocre FANTÔMES EN FÊTE) ou plus encore un épisode de la QUATRIÈME DIMENSION, il va retrouver humilité et humanité. En glissant le DVD dans le lecteur, j’étais saisi de mille appréhensions : ma maison allait-elle imploser ? Mon chat allait-il me sauter à la gorge ? Allais-je être abducté par de belliqueux extra-terrestres ? Mais non, rien ne s’est passé : de deux choses l’une, soit une Entité Supérieure a décidé que j’étais enfin prêt à cette expérience, soit la malédiction était enfin levée.
Ah, oui, et le film dans tout ça ? Pas mauvais, même s’il est très nettement en-dessous des dithyrambes un peu grisées par l’enthousiasme qui allaient parfois jusqu’à me promettre une œuvre de la trempe de CITIZEN KANE, rien que ça. En réalité, le film d’Harold Ramis, porté par un casting parfait (quoique, Andie McDowell…) et par un scénario ingénieux qui, comme dans le meilleur de Joe Dante, parvient à explorer un sujet prometteur sous toutes ses coutures, n’est pas formidablement bien réalisé : la mise en scène est fonctionnelle, à la fois impersonnelle et efficace, illustre proprement mais sans imagination (visuellement parlant) un récit vraiment séduisant. C’est d’ailleurs plus sur le plateau que semblent s’être portés les efforts d’Harold Ramis : on devine un travail énorme dans la gestion des figurants, et bon nombre de séquences menées par un Bill Murray en grande forme relèvent presque de la chorégraphie, platement filmée mais franchement sympathique.
Harold Ramis persiste et signe dans le registre du cinéma dérivé de Frank Capra, souvent agrémenté d’une astuce d’ordre fantastique, mais il bénéficie ici d’un scénario plus solide, qui fait de UN JOUR SANS FIN son film le plus abouti – meilleur que MES DOUBLES, MA FEMME ET MOI, pas très convaincant, ou l’inégal ENDIABLÉ (dont les meilleurs segments ont été coupés au montage). Une bonne partie du charme de cette histoire réside du reste dans le mystère de cet argument fantastique, qui cette fois n’est jamais justifié ou explicité. Excellente comédie.
 
V comme… VELVET GOLDMINE, de Todd Haynes (Angleterre / USA, 1998)
Le meilleur film, et de très loin, de cette sélection dans l’ensemble assez faiblarde, est aussi le premier film de Todd Haynes qu’il m’a été donné l’occasion de voir – non pas par mauvaise volonté de ma part, mais simplement parce que ses films (POISON, SAFE) sont peu diffusés et assez difficiles à dépister. Et contrairement à LA BALLADE SAUVAGE qui, malgré sa rigueur – ou à cause d’elle ? – m’a assez déçu, l’effet piédestal ne joue pas ici en défaveur de ce film musical splendide, visuellement renversant et d’une densité assez folle.
Portrait d’une star du glam-rock de ses débuts à sa déchéance (pour faire simple et court, ce qui ne rend pas justice à la constante inventivité du scénario), VELVET GOLDMINE tourne résolument le dos aux clichés attendus sur un sujet pareil (vu quelques jours plus tard, HEDWIG AND THE ANGRY INCH a énormément souffert de la comparaison !), et ce dès son introduction fantastique, montrant un OVNI déposer un nourrisson devant la demeure des Wilde : Oscar Wilde, dont l’esprit et les mots vont constamment colorer le récit, vient donc d’une autre planète, idée saugrenue et poétique, pourtant très incarnée. Le médaillon accroché à sa layette va par la suite être perdu, retrouvé, volé, offert, passant de main en main, don ou malédiction marquant son possesseur d’une singularité qui le porte et le marginalise, lui procure célébrité et solitude.
Que le film s’inspire en partie de la carrière de David Bowie et de ses relations avec Iggy Pop n’a au fond pas la moindre importance. Dans sa construction complexe et déstructurée en saynètes crues, violentes, érotiques, drôles, touchantes, dans sa frénésie visuelle et thématique, VELVET GOLDMINE retrouve, pêle-mêle, l’originalité du cinéma de Spike Lee ou de Jane Campion, de même qu’il évoque souvent – en soutenant fièrement la comparaison – Brian de Palma (PHANTOM OF THE PARADISE) ou Ken Russell (TOMMY), notamment bien sûr dans son versant musical, passionnant, jamais monotone, où se succèdent concerts déliquescents ou scopitones contaminant la mise en scène par leur exubérance (pellicule brûlée, cadrages extravagants, cartons, direction artistique hallucinée). Le récit progresse toujours sur le fil du chaos, tenant miraculeusement debout en suivant la progression de l’enquête d’un journaliste (Christian Bale) lancé à la recherche du chanteur disparu après un revers de carrière spectaculaire, et qui va un à un interroger les membres de l’entourage personnel et professionnel de celui-ci (dont son ex-femme, excellente Toni Collette). Une structure narrative qui évoque sans doute CITIZEN KANE, mais plus encore un autre film d’Orson Welles, Mr ARKADIN, du fait de l’implication personnelle de l’enquêteur dans le cours des événements et dans l’aboutissement de son enquête, et parce que la figure recherchée, populaire et opaque, n’est pas morte. Juste invisible, introuvable, présente et absente à la fois. Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un film musical aussi intense, original, troublant et fascinant depuis une éternité.
 
