UNE FAMILLE BRESILIENNE de Walter Salles et Daniela Thomas (Brésil-2008): Que le monde aille à sa perte !

Publié le par Dr Devo







[Photo: "Comptez vos poules!" par Dr Devo.]




Chers Focaliens,

 

Après la trêve focalienne pendant laquelle nous avons envoyé toute l'équipe en stage de méditation thoracique à La Bourboule, nous aurions bien aimé nous précipiter en salle à notre retour. Je serais bien allé voir SYNECDOCHE, NEW-YORK, le premier film de Charlie Kaufman, scénariste de DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH, car le casting était magnificent, et l'histoire superbement bizarre, semble-t-il. Juste avant de partir à La Bourboule, je savais que, dans ma ville, le film sortait. Je reviens la semaine suivante et bien sür, le film était déjà retiré de l'affiche dans le ciné art et essai où j'ai mes habitudes, un six-salles qui passe chaque semaine une grosse dizaine de films (parfois plus de 20 !). Pour vous donner un exemple, GRAN TORINO qui ne fait plus rien en termes d'entrées, garde encore ses cinq séances quotidiennes. UNE FAMILLE BRESILIENNE, sorti il y a trois semaines, film qui ne marchait déjà pas en première semaine, a encore deux séances ! Et SYNECDOCHE..., le film de Kaufman, n'avait que deux séances la semaine de sa sortie ! Le film étant sous-médiatisé, les fans potentiels étant à peine au courant qu'il sortait, et vu qu'il a été ici, et sans doute ailleurs, si bien défendu par les directeurs de salles, bah, il s'est planté, logique. Une semaine de vacances et zou, le seul film excitant du trimestre s'est volatilisé. Alors qu'on ne vienne pas me titiller avec le bouche-à-oreille (qui a quasiment disparu depuis 12 ans et qui ne fonctionne que pour les films sur-médiatisés), avec l'offre et la demande, etc... Philippe Grandrieux, Guy Maddin, Kaufman donc, Harmony Korine, Ulrich Seidl (réalisateur de DOG DAYS dont j'aurais bien vu le film suivant IMPORT EXPORT), autant de films, les seuls que je n'aurais loupés pour rien au monde, ne sont même pas sortis ici, un des plus grandes villes de France où on compte en centre ville 10 écrans art et essai (15/30 films par semaine). LA HONTE ! Par contre, le moindre film kazakh a le droit à une sortie sur tapis rouge, une exploitation de trois semaines et tout le toutim.

 

 

Spécial kass-dédi aux spectateurs qui continuent à aller voir les TULPAN et autres FAMILLE BRESILIENNE, faisant ainsi là où on leur dit de faire, et qui, par la bande, entretiennent le système !

 

 

[Note : en deuxième semaine d'exploitation, SYNECDOCHE, NEW YORK ne passe que dans dix salles, et mis à part le MK2 Beaubourg, dans les autres salles, en province, il n'a qu'une seule séance par jour !]

 

 

 

Alors plutôt que d'aller voir COCO, ou d'aller voir des films "art et essai" sans conséquence (le Benoît Jacquot VILLA AMALIA, ou encore UNE FAMILLE BRESILIENNE qui est tellement inconséquent que je ne vois même pas ce que je pourrais dire dessus dans le cadre d'une critique !), bah, on reste chez soi à regarder des films qui  ne sont pas sortis en salles (SOUTHLAND TALES, MOTHER OF TEARS...) ou les films qu'on a loupés pendant l'année ! Le monde est moche et injuste ? RESTEZ CHEZ VOUS ! Ne sortez que pour aller dans le Cashland le plus proche et acheter une belle dévédéthéque remplie de films sublimes à quelques euros pièce.

 

 

Que dire de UNE FAMILLE BRESILIENNE ? Bah, grosso modo, ce portrait d'une famille brésilienne (c'est bien foutu) qui met en parallèle le destin d'une mère célibataire bien mûre et de ses quatre fils,  se passe au Brésil et respire la brésilanité du brésilanisme. Il y a un petite photo ocre. Un cadre gentiment paresseux quelquefois, et très anodin souvent. Et une succession de scénettes mises bout à bout d'où rien n'émerge particulièrement.  Les deux ou trois endroits où la Métaphore reprend un peu le dessus (l'intro notamment, la fin bien sûr), les parallèles sont si attendus qu'ils endorment ou paraissent un peu vulgaires (le parallèle entre le foot et l'accouchement ! Misère... Le ballon quoi ! Le "miracle religieux", naïvement privé de contrechamp à la fin... Mon dieu. Que c'est terne !). Et bien sûr, la Maman-Courage au milieu de tout ça, et qui a d'ailleurs obtenu le Prix d'Interprétation lors du dernier Cannes, ce qui laisse supposer des négociations serrées au sein du jury, tant la performance de l'actrice est, au mieux, totalement anodine. Ce qui frappe dans ce film, c'est l'accumulation d'anecdotes, l'absence complète de suivi, et l'exploitation ultime du fantasme de l'objectivisme (« ..cinéma de fiction, cinéma de documentaire ! ») qui cache bien souvent l'utilisation de ficelles mélodramatiques ultra-classiques. Un exemple : la scène de la fête où le jeune héros footballeur fait une apparition et dont on sait dès le début de la séquence (dans la voiture) comment elle va finir et comment elle va mal se passer (les chaussures ! Ohhhhhhhhh ! Ils n'ont pas honte ! On le voit arriver à 3000 km !).



Une famille pauvre, une photo locale, la vie amère et douce, des scènes qui s'enchaînent interminablement, sans conséquence, une idée de montage révolutionnaire appelé "montage alterné", UNE FAMILLE BRESILIENNE, film même pas nul, juste complètement banal, n'a finalement aucune personnalité, ne choque rien ni personne, et a fortement le goût de carton. On peut monter les images dans un autre ordre qu'on aurait un film égal, ce qui est quand même le comble. Deux métaphores, des anecdotes de comptoir ennuyeuses à mourir, et un ou deux jeux de mise en scène pauvrissimes qu'on ressert 50 fois dans le film (le montage alterné, l'utilisation de la musique avec le son qui part en sourdine, etc...), et tout le monde au lit. Je laisse la lumière allumée dans le couloir pour que tu n'aies pas peur du noir. Pfff....

 

 

 

 Je rêve de bons films en salle, du genre avec une idée par plan... pas quatre en une heure et demie !

 

 




Dr Devo
(critique en grève...)






Publié dans Corpus Filmi

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sigismund 10/04/2009 14:54

a. vous me voyez surpris :'Je laisse la lumière allumée dans le couloir pour pas que tu n'aies peur du noir.' Dans le genre justement je vous recommanderais bien le 'Samaria' de Kim Ki-Duk, sauf que l'on pourrait rajouter à la fin '...mais le problême c'est que tu ne vois rien.'bon nous non plus d'ailleurs, qq1 à des nouvelles des films de Peter Greenaway ?