THE RALLY 444, de Jean-Christophe Sanchez (France-2006) : J'ai des étoiles dans mes chaussures...

Publié le par Dr Devo

(Photogramme extrait du film THE RALLY 444)

Chers Focaliens,
 
Bah, ça fait longtemps qu'on vous rabat les oreilles, enfin surtout moi, sur le sujet dont nous allons parler aujourd'hui. C’était déjà le cas ici il y a quinze jours, article qui maintenant est quelque peu obsolète, vu que mon radioblog (ce grand rectangle vide sur la colonne de droite en-dessous de la pin-up au biniou) est cassé. [Ceci dit, reste le texte de l'article qui est particulièrement beau, sans me vanter.]
 
Alors oui, on va en remettre une couche en ce joli lundi de solidarité nationale (hommage à ceux qui vont travailler aujourd’hui pour des cacahuètes). Le cinéphile curieux explore toujours le paysage cinématographique avec avidité, et cherche en principe, tel un Jacques Fabres moderne, les films un peu cachés, ceux qui sont dans le fond du magasin et que l'épicier vous cache au fond de son entrepôt. On découvre ainsi quelquefois, au fil des pérégrinations sur des sites spécialisés, chez les éditeurs de films rares ou en épluchant avec soin le programme des cinémas les plus pointus, des petites merveilles dont on parle finalement peu dans les milieux ou dans les revues spécialisés. Et quelle joie de découvrir pour la première fois un Syberberg (un allemand fou et brillant), un José Mojica Marins (voir ici), ou alors son premier Derek Jarman, son premier Nicolas Roeg, son premier Robbe-Grillet, etc.
 
Dieu bénisse Internet ! Nous revoilà dans la même position que les dandys du XIXème qui importaient leur chemise en lin d'Angleterre à grands frais !
Ceci dit, quand on y réfléchit bien, tout cela est un peu la faute à l'Institution, cette pieuvre à géométrie variable. Car si les distributeurs, les producteurs, les critiques, les exploitants de salles, les éditeurs et les autres personnes dans le bizness faisaient correctement leur travail, on trouverait dans nos magasins et dans nos cinémas les films de Syberberg ou de Marguerite Duras, et à la cinémathèque, on aurait déjà fait depuis belle lurette une rétrospective Roeg. Premier point.
 
Deuxième point, la sortie des nouveaux films. Chez les producteurs et les distributeurs, la frilosité la plus extrême est de mise. À part Bruno Dumont, citez un réalisateur français "jeune" qui ait fait quelque chose qui sorte un peu de la norme. Il n'y en a pas. Ou alors, chose que je suis complètement prêt à admettre, on ne les voit pas, ce qui, dans les deux cas, relève de la faute professionnelle.
Milieu terrifié, où la prise de risque, l'intuition et l'intelligence marketing (très importante, car les films, il faut les vendre !) ont complètement disparu, la Distribution et la Production ont depuis longtemps baissé les bras, préférant pénétrer des secteurs du Marché qui existent déjà. Quelque chose qui m'a toujours étonné en France, c'est le nombre de petits producteurs, qui est complètement extravagant ! Le nombre de petits films minuscules qui sortent à deux ou trois copies, dont la carrière est pliée en quelques séances et en une semaine, et qui ne prennent même pas le temps de voyager en province, ces films sont très nombreux ! C'est hallucinant ! Et toujours ou quasiment, ce sont des films qui essaient de se caser dans les canons art-et-essai, tendance sociale ou intellectuelle... Les producteurs et les distributeurs sont contents, ces films font 100 entrées et terminent leur carrière, mais eux touchent des subventions pour la sortie. On appelle cela une sortie technique !
 
Résumons. Chez les gros, on ne se casse pas la binette, et on profite de la concentration du marché. Chez les petits, on essaie de percer le marché sur les canons déjà existants. Tout le monde essaie de vivre en symbiose. On marche sur des œufs, sans froisser personne, et on prie pour que l'équilibre fragile dure encore un peu. Les blockbusters, français et étrangers, assurent le bon fonctionnement de tout le système. Le cinéma en France va bien... officiellement.
 