W comme… WATCHERS II, de Thierry Notz (USA, 1990)
Je n’ai jamais vu le premier WATCHERS, petite série B de réputation recevable, adaptée d’un roman de Dean Koontz (écrivain que je conspue, mais on s’en fout un peu). Facile cependant d’ouvrir le feu avec cette séquelle qui semble ne reprendre aucun récit en cours, et qui démarre par la visite impromptue de deux agents fédéraux s’introduisant dans une pièce confidentielle d’un laboratoire expérimentant comme une bête sur des animaux – d’ailleurs, les fédéraux sont fraîchement accueillis par une jeune scientifique (je crois que nous tenons une héroïne) occupée à apprendre à lire à un labrador (je crois que nous tenons un héros). Car Médor est un chien suprêmement intelligent (manifestement plus que vous et moi), mais là n’est pas le problème, l’enjeu du film n’étant pas de montrer un chien ayant appris non seulement à aller chercher le journal sur le perron chaque matin, mais aussi à en faire la lecture pendant que les tartines grillent. Non, le problème, c’est que ce chien savant n’est que l’étape précédant une autre expérience similaire, visant à gonfler le QI d’un monstre denté et griffu qui ne fait d’ailleurs qu’une bouchée des deux agents. Lorsqu’il découvre les corps, le directeur du laboratoire donne l’alerte, tout en savourant une glace à l’eau (je ne galège pas, c’est à l’image). L’affaire est étouffée, mais la créature doit être détruite. Ne pouvant s’y résoudre, le directeur organise son évasion en ouvrant ses portes à un commando anti-vivisection, espérant naïvement pouvoir en garder le contrôle. Pour des raisons un peu confuses, le monstre et le chien sont liés par un contact télépathique, et le monstre veut absolument tuer le chien (ce n’est pourtant pas un fox-terrier).
Voilà pour les premières minutes de cette série B idiote, mais correctement troussée. WATCHERS II n’échappe cependant pas au ridicule, qui prend vite le dessus et tire le métrage vers les rives de l’invraisemblable cocasse. Matt « V » Singer, militaire en fuite car il est soupçonné des meurtres commis par la créature, adopte Médor, et découvre que le chien est intellectuellement supérieur en commandant des pizzas. « Aboie une fois pour oui et deux fois pour non » (tu aimes ce film ?) : Singer réalise alors que Médor ne veut pas d’une pizza à la banane flambée. Quelques séquences hilarantes viennent ainsi épicer le récit. J’apprécie tout particulièrement les scènes où le chien tape des messages au clavier d’un ordinateur : le labrador tient un crayon entre ses dents, et un assistant dissimulé par un cadrage serré lui appuie sur la tête (mais pas trop fort !) au-dessus du clavier – mais le meilleur, c’est quand, une fois son message museaugraphié est saisi, Médor roule des yeux effarés vers la caméra avec son crayon coincé dans la gueule. Ceci dit, la scène où Médor grimpe une échelle vaut son pesant de cacahuètes – trucage classique du mur horizontal, hélas l’illusion s’effondre dès que le chien se redresse ! Mais dans son genre, le monstre, entiché d’un nounours (il peut se glisser pacifiquement au milieu de clochards pour boire un coup, mais massacre tout le monde si on touche à son Paddington), n’est pas mal non plus. Bref, en tant que film d’épouvante, WATCHERS II est vraiment désastreux, mais il y a par ailleurs largement de quoi s’esclaffer, c’est toujours ça de pris.
 
