POSEIDON, de Wolfgang Petersen (USA-2006) : Honneur, patrie, valeur, discipline...

Publié le par Dr Devo

[Photo : "C'était pourtant simple (les 7 Commandements)" Par Dr Devo.]





Chers focaliens,

En fait, il n'y pas tellement de règles. Aucune même lorsqu'il s'agit de mettre son auguste séant dans un fauteuil et d’apprécier un film. On peut être ému par un grand film merveilleusement mis en scène. On peut s'ennuyer et ne pas accrocher à un beau film très bien mis en scène, comme nous l'expliquait il y a peu le Marquis par exemple à propos de LA BALLADE SAUVAGE. Ce n'est même pas une question d'attention ou de disponibilité (l'appétit pour le cinéma est quasiment toujours là), c'est une question... de goût, ou plutôt de jugement. On peut aller voir un nanar de l'espace et s'y amuser franchement, comme je l'expliquais hier. On peut aller voir un film un peu mal foutu et être transporté par tout le cinéma qu'il contient, comme on l'a vu avec REEKER. On peut être ému aux larmes par une série Z qui, à force d'incongruités, de bricolage et de stratégies de contournement, devient un film sublimissime et expérimental de toute(s) beauté(s), y compris plastique, comme dans ce film fabuleux de Doris Whishman, A NIGHT TO DISMEMBER, dont je vous parlerai bientôt et qui est sûrement un des plus beaux films que j'aie vus ces dernières années.

Wolgang Petersen, réalisateur à qui il est arrivé de tourner de petits films sympatoches (ENEMY MINE dont le Marquis nous avait parlé... ah ben non, tiens !) et pléthore de films sans intérêt (EN PLEINE TEMPÊTE, film débile, ou AIRFORCE ONE ; mon dieu, ce type n'a fait que des petits étrons !), revient sur le devant de la scène avec ce POSÉÏDON, qui est en fait un remake, encore un, du beau film de Roy Ward Baker, A NIGHT TO REMEMBER (vous comprenez maintenant l'aspect parodique du film de Wishman !).[Roy Ward Baker est un très grand réalisateur anglais ; à part son MONSTER CLUB, ennuyeux film à sketches, on peut se jeter sur tout le reste avec avidité, par exemple les épisodes qu'il tourna pour CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR, ou encore le merveilleux DOCTOR JEKYLL AND SISTER HYDE, film inoubliable que je recommande particulièrement.]
Remake encore, donc, comme hier. C'est ma série.

Un énorme paquebot. Une immense vague digne du tsunami des petites pièces jaunes de David Douillet. Vague sur flanc du bateau. Accident. Le bateau se retourne et se retrouve la tête en bas et la quille à l'air. Après l'accident, panique à bord parmi ceux qui ne sont pas morts. Les équipements du navire sont dévastés. On essaye de s'organiser. Un petit groupe de sept personnes décide de ne pas rester dans la salle de bal qui sert de refuge aux survivants, et essaie de regagner la surface à travers les couloirs dévastés du paquebot. Plus le temps passe et plus le choix de ces aventuriers semble le bon, car peu à peu, le bateau semble se disloquer. Ce n’est pas gagné...

Aussi bien les esprits focaliens les plus pervers pouvaient s'amuser à observer à la loupe atomique les micros-choix désastreux de 666, LA MALÉDICTION avec un certain amusement, autant ce POSÉÏDON garde lui beaucoup moins de mystère. La faute sans doute à une séquence de générique absolument désastreuse mais totalement franche. Il s'agit d'un plan séquence qui démarre sous l'eau, images de synthèse à fond les ballons. Puis la quille du bateau arrive dans le champ, la caméra tourne autour puis remonte à la surface sur un coup de cymbale, et zou, tour du bateau, aussi synthétique et hideux que celui de TITANIC. Bon, tout ça, c'est du déjà vu, bien sûr. L'impression dès les premières minutes de ce générique d'avoir déjà vu le film 200 fois résonne comme la promesse d'un ennui solitaire et cosmique.
La caméra continue son déplacement, nous montre le héros qui fait son jogging sur le pont, et hop, hop, je passe de la synthèse à la prise de vue réelle, nouvelle mode débile (un bon coup de ciseau et un bon scotch donnent de bien meilleurs résultats, remarque que j'avais déjà faite pour le KING KONG de Peter Jackson). Non seulement l'image est suprêmement laide, mais ces raccords et cet immense plan-séquence sont catastrophiques, et disons-le, un peu indignes. Car ils ne révèlent qu'une série de choix tous aussi désastreux : transition avec acteurs réels antinaturelles, étalonnage désastreux (le héros finit par regarder le majestueux coucher de soleil qui lui aussi est en synthèse, et qui est ignoble ; un plan qui est vide en plus ! Plouf, c'est raté !), effets de reflets sur immense verrière (il n'y a pas mieux pour rendre un plan aussi crédible qu'un effet spécial de TRON !), monstration d'une piscine à ciel ouvert avec nageurs, et là je me dis : non, ce n'est pas possible, non. Comment un des producteurs n'a-t-il pas pu remarquer que ce détail de la piscine plaçait cette séquence d'ouverture sous le signe de son défaut le plus fondateur ? Ben oui, cette piscine en synthèse avec ses personnages de synthèse : c'est SIMS ! Le jeu vidéo. Voilà, on y est, me dis-je. Cette séquence, c'est SIMS. C'est à peu près aussi beau, et le jeu vidéo qui a servi de source d'inspiration à ce générique a au moins l'avantage d'être plus cohérent ! [Remarque : comment peut-on aboutir à des résultats si calamiteux alors que dans CARS par exemple, la séquence de la course en début de film est quasiment photo-réaliste ?! Décidément, Petersen n'a aucune excuse !]

