ET VOUS TROUVEZ CA DRÔLE? : Devant la recrudescence des humoristes réalisateurs...

Publié le par Tournevis

(photo: "Anger with Love" par Dr Devo)



Alain Chabat, Chantal Lauby, Dominique Farrugia, Pascal Legitimus, Didier Bourdon, Bernard Campan, Patrick Sébastien, Jean-Marie Bigard, Smaïn, Laurent Baffie, Michel Muller, Benoît Delepine, Gustave Kervern, Antoine De Caunes, Maurice Bathelemy, Pierre-François Martin-Laval, Les Quiches, Valérie Lemercier, François Desagnat, Charlotte De Turckheim, Isabelle Nanty, Isabelle Mergault, Albert Dupontel, Edouard Baer, Shirley et Dino, Dany Boon. J’en oublie sûrement…

Connaissez vous le point commun entre ces "humoristes" ? Réponse : ils ont tous réalisé au moins un long-métrage de cinéma. Comment ? Plaît-il ? Je répète : ILS ONT TOUS RÉALISÉ AU MOINS UN LONG-MÉTRAGE DE CINÉMA ! Oui, on a confié à ces zozos notoires un budget confortable (le budget moyen d’un film français est de 5 millions d'euros environ), une équipe technique de haut vol (conseiller technique inclus), une caméra 35mn avec série d’objectifs Zeiss, des décors en studios, une post-production onéreuse et certainement même de jolis effets spéciaux numériques comme Peter Jackson ! Certains d’entre eux ont sûrement porté autour du cou un chercheur de champ pour se la péter grave devant un photographe du magazine Première. Rendez-vous compte ? Dans quel monde vivons-nous, ma pauvre dame !
Bref, vous voyez très bien où je veux en venir : au constat lamentable qu'aujourd'hui pour faire du cinéma, il faut "être dans la télé", ou mieux "être dans la télé et faire rire". Depuis une dizaine d’années, pour devenir metteur en scène, plus besoin de s’inscrire à une école de cinéma, d’être assistant réalisateur durant des années, de devenir critique avisé, d’enquiller les courts-métrages primés ou, plus simplement, d’être cinéphile et d’aimer viscéralement le 7ème Art comme on l’entend sur Matière Focale par exemple. Non, rien de tout cela. La solution ? Postulez à M6, fréquentez Arthur, sortez avec une miss météo de Canal+ ou écrivez votre one man show. Vous l’aurez compris tout cela, comme dit un de mes meilleurs amis, "pue sérieusement du cul". Je sais, j’ai des amis grossiers…

