DOUBLE D AVENGER de William Winckler (USA-2001): de la confiture au cochon.

Publié le par Le Marquis


(Photo: "La vie en Pink Pussycat" par Dr Devo)

Voilà bien un film qu’on a envie de voir dès que nos yeux se posent sur l’affiche : du Z assumé, un esprit trash-vulgos réjouissant et surtout la présence des égéries du cinéaste Russ Meyer et leur tour de poitrine surréaliste. Kitten Natividad (ULTRAVIXENS), Haji (FASTER PUSSYCAT ! KILL !! KILL !!! (cf. la superbe photo du Dr Devo, ci-dessus), SUPERVIXENS) et Raven de la Croix (MEGAVIXENS) honorent de leur présence cette petite production prometteuse signée William Winckler (qui n’a rien fait de spécial avant ni depuis). Hélas, on débande très vite.  Chastity Knott (Kitten Natividad) est patronne de bar avec un cœur gros comme ça, confortablement niché sous une paire de seins pour le moins impressionnante.
Mais un jour, c’est le drame : son médecin (Raven de la Croix) lui apprend qu’elle a un cancer du sein. Mais comme les choses ne peuvent aller si mal, le docteur lui apprend qu’un fruit poussant quelque part en Amérique du Sud pourrait peut-être lui sauver la mise. Qu’à cela ne tienne, Chastity saute dans un avion et parvient à mettre la main sur le fruit en question, le Crockzilla. Une amazone affable lui montre comment le consommer, dans une scène de fellation sur banane qui reste la plus réjouissante du métrage. A son retour, non seulement Chastity est guérie, mais elle a acquis des super-pouvoirs et une force herculéenne. Pouvoirs qui lui seront utiles pour combattre le patron malveillant d’un bar concurrent et ses trois danseuses meurtrières (dont Haji).
Alors qu’on s’attendait à un nanar réjouissant et débile comme il faut, ce sont des sentiments de tristesse et d’énervement qui finissent par l’emporter. Tristesse pour les actrices, sympathiques mais décaties, se débattant comme elles peuvent avec un film impossible. Et pour Russ Meyer, qui a cessé de tourner à la fin des années 70, beaucoup trop tôt. Bien sûr, ça fait plaisir de les revoir - mais pas là-dedans, pas comme ça.  Enervement surtout contre William Winckler. Celui-ci n’en revient pas de disposer d’un tel casting et truffe son film d’allusions au cinéma de Russ Meyer et tente d’en restituer l’insolence et l’absurdité. Pourtant, son film représente rigoureusement tout ce que Russ Meyer n’est pas.
Pour les néophytes, Russ Meyer est un réalisateur (décédé il y a peu) qui s’était fait une spécialité de films voguant entre la comédie, l’érotisme, le fantastique et le thriller, systématiquement dotés d’un casting de poitrines aux dimensions gargantuesques. Bêtement classé dans la pornographie par les tenanciers de vidéo-clubs incultes, accusé par certains de misogynie (alors que ses films sont des manifestes énergiques et renversants sur le pouvoir – et la
supériorité – de la Femme, notez le F majuscule), Russ Meyer a un talent unique pour la mise en scène et pour la narration, il a su créer un genre cinématographique totalement à part et ses films, loin de n’être que des films d’exploitation sexy (ce qu’ils sont aussi), sont surtout des œuvres extraordinairement modernes, maîtrisées et atypiques. En plus des titres évoqués plus haut (dont FASTER PUSSYCAT et SUPERVIXENS, incontournables), on peut également citer MOTOR PSYCHO ou LA VALLEE DES PLAISIRS, remake très personnel, émouvant et inquiétant, du bon LA VALLEE DES POUPEES de Mark Robson dans lequel on peut entendre cette réplique culte : « Ce soir, tu boiras le sperme noir de ma vengeance !». Bref, si vous ne deviez voir qu’un seul Russ Meyer, vous devriez les voir tous jusqu’au dernier – et vous n’avez pas d’excuses, on les trouve partout en DVD pour moins de 4 euros.
D’où un énorme malentendu dans ce DOUBLE-D AVENGER : Winckler n’a manifestement rien compris au cinéma de Russ Meyer, qu’il semble réduire à des allusions salaces, des strip-teases mécaniques et un humour à la Benny Hill. Le gouffre qui sépare n’importe quel Russ Meyer de cet étron filmique réside chez Winckler
dans la nullité abyssale du scénario (qui a le délire pour le moins poussif et téléphoné) et surtout de la mise en scène (ou absence totale de mise en scène) qui me fera saigner des yeux si je revois le film.

Je suis prêt à disposer d’abysses d’indulgence envers le tout-venant de la série Z ; j’ai vu récemment un DEATH MASK avec Linnea Quigley, tourné en vidéo dans des conditions et avec un budget manifestement comparable à celui du film de William Winckler : ce
n’était pas une merveille, loin de là, mais dans sa médiocrité, le film
essayait, proposait un esprit véritablement décalé, des astuces de mise en scène, des audaces de montage (avec une forme de bande-annonce muette de l’ensemble du métrage en guise de prégénérique). Ici, rien, le néant. L’alibi de l’hommage à Russ Meyer porté en étendard ne vaut à DOUBLE-D AVENGER, film profondément laborieux, idiot et laid, qu’un mépris radical et amplement mérité.
Alors un bon conseil : si vous êtes familiers de l’univers de Russ Meyer, gardez votre nostalgie, elle vaut mieux que de voir une Haji bouffie débiter des dialogues lamentables dans un récit mené par un sinistre exploiteur. Dans le cas contraire, gardez votre curiosité pour les véritables prestations de Kitten, Haji & Raven, procurez-vous une copie (en VOST !) de MEGAVIXENS, là on pourra parler de cinéma. Et ça vaut aussi pour vous les filles !

Le Marquis.

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Publié dans Corpus Analogia

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Pierrot 25/04/2005 04:00

Voilà un vibrant hommage à Russ Meyer amplement mérité! Bravo! Il est grand temps de passer outre le cliché du spécialiste de l'hypertrophie mammaire pour souligner effectivement la vivacité et l'inventivité des mises en scène de celui que John Waters surnommait "l'Eisenstein du nudie".
Avis aux amateurs possédant le câble : "Cherry, Harry et Raquel" est diffusé jeudi soir sur "cinéma auteur" (ce n'est pas son meilleur film mais ça se laisse voir!)