DRAGON BALL EVOLUTION de James Wong (USA-2009): Parole à la défense...

Publié le par Norman Bates





[Photo: "La Solitude de l'Ouvrier-Critique" par Dr Devo, d'après une  photo du film CITIZEN DOG de Wisit Sasanatieng (Thaïlande, 2006).]





Ah ! Dragon Ball au cinéma ! Déjà l'objet d'un premier film philippin absolument bouleversant qui fit l'objet d'un texte sublimissime du Dr Devo (dont on attend toujours la suite), voilà donc la version américaine du manga-dessin animé-figurine du même nom. En fait, les Américains ont découvert récemment la série, qui n'avait jamais été diffusée chez eux jusque-là. Et comme personne chez eux n'a rien compris, ils se sont dit, pleins de bonne volonté, qu'ils allaient expliquer au monde ce que doit être Dragon Ball aujourd'hui, dans une société digne de ce nom.

 



En France, Dieu merci, nous avions déjà tout compris il y a bien longtemps, lorsqu'enfants nous suivions les multiples diffusions du fameux dessin animé à l'heure des chocapics. C'est sans doute  pour cela que la critique française s'est mis en tête d'accabler le film, considérant ce dernier unanimement comme un vulgaire nanar destiné aux jeunes gens n'ayant pas connu l'époque bénie du Club Dorothée, allant même jusqu'à refuser d'en parler (!). Cette attitude en dit long sur le travail de nos chers confrères, je relève donc le défi, je vais sans doute être le seul français à soutenir publiquement cette œuvre d'art total. C'est le poing levé que j'entame mon réquisitoire, jurés veuillez vous asseoir.

 




Goku est un jeune garçon mal dans sa peau : au lycée, les autres enfants se moquent de lui et il n'arrive pas à parler aux filles de sa classe autrement que via d'inintelligibles bégaiements. Pourtant, chez son grand'père, il pratique le kung-fu depuis sa naissance et a atteint un niveau honorable, ce qui en toute logique devrait lui attirer les faveurs des adolescentes de sa classe. Oui, mais voilà, Goku à été élevé dans le respect des croyances ancestrales par Papy : il a juré ne jamais se battre sans raison, et ce ne sont pas les crétins de sa classe qui vont le pousser à renier des valeurs pour lesquelles de nombreux héros ont donné leurs vies. Le jour de ses dix-huit ans sa vie va basculer : d'abord parce que Tchi-Tchi est grave bonne, et secundo parce que son grand'père lui a remis une boule de billard lumineuse avec des étoiles à l'intérieur. Invité chez Tchi-Tchi le soir même en remerciement du déblocage de son casier, il découche : c'est malheureusement à ce moment là que Piccolo avait prévu de débarquer chez Papy pour le maraver et détruire sa baraque. Piccolo, c'est une sorte de jedi maléfique qui aurait mangé des huîtres plus que de raison et qui voyage en hélicoptère, avec une garde du corps-secrétaire sexy qui se tape le sale boulot. Sur les ruines de la maison familiale, Goku rencontre une junkie qui cherche des Dragon Balls avec un GPS pour les revendre sur les marchés de Macao comme anti-stress. Ils décident de s'unir et partent à la recherche de Chow Yun Fat qui a sans doute les réponses à leurs questions, comme c'est bien trouvé. Effectivement, entre deux hors-série Biba Topless, il trouve le temps de lire des mangas et connaît bien l'histoire de Dragon Ball. Il fait quand même un peu de kung-fu avec Goku pour la forme et pour lui apprendre les secrets de l'aérokinésie, avant d'emmener tout ce petit monde à la poursuite des Dragon Balls qu'il faut impérativement trouver avant Piccolo et Eric Zemmour pour éviter qu'ils ne plongent le monde dans le chaos et la terreur.

 



Il serait bien illusoire de comparer ce DRAGON BALL EVOLUTION avec DRAGON BALL LE FILM, ou la série animée du même nom. Non, ce nouvel opus est bien au-dessus de tout cela, il transcende la mythologie créée pendant plus de dix ans par Akira Toriyama en 1h15 chrono. Et en dansant. L'action se déroule dans un monde futuriste, Goku n'est plus un enfant-singe et utilise du gel pour avoir les cheveux plats. A travers cette métaphore capillaire se cache tout l'enjeu de DB EVOLUTION : faire disparaître le mythe, faire évoluer les vieilles croyances, reléguer les gloires du passé aux oubliettes. Place à un nouveau champ d'action en gardant le même théâtre des opérations. Il faut comprendre le titre du film comme une évocation des théories Darwinienne : passer du mi-singe à l'humain total du XXIe siècle, celui qui a quitté la meute pour marcher seul au son de son I-Pod, qui a rangé le kimono pour l'attirail blingbling du clubbeur épicurien, bref, qui voit dans les Dragon Balls un brevet technologique rentable à long terme. DBE, c'est l'histoire du progrès fracassant la gueule des monstres sacrés, piétinant le jardin des religions, réduisant les besoins métaphysiques de l'humanité à la recherche de la stabilité sexuelle et financière. Bien sûr, le film est en avance sur son temps, et tous les spectateurs criant au viol de leurs souvenirs d'enfance sont par trop enlisés dans leurs rêves d'un autre âge. Si aujourd'hui le kamehameha est devenu une danse tektonik, c'est avant tout pour montrer l'influence de l'art sur la technique. Un bon combattant n'est plus un simple technicien, c'est un artisan ! Chaque minute de sa vie est tournée vers un but unique de dépassement de soi, d'évolution. Il faut lutter contre la part du loup (très belle scène de transformation), et le vrai combat ne se joue plus contre l'autre, mais contre soi-même.

