WELCOME de Philippe Lioret (France-2009): C'est dire...

Publié le par Dr Devo






[Photo: "A la Suite de l'Arrêt de Travail d'une Partie de notre Personnel..." par Dr Devo.]






Chers Focaliens,

 

Réveillé à 7H32 par un coup de fil venant de Los Angeles, c'est chic, c'est un peu dans la vase que je dus répondre à mon interlocuteur que, non, décidément, je n'étais pas prêt à vendre les droits d'adaptation au cinéma de ce site, surtout "si c'est Guy Pearce" qui joue mon rôle, ajoutais-je toujours avec courtoisie, mais plus fermement. C'est en me dirigeant derechef vers la cuisine que je butais sur un dividi au sol, sans doute laissé là par Toutou, mon labrador fidèle mais joueur concernant les choses de l'amour et du cinéma. Il avait abandonné là, nonchalamment, la précieuse galette, à savoir une édition blou-raie du film 300. Prenant cela comme un présage, je décidais de prendre des mesures anticipatoires en avalant sur le champ un cachet d'Efferalgan, et me posais, sans un rire, dans la paille d'une chaise de la cuisine pour avaler, sans rire aussi et en silence, trois crêpes froment recouvertes de beurre demi-sel, puis de cacao en poudre, opération qui devait maculer de manière provisoire mais certaine, la table de la dite cuisine, constellée alors d'émanations poulinesques comme autant de tâches de Rorschach que j'eus peine à décrypter, à moins qu'il ne fallût voir là qu'une espèce de déclaration de guerre cryptée en provenance du pays qui donna le jour au clan Van Houten. L'air n'était animé que par la légère brise émanant  imperceptiblement du speaker du poste radio et sentant encore un peu le caoutchouc de la membrane, car j'ai le nez creux et fin, et sans la voix lointaine d'un Michel Drucker revenant sur le parcours hors-norme de Louis Blériot, je serais sans doute encore, à l'heure qu'il est, attablé de la même sorte dans la pièce que jadis je considérais bénie, mes journées d'enfant commençant invariablement là, dans la poudreuse de ces collines de blé noir et dans la promesse d'une journée encore plus belle...

 

 


Vincent Lindon est en fait un prof de natation, ce qui expliquerait bien des choses quand on y repense, et dans le Pas-De-Calais en plus, pour ne rien arranger. Il rencontre, près du grand bassin, un jeune Kurde qui lui demande de lui apprendre à nager. Ce dernier aimerait en fait rejoindre l'Angleterre pour manger des chips au vinaigre et hurler des refrains des Smiths, le samedi soir, au pub, dans les oreilles de touristes français. Lindon, fraîchement divorcé de Madame qui, elle, est justement bénévole auprès des sans-papier Q, comme on dit à Groland, va aider le jeune homme et même l'héberger ce qui lui vaudra de sacrées remontrances de la police, alertée par son voisin homophobe et vichyste. Que faire ? Laisser le jeune homme se noyer dans la Manche où il a peu de chance de survivre aux non-compressibles cinq heures de nage, ou le laisser pourrir avec ses rêves ? Devant la belle obstination de la maréchaussée à lui pourrir l'existence, Vincent décide d'en afficher une (d'obstination, suivez un peu), non moins convaincue et dit à voix basse une fois que le commissaire a tourné le dos, comme à lui-même "toi le keuf, je te nique" et faisant un geste ostensible de l'index dans la poche de son K-Way. Mais un malheur n'arrive jamais seul...

 

 

Philippe L., qui n'a pas 13 ans, ne se drogue pas et n'est pas prostitué, nous propose là son nouvel opus après JE VAIS NE T'EN FAIS PAS, son poussif téléfilm, avec beaucoup de Kad Mérad dedans, ainsi que du rock indé de Kriss qui sent bon la marde, comme dirait mon ami (que je ne connais absolument pas, du reste) rédacteur du site JOUR DE VIDANGE dont je ne saurais que vous conseiller, plutôt que de lire mes âneries, de découvrir les merveilleux articles (aujourd'hui, une critique de HIROSHIMA MON AMOUR 2 et un article sur Nietzche et le savon). De JE VAIS BIEN..., votre serviteur n'avait rien retenu, si ce n'est ce sentiment d'ennui et de guimauve, et aussi de photo de téléfilm France 3.