X comme… X FILES : LE FILM, de Rob Bowman (Canada / USA, 1998)
Retour sur le long-métrage inspiré de la très populaire série créée par Chris Carter (création pas bien originale du reste, très largement inspirée de la série « The Night Stalker » initiée par Dan Curtis au début des années 70 – et dont l’interprète, Darren McGavin, est récemment décédé), apogée d’un programme qui semble avoir périclité par la suite. Je dis bien « semble », car j’avoue ne pas m’être plongé dans cette série dont les quelques épisodes visionnés m’ont franchement déplu : c’est un avis qui n’engage que moi et va sans doute en vexer certains, mais j’ai trouvé ce que j’ai vu assez terne, pas très bien réalisé, souvent mal interprété et reposant sur des scénarios quelconques moulinant en boucle une paranoïa de surface un peu facile et systématique. La façon dont l’engouement pour cette série s’est à l’époque souvent accompagnée de discussions sur la véracité des faits évoqués (conversations sur les « vrais dossiers », « courage » de Chris Carter de dévoiler la vérité) a suffi pour me détourner de X-FILES, même si je dois préciser que d’une façon générale, la majorité des séries TV me laisse de marbre (j’ai détesté LES 4400, par exemple).
Pourquoi alors tenter une revoyure de ce film déjà aperçu à l’époque sur Canal + ? (Ou : « si t’aimes pas ça, n’en dégoûte pas les autres ! »). D’une part parce que les films en X sont une denrée rare et que X-TRO reste pour le moment introuvable. D’autre part parce que le réalisateur Rob Bowman (dont il a ici été question pour ELEKTRA, que je n’ai pas vu) ne me paraît pas totalement incapable : j’ai plutôt aimé son curieux LE RÈGNE DU FEU, film soigné, original et bien moins bourrin que ce que laissait présager l’affiche de sa sortie en salles, une œuvre imparfaite, mais qui optait pour des choix relativement courageux, dont le moindre n’est pas d’avoir réduit le nombre et la présence à l’écran des dragons (images de synthèse raisonnées et peu démonstratives, parfois très belles) là où je m’attendais à une version reptilienne d’INDEPENDANCE DAY – détail amusant, dans X-FILES : LE FILM, David Duchovny pisse dans une ruelle sur l’affiche du film de Roland Emmerich, une forme de déclaration d’intention pas tout à fait infondée, puisque l’univers de X-FILES, malgré ses propres travers, choisit effectivement une approche plus mature de la science-fiction. Bref, bien qu’il n’ait pas de style personnel très défini, Bowman cherchait moins à en mettre plein la vue qu’à élaborer une mise en scène véritablement structurée, une atmosphère singulière, pari à moitié tenu, ce qui est déjà énorme pour un film jouxtant la laideur d’un DONJONS ET DRAGONS de piètre réputation.
On retrouve cet indéniable savoir-faire dans la mise en scène soignée de ce long-métrage pourtant inégal, qui crée la surprise en s’ouvrant sur un prologue préhistorique amusant mais un peu bancal, un peu cheap et pas vraiment nécessaire à un film déjà trop long. La suite s’avère plus intéressante et par moments plus convaincante, le film bénéficiant de quelques séquences de suspense (ou plus rarement d’action) fort bien réalisées, qui viennent régulièrement relancer l’intérêt d’un scénario dense mais hautement inégal et déséquilibré. Cinématographiquement parlant, la première partie du film, au cours de laquelle un médecin tente de convaincre Mulder-Duchovny de la réalité du complot étatique visant à étouffer une sombre affaire de parasites extra-terrestres, est très bavarde, plate et laborieuse, occupant tout de même près de 45 longues minutes avant que l’agent du FBI ne se décide à y croire et à réagir. Par ailleurs, les fréquentes allusions à la sœur abductée de Mulder, révélant sans doute quelques éléments inédits aux fans de la série, n’a pas la moindre utilité dans cette intrigue et ne présente donc pas l’ombre d’un intérêt pour celui qui n’a pas suivi X-FILES sur le petit écran. Séquences peut-être nécessaires pour maintenir un lien thématique et formel avec la série portée à l’écran, mais c’est sans doute là que ça coince en ce qui me concerne : ce qui m’a ennuyé sur le poste de télévision m’ennuie tout autant dans le long-métrage. J’ai par ailleurs un problème avec cette abeille mutante piquant l’agent Scully (Gillian Anderson, que je trouve assez fade) des heures et des heures après une visite périlleuse dans un laboratoire expérimentant sur les chieuses de miel, et à point nommé, juste quand elle s’apprêtait (pour la première fois manifestement) à embrasser Mulder (suspense et piaffements dans la salle) : cette abeille ex machina serait restée cachée dans le col de chemise de Gillian A. pendant des heures avant de se décider à user de son dard empoisonné ? Un peu dur à avaler.
Ceci dit, les amateurs y ont probablement trouvé leur compte, je suppose, et le film a ses moments, pas trop mal réalisé dans l’ensemble. Mais très honnêtement, je m’y ennuie assez : pour ma part, ce n’est vraiment pas mon truc et le classement des dossiers X sera vertical.
 