Deux raisons principales à cette prolifération de comiques troupiers sur les plateaux de tournage. Tout d'abord le système pitoyable de production du cinéma de notre beau pays aux 1.000 fromages. En France, la télévision produit le cinéma. C'est comme ça. Absurde. La finalité d'un film pour les chaînes hertziennes (ou du satellite) étant de remplir leur catalogue et leurs cases de diffusion (de préférence à 20h50 et pour un publique familial). Pour résumer les choses, le cinéma français est produit par les télévisions pour les téléspectateurs et, in fine, pour réaliser le meilleur audimat possible afin d’élever le tarif de la minute de pub avant, pendant et après le film. Hier, Claude Berri produisait Polanski, aujourd'hui il produit Dany Boon et Les Inconnus. Les temps changent. La façon de produire un film change. Le problème fondamental est qu'aujourd'hui les producteurs français ne produisent plus ce qu'ils veulent produire, mais plutôt ce qu'ils peuvent produire... ou ce que les chaînes de télé leur laissent produire. Quelques années avant sa mort, Maurice Pialat préconisait de dynamiter le CNC (Centre National de la Cinématographie, responsable des attributions de l’avance sur recettes, du compte de soutien aux sociétés de productions, des autorisations de tournage, etc.) pour redonner des couleurs à notre cinéma national. Si ce vieux râleur était encore en vie aujourd’hui, il demanderait probablement à ses troupes de kidnapper les décideurs des chaînes de télé, ces jeunes trouducs de quarante berges à peine, sapés comme des princes et très satisfaits d'eux-mêmes de raconter à leur délicieuse femme le soir venu quand ils rentrent chez eux qu'ils ont déjeuné avec Franck Dubosc et que son scénario est super poilant et regorge de répliques déjà cultissimes.
Deuxième raison. La promo est déjà faite. Ces amuseurs publics jouissent en effet d’une popularité extraordinaire auprès des téléspectateurs. Le calcul des producteurs et des télévisions devient alors très simple. Simple, mais totalement stupide. Dialogue. Le Producteur : "Et si j’envoyais les acteurs du film que j’ai produit faire la promo dans toutes les émissions populaires de la télé ?". La Télévision : "Et si j’invitais les acteurs du film que notre chaîne a co-produit dans mes émissions du prime time ?". Echange d’intérêts communs. La pute et le maquereau. Le hic, c’est que le public de télévision n’est évidemment pas le même que celui qui craque 10 euros le week-end pour aller voir les films en salles. On ne peut pas être chez soi devant sa télé et dans les multiplexes en même temps. Le pire, c’est que malgré une promo d’enfer, les films des réalisateurs dont on parle ici font souvent une piètre carrière. Mais alléluia, il y a les DVD en guise de cavalerie (le plus souvent commercialisés d’ailleurs par la boîte de distribution vidéo des chaînes productrices). Ils pensent à tout, les cons !

Dernier paradoxe. Même si la majorité des films réalisés par les personnalités sus citées font des bides lors de leur sortie, artistiquement (bien évidemment j'allais dire), mais surtout commercialement, certains de nos "amis réalisateurs" enchaînent allégrement les films à la vitesse d'un cheval au galop (petit clin d'œil au premier film de Fabien Oteniente, le chouchou des chaînes de télé justement). Exemples : Maurice Barthelemy (qui ça ? ah oui, le nouveau mec de Judith Godreche) va bientôt réaliser son troisième long sur l’histoire de Human Bomb, le preneur d’otages de Neuilly, Charlotte De Turckheim fignole son ARISTOS (avec Cauet, s’il vous plaît !), etc… N’en jetez plus, je vais vomir !

Allez, moi, en attendant le premier long de Lagaffe, de Maïté ou de Bertrand Renard des "Chiffres et des Lettres", je vais me repasser un PECKINPAH tiens…


Tournevis



PS : Suis pas tout à fait couillon non plus. Tous les chemins mènent au cinéma et sont parfois pavés de bonnes intentions. Je ne mets évidemment pas dans le même sac les Dupontel, Delepine et De Kervern et les autres que vous reconnaîtrez (ou qui se reconnaîtront) aisément…

Publié dans Ethicus Universalis

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Le Marquis 05/12/2006 20:14

Oui, j'avais déjà entendu parler d'Alice Guy - mais je n'ai jamais vu aucun de ses films, ils existent encore ?

freddow 05/12/2006 19:19

salut
effectivement c'est bien Melies qui a inventé le cinéma en tant que spectacle cinématographique comme on le connait encore de nos jours
ne pas oublier aussi Alice Guy qui pourrait-être la 1er réalisatrice de fiction de l'histoire du cinéma homme et femme confondu
entre melies et alice guy c'est difficile de savoir qui des deux a etait le 1er a réalisé le 1er film de fiction
le plus important c'est de les citer tous les deux car ils sont tous les deux meritants

Mr Mort 13/06/2006 20:39

MMMmmm....
Quel est l'intérête de ce commentaire?

Mmmmm...My guess is..... Pinapple es mas mascho que knife!

alice 13/06/2006 20:32

Quel est l'intérêt de cet article ?

norman bates 13/06/2006 10:26

Et alors ? ca rapporte du pognon et il faut croire que les gens aiment...
Sauf revolution focalienne, les choses ne changeront pas !