666, LA MALEDICTION, de John Moore (USA-2006) : Il grille même la baguette...

Publié le par Dr Devo

 

(Photo : "Ambivalence du Plaisir" par Dr Devo)


Si chers Focaliens,

Insistons une peu, avouons-le : le jardin focalien est petit, mais c'est le mien, et donc, par conséquent, celui de qui voudra bien se sentir chez lui dans ces lignes. La période est peu propice aux belles sorties, avouons-le aussi, et ce malgré les deux ou trois choses très visibles, voire recommandables, qui sont disponibles : REEKER, ISOLATION et AMERICAN DREAMZ (sur lequel je reviendrai sans doute). Mais pour les deux premiers, on incitera les spectateurs voulant tenter l'expérience à se dépêcher pour aller les voir, si ce n'est pas déjà trop tard, les deux films ayant ici, d'où je vous parle, déjà quitté l'affiche après une semaine ou deux d'exploitation. Ça démâte sec, le monde de l'exploitation cinématographique est sans pitié. Les films ne s'installent plus. Ils restent ou ils partent.

Période calme donc, mais conjointement à ce constat, faisons-en un autre : le nanar galactique est de retour, sous couvert de remake ! Chic ! Ou désespérant aussi, ce que je peux comprendre. Et de ce point de vue, on est servi. Le cinéma de nos jours nous prive des séries très B ou Z sur grand écran. [Ça m'a toujours étonné, au fond, qu'un distributeur n'achète pas les droits d'une des pires séries Z et tente le coup de distribuer la chose sur un ton ironique ou malicieux...] Pour le Z ou juste au-dessus, il faudra se tourner vers la vidéo, pardon, le DVD... En salles, la série ne peut plus être Z, comme elle ne peut plus, intrinsèquement, être totalement B. Le haut du pavé de la série B, c'est généralement du A dans les moyens. Quoique, le revival fantastique actuel permette de voir de vraies séries B (REEKER, HORRIBILIS) se frayer un chemin de temps... Rendant par là même ce paragraphe bien peu pertinent, voire confus... Passons ? Oui passons.

Liev Schrieber est un jeune diplomate, attaché à l'ambassade américaine et en poste en Italie. Il y a six ans, six mois, si jours et six heures, sa femme accouchait, et ça se passait mal. Avant qu'il ne la retrouve allongée sur son lit d'hôpital, Schrieber est abordé par un prêtre, en soutane bien sûr, soyons sérieux. Le curé lui propose un marché. L'accouchement s'est mal passé et le fils de Schrieber est mort-né. Dans la foulée, l'utérus de sa femme est endommagé et la conclusion tombe comme un couperet (euh...) : elle ne pourra plus jamais avoir d'enfant. Schrieber est désespéré et serre la mâchoire. Le prêtre lui propose alors ceci. Un autre enfant, de mère du peuple, sans famille, est né cette même nuit, sa génitrice décédant dans la foulée. Le curé propose alors d'échanger le cadavre et le nourrisson bien portant de mère morte (haha !). Le père accepte, et arrive dans la chambre de sa femme Julia Stiles avec le bébé d'une autre dans les bras. Bien entendu, il ne dit rien à sa femme.
6 ans plus tard, Schrieber prend du galon et devient consul. Il se voit attribuer un nouveau poste à Londres. Son fils Damien a grandi, enfant taciturne et splendouillet, on le verra. Après la mort mystérieuse de son supérieur hiérarchique et de la nounou de Damien, qui décidément a un regard très inquiétant, Schrieber gravit encore quelques échelons hiérarchiques. Julia Stiles, la mère du petit Juju pas rassurant, commence à se détacher progressivement de son fils. Dépression ou intuition que quelque chose ne va pas avec le petit Damien, qui ne supporte pas de voir une église ou un crucifix (comme si ça l'effrayait... C'est très bizarre !) ? Dans le même temps, le couple engage une nouvelle gouvernante, la vieille Mia Farrow, old school english style (et non pas Stiles, héhé !), qui est quand même la mère du bébé de Rosemary, et je me demande si c'est vraiment une bonne idée de l'engager...