Je crois que lors de la prochaine crise (cycle entre huit et onze ans en général), on va voir que le système est plus que fragile. Et ça va dégager sec, chez les petits, quand les grosses machines vont cesser de marcher à mort. [J'ai vu les chiffres des ventes de DVD en 2005 : ça sent le roussi, les mecs, et je parie ma chemise que ça ne va pas tarder à contaminer les films en salles !]
Les petits films, les petits distributeurs et les petits producteurs, ils vont morfler. Et franchement, même si j'adore et respecte beaucoup de petits distributeurs (E.D. par exemple, qui distribue les Guy Maddin), je ne pleurerai pas sur leurs tombes ! Jouer l'imitation et le marché ne peut conduire qu'à l'effondrement du système !
 
Bref. Comme je le dis, un film de produit, c'est dix films qui ne sont pas produits. Un film qui sort, c'est dix qui ne sortent pas. [Et je ne parle même pas du nombre effarant de films qui sont tournés, finis, et qui ne sortent pas, restent dans les limbes ad vitam aeternam…]
 
Bon, on ne va s'énerver non plus. Les gens ont ce qu'ils méritent. Le spectateur n'a qu'à faire preuve de plus de jugeote, et n'a qu'à jouer contre le système (les moyens sont nombreux : les possesseurs de cartes Pathugmont, par exemple, à chaque fois qu'ils vont au ciné, devraient réserver deux places pour les séances suivantes, afin que la facturation et les statistiques sur les films soient faux ! Quand vous allez voir REEKER, prenez une place pour DA VINCI CODE ou CAMPING et une place pour le film le plus minable ! N'allez pas voir ces films ! Pathugmont reversera alors trop d'argent aux distributeurs ! Le système mourra de sa propre avidité. Autre exemple : arrêtez de lire la presse professionnelle, et arrêtez d'acheter des DVD qui coûtent plus de huit euros...). De toute façon, je suis d'absolument très grande bonne humeur ce matin, il y a des matins comme ça, et je viens avec un message de paix (et de destruction du système).
 
Allez, on reprend à zéro. Ça fait un moment que je vous bassine avec L'Institut Drahomira, et pourtant, qui les connaît ?
L'Institut Drahomira est un collectif d'artistes "pluri-disciplinaires" (je cite), qui ont investi à peu près tous les champs de la création : musique (notamment à travers le groupe DRAHOMIRA SONG ORCHESTRA, donc), peinture, graphisme, photographie, littérature et cinéma. J'ai essayé de leur tirer un peu les vers du nez, mais impossible d'en savoir plus : combien sont-ils ? Quand le mouvement est-il né ? Pourquoi ? Autant de questions dont les réponses ne seront qu’officielles (voir sur leur site, les biographies sont drôlissimes mais sans doute à moitié fantaisistes !). J’ai rencontré un des membres de l'Institut il y a un peu moins d'une dizaine d'années lors d'un festival de cinéma... J'en suis encore tout abasourdi. Quelle drôle d'équipe ! Le collectif travaille beaucoup dans son coin, produit énormément d'œuvres, mais reste dans l'ombre. Ils sont infiltrés un peu partout. Je regardais l'autre jour une pub dans Libération pour le disque du musicien Arman Méliès (qui ne fait pas du tout partie de l'Institut !) et j'ai reconnu le style de la pochette, qui effectivement était bien réalisée par un drahomirien que je connais. Je sais que certains d'entre eux travaillent dans le cinéma, à des postes techniques en général, qu'ils bossent sur de gros films, etc. Bref, ils sont partout, ne font pas de bruit et ne sont, malheureusement (peut-être) pas très prosélytes. Par contre, en coulisse, ça bosse, et ça produit à tour de bras. Les Drahomiriens sont actifs ! Et je parierais ma chemise que certains grands noms se cachent dans la nébuleuse drahomirienne pour produire tranquillement, entourés de gens compétents et motivés. Il y a un petit côté RESIDENTS chez eux. Certains membres de l'Institut se dévoilent complètement et bien volontiers, et d’autres restent cachés ! Va comprendre, cher lecteur ! En tout cas, ils ont l'air de beaucoup s'amuser ! Et c'est vrai que 95% du temps, ils sont même hilarants.
 
Parmi les drahomiriens, il y en a un que je suis depuis le début, et dont j’ai eu la chance de voir, mais alors complètement par hasard, un court-métrage (un coup de bol, car je déteste les courts-métrages en général !). Depuis, je suis son travail régulièrement. Et si je vous parle de tout cela, c'est que j'ai reçu cette semaine son nouveau film.
 
