ISOLATION, de Billy O'Brien (Irlande-GB, 2006) : La Vie, la Mort, les Vaches...

Publié le par Dr Devo

(Photo : "La Digestion Anaïs" par Dr Devo)

Chers Focaliens,
 
Tiens, c'est intéressant en fait de revenir en salles, car curieusement, me disais-je, voilà que les derniers films que j'y ai vus tracent une jolie perspective, toute subjective, mais dont les pistes de réflexion sont drôlement intéressantes malgré l'aspect complètement disparate de l'ensemble.
 
Nous avons vu que REEKER, film d’horreur ricain dont je vous parlais il y a quelques jours, empruntait des voies complètement balisées et même usées jusqu'à la corde, ne faisait apparemment rien pour s'en démarquer, mais finissait par devenir une espèce de grand n'importe quoi, assez calculé. Au fil des bizarreries de mise en scène, des impasses de scénario et du rythme hallucinant (on a l'impression que le film va durer 4 heures ou 4 jours, un no man's land temporel), on finit par se rendre compte que le film n'est vraiment pas comme les autres, et que l’on se trouve devant un projet atypique, faisandé certes (il faudra que je revienne sur la notion de cinéma faisandé très bientôt), mais tout à fait original, et dans un certain sens, personnel.
On a aussi parlé du CAÏMAN de Nanni Moretti. Un petit débat a démarré dans les commentaires de l'article, et ce fut tout à fait intéressant. Pour résumer, voilà un film que certains d'entre vous ont trouvé éminemment politique et posant la question de la représentation (ici Berlusconi). Pour ma part, je pense que cette représentation multiple n'est due qu'à un tout simple développement de scénario, et que le film ne propose aucune autre forme de mise en perspective. De plus, il me semble que le film n'est absolument pas mis en scène, puisque qu'on n’y trouve ni montage, ni jeu sur le son, ni idées de cadres ou d'axes. Un vulgaire téléfilm, en quelque sorte (et moins bien agencé qu'un épisode de PJ !). Intentions, continuité dialoguée, déclaration du réalisateur pendant les interviews... Cet article et le débat qui a suivi ont posé deux questions. Les (meilleures) intentions suffisent-elles ? Et juste en dessous, une réflexion sous-cutanée mais bougrement plus grave : le cinéma est-il un art ? [Variante : attend-on du cinéma qu'il soit un art ? C'est déjà mieux formulé. Ou est-ce un vecteur "d'histoire",et donc un support à d'autres formes d'expression ? La question parait naïve, et pour moi elle est réglée en cinq sets, mais allez voir les commentaires, et vous verrez qu'elle est loin de faire l'unanimité. Cela me rappelle d'ailleurs les débats que nous avions eu dans certains commentaires d'articles sur le réel au cinéma, où se posait également la question de ce qui faisait de ce moyen d'expression un art... Nous avons alors débattu de la douloureuse question des frères Lumière. Et là, nous n'étions que trois à considérer que ce n'était pas du tout du cinéma...]
 
Sans le faire exprès, je vais donc voir ISOLATION, parce que c'est un film d'horreur et que ça ne se refuse pas, et aussi parce que le film est bien accueilli par ceux qui l'ont vu. Alors pourquoi pas, se dit-il, craignant de devoir aller faire son devoir et d'aller voir VOLVER ! [La peur n'évite pas le danger, Docteur...]
 