Je ne sais pas si John Moore est le fils de Roger Moore, mais en tout cas, 666, LA MALEDICTION est bien le remake du film de Richard Donner, que je n'ai pas vu, et qui rend le geste d'aller voir volontairement le remake complètement dévolutionniste. On avait parlé dans les premiers âges de ce site de DAMIEN, LA MALEDICTION 2, cependant.
Bah, après un générique maniériste mais rigolo, et en V.O dans la V.F, italien oblige, on comprend très vite, dès la scène de l'hôpital en fait, ce qui va nous arriver. Ça sent le brûlé plus que l'encens, et ça sent même carrément le "garzi" comme on dit par ici, c'est-à-dire le cramé (de chez cramé, me souffle-t-on). Le noir de charbon recouvre largement la tartine, et la chair blanche de l'aliment originel est bien enfouie, réduite à l'épaisseur d'une feuille de papier de riz.
Ce qui frappe dans ce remake, c'est son incroyable volonté de casting. Côté seconds rôles, c'est plutôt bien. On retrouve Pete Postlethwaite, qui décidément devient un acteur spécialisé dans les rôles de curé, un David Thewlis plus sobre et plutôt décontracté,  plus à l'aise ici que dans son caméo dans BASIC INSTINCT 2, et même un petit Michael Gambon des familles dans un mini-sketch. Bien. Ajoutons à cela une nounou suicidaire qu'on voit bien 30 secondes et qui avait une chouette tronche (Amy Huck, inconnue au bataillon, voir photo).
Plus on se rapproche des premiers rôles et plus ça se gâte. Mia Farrow d'abord, chouette actrice disparue [actrice de le CERCLE INFERNAL, dont je vous rappelle qu'il est inutile d'acheter le DVD et c'est bien dommage, le film étant très rare et peu connu des aficionados – la copie DVD est au mauvais format, c'est ignoble – et de le ROSEMARY'S BABY, si je veux], qui joue ici avec son ami After Effects le rôle de la nounou maléfique. Ben oui, il y en a un qui n’a pas dû chômer pendant la post-prod, c'est le petit grouillot payé au SMIC qui a dû faire la retouche numérique de la Farrow, sans doute exigée par elle-même. Mia Farrow doit bien avoir dans les 65 ans. Et dans tous les plans, elle en parait 20 de moins, à grands coups de ripolin numérique. Dans un plan même (ma scène préférée et sublimissimement splendouillette des fraises), on essaie même de nous la vendre comme une actrice de 40 ans. Bah, pour ça les gars, il fallait prendre Julia Roberts ! Là, ça se voit un peu qu'on est face à une créature mi-actrice mi-cyborg. Voilà qui renforce énormément le potentiel comique du film, lui donnant un petit côté CARS (voiture volée et maquillée) très rigolo, surtout que la pauvre Farrow, complètement paumée dans un rôle dont les intentions scénaristiques sont soulignées au stabilo atomique, est absente, absente, présente, absente, et défigurée au naturel par une opération, très concrète elle, des lèvres, qui défigure l'actrice et lui donne pour l'éternité un air de vieille dame richissime et ultra-friquée prompte à se payer des petits gigolos bodybuildés. Triste. Mais drôle. Cette opération de chirurgie esthétique (quel gâchis, elle qui était une si belle femme, même à un âge avancé) et le lifting numérique extravagant sont assez hypnotisants et parfaitement spendouillets, donc.

Ne pas croire cependant que ce soit la Farrow la plus visiblement à côté de la plaque. Oh ! que non. Julia Stiles est assez nullissime, et sur-joue comme dans un épisode de ALLY McBEAL ou tout autre feuilleton soapesque. C'est pas de la dentelle de Limoges, comme dirait l'autre. Là aussi, c'est délicieux, car les scénaristes lui ont donné le personnage d'une conne supra-bourgeoise, au mépris galactique, une sorte de femme hautaine et méprisante qui broie tout sur son passage. Un personnage d'un égoïsme monstrueux. Je pense que les scénaristes voulaient donner l'image d'une mère-courage, d’un modèle, d’une femme moderne et à l'affût. C'est raté, c'est une conne. La première scène de ménage avec son mari est infecte, et dans la réalité, si le mec a un peu de jugeote, il part en courant devant cette manipulatrice malhonnête que rien n'intéresse sinon son propre intérêt. Julia Stiles, insignifiante et qui porte sur le front un tatouage à peine invisible ("Je suis née à Beverly Hills") est très mauvaise, c'est délicieux.
Mais à côté de son mari Liev Schrieber, la Stiles, c'est Liv Ullmann ! Mon dieu ! Qu'est-ce qui a bien pu passer par la tête des investisseurs lorsqu'ils ont accepté le casting d'un film aussi coûteux ? Ce type est nullissime. Serrage de gencives, regards absents, ton monocorde, personnage de vieille lavette à courbettes, le gars se noie en deux minutes dans son rôle. Jaw acting, eyebrow acting, fist acting, ear acting, tout y passe ! Un festival d'inexpressivité ou d'effets désamorcés. Pour la première fois, un acteur américain a réussi à s'approcher de la qualité Cours Florent... Je crois qu'il a réussi une synthèse, avec un soupçon de mollassonnerie ostentatoire... Un grand moment.