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, en vérité je vous le dis : le plus beau film de l'année est un moyen métrage, et c'est un film français !
[Oui, oui, je sais, ça fait un choc... Allez fumer une petite cigarette dans le jardin, faites une pause... Tout va bien se passer de toute façon !]
Fin de l'introduction.
 
Je plaisante.
 
[À moitié...]
 
Le rallye 444 est une course mythique et mystérieuse qui a eu lieu il y a quelques années, bien que la date ne soit pas précisée. L'année dernière ? Il y a dix ans ? En 1987 ? C'est dur à dire. En tout cas, cette course automobile sur routes s'est vraiment déroulée, et dans des circonstances hors du commun. Plusieurs dizaines d’équipages participaient. Et des événements très étranges ont eu lieu, événements que le film va nous expliquer dans les détails, enfin, ceux qui sont connus du moins, à l'aide de documents inédits.
Le rallye fut aussi le lieu d'une sacrée enquête autour d'un fait divers. Deux sœurs savaient que le rallye 444 serait le théâtre d'un trafic. En effet, elles savaient que, lors de la course, un des équipages en lice allait en profiter pour faire passer incognito une énorme quantité de drogue. Ni une, ni deux, sans hésitation, les deux sœurs, qui ignorent complètement quelle est l'équipe qui doit faire voyager les substances illicites, décident de participer elles-mêmes au rallye afin de mener l'enquête. La course commence, et les événements étranges se succèdent. Des accidents ont lieu, certains volontaires, d'autres non. Quand l'hélicoptère chargé de surveiller la course et de veiller à la sécurité des pilotes arrive sur les lieux des accidents, en général les véhicules et leur équipage ont mystérieusement disparu sans laisser de trace. Un voyage subjectif et objectif commence à mesure que l'enquête avance. La course se révèle de plus en plus contradictoire et mystérieuse, et l'une des deux sœurs, en autopsiant le corps d'un pilote mort (?), découvre que celui-ci était complètement drogué ! Il semblerait alors que le chargement de drogue que les enquêtrices "undercover" cherchent, ait été, par erreur ou par calcul, plongé dans les plats préparés dans la cantine où les pilotes ont mangé avant de prendre le volant et de faire la course. Tous les pilotes seraient-ils donc drogués ? En tout cas, au fur et à mesure de l'avancée du rallye, la course devient de plus en plus mystérieuse et remplie d'événements improbables qui semblent détourner la compétition de son but originel... et qui font considérablement ralentir l'enquête ! À chaque étape, le mystère s'épaissit en même temps qu'on arrive à en définir les tenants et les aboutissants ! Et ce n'est pas le moins paradoxal et étonnant de ce rallye qui, de fait, n'a ressemblé à aucun autre... À mesure que l'enquête progresse, la course se révèle être un Mystère de plus en plus vaste et de plus en plus inattendu. La vérité sera dure à percer...
 
Par où commencer ? THE RALLY 444 est un drôle de film. Et ce n'est rien de le dire. Il va falloir abandonner nos repères les plus communs. Lors d'une des rares présentations publiques du premier long-métrage de Jean-Christophe Sanchez (dont, à l'époque, au vu de la beauté fulgurante, j'étais persuadé qu'il serait distribué, mais non... J'étais naïf, sans doute...), KILOMÈTRE, j'avais dit à mon entourage que voir ce film devrait être en quelque sorte une expérience similaire à celle qu'ont vécu les premiers spectateurs du ERASERHEAD de David Lynch, alors que ce film n'était pas encore devenu une œuvre culte et qu'il passait dans une salle unique à New York ! Non pas que KILOMÈTRE ressemblât à ERASERHEAD. Mais j'imagine que le choc, le dépaysement devait être aussi total.
En ce qui concerne le RALLY 444, on peut reprendre la même métaphore ! Comme disait le réalisateur Jean Rollin (dont les films n'ont aucun rapport avec celui dont nous parlons !), le plus beau compliment qu'on puisse faire à un film, c'est de dire qu'il "ne ressemble à rien". Ici, c'est le cas ! THE RALLY 444 ne ressemble à rien de connu.
 