Mmmmmm ! Que des bons choix. Ensuite, la séquence d'ouverture qui suit, relativement rapide, nous présente les personnages de la manière la plus classique qui soit. They bump into each other. Oh pardon, je ne vous avais pas vu. C'est à vous, ce joli garçon, là ? Laissez passer Johnny Fiamma. Papa, je peux aller à la discothèque ? Oui, oui mais ne bois pas d'alcool. Et maintenant, laissez moi accueillir Mariah Carey. Pardon, cette chaise est libre ?

Etc. Désastreux ! Car on peut résumer la réalisation de POSÉÏDON en quelques lignes. Un décor hideux, rempli d'écrans bleus. Costumes atroces. Casting improbable. Échelle de plans, connais pas. Gigotis de la caméra dès que possible. Aucun jeu sur les axes. Mixages DTS désastreux (que des médiums hauts et des aigus !). Musique qui ferait presque regretter les complaintes larmoyantes des films d'Almodovar ("Piensaaaaa en Meeeeeeuuuuuuh"), mais tout à fait teutonne et absolument adéquate pour envahir la Pologne. Montage débile, scénario linéaire, photographie globalement hideuse, et mauvais tirage de la copie sur ce point (teinte vert de gris caractéristique). C'est nul. Il n'y a aucun rythme, aucune nécessité quelle qu’elle soit, et les scènes peuvent très bien être remontées dans le désordre que ça n'y changerait rien.
Bien maintenant que nous avons parlé de la forme, voici le fond.