Y comme… Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER L’HUMANITÉ ?, d’Allan A. Goldstein (Canada / Allemagne, 2000)
Emporté par la frénésie comique, l’éditeur minimaliste et fauché DVDY, partisan du moindre effort, se fend ici d’un petit gag pour faire passer sa page d’avertissements administratifs (qui a toujours le mérite d’être plus courte que cet insupportable clip « Pirater c’est du vol » qui contamine les DVD récents, et qui me donne une envie furieuse de passer à l’ADSL par simple esprit de contrariété). L’éditeur ne pousse pas l’enthousiasme jusqu’à proposer une piste sonore en version originale, ceci dit. Mais une VO ne relèverait pas un film pareil, de toute façon.
Le titre français de ce 2001 : A SPACE TRAVESTY en rajoute une couche dans la volonté des auteurs de cette comédie épouvantable de la faire passer pour un nouvel opus de la série des Zucker-Abrahams-Zucker, NAKED GUN (dont le premier long-métrage a été évoqué ici). Leslie Nielsen n’interprète plus le lieutenant Drebin, mais l’inspecteur Dix, et en dehors de la cruelle absence de drôlerie de cet étron filmique, c’est bien la seule différence tangible (les ZAZ n’ont pas porté plainte ?). Je ne vais pas m’étendre sur ce navet d’une indescriptible vulgarité, atrocement laid, monté avec les pieds et pas drôle du début à la fin (bruits de pets sur le générique, comme c’est impertinent). Ophélie Winter vient promener sa choucroute dans cette parodie poussive et nauséeuse, et pousse la chansonnette pop (popo, oui !) à l’occasion. À ce stade, le métrage est déjà devenu intolérable. Plus jamais ça, merci.
 