Tourné en scope (format 2.35) et en couleurs, THE RALLY 444 opte pourtant pour une diffusion de teintes en noir et blanc absolument magnifiques, traversées ça et là par des tonalités vertes ou jaunes, et c'est d'abord par cette photographie inédite et, il faut bien le dire, assez phénoménale, que le film nous happe comme un brasier avale un fétu de paille ! Rien que par la photo, le spectateur, et surtout le spectateur focalien, est sur les fesses. C'est très beau. On ne sait pas très bien si le film est tourné entièrement en vidéo, et à quel moment il contient des image issues du support film. Les teintes sont magnifiquement contrastées, donnant au film un aspect hyper-construit, baroque mais aussi texturé, très étonnant. Premier point.
 
Du point de vue du montage, là aussi, comme disait le poète français, attention les soukouss' ! Le film est une sorte de voyage kaléidoscopique et surréaliste très étonnant. Les plans sont tout le temps protéiformes, et mélangent, semble-t-il, différentes sources. Chaque plan-source, pris individuellement, est cadré avec grande classe, mais Sanchez ne s'arrête pas là. Là où beaucoup de réalisateurs consciencieux usent de leurs trouvailles visuelles avec parcimonie, le réalisateur français, lui, préfère tout lâcher dans une mouvement de générosité et plus encore de gourmandise que pour ma part, je n'ai vu que chez un réalisateur, que je me permettrai de citer un peu plus bas. En tout cas, à l'écran, les images se mélangent sans cessent, les surimpressions et les fondus construisent un univers à géométrie variable qui tend à nous faire appréhender, avec une sensualité étonnante (au contraire du cinéma expérimental, c'est heureux !) la notion de plan qui, ici, s'ouvre sur des univers infinis. Non pas que la notion de plan disparaisse au profit de ces incessants mélanges. En effet, si le film multiplie jusqu'à plus soif les superpositions en tout genre, quelquefois chargées (avec humour), ou quelquefois austères, le plan reste évidemment une entité. Voilà pourquoi il faut d'emblée préciser que THE RALLY 444 appartient au genre CINÉMA (de fiction) et non pas à celui du CINÉMA EXPÉRIMENTAL, ghetto dont certains, effrayés par les audaces stylistiques incessantes de Sanchez, seraient sans doute trop heureux de renvoyer le film. Erreur ! THE RALLY 444 est complètement du cinéma !
 
D'ailleurs, pour mieux faire comprendre ce dernier point (non pas la disparition du plan, mais bien mieux, les nouvelles perspectives qui lui sont ouvertes ici), il faut tout de suite préciser que justement, le film n'est pas un maelström continu d'images en fondu, très loin de là. C’est même complètement le contraire. Le film ne fonctionne en fait que sur les ruptures et sur les saillies, et le découpage visuel ou narratif, au contraire, favorise un effet de chapitrage (paradoxalement complètement poreux ! hihi !), et la construction en scènes et en séquences précises. Ce que cette mise en scène particulière essaie de faire, et réussit haut la main, c'est de plonger son spectateur dans une expérience complètement sensuelle et motrice, une expérience qui privilégie l'exaltation des sens, et aussi l'exaltation du cerveau comme on le verra sans doute plus bas. Le jeu sur les textures aide là aussi énormément, la variété des supports utilisés, et les variations plastiques au sein de mêmes supports étant suffisamment riches pour brouiller les cartes et détruire les repères. Rien que du point de vue l'image et du montage, Sanchez réussit à accomplir un paradoxe quasiment inédit : faire de son film une expérience à la fois libre et bougrement structurée, faire un film tout en calcul (apparemment) mais aussi tout en intuitions, faire un film qui repousse les limites du cinéma mais qui soit également un plaisir de spectateur immédiat et simple.
 
L'autre pilier de la mise en scène, et pas des moindres, c'est bien entendu le son ! Et là, les amis, ça déménage ! La musique, qui semble omniprésente, est bien entendu signée par le DRAHOMIRA SONG ORCHESTRA (DSO disent les fans, m'a-t-on dit). Les collages bruitistes et rêches, les successions de samples surréalistes se mélangent donc paradoxalement à des bidouillages étonnamment précis de sons électroniques qui semblent, eux, très travaillés. Là aussi, voilà une perspective qui joue sur des paradoxes, mais qui se révèle d'une richesse étonnante, couronnant l'essence même du projet : car au final, comme souvent avec les œuvres de l'Institut Drahomira (et pas seulement en matière de cinéma), ce qui fait avancer le film, c'est le Grand Jeu ! THE RALLY 444, loin d'être un pensum de bricoleurs (certes doués) d'images, est d'abord une expérience ludique, ouverte et généreuse.
 
