L'ETE DE LA PEUR de Wes Craven (USA-1978): triste saison pour Casimir

Publié le par Le Marquis

(photo: "Dr Devo's Hall of Horror No1" par Dr Devo)

 

Ce téléfilm nul de A à Z réalisé en 1978 est l'oeuvre de Wes Craven. Si le cinéaste  fait parfois preuve de talent, sa filmographie n'en est pas moins extrêmement inégale, voguant entre les vraies réussites (LE SOUS-SOL DE LA PEUR, L’EMPRISE DES TENEBRES), les œuvres mitigées (LA COLLINE A DES YEUX, LA FERME DE LA TERREUR, la série des SCREAM) et les ratages notoires (LA CREATURE DES MARAIS, L’AMIE MORTELLE). Surtout, la carrière de Wes Craven ne dessine pas d’univers très personnel, le résultat dépendant invariablement de la qualité du scénario retranscrit. La seule exception dans ce parcours de faiseur habile, la seule œuvre personnelle, reste son premier long-métrage, l’étonnant LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE. Le travail de Wes Craven est plus qu’honorable dans l’ensemble, mais reste plus limité que celui d'un cinéaste comme John Carpenter (dont le téléfilm MEURTRE AU 43e ETAGE, même s’il est daté, surpasse haut la main ce piteux ETE DE LA PEUR en s’inscrivant dans l’univers de Carpenter, et non pas dans un scénario conventionnel et insipide)…

            L’ETE DE LA PEUR nous ressert le récit mille fois visité de l’intrus diabolique (ici une sorcière) se creusant une place dans une famille américaine modèle. Il trouve ici une illustration singulièrement plate, laborieuse, souvent ridicule et dénuée d’enjeux. Car quel est le but poursuivi dans le film par la méchante Julia (Lee Purcell, très mignonne jusqu’à ce qu’elle adopte une horrible permanente 70’s au bout de 10mn de métrage) ? Quels sont ses intérêts dans son projet de monopoliser la petite famille en question ? Apparemment, les grandes ambitions de cette sorcière de prisunic se limitent à pourrir la vie de la pauvre Linda Blair (pachydermique et disgracieuse sous sa coupe semi-afro, Linda est aussi une comédienne redoutable) : elle la sépare de son boyfriend, de son cheval adoré, la détourne de son papa chéri, l’empêche d’aller au bal en lui refilant une éruption de boutons, lui pique sa plus belle robe - mon dieu, quel suspense ! En plus de la platitude visuelle ambiante, en plus d’une musique insupportable qui souligne à grands coups de violons furieux les moindres regards de la méchante Julia, le récit avance à trois à l’heure : la révélation de la nature de Julia et le début de l’affrontement ne se manifestent qu’à dix minutes de la fin du film, précédées par 1h20 (oh la la…) de déconvenues domestiques, ponctuées par les moues boudeuses et les claquements de porte de la très contrariée et très pénible Miss Blair : oh, pitié… Et que dire de ces dix dernières minutes sinon qu’elles ne valent pas les trésors de patience et d’endurance qu’on consacre à les voir venir ? Son identité révélée (mais on l’avait devinée depuis les 5 premières minutes du métrage), la sorcière arbore de jolies lentilles de contact, casse une porte et fait appel à tous ses pouvoirs pour éliminer la pauvre Linda… en la poursuivant en voiture. D’accord. Il va sans dire qu’un virage malencontreux précipite la redoutable nécromancienne dans un ravin (ouf), mais qu’elle refait surface illico presto dans le dénouement pour pourrir la vie d’un autre home-sweet-home, annonçant un second opus par bonheur jamais tourné. L’ensemble est mis en scène avec une remarquable absence de talent ou d’invention, sans même qu’un seul plan, même fugace, ne révulse pas le regard. On ne mesurera donc jamais à quel point, en le sortant des méandres de la série Z, LES GRIFFES DE LA NUIT ont relancé la carrière du bonhomme. A dégager.

 

 

Le Marquis.

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Publié dans Corpus Analogia

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Le Marquis 23/04/2005 00:38

Freddy sort de la nuit... C'est vrai que le titre est idiot. J'aime bien le film, même si j'y trouve plusieurs fautes de goût. Pour SHOCKER, j'aime beaucoup la première heure mais je ne suis pas trop amateur de la dernière partie. Mais bon, le challenge reste de voir un jour son film avec Meryl Streep (UN VIOLON SUR LE TOIT? LA MUSIQUE DE MON COEUR? je sais plus).

Pierrot 22/04/2005 22:03

ouah! "l'été de la peur". Je l'ai vu il y a très longtemps (la bonne époque où je me faisais ma culture de films d'horreur grâce à la télévision suisse romande!). C'était effectivement très, très mauvais. Par contre, je trouve que Craven est un bon cinéaste, capable de ratages mais aussi de très belles réussites (en plus des films que vous citez, monsieur le Marquis, j'évoquerais bien "Freddy sort la nuit" -quel titre idiot!- et "Shocker"

Le Marquis 22/04/2005 13:35

J'y compte bien ! Et n'oubliez pas ABERRATION !

Roxanne De Bergerac 22/04/2005 12:15

Oui,bien sûr,je n'ai pas encore vu le film (pardon,cher Marquis!) mais je tenais à dire que la jaquette du DVD est très,très,très splendouillette...Promis,je visionne cette merveille ce week-end!