L'Irlande, de nos jours. [Ou peut-être l'Angleterre...] Nous sommes dans la plus isolée des campagnes du Royaume-Uni, en tout cas. Nous ne sommes même pas à Ploucville, comme on dit souvent ici, mais dans un coin encore plus perdu. Dans une petite exploitation agricole. Il fait mauvais, il y a de la boue, il fait froid, il pleut tout le temps et ça ne paie pas de mine. C'est pourtant là que vit Marcel Iures, agriculteur. Son truc, c'est les vaches. Mais ce n'est plus ce que c'était. Il a hérité de l'exploitation familiale, mais la ferme semble en fin de vie. Il n'a qu'un petit troupeau, les bâtiments sont assez délabrés et sont bricolés au coup par coup. Il vit seul, dans le froid et la boue, essayant coûte que coûte de faire tenir son affaire bien piteuse. C'est un homme passionné sans doute, professionnel assurément, mais au bout du rouleau, fatigué, usé, dans cette exploitation qui semble en fin de parcours. Les factures s'accumulent. Il a donc accepté de s'occuper d'une vache que John Lynch lui a confiée. Lynch est docteur et biologiste. Et il fait des expériences sur cette vache dont il étudie le génome. Par cette seule vache, Marcel Iures peut faire tourner l'exploitation. C'est Lynch qui paie l'expérience (enfin, devrait payer, car il tarde un peu, et ça tombe mal car du coup, British Telecom a coupé le téléphone !).
La vache-test attend un petit, et Marcel appelle Essie Davis, la vétérinaire. En auscultant la vache (amis de la proctologie, bonsoir), celle-ci se faire bizarrement mordre par quelque chose dans les entrailles de l'animal. Mais à part cela, tout est normal, si j'ose dire. Dans la nuit, la vache commence à mettre bas. Marcel s'aperçoit que le veau a du mal à sortir, et doit aller chercher de l'aide auprès d'un couple de jeunes (apeurés) qui ont installé leur caravane à l'entrée de la ferme. Le téléphone étant coupé, il ne peut en effet appeler la vétérinaire Essie. Après un accouchement épique, le veau naît, mais a tout de suite des difficultés à respirer. Quelque chose lui bloque la trachée. Marcel lui ouvre la gueule, y plonge ses doigts et se fait mordre avec violence par "quelque chose" dans la gueule de l'animal. Essie finit par arriver et constate que le veau ne va pas bien. Les événements étranges commencent à se succéder...
 
Le cinéma fantastique est en général un cinéma d'exploitation, et donc plutôt commercial, avec de superbes exceptions. Comme pour le thriller ou le film policier, les sujets reviennent souvent, les situations similaires d'un film à l'autre sont légions, etc. Ce n'est absolument pas grave, mais c'est un fait. Le Marquis et moi-même aurions sûrement un petit pincement au cœur en se disant que dans les années 70 et 80, on tombait sur bien plus de films fantastiques originaux qui s'éloignaient un peu des sentiers battus. Ça arrive encore, dieu merci, mais peut-être moins. Et puis là-dessus arrive une nouvelle génération de réalisateurs qui bien souvent ont des préoccupations autres. Les temps changent. La preuve ici avec SAW par exemple... Billy O'Brien, dont c'est le premier long-métrage, fait partie de la jeune génération, on le suppose, mais lui, bizarrement, s'est un peu éloigné des standards.
 
ISOLATION n'est pas un film aimable, ni fun. En quelques scènes, le réalisateur installe un sacré climat dépressif : déprime, misère sociale (dont on ne voit ici que les aboutissants, et donc sans prêchi-prêcha), pauvreté, dépression, de la bouse au tractopelle et de l'eau partout. On ne rigole pas beaucoup, et même pas du tout. Aucun humour et aucun second degré finalement ne viendront perturber le film. Et bien sûr, il y a le contexte, c'est-à-dire la ferme. Drôle d'endroit pour une rencontre avec les mutants ! On a déjà vu des films d'horreur à la campagne, dans les environs de Ploucville ( de VENDREDI 13 à CABIN FEVER, ou tout simplement MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE), mais rarement comme ici : c'est-à-dire sur le versant réaliste et rêche de la chose. L'exotisme n'existe pas dans ISOLATION.
 
Le film est rêche donc, et gratte comme un pull en laine à même la peau. La mise en scène suit. C'est la deuxième bonne surprise. Le film impose, après un générique plutôt sympathique (j'ai déjà vu ça quelque part, mais je ne me souviens plus où… Des petits plans de la vie quotidienne à la ferme qui se figent en rouge et noir), une photographie plutôt soignée et qui marche un peu sur les traces de Benoît Debie (qui signe la photographie chez Gaspar Noé, et dont on a pu admirer le travail dans le fabuleux INNOCENCE), mais avec une nuance affirmée dans les tons noirs (et un peu de vert sombre) plutôt que dans l'ocre de CALVAIRE (que Debie avait également photographié). Le responsable s'appelle Robbie Ryan.
 