 

Les enjeux dramatiques ne reposent plus sur la confrontation au Mal, mais sur la quête initiatique du héros. Le passage à l'âge adulte, la mort symbolique du père, la découverte de la sexualité et de son ambivalence à la mort, autant de thèmes graves abordés pour la première fois dans un Dragon Ball. Goku va découvrir, avec ses amis, à ne pas faire confiance à ses sens, à casser la gueule à ses détracteurs, et à utiliser son ki pour draguer. A partir de là, le film se permet le luxe suprême de faire fi des convenances matérielles et géographiques, en passant d'un désert à un volcan, via un coup de perceuse au fond d'une grotte. Il faut voir dans cette astuce narrative un clin d'œil évident à 2001 L'ODYSSEE DE L'ESPACE : c'est en effet l'outil qui a transformé le singe en homme capable d'envoyer des représentants de son espèce dans l'espace (et de construire des Kangoo).

 



La fin du film confine au sublime. Elle n'est rien de moins qu'une proposition philosophique de vie pour les générations futures, un programme spirituel et physique vers le Surhomme. En cela, James Wong emprunte beaucoup à Nietzsche : la mort des méchants, quasi-divins, est un pas de plus vers l'abolition de la culpabilité et de la peur métaphysique. Avec les sept Dragon Balls réunies, l'homme se façonne Dieu, commande aux dragons de la destinée, et abolit la mort.

 




Évidemment, le fait que Tortue Géniale ne soit pas un vieux avec une carapace, ou que Bulma n'ait pas les cheveux bleus est bien peu de chose à coté de tout cela, et les hordes de fans criant au désastre pour ces détails narratifs sont passés totalement à coté de la symbolique proposée.

 




La mise en scène, pour finir, est en accord complet avec cette vision Darwino-Nitzschienne (si je veux) de l'Humanité. James Wong réussit un bel enchaînement technique d'images, et, comble du bonheur, sonorise le film tellement bien qu'un non-voyant pourrait suivre l'intrigue. Les effets spéciaux en 3D font appel à une large palette de couleurs variées qui réjouiront les aficionados des couleurs chaudes, comme ceux qui préfèrent Turner à Gaugin. Post-séance, le spectateur voyant est encore sous le charme chromatique du combat final, révélant la supériorité du bleuté sur le verdâtre. Le parti pris formel est étonnant et les traditionnels ralentis boulette-time sont très minimisés, l'ensemble des scènes d'action laissant plutôt libre cours aux pulsions frénétiques des caméramen bien décidés à représenter la violence sous la forme la plus abstraite possible afin, bien évidemment, que des jeunes esprits malléables ne reproduisent pas la pareille dans leur monde social. Que dire de plus ? Le montage, moelle épinière de la narration cinématographique, est très bien agencé : les scènes se suivent, parfois entrecoupées par d'autres scènes. L'introduction des personnages est très bien coordonnée : les premières scènes avec Goku sont sublimissimes et doivent absolument être étudiées dans les écoles de cinéma qui se respectent, notamment pour apprendre aux futurs réalisateurs la notion d'échelle de plan. Premier plan : une goutte. Deuxième plan : la goutte tombe d'un nez. Troisième plan : le nez appartient à un visage. D'une goutte, berceau de la vie, on passe à l'homme : évolution, CQFD.

 



De leur vivant, les artistes visionnaires sont rarement reconnus.

 

 

 


Norman Bates.



 


Publié dans Corpus Filmi

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le cheyenne 15/04/2009 19:52

je n'ai pas vu le film mais je vais tout de même en parler :Dans une mise en scène totalement touristique, James Wong nous livre un film extremement fabriqué, sans réellement d'interêt, j'aurais pu bailler trois fois en le voyant. La direction d'acteur est très daté et l'histoire développée reste floral et se distille dans une mièvrerie de soupe populaire.J'envoie ce commentaire pour le masque et la plume

julien 10/04/2009 14:29

c'est cool mais ca reste tout de meme pourri

Norman Bates 10/04/2009 13:41

En fait je ne suis pas sûr que ce soit aussi évident pour moi. J'ai bien du mal à cerner l'effet que m'a fait ce film. C'est très faisandé, mais dans un registre assez particulier. J'ai beaucoup rit pendant le film, rien que l'acteur principal est un monument de splendouillerie. Après c'est sur que payer 8€ pour ca ne vaut pas le coup.

Bertrand 09/04/2009 21:13

Hein ???

sigismund 09/04/2009 20:02

...chacun voit le second degré ou il veut, non ?ça n'est pas sale.