Z comme… ZONE PARALLÈLE, de Worth Keeter (USA, 1997)
Cet Abécédaire s’achève mollement avec une petite série B pas folichonne, interprétée par le never-been C. Thomas Howell (HITCHER), l’oublié Judge Reinhold (LE FLIC DE BEVERLY HILLS) et par Jennifer Rubin, bonne comédienne vue dans l’intéressant PLANÈTE HURLANTE, qui n’a jamais vraiment percé et s’est perdue dans les productions de seconde zone – elle n’est ici pas très à son avantage, et apparaît tristement bouffie et fatiguée.
Il est ici question d’un monde parallèle au nôtre, où un scientifique (Reinhold) cherche à entrer en contact avec nous. L’idée est que le passage peut être contrôlé par le biais d’une implication émotionnelle, ce qui est assez original, mais le développement tire d’emblée vers les rivages du film d’action pas très malin : le savant a l’idée brillante d’utiliser comme cobaye un dangereux criminel, sous prétexte qu’il est désespérément amoureux d’une morte dont le double (Jennifer Rubin) existe toujours dans notre dimension. Mais comme elle s’apprête à se marier, le tueur décide sans grande surprise d’échapper au contrôle du laboratoire, et surgit dans notre monde pour enlever la mariée en pleine église et en assassinant tous les invités et le marié (Howell) – heureusement qu’il ne débarque pas dans LE MARIAGE DE MA MEILLEURE AMIE, vous imaginez le boxon ? Bref, le savant se trouve soudain très con, et rejoint à son tour notre univers pour tenter de réparer les dégâts : il réanime le marié et, avant de trépasser, lui offre un bracelet d’immortalité qui lui permet de ressusciter sept fois. Et voilà notre marié lancé à la trousse du kidnappeur.
C’est donc du pur cinéma de série B, pas très inspiré cependant malgré quelques petits efforts, principalement portés sur les effets visuels. Montage, cadrage et musique transpirent la médiocrité. Le profil classique de ce genre de produit en somme. Le film s’enlise rapidement dans une interminable course poursuite en voiture (le record de William Friedkin est battu au chrono) avant de végéter dans sa dernière partie dans un huis clos mou du genou, le tout étant rythmé à coups de mort du marié / résurrection du marié. C’est un peu court (thématiquement parlant, hélas) et pas du tout mémorable.
 
C’est ainsi que s’achève une sélection un peu tiède, sensiblement plus faible que la moyenne. Beaucoup de mauvais films, plus encore de films plats, le menu n’aura pas été très affriolant cette fois-ci, et seul VELVET GOLDMINE aura vraiment suscité mon enthousiasme. C’est un très, très beau film, qui aurait de toute façon occupé le haut du classement, même s’il triomphe donc ici sans gloire. Je ne recommanderais au spectateur motivé que la vision des huit premiers titres du classement, le reste étant d’un intérêt bien plus modéré – même si, comme toujours et dans le registre du second degré, WATCHERS II ou L’ÎLE DE L’ANGOISSE peuvent vous faire passer un moment agréable, de préférence en groupe. Vous remarquerez par ailleurs la bonne place occupée ici par LA BALLADE SAUVAGE, envers lequel je n’ai pourtant pas été très tendre : j’ai beau ne pas vraiment aimer ce film, je ne peux pas lui enlever ses qualités formelles et l’intérêt de sa démarche. Même si j’ai pris infiniment plus de plaisir devant l’étrange HISTOIRE D’O ou le passionnant TRICHEURS, le film de Terrence Malick est tout simplement plus riche et maîtrisé.
Mais la bonne nouvelle dans tout ça, c’est que je vous promets un prochain Abécédaire – déjà visionné dans son intégralité, j’ai du pain sur la planche – nettement plus riche, une sélection de bonne qualité, qui aura démarré en fanfare avec six très bons films d’affilée, ce qui est rare.
 