Effort également du côté des cadrages, que le réalisateur veut originaux, et qui contribuent aussi à l'ambiance dépressive. Avec quelques bizarreries d'ailleurs, comme ces petits plans en contre-plongée légère. Et quelques gourmandises comme l'accouchement avec l'espèce de treuil (la caméra est fixée sur le treuil tandis que la vache se débat, plan bizarrement repris plus tard dans une simple ouverture de grille à l'entrée de la ferme, mais de manière beaucoup plus maladroite). Le montage est assez soigné, sans découverte sublime, mais imposant un rythme appréciable à l'ensemble et jouant un peu sur les ellipses temporelles ou spatiales (ce qui nous vaut des séquences assez anxiogènes, car le montage isole souvent les personnages quand ils vont se balader dans la ferme). Le décor joue sa carte glauque également, la ferme étant décrite comme carrément décrépie, avec de grands bâtiments claustrophobiques aux contre-jours peu accueillants. O'Brien insiste aussi sur les conditions climatiques (le froid, l'humidité, la buée qui sort de la bouche des hommes et des animaux).
 
Les acteurs font le reste. Ça joue à l'anglaise, c'est-à-dire sans s'étendre, mais avec force, dirons-nous. Ce qui n'empêche pas des personnages plus marqués, plus hauts en couleur, comme le docteur généticien au jeu plus franco de porc, ou le jeune couple qui est un peu plus marqué par le scénario lui-même, et aussi par le choix de monsieur, l'acteur Sean Harris (qu'on avait déjà vu dans le rôle de Ian Curtis dans 24 HOUR PARTY PEOPLE, et également dans CREEP). Un choix sans doute un peu évident, mais au final, pourquoi pas ? [Avoir choisi des physique moins typés pour la vétérinaire et notre héros fermier me semblait un choix meilleur. J'ai plus de mal par contre avec la fille dans le couple...]
 
Une mise en scène soignée, une ambiance rêche de chez rêche, des acteurs qui font le boulot. Bien ! Une ambiance glaçante s'installe, et on entre assez facilement dans le film. Tout cela est assez froid. L'accouchement de la vache est assez terrible. On est quand même bien emporté par le film, et on se demande vraiment ce que le réalisateur va pouvoir en faire, ce qui est bon signe.
Le traitement ne s'arrête pas là. L'univers anglo-saxon et déprimant n'est pas la nuance principale. D'un autre côté, une fois l'intrigue lancée et alors qu'on sait de quoi il va en retourner, on distingue deux nuances. D'une part, si le film aborde certains sujets intéressants et aux conséquences plus "grandioses" ou plus imposantes (mutation, contamination...), on devine assez vite que O'Brien ne va pas forcément élargir son film, et compte bien laisser ses thématiques aux portes de la ferme, au propre comme au figuré. C'est noté. Même si le film ne nous embête pas avec un ken-loachisme de seconde zone concernant la misère de la campagne anglo-saxonne, il place, comme je l'ai dit, une thématique proche, mais qui n'apparaît que dans ses conséquences, et sans analyse, ce qui est toujours rassurant. Bien. [Je note d'ailleurs, même si le réalisateur semble s'en défendre, que ces "aspects sociaux" ne sont là que pour faire avancer le récit d'horreur, ce qui est quand même beaucoup plus agréable et m'offre une transition toute trouvée pour...] Deuxième nuance : le film est ouvertement un film fantastique, de la "branche dure" si j’ose dire. Certes, le sujet fait penser à un remake de THE THING [ce qui a fait dire à mes confrères qu'on avait là une sorte de Carpenter avec O'Brien... Où vont-ils chercher tout ça ? Ça sent le dossier de presse ou la réflexion "personnelle" (entre guillemets, car tout le monde l'a noté !) à deux balles. On est, je pense, très loin de Carpenter. Ne serait-ce que sur le plan de la narration et sur l'utilisation des points de vue, beaucoup plus problématique et riche chez notre ami américain. Sans parler de mise en scène stricto sensu... Ah, ils aiment bien parler des thématiques, les confrères !] Si la comparaison avec le film peut être thématique, je rapprocherais plutôt ISOLATION d'un fantastique franc du collier, soigné, mais qui mise plus sur la mise en scène que sur les scènes choc. Et c'est là, en quelque sorte, la vraie couleur du film : on est entre un certain "réalisme", très fabriqué en réalité, mais présenté sur un ton sec et pas aimable, et de l'autre côté sur une thématique et des enjeux humains assez proches d'un certain fantastique classique, notamment des classiques des années 50. Cette dernière nuance étant plus scénaristique qu'un lien de parenté avec la mise en scène de ces films. Drôle de cocktail donc. Et plutôt efficace. Malheureusement, les amis, je vais encore ronchonner ! Mais cette fois-ci d'assez bon cœur.
 
