PIRE EXPRESS No5: I Was a Critic Werewolf!

Publié le par Dr Devo






[Photo: "Matière Focale au Chevet du Cinéma" par Dr Devo; d'après une gravure de Gustave Doré.]






Chers Focaliens,

 

Allez hop, c'est parti pour les dividis...

 

 

[Fin de l'introduction.]

 

 




LA FILLE DE JACK L'EVENTREUR de Peter Sasdy (UK-1971)

 

Ha, les films de la Hammer, la fameuse compagnie anglaise spécialisée dans le fantastique et fournisseuse (si je veux !) de tant de films cuisinés aux petits oignons. Ici, on est dans la période récente, plutôt vers la fin quoi, avec un sujet déjà exploité, à savoir Jack L'Eventreur. On suit le parcours de la fille du célèbre assassin. Celui-ci, alors que la môme n'a que trois ans, manque de se faire lyncher par la foule. Il se réfugie chez lui. Là, sa femme découvre que son mari n'est autre que le célèbre séminole-killeuh ! Il tue sa femme immédiatement sous les yeux de l'enfant. Vingt ans plus tard la jeune fille est exploitée par une fausse voyante qui aimerait bien vendre sa virginité (!), mais elle est sauvée in extremis par un docteur très riche qui l'adopte illico pour pouvoir expérimenter sur elle la psychanalyse, discipline balbutiante alors. Car la jeune fille est visiblement perturbée : dès qu'elle rencontre des situations qui lui rappellent le meurtre de sa mère (stimuli tactiles ou optiques), elle tue à son tour dans une inconscience complète, pour se réveiller ensuite amnésique de ses propres méfaits. Et le temps que le docteur découvre ça, croyez-moi, le sang va couler...

 


Eh bien, on est totalement dans le soin Hammer : de beaux repérages, des costumes originaux et précis, de bons acteurs et des techniciens passionnés. Bref, ça joue, ça cadre, et ça photographie avec soin et personnalité. On découvre l'énergie toujours étonnante de ces équipes qui arrivent, les doigts dans le nez, à se réapproprier les grands mythes fantastiques et les détourner de manière originale et troublante.



Le film de Sasdy suit la ligne. La photographie, très précise et jouant incroyablement de son côté romanesque (cf. ce plan avec le reflet qui, en diffusion, fait une étoile à l'extrême lisière de la pupille de l'héroïne) arrive à étonner entre photo classique, gourmandises diverses comme je viens de le dire, et photo presque hamiltonienne distillant un trouble vraiment palpable chez le spectateur, surpris par cette rupture de ton. Le film, de fort belle facture globalement, contient quelques séquences de bravoure vraiment superbes. Je pense au fabuleux générique bien sûr : le meurtre maternel. Sur une musique ultra-romantique, totalement en décalage, le massacre a lieu sous les yeux de l'enfant. Des champs, des contrechamps, un beau découpage perturbé donc par cette B.O. Avant de changer de plan, Sasdy le fige, le gèle et fait défiler le générique. La longueur de la séquence elle-même installe le malaise et le lyrisme, puis donne le la : souvenirs sublimés, naïveté de la jeune fille psychopathe sans le savoir, photo très riche. Bref, de la rupture, de la rupture, et de la rupture pour ce film classique mais enlevé qui ne s'assied pas sur ses moyens mais tente les expériences. L'autre superbe séquence, c'est la dernière, sublime idée dans un décor merveilleux mais simple (la coupole d'une église) qui fera se rejoindre de manière complètement renversante et inattendue la psychanalyse et le fantastique, le drame lyrique du genre et le destin intime de l'héroïne, l'explication et l'abstraction, au travers d'un jeu de sons guidé par le découpage géographique du décor, et donc aussi par le découpage des plans et des axes. Un beau film, fait avec cœur, et également très bien interprété par des comédiens qui se complètent en jouant sur des registres parfois différents.

 

On trouve ça en dvd pour cinq euros, édité par Mad Movies qui souvent a du nez pour ressortir des perlouzes semblables.

 

 

 

 

 




PLANE OF THE DEAD de Scott Thomas (USA-2007)

 

Sorti dans nos contrées à l'occasion du succès relatif des SERPENTS DANS L'AVION, film semi-A très moqueur envers la série B artisanale et qui n'apportait pas grand'chose (et qui pêchait par manque de culture du genre, je pense), PLANE OF THE DEAD raconte un vol long courrier, de nuit. La tempête chahute le zingue, ce qui est fort dommage car, dans la soute, une compagnie scientifique a installé un caisson dont le contenu est ultra-confidentiel. Evidemment ce caisson va être ouvert et les zombies vont envahir l'appareil. Le massacre peut commencer...