[Vous en vouliez, du paradoxe ? Vous en avez !]
 
Le son à lui tout seul est déjà une construction soufflante. Il superpose musique et voix-off étrangement mixée, le film, qui est à la fois récit de l'enquête autour de la course et conclusion des années après de cette même enquête à travers les quelques documents qui nous sont parvenus, ayant un statut temporel bizarre. [Un carton dès la deuxième scène du film, quasiment tout de suite après le générique, nous dit : "Quelques années plus tard..." ! Il fallait oser.] D'ailleurs, on s'interroge sur le caractère étrange de ce narrateur, qui est une narratrice d'ailleurs. Une des deux sœurs ? La voix du réalisateur ? Dieu ? Difficile à cerner. D’autant plus qu'elle se joue de nous, spectateurs, en nous faisant, si j'ose dire, de multiples clins d'œil (qui d'ailleurs m'ont fait exploser de rire plus d'une fois).
 
Enfin, nous sommes soufflés, non seulement par l'inventivité (certaines idées, même sur le papier, sont magnifiques), mais aussi par la réalisation concrète des incessants effets spéciaux du film. Là, je dois dire que je n'ai aucune idée (à une ou deux exceptions près) de la manière dont on peut obtenir des choses aussi belles. Je n'ai jamais vu ça ailleurs. Là aussi, oubliez tout ce que vous savez. Ces effets spéciaux, loin d’être gratuits, et toujours intégrés à des idées de mise en scène précises, résument bien l'ambiance du film : à la fois d'une magnificence à couper le souffle, et d'une drôlerie iconoclaste et baroque. Ainsi, on est à la fois ébahi par ces effets fabuleux qui ne semblent pas avoir été créés sur la planète Terre (je vous assure, vous n'avez jamais vu ça), et complètement stupéfait de voir comment Sanchez dévoile ses plans et dénonce lui-même leur utilisation. Ainsi, dans un plan, vous pouvez être subjugué par sa beauté (la photo de classe dont les visages s'animent par surimpression !), et dans le suivant, remarquer que ce plan en hélicoptère est fait avec un collage à la Terry Gilliam (et encore plus beau que son maître), que ces voitures qui passent sous un échangeur en banlieue d'une grande ville ne respectent pas la perspective ! Que c'est drôle !
 
Il y aurait tant d'autres choses à dire, tant d'autres choses à décrire : l'utilisation des textes à l'écran, les sur-cadrages, l'ouverture des fenêtres dans un plan, l'étalonnage miraculeux, le fabuleux sens du film que je vous cacherai soigneusement (la révélation vaut son pesant de cacahuètes !), et la puissance du rythme général de ce moyen-métrage. En tout cas, après l'invisible KILOMÈTRE, Jean-Christophe Sanchez persiste et signe, renouvelle complètement son univers, ne se répète jamais, et le résultat est d'une beauté et d'une drôlerie abyssales.
 
On retrouve des thèmes et des métaphores (au sens cinématographiques et non pas littéraire du terme) tout à fait drahomiriennes. Les cartes qui servent aux pilotes de la course sont peut-être cachées dans le paysage (dans le sens où le paysage indique la route à suivre), la course révèle une cosmogonie qui relie l’infiniment petit et l’infiniment grand, l’intérieur et l’extérieur (un thématique chère à Dali, le cinéaste et l’écrivain), il y a sans doute conspiration sous roche, mais conspiration qui était déjà là dès le départ (avant le départ, même) et qui révèle l’échafaudage complet du film, l'hypnotisme, les nouvelles théories scientifiques, etc. THE RALLY 444 est aussi à la fois un documentaire sur cette course, inventée de toute pièce et aussi complètement véridique et historique, et un mode d’emploi du film en train de se faire (hilarantes, délicieuses et belles explications concernant les cartes tridimensionnelles qui révèlent les à-plats en 2D, métaphore qui décrit complètement ce qu’est en train de faire le film ! Quelle classe !). Le tout se déroule avec rythme, et même avec une pulsation concrète et musicale, et se révèle au fur et à mesure une ode stupéfiante à la poésie la plus échevelée… et la plus ouverte, la plus populaire, puisque le film est son propre mode d’emploi. À l’instar de Robbe-Grillet, cinéaste et écrivain (dans les deux champs), Sanchez est un partisan de l’échafaudage imparfait, de la construction extrême mais qui s’entend comme un chant sensuel et troublant, qui se refuse à toute frime ou à tout ésotérisme (artistique, s’entend) et qui met un point d’honneur à dévoiler exactement où il se trouve, où est le défaut laissé ostentatoire volontairement, afin d’entrer dans le film. THE RALLY 444 donne tout et sans compter, et glorifie de fait l’Accident, l’inversement des rapports de compétition.
[J’ai noté que le film cherche sa pause, son flottement, son Eden à plusieurs reprises, et qu’on le ressent de manière complètement touchante, notamment à travers le thème annonciateur au piano ; ce sont notamment le passage avec le copain de la fille de la station-service (voir photo), les photos de classe qui s’animent et les plans finaux, qui sont encore plus beaux que le reste !).
 