Le meilleur pour la fin : Seamus Davey-Fitzpatrick ! Retenez ce nom, car c'est sa fin de carrière ! [Mmmm… Il peut encore en enchaîner quelques uns, comme l’atroce Miko Hughes ! NdC] Dommage, car là, on touche carrément au sublime ! Bébé star programmé pour la gagne (premier rôle à l'âge d’un mois quand même : dans ton annu, Dakota !), le garçon est fabuleux. Teint blanchâtre de rigueur, chevelure corbeau et yeux bleus intenses. Et ce petit regard qui dit : "Giflez-moi ! T’en as envie, hein ? Ça te démange, pas vrai ? Mais je suis un enfant, t'as pas le droit ! T'as envie de m'en mettre une, hein ?... Qu'est-ce que je t'énerve..." Etc. Le Damien est mutique comme dans l'original, mais ici peut-être encore plus. Ça sent là aussi le miscasting, comme dirait Delon. Je pense que les producteurs ont dû réduire la voilure au minimum, et expliquer au gamin qu’il ne fallait pas trop en faire et jouer la sobriété. Ce qu'il fait. Enfin, il essaie. Il minimise ses effets, ne les lance qu'à moitié, mais il transpire tellement de puissance soapienne qu'on sent qu'à l'intérieur, le petit Seamus, il couve la lave du Sur-jeu. Il se retient et fait durer le plaisir, l'animal ! On le voit dans les demi-effets que ça brûle en dessous ! Résultat : même s'il est sobre et en deçà de ses capacités de nain cabot, son jeu est aussi sobre que celui de Klaus Kinski. [En fait, pour être précis, on est dans ce demi-choix stratégique entre Klaus Kinski et un acteur bressonien.] Je reformule : on sent qu'il se retient tellement fort qu'on sait qu'il est à 3% de ses capacités racoleuses, mais déjà, c'est une bombe atomique, ce gosse ! On n'a pas envie de le gifler : on a envie de le découper à la hachette et de donner les morceaux au chien ! Splendouille absolue et vertige des Abymes sans fond, espace de jeu lovecraftien, puissance attilesque de la non-intention ostentatoire... Quel délice et quelle torture ! Ce qu'il y a de bien avec Hollywood, c'est la puissance de ses accidents industriels. C'est merveilleux !

Dans ces conditions, vous imaginez qu'on est assez loin de l'ambiance originale. Et pourtant, il y a un peu de soin. Si les décors sont épouvantables (des raccords extérieur/studio hideux notamment), dans certaines séquences, il y quand même une photographie assez soignée (notamment la scène de l'orage mortel). Le cadre est gentil, le montage insignifiant mais quelquefois plus ample. Mêmes remarques pour le cadre et l'échelle de plans, qui va de l'anonyme indigent au pas trop mal, un (tout petit) peu surprenant. [Sans doute sont-ce là les scories de l'orignal...] Par contre, je signale un excellent mixage et un joli travail sur les timbres, même en VF !

Mais que sont ces qualités face à la tractopelle Seamus ? Qu'est-ce que toute cette facture à côté d'un scénario symbolique dans ses détails jusqu'à en vomir (Schrieber qui rentre pour la dixième fois dans la chambre éclairée au feu de bois de son fils, et qui remarque que, étrangement (C'EST LE DIABLE !!!) l'interrupteur pour la lumière ne marche pas, tu le sens le malaise qui monte ?) ? Pas grand chose... Car devant cette volonté splendouillette de tout miser sur les pires éléments du film (les acteurs principaux), c'est une stratégie de looser, tout disparaît ! Sans que ce soit vraiment une série Z des plus drôles, on reste là, devant ce remake, pendant un bon ¾ d'heures, à se gondoler franchement. J’ai ri énormément, et ce jusqu'à ce que je m'arrête. Bon, après on rigole un peu moins, c'est quand même usant à la longue.

666, LA MALEDICTION, c'est le retour du Grand Nanar de Luxe, avec options de série, toutes designées dans le but d'être les plus désastreuses. C'est un voyage en limousine grand luxe qui ne servirait à rien, sauf à manger des nounours en guimauve et chocolat pendant le trajet jusqu'à en avoir presque envie de vomir. Ce n'est rien, ce n’est pas bon pour la ligne, mais on ne regrette pas d'avoir acheté le paquet.

Film pour les pervers, donc. Je prends.

Cordialement Vôtre,

Dr Devo.

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Publié dans Corpus Filmi

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bj 25/06/2006 00:00

ahh manger des petits nounours en chocolat et guimauve dans une limousine grand luxe...j'en rêve!

Dr Devo 15/06/2006 12:08

Mes dévoués espions focaliens me soufflent à l'oreille que HORRIBILIS est fort sympathique, et qu'il dégage une bonne odeur années 80!
je ne l'ai pas vu mais voilà qui donne très envie!
Dr Devo.

norman bates 15/06/2006 12:05

C'est vrai, je voulais aller voir isolation et manque de bol il est resté une semaine au cinéma. Passons sur le fait que Mission impossible 3 passe toujours dans ce meme cinéma.
Sinon c'est bien Horribilis ? la encore j'ai pas eu le temps d'y aller.