 

Mouiiiiiii. Je n'ai pas grand'chose à dire sur ce film. Thomas (fils de Kristin?), plutôt que de se ruiner dans des images de synthèse coûteuses préfère utiliser pour les plans extérieurs à l'avion (l'appareil, le ciel, la tempête) des effets de seconde zone, un peu kitsches. Ce n'est pas très grave car du coup, cet argent est utilisé en maquillages, éclairages et effets spéciaux dans la cabine. Outre le contexte, le film est ultra-classique. On retrouve quelques seconds couteaux dont Richard Tyson qui a l'air de bien se marrer. Sinon, la mise en scène ne casse rien. S'il y a un peu d'efforts dans la photo, et encore, il n'y a aucune gourmandise, si on excepte un plan gelé sur le premier zombie qu'on découvre dans la pupille (décidément) de sa victime. La mise en place des personnages, tous archétypaux, est un peu longuette, et le développement de l'action largement prévisible. On a vu pire, sans problème, mais surtout on a vu mieux. Si vous voulez voir un film de série B sympa et divertissant, allez plutôt voir du côté des films de monstres (BATS par exemple, ou TREMORS) ou ce film dont j'ai oublié le nom, adoubé par Tarantino (aïe) mais très bien fichu où un bar dans le désert est assailli de monstres sanglants. Marquis si tu passes par là...

Donc, s'il n'y a rien d'autre à voir, un dimanche soir, pourquoi pas... Sinon, on peut passer sans top regret, même si on a vu des projets plus antipathiques...

 

 




UNE HISTOIRE D'INITIATION, GUINEVERE de Audrey Wells (USA-1999)

 

Découvert complètement par hasard, ce film au titre français bien pourri, fut acheté pour 1,39 euros. On y retrouve Sarah Polley et cette vieille ganache de Stephen Rea, ici curieusement mince.

 

Polley, jeune fille de 20 ans issue d'une riche famille qui la snobe, c'est bien le comble, rencontre de manière forfuite le photographe Rea qui lui propose de devenir son mentor artistique et intellectuel, en tout bien tout honneur bien sûr. Lui a 45 ans ! Evidemment, la relation ne reste pas longtemps chaste et Polley tombe bien amoureuse de cet homme qui l'initie aux choses de l'esprit, la libère sexuellement, la recueille, et lui promet de l'initier à la pratique artistique. Très vite, Polley s'aperçoit que Rea n'est sorti qu'avec des jeunettes qu'il a toutes brisées. Pourtant, toutes gardent une espèce de bienveillance pour le salaud magnifique qu'il est. Polley découvre que son amant utilise toujours les mêmes méthodes de séduction. Après une séance de photographie où elle a posé nue, elle se trouve vraiment, mais vraiment trop conne et décide de s'en aller. Mais c'est trop tard. Trop de liens entre les deux amants se sont créés...

 

Qu'est-ce qui fait qu'un vieux type sorte avec une jeune fille sublime ? Voilà le sujet.  Audrey Wells, sans "e", hihi, arrive curieusement à mettre le doigt dessus. La mise en scène, gentiment soignée ne casse rien mais tant à limiter les champs/contrechamps de temps en temps, et la photo marchotte quoiqu'elle fût illustrative et n'organisât rien ! Le sujet est orignal, et grâce à une interpétration réussie (Polley écrase tout le monde) et un bon choix de casting, on finit par se laisser aller. Puis, le film prend un peu de hauteur et devient assez troublant : plus que la manipulation mentale de Rea, c'est le sentiment que toutes ses paroles sont écrites à l'avance qui glace le sang et font partager de belle manière le sentiment d'inéluctable qui assaille Polley. Ca, vraiment, ça marche bien, même si le reste du film ne propose pas grand-chose de neuf, et a une petite tendance à légèrement sur-expliquer les choses via certains symboles, dont le fameux hemingwayisme qui bien souvent innerve la tradition américaine. Ca se regarde gentiment, mais la dernière partie, très splendouillette est quand même too much ! On découvre notamment avec stupéfaction une scène onirique involontairement drôlissime où Stephen Rea sourit, visiblement très mal à l'aise, de la manière la plus niaise qui soit, et qui me fit pleurer de rire. Plus sérieusement, on sent que la réalisatrice a bien du mal à conclure le film et écrire le fameux troisième acte qui se résout un peu classiquement et facilement. Il n'empêche, le début du film fonctionne bizarrement bien, malgré les nombreux petits défauts (le groupe bohème autour de Rea n'est pas très bien utilisé et surtout ne fonctionne pas vraiment). Le personnage de Polley, loin d'être cruche, mais vraiment bêtifiée par la situation, est assez troublant. Il y a, en plus, une scène qui est largement au-desssus et vraiment très réussie : celle où la mère de Polley s'explique avec Rea. Là, oui, c'est formidable, bien écrit et la comédienne dont j'ai oublié le nom est vraiment excellentissime. On peut regarder ça un dimanche ou parce qu'on est fan de Polley. Mais si vous voulez voir un portrait de jeune friquée complètement paumée, je vous conseille plutôt IGBY, grand film oublié...

 

 

 

Dr Devo.





Publié dans Corpus Analogia

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invisible 14/03/2009 01:28

Bonne performance, tous ces articles en kyrielle ! A chaque jour, son pesant de cacahuètes, ne serait-ce que par les illustrations toujours aussi formidi. Bravissima !

gonzo 13/03/2009 23:29

tu parles de quel film adoubé par Tarantino ? Une nuit en enfer ? Ou le plus récent Feast, sympatoche, même si je ne sais si Tarantino y a appose son label "aproved by"...