La véritable énigme de ces films étant de savoir comment il est possible qu'aucun distributeur n'ait permis au public français de découvrir ces perles ! Scandale ? Oui, scandale ! À moins évidemment que l'on n’encense les gens qui font évoluer le cinéma que lorsqu'ils sont étrangers (frères Quay, Maddin, etc.). Honte sur nous ! En attendant, s’il m’était impossible de passer le film sous silence, je me résous, le cœur brisé, à devoir mettre cet article sous la rubrique Pellicula Invisiblae, qui parle des films inaccessibles pour le public ! Car tant qu’un professionnel de la profession ne fera pas son travail, nous serons privés des œuvres de Jean-Christophe Sanchez. [Et de combien de réalisateurs derrière lui à l’Institut Drahomira ?] Pendant que le bizness du cinéma français assassine le petit Mozart, on sort à la pelle des films art et essai qui ne sont que littérature filmée et qui ont renoncé à toute exploration cinématographique (et même en deçà à toute utilisation de la grammaire cinématographique !) ou des films de pays émergeants filmés avec les pied et dont les propos sont naïfs et stupides. Alors que chez nous, loin de toutes écoles, de tout courants, sous nos pieds, en France même, il y a des créateurs géniaux qui continuent coûte que coûte à produire des choses sublimes. Il est bien clair que si Sanchez s’appelait Smith ou Jefferies, et s’il venait nous présenter ses films en provenance des USA ou d’Angleterre, il y a belle lurette que toute la presse en parlerait, que les festivals se l’arracheraient, et ses films ne seraient pas réservés au regard des quelques personnes qui ont eu la chance, comme moi, de croiser par hasard l’animal !
 
Allez, maintenant, prenez votre souris, cliquez ici pour rejoindre le site de l’Institut Drahomira, puis cliquez sur le petit soleil rouge, puis sur la section cinéma, et regardez la bande-annonce de THE RALLY 444.
 
Et pleurez…
 
Tristement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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(Photogramme extrait du film THE RALLY 444)

 

Publié dans Pellicula Invisablae

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alexis C. 06/06/2007 10:29

Pitié cher Docteur,   comment peut on voir Rallye 444? Aidez moi! Alexis

Le Marquis 04/11/2006 15:33

Nous avons Jamie et Terry, mais où est la troisième Drôle de Dame ?

Isaac Allendo 04/11/2006 14:24

Le plus fort c'est qu'on ne s'en est même pas douté.Sinon tout le monde aura vu qu'en réalité : "toute" et "torcher".

Dr Devo 04/11/2006 14:18

J'ai enlevé les deux mesasges de Jamies pour deux raisons. Tout d'anord il vient là pour foutre la zone. j'ai laissé un commentaire sur la deuxième partie de l'abécédaire No9 du Marquis. même style, anonyme, et exactement dla même provocation à trois balles. On vérifie? Et là bingo, c'est le même gus qu'ici. Rappelons qu'on aime bien els avis contraire ici, mais quand ils sont dits entre gentlemen et avec le petit doigt en l'air. On laisse les m16 à l'entrée. Et si c'est pas trop demander, on argumente un peu, même si l'avais est subjectif (encore heureux!).Dr DevoPS: je conserve l'ip, bien sûr...

Isaac Allendo 04/11/2006 14:11

Etant donner le caractère méprisant, que dis-je haineux écumant de bave de votre monoligne (sponsorisée par "j'ai raison Ta gueule"), on se passera encore plus de votre commentaire, que dis-je de votre oeuvre tout entière, mon bon jamies.Allez vous torchez le cul, ça grattera moins.