On entre, je l'ai dit, assez facilement dans le film et dans son ambiance glauquasse. Le jeu d'acteurs, en plus du soin général indéniable, font le boulot très facilement. Mais en quelque sorte, le film, qui est quand même basé sur un drôle de mélange, provoque peut-être une attente bizarre. Le plus dur semble être fait, non sans compétence. O' Brien arrive à mettre le doigt sur des sentiments simples, mais qui marchent, notamment parce qu'il y va franco de porc dans le fantastique qu'il distille au goutte à goutte dans un univers si particulier (c'est quand même une histoire de vache mutante !).
On est sur un terrain original... Et peut-être s'attend-on à plus. Car le film reste rêche, brut de décoffrage, même quand l'histoire finit par se développer ou dans le final. Et c'est là que je suis déçu ! D'abord, mais c'est un choix évident du réalisateur, c'est son film et on ne saurait donc le lui reprocher, il n'y aura aucun mystère dans les deux derniers tiers du film. Le jardin du réalisateur est volontairement petit, et il s'y tient. Je ne savais pas à quoi m’attendre, mais je pensais quand même qu'il pousserait le bouchon un peu plus loin, surtout après avoir posé des bases aussi singulières. Mais non. Aussi bien sur le plan du scénario que sur le plan de la mise en scène, il n’y aura pas le décollage attendu, et on restera, en ce qui me concerne, dans une ambiance, sans jamais trouver un souffle plus concret. Au fur et à mesure que le film avance, on assiste à des répétitions de plans, dont on devine de plus en plus qu'ils fonctionnent presque au plan par plan et non pas par séquence (les séquences semblent plus provoquées par le scénario). Un certain systématisme se développe et peut-être le film perd-il au fur et à mesure son sentiment d'épure (entre guillemets) au profit de celui de redondance. De ce fait, les petits points plus "dramatisés" du scénario (le passé avec la vétérinaire, le maléfique savant), au lieu de s'appuyer sur une bonne base fantastique (des personnage très caractérisés comme dans une bonne vieille série B, que ce film devrait être justement), deviennent plus artificiels. On a donc l'impression de certains éléments plus mélodramatiques qui, là où ils cohabitaient dans une symbiose bizarre et agréable avec le reste, très rêche, deviennent de plus en plus maladroits et caricaturaux. Je force un peu le trait, mais mon sentiment est de cet ordre. En fait, la route "ferme glauque et sèche comme un coup de trique" semble bizarrement s'éloigner de celle d’une "série B fantastique". Et dans cette dernière nuance, le film est carrément plus maladroit. Tout d'abord, il faut bien admettre que le final est bougrement classique, surtout dans sa mise en scène, alors plus brouillonne. Le climax de la scène finale semble là, et malgré le contexte une fois de plus très rebattu, on tombe malheureusement dans l'exploitation la plus banale. Finalement, dans sa scène finale, O'Brien n'avait pas grand chose à dire, et surtout pas grand chose à faire ; on le sent assez largement embarrassé. [Point que la conclusion, très maladroite par contre, et inutile car on avait rempli nous-même l'ellipse, vient largement aggraver.]
Pour caricaturer, on pourrait dire en quelque sorte : tout ça pour un climax si attendu, où la mise en scène a bien du mal à prendre le relais. [Ces défauts étaient déjà un peu présents avant, dans les scènes plus vives où les plans "à bougeotte", syndrome très répandu dans le jeune cinéma, étaient très présents. On avait senti aussi une propension du réalisateur à filmer avec encore une fois beaucoup de plans rapprochés certaines scènes de dialogues.]
 