 



Ici,  changement de cap, c'est merveilleux. On poucera deux fois le réalisateur en faisant des grands LOLs, tant son film respire l'amélioration sur les plans cinématographique et humain. Comment rester humain dans un pays qui a oublié de se laver les dents le matin, mais où on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ? Tel est l'enjeu de WELCOME, film profondément lemoniste puisque qu'il nous rappelle que l'onanisme c'est mal, hors des liens sacrés du mariage ou alors, à la rigueur dans le vestiaire du sporting-club de Manchester, après une bonne matinée à courir en liberté dans les champs du Seigneur.




Côté mise en scène, c'est aussi beaucoup mieux, notamment par la photo, moins bleue, moins France Bleu même, dirais-je, beaucoup plus précise qu'une retransmission de LCI du Tour d'Italie. Le son aussi, c'est mieux. Lioret exploite à fond sa mère en ce qui concerne l'utilisation du Dolby Surround Digital 5.1, et franchement je sens la différence avec Michel Drucker de quand je l'écoute sur mon autoradio. Le format Scope, superbement utilisé dans une farandole de gros plans ("Euh oui, en même temps, un moment il fait un plan d'ensemble, c'est faux ce que tu dis...", m'a-t-on dit récemment à propos de ENTRE LES MURS à propos duquel je faisais la même remarque, "Tu peux pas dire qu'il fait que des gros plans, dans la scène du conseil de classe, il fait un plan moyen, c'est faux ce que tu dis..."), donne un souffle giscardien à cette épopée de l'amour et des droits de Lomme (kassdédi au 5-9). Les scènes se succèdent avec une rigueur étonnante, allant de la simple introduction à l'enchaînement bien plus complexe de séquences plongeant le spectateur dans l'effroi sans nom, presque lovecraftienne, d'une situation vue à la télé qui ne l'est pas moins. Bien que les rivets de mon jean rentrèrent fréquemment dans la face externe de mon os pelvien durant la séance, je dus admettre une certaine surprise quant à l'incroyable force du dispositif consistant le plus souvent à enregistrer de l'image et du son sur support argentique, chose dont on ne saisit pas la grande complexité lorsqu'on paye les huit euros de son ticket. D'un point de vue musical, aussi, il y en a. Les dialogues s'entendent, c'est merveilleux, à l'image de la bande-annonce, plus que fidèle, conforme dirais-je, qui redonne espoir dans les objets de conception européenne, créés par des artisans qualifiés professionnels.

 




WELCOME a été voulu et construit comme une fenêtre ouverte sur soi et le monde, et replace la pertinence du cinéma du réel (ce qui n'empêche pas le lyrisme, comme dans cette scène où le jeune kurde, en pleine traversée du Channel, pète dans sa combinaison de plongée et dans la Manche, ce que mon voisin commentera d'un "vachement souple !") dans un contexte d'actualité des plus contemporains. Ni prêchi-prêcha, ni autoritaire, le film retrace avec un style fordien les luttes nécessaires de notre humanité d'individus ressentant, bien loin des films-jetables (et souvent rasoirs ! hihihi !) qui envahissent trop souvent nos multiplexes. WELCOME rappelle que le cinéma est là pour changer le monde et le faire évoluer au prix d'idées plus juste et gorgées de pertinence, comme en plein Gers. Changer le monde et le faire évoluer, voilà bien aussi ce que pense faire cette humble critique.

 

Kiss. Bsx. Ptdr.

 

Woké Michel. Pour ça, on accueille Petite-Critique. Bonsoir. Bonsoir Gérard. Ta fréquence ? Ta Fréqueeeeeence, merde ! Bon, c'est bon, celui-là, il retourne au standard.

 

 

Dr Devo.





Publié dans Corpus Filmi

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Dr Devo 26/03/2009 09:20

Ca y est, c'est bon, j'ai rajouté une jolie photo!Dr Devo.

sigismund 24/03/2009 19:50

paix à votre dame Dr Devo, il ne sera pas dit que vous preniez du Banania.

Max 24/03/2009 19:01

Très cher docteur, merci infiniment d'être là dans l'espace restreint, sombre, morne et désespérant du monde cinéphile. Que ferions-nous sans notre guide ?Sublime article.