LOIN DE LA TERRE BRULEE de Guillermo Arriaga (USA-Mexique, 2009): Vous êtes décontractés...

Publié le par Dr Devo





[Photo: "Vive réunion éditoriale à la rédaction des Cahiers !" par Dr Devo.]





Chers Focaliens,

 

Sans aucun doute, le chiffre du jour, c'est 14 !

 

[Introduction offerte par le Syndicat des Instituts de Sondage.]

 

 

 

Arriaga, scénariste en vogue puisqu'il signa les scripts de 21 GRAMMES, des AMOURS CHIENNES ou de BABEL, passe ici à la réalisation à travers l'histoire d'une jeune fille apprenant la mort de sa mère (Kim Basinger : je t'aime ma maman !) dans un caravane en plein milieu du désert et dans les bras de son amant, mexicain qui plus est, et un bon zeugma, moi, je dis que ça ne se refuse pas. Cette jeune fille, dis-je, se rapproche du fils de ce Mexicain aimé qui, de fait, c'est bien foutu, a perdu son père alors qu'il faisait un câlin avec la mère de l'autre, Kim Basinger, suivez un peu. Des années plus tard, la jeune fille est devenue grande et belle (Charlize Theron). Elle n'est pas heureuse et se perd dans des aventures sexuelles sans lendemain. Oooooh ! Il n'empêche que la voilà rattrapée par son passé d'une étrange manière. Petit à petit, nous découvrons, non pas les raisons cachées du drame mamanticide, mais surtout les implications oubliées autour de ce drame, implications qu'il va bien falloir affronter en pleine lumière...

 



Comme à son habitude, Arriaga imprime sur le récit son dada narratif, à savoir ne pas raconter l'histoire de manière linéaire, mais au contraire en faisant des allers-retours entre le présent et le(s) passé(s). La première chose à noter est que ce mélange s'effectue sur un mode moins chaotique, ou plutôt moins chahuté, que dans les films cités plus haut. Quand on attaque une partie (le présent ou le passé), les séquences sont plus longues et presque jamais interrompues par l'autre sphère temporelle. Et globalement, dans les deux camps, on reste sur un étalage linéaire de la narration qui ressemble du coup à une espèce de montage alterné. Bon. On le voit, on est moins dans le chaos émotif de 21 GRAMMES par exemple, dont j'avais aimé les "méprises" de la première partie. Je vous renvoie à mon article de l'époque.

 



Côté mise en scène j'ai déjà vendu la mèche dans mon commentaire récent sur le film WATCHMEN. La photo, cosignée Robert Elswit (THE WILL BE BLOOD, SYRIANA..., suis pas fana moi !) et John Toll (LA LIGNE ROUGE, je préfère !) est très soignée, et pour une fois, la copie dans laquelle j'ai vu le film était particulièrement bien tirée ! Bravo ! Ca cadre de manière plutôt élégante quoique classique, et même très bien dans le premier quart d'heure, de loin la partie la plus réussie, où quelques mouvements de caméra et un montage plus alerte et expressif rendent le visionnage assez agréable. Par la suite, cette photo soignée, mais sans grande gourmandise ni fofollerie, se fait plus discrète laissant largement la place à la narration et au scénario, et donc aux acteurs ! Le montage aussi se fera globalement illustratif. Pas grand'chose de plus à dire sur la mise en scène, si ce n'est la musique (Hans Zimmer me semble-t-il, mouais...) très illustrative elle aussi et pas passionnante, mais rien d'exceptionnel là-dedans, c'est la norme.

 

 


Comme je l'ai dit, la narration est plus calme que dans les précédents opus de l'auteur. Whaille note ? Ceci dit, c'est aussi là la faiblesse, plutôt marquée, du film. Même si le pathos et le tout-acting (Pas mal ça ! Je la garde !) de la deuxième partie de 21 GRAMMES m'avait bien refroidi, au moins la première mi-temps diffusait un délicieux parfum de subjectivité et de chaos. Ici, rien de cela, et de ce point de vue, c'est vraiment un changement de fusil d'épaule. Et c'est le problème : que c'est lisible ! Peu d'aspérités, une histoire très vite donnée, peu de paradoxes mis en valeur et de choses mises en valeur tout court. LOIN DE LA TERRE BRULEE distille peu de tension et peu de suspens, et court sur un rythme de footing plutôt pépère, très en vogue en ce moment, puisqu'il concerne plus d'un film sur deux. Pas de décrochage rythmique, pas d'achoppement. La seule, maigre, trace d'hétérogénéité se trouve dans la photo bicéphale, froide et grise dans le présent, et chaude et moite dans le passé. Côté acteurs, ici chouchoutés, on note une bonne Charlize Theron, une assez fade et surtout prévisible Kim Basinger, et d'autres rôles sans beaucoup de saveur, même si il n'y a rien d'infâmant. A part la petite fille mexicaine, d'ailleurs, qui sans atteindre le patatage d'une Dakota Fanning, paraît bien peu naturelle. Par contre,  je note une surprise excellente dans les seconds rôles, grâce à Robin Tunney, peu connue (elle a quand même tourné deux fois avec Alan Rudolph apparement), mais que les habitués de PRISON BREAK reconnaîtront. Elle est d'ailleurs bien mieux ici, et comme toutes ses scènes sont avec la Theron, on assiste, mine de rien, à quelques secondes de jeu sobre et investi qui fonctionne comme des respirations curieusement plus lyriques que le jeu trèèèèèèèèès sage des autres.

 



Que reprocher au film alors ? Bah, ce n'est ni passionnant, ni vraiment émouvant. La mise en scène est bien trop homogène et sage, sans vraiment prendre de risque, pour que quelque chose fasse saillie dans cet ensemble, il faut bien le dire, monotone. Le film glisse sur nous comme l'eau tiède d'une douche. On sort, on n'a rien appris, on n'a pas été ému, on n'a rien vu qui esthétiquement puisse marquer un peu ou fasse preuve de personnalité. Le film, plus sobre, est aussi bien plus supportable que BABEL par exemple, mais on est loin, très loin encore, de se nourrir l'âme et les tripes. LOIN DE LA TERRE BRULEE est quasiment un cas d'école. Le film est soigné mais neutrasse (yeah !), et Arriaga, bien trop discret n'arrive jamais à décoller le nez de son scénario. Tout cela a gentiment le goût du carton.

 

 

Dr Devo.




Publié dans Corpus Filmi

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