En fait, il y a plus que ces petites maladresses. Ce que je pourrais un peu reprocher au film, ce sont les défauts de ses qualités, mais il n'empêche. Quand le récit s'élargit, on s'aperçoit que le film, s'il est rêche – et tant mieux, est quand même très figé, assez monolithique. On suit le plan à la lettre. On respecte les calculs. Et c'est emballé. Jamais le film ne pose de contradictions ni d'ambiguïté de développement (s'il y en a, elles concernent les personnages, et encore...), et finalement, la mise en scène finit par suivre la narration et par rester sur le plancher des vaches (sans jeu de mot, bien sûr !). Aucune faille abstraite, alors que le film en semblait tout à fait capable, aucune envolée particulière, juste un enchaînement de scènes. Le film donne en fait quelque chose de bien surprenant : là où on attendait une grande liberté et une originalité certaine, on le sent plutôt verrouillé de l'intérieur. Tout cela est écrit et conçu, mais à aucun moment, une fois l'histoire enclenchée, on ne sent le film respirer, alors que c'était quand même bien là ce que la première partie avait de très séduisant. On suit les rails, et au final on se retrouve avec un film certes assez original, plutôt soigné, mais cela suffit-il ?
LE CAÏMAN ne faisait preuve d'aucun effort de mise en scène. REEKER avait un sujet ultra-balisé et qui accordait audaces et maladresses, mais révélait une personnalité certaine. Ici, c'est le contraire. ISOLATION est largement plus léchouillé et maîtrisé, mais jamais justement en dehors du contexte et de la brioche de départ, on ne sent vraiment une personnalité émerger. On ira cependant jeter un œil sur le deuxième film. Mais avouons que c'est un peu dommage. Dans le genre brut de décoffrage, on est bien loin des audaces du film de Bob Clark, LE MORT-VIVANT, par exemple.
 
Bizarrement Vôtre,
 
Dr Devo.
 

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Publié dans Corpus Filmi

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Norman bates 19/01/2007 23:26

Je viens de voir le film, et c'est marrant mais je n'ai pas pensé une seule seconde à Carpenter : pour moi c'est plutot Alien qui prédomine dans le thème comme dans le suspense et l'absence de second degrés. Ceci dit, j'ai quand même suspecté quelques traces fugaces d'humour, notamment dans la scène assez hallucinante de l'accouchement ou le réalisateur n'hésite pas à placer la caméra dans le postérieur de l'animal ! A part çà, je suis d'accord avec vous : le tout reste inégal et peu homogène dans l'ensemble, mais bon dieu, ca vaut bien une dizaine de Ken Loach !

Le Marquis 11/06/2006 20:52

Je partage assez ce point de vue (sur le fantastique actuel, car je n'ai vu ni REEKER ni ISOLATION), à ceci près que je pense que SCREAM est la mauvaise cible, et n'est pas vraiment représentatif du peu de sérieux du fantastique dans les années 90 - le film de Wes Craven arrive d'ailleurs à la fin des années 90, et me semble mettre un terme à cette approche systématiquement distanciée et semi-parodique. Ce n'est pas une merveille, et c'est loin d'être le meilleur film de son réalisateur, mais je trouve un peu dommage qu'on lui fasse souvent porter toute la disgrâce de la période de manque d'inspiration qui l'a précédé. Le film me semble être beaucoup plus qu'une mise en boîte du genre slasher, et l'utilisation de l'humour me semble opérer sur un tout autre registre.
A part ça, c'est vrai que ça fait assez plaisir de voir la relative bonne santé du fantastique après cette période de vaches maigres (image appropriée pour cette "cow week" frénétique).

Guillaume Massart 11/06/2006 14:51

Ah mais Reeker est mon ami !

Je me suis d'ailleurs empressé de faire un Trackback (mon dieu) vers chez vous, avant-hier sur le forum de FDC, pour défendre le pauvret, malmené : http://forum.plan-sequence.com/viewtopic.php?t=3355

Ceci dit, je comprends l'argument : Isolation est plus balisé, moins étonnant -- sans doute moins libre. Mais peut-être, bizarrement, moins théorique, plus humain que Reeker.