VELVET GOLDMINE
LUNES DE FIEL
LA BALLADE SAUVAGE
L’EMPRISE
TRICHEURS
UN JOUR SANS FIN
HISTOIRE D’O
LE CROCODILE DE LA MORT
KAOS 2
LA MUTANTE II
X FILES
LE RIDEAU FINAL
THE GLADIATOR
DANTE’S VIEW
L’AUTRE ENFER
SAW
WATCHERS II
L’OUBLIÉ
ZONE PARALLÈLE
JOHNNY MNEMONIC
POWER RANGERS : LE FILM
L’ÎLE DE L’ANGOISSE
LA NUIT DU CHASSEUR
Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER L’HUMANITÉ ?
 
Et la traditionnelle bande-annonce du prochain épisode, de qualité donc, se doit de vous faire saliver. Qu’y croiserons-nous ? Terrorisme audiovisuel, nécrophile romantique, invasion de robots géants, fessées administrées devant le cinématographe, magret de serial-killer, Hollywood détraqué, androïde chercheur d’or, vedette transsexuelle, fellation dans les toilettes d’un bar, sordide bal de fin d’année, télé-réalité déviante, femme vampire sur une plage, pistolet légendaire, bossu éconduit, enterrée vivante, locataire démembré au fond du bois, nazisme sur patins à roulettes, atavisme surnaturel, panne de marée, trisomique cinéphile, vampires orientaux, ouija mortifère.
 
Et dans quelques heures, au moment où j’écris ces lignes, le verdict cannois : je me contrefous du palmarès, presque toujours sans intérêt, mais la cérémonie est souvent un très bon moment à passer.
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Commenter cet article

Le Marquis 01/06/2006 21:18

Occasion que je n'aurais pas dû laisser passer, effectivement, mais à certaines périodes, comme en ce moment, je n'achète même plus le programme TV, mon poste ne me servant que de moniteur.

Dr Orlof 01/06/2006 18:25

Je n'ai pas vu "Poison" mais "Safe" a été diffusé sur Arte il y a quelques années, à l'époque où la chaîne ne consacrait pas encore des cycles à Granier-Deferre et Delannoy...

Le Marquis 01/06/2006 01:30

En réalité, je suis assez d'accord avec vous pour UN JOUR SANS FIN, qui est, comme je l'indique, une excellente comédie, très bien pensée et réjouissante ; je trouve tout de même qu'en termes de mise en scène stricto sensu, le film est assez quelconque (au sens routinier et fonctionnel - ça fonctionne, rien à dire, mais sans pousser l'audace au-delà de ce qui est inscrit dans le seul scénario, visuellement parlant le film me parait un peu plat).
Et concernant Todd Haynes, SAFE ou POISON sont des arlésiennes, je souhaite les voir depuis leur sortie, mais l'occasion ne s'est pas encore présentée, et ces films sont mine de rien pas si faciles à dénicher...

Bernard RAPP 31/05/2006 20:14

D'accord avec Orloff pour "Un jour sans fin".

Et pour Todd Haynes, je rajoute l'étonnant "Poison", film à sketch centripète sorti en France le même jour qu'"Europa".

Dr Orlof 31/05/2006 19:40

Un excellent Marquis, comme d'hab!
Tout à fait d'accord avec toi sur "Lunes de fiel", un grand Polanski. Je suis un peu plus enthousiaste par contre pour "un jour sans fin" qui me semble être une des meilleures comédies américaines de ces 10 dernières années.
Quand à Todd Haynes, je te recommande chaudement son "Safe" : c'est ce qu'il a fait de meilleur même si j'ai beaucoup aimé "loin du paradis"...