Ce que j'en dis sur FDC : (décidément, on va me prendre pour un homme-sandwich)

Si l'on peut déplorer la remakite aigüe du cinéma de genre américain, force est de reconnaître la grande vitalité de ses récentes séries B. Hostel en mars, Horribilis en avril, Reeker aujourd'hui… La diversité des approches est aussi à noter: cauchemar tortionnaire, hommage rigolard au gore 80's ou slasher, la palette est large et réjouissante. Reeker, donc, a priori slasher ado débile, en fait survival plus que futé. L'introduction met sur la voie : pas de ludisme gentil, façon Destination finale. En vue: l'horreur pure, la mort en face. Sa puanteur, sa crudité, ses chairs meurtries, déchiquetées. La suite est à l'avenant et met les corps à l'épreuve, les ramenant à la terre, à leur pesanteur, leurs défauts, leur trivialité. La mort surgit par là où les corps pêchent: vessie défaillante, cécité, problème cardiaque… Un corps précipité dans une fenêtre s'y écrase tel un moucheron, un mourant nouvellement manchot s'inquiète de ne plus pouvoir se donner la petite mort, un aveugle retrouve partiellement la vue suite à une perforation de la nuque… Renvoyée à sa fonction de boogeyman fétide, la mort se relève d'une décennie, les 90's, s'étant appliquée, dans le sillage de Scream, à la ridiculiser. Reeker, bien qu'inégal dans son écriture (mise en place longuette et personnages peu subtils, rattrapés par une belle idée de résolution), sur ce plan au moins, tue.


Gratouillettes sous le menton à vot'dame.

Dr Devo 11/06/2006 14:37

Baaah... Ca va te paraitre tout pourri cher Guillaume, mais frankly my dear, j'ai vraiment adoré REEKER le mal-foutu dont les issues me paraissent nettement plus originales que ISOLATION dont le principe est original mais qui 'en fait pas totalement quelque chose de revolutionnaire.
C'est marrant, je trouve REEKER plus libre et plus beau. C'est un gros enorme fabuleux paradoxe, bien sûr.
Dr Devo.

Guillaume Massart 11/06/2006 14:30

Personnellement, bon karma.

Très chouette réussite à partir d'un matériau casse-gueule et potentiellement ridicule... Et au final de bons gros morceaux de flippe, une excellente gestion des décors et des moyens (le design des bestioles est excellent et les effets spéciaux, apparemment des animatroniques, vraiment réussis, très organiques), une histoire plutôt bien foutue, un vrai rythme, une vraie ambiance, un chouette travail sur le son...

Non, vraiment, un excellent coup d'essai qui appelle une suite et révèle un imaginaire fécond et un sens du récit très sûr. Effectivement, l'aspect Alien (pour faire simple) est plus réussi que l'aspect The Thing (thématique: qui est infecté?), mais la digestion des influences se passe bien et le film impose au final son univers propre.

J'adhère à bloc.
Seul vrai reproche, une propension au gros plan instable, compréhensible pour des raisons de budget et d'efficacité, gêne un peu, par moments, la visibilité. On aimerait parfois prendre un peu de recul sur l'action et lire plus posément ce qui se trame. Mais ça reste très bon.

L'autre bonne surprise, ce sont les persos. Autant Reeker pêchait parfois par sa galerie de stéréotypes simplets, autant Isolation joue la carte de l'originalité, en sortant de la sempiternelle faune adolescente du film d'horreur. Ce qui permet la comparaison avec Alien ou The Thing tient également dans l'âge et la situation sociale des personnages, tous marginaux, en situation d'insécurité sociale (tous ont des problèmes de frics et des choses plus ou moins légales à cacher).

Ils n'en sont que plus humains et attachants. D'où, sans doute, la force moindre du perso "savant fou", trop codifié genre et pas assez humain...

Voilou, sinon, 5 personnes ont quitté la salle pendant le film. Je sais pas s'ils trouvaient le film ridicule ou trop éprouvant...


Bien des choses à vot'dame.