Bah, c'est simple, c'est un échantillon représentatif IFOP qui essaie de sauver sa peau et dont les membres vont nous servir de héros. Soit : Kurt Russel, ancien maire de New York (ben tiens), divorcé et ancien pompier (ouais !!!! Comme quoi le 11 septembre ne les a pas tous tués !) Il chaperonne sa fille, mais vous n'avez pas envie de connaître son nom. Encore une qui n'a pas du mettre les pieds très loin de Central Park. La fille est là avec son copain, et Papa Russel est très inquiet qu'ils "le fassent" ! [Oh Mon Dieu !]. Le copain de la fifille est  un bellâtre insipide que l’on verra bientôt dans RAMBO 4 (véridique). Le héros, c'est Josh Lucas, acteur monstrueux, sorte de Ralph Fiennes d'extrême droite, méchant et jouant comme une patate. Jaw-acting, moulinets avec la tête en criant "Nooooooooooon" dès qu'il y a un mort (technique empruntée à SANTA BARBARA et autres FEUX DE L’AMOUR, et très utile dans les séries médicales du type URGENCES, comme les créateurs de SOUTH PARK l'ont bien noté !), plissage williamsien des yeux, lips acting, tout y passe, un vrai festival. Ensuite, la Maman du petit Juju, avec son petit Juju. C'est bon ça, un petit garçon et sa maman, pour faire monter les enchères. La maman, c'est Jacinda Barrett, une tarte encore. Une femme qui n'a jamais ouvert une boite de thon avec un ouvre-boîte. Le Petit Juju, c'est Jimmy Bennet, ici complètement épouvantable. On aimerait que Seamus, le gamin de 666, LA MALÉDICTION, lui file une raclée. Bennett est connu : je l'avais déjà vu dans OTAGE et FIREWALL. Je vais relire l'article concernant le premier film pour vérifier si j'avais remarqué sa nullité galactique (il est très moche en plus).
Les minorités sont représentées. Ici, une chicanos de service dont je n'ai même pas envie de citer le nom. Et enfin, Richard Dreyfus. Tiens, me dis-je, dans le deuxième plan où il apparaît, il a un diamant dans l'oreille, c'est bizarre. Effectivement, il est gay, richissime et architecte ! Tu la sens, la charactérisation qui monte ? Encore une très bonne idée que ce personnage. J'ai cru dans le premier plan où il apparaît qu'il était sous acide, mais il se calme ensuite jusqu'à paraître presque sobre face aux autres. Ceci dit, son rôle n'a aucun intérêt. L’important était de remplir l'échantillon IFOP.
Il y a sinon trois rôles intéressants et splendouillets dans le film : le capitaine du bateau, un noir, et donc promis à mourir rapidement. Cet acteur est formidable, bourré de tics improbables : un délice ! Surtout qu'il sort avec la chanteuse du bateau, une sorte de Britney de 50 ans, bombasse vulgosse, délicieuse et refaite de partout, un peu dans le style Jennifer Coolidge, mais beaucoup moins drôle. Les deux forment un couple basé sur le sur-jeu le plus surréaliste. On les voit peu, mais ça repose. Enfin, Kevin Dillon, le personnage ringard du lot, qui est absolument un transfuge, une transposition du personnage de Matt Dillon (son frère) dans MARY À TOUT PRIX. Il joue le rôle d'un joueur looser, alcoolique et méchant ! Quelle bonne idée que d'inviter un personnage de MARY À TOUT PRIX (même costume et même petite moustache de looser) dans un film-catastrophe ! Dire que les mecs qui ont écrit et produit ça ont tous Bac +5 !
Évidemment, le noir, l'alcoolique ringard et la chicanos (passagère clandestine en plus ! Nonnonon, ce film n'est pas raciste !) vont tous mourir ! À la fin donc, on aura une équipe bien blanche de gens très vertueux qui ne boivent pas, ne couchent pas et savent reconnaître une classe d'extincteur. Le maire de New York (Kurt Russel, complètement éteint ; il a dû être condamné à un travail d'intérêt général !) saura se sacrifier pour son pays !

J'avais deux fins alternatives. La première est : après 100 minutes de film, les héros s'en sortent, trouvent un canot de sauvetage mais se font écraser par le bateau qui se retourne avant de sombrer. Ils sont tous morts. Générique.
Deuxième option : ils grimpent dans le bateau de sauvetage, attendent les secours. Les hélicos arrivent, mais ne voient pas le canot (il fait nuit), et nos héros doivent se manger les uns les autres pour survivre. On commence par l'homosexuel, puis l'enfant ! Finalement, ils dérivent sans fin et se suicident.

Sinon, ça va, vous ? Moi, ça va... Vous avez bien raison de regarder la coupe du Monde, c'est vraiment plus intéressant que ça... Bon ben, ça y est, j'ai fini de bosser moi... Allez, une petite clope et un café !

Somnambulement Vôtre,

Dr Devo.

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Publié dans Corpus Filmi

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Le Marquis 31/08/2006 01:09

Ah, le docteur n'écrit nulle part que Petersen n'a fait que de "petits" films, le terme de "petits films" se voyant accompagné du terme "sympathiques", il faut y voir une familiarité affectueuse pour les quelques films de sa carrière qui peuvent valoir le coup d'oeil, et si le Docteur cite plutôt ENEMY MINE que DAS BOOT,  c'est sans doute pour la simple raison qu'à l'époque, je venais de voir ce film et que nous en avions beaucoup parlé entre nous. (Je lui avais d'ailleurs promis un article dont je ne me suis depuis toujours pas acquitté.) On ne peut pas dire que le bonhomme ait vraiment fait de "grands" films (qualitativement parlant) depuis, même si je garde une certaine affection pour son SHATTERED de 1991...

etiendes 31/08/2006 00:46

w petersen a fait que des petits films ???????das boot (le bateau) vous connaissez pas????bizarre bizarre

Guillaume Massart 17/06/2006 11:04

en fait, c'est dommage que le scénario soit si pourri et stupide (bordel, que tout cela est con), parce que passée une première partie absolument désastreuse, laide et sans intérêt (je trouve moi aussi le plan d'ouverture, censément majestueux, gravement moche), ça pourrait presque être honteusement (donc délicieusement) fun.

Notamment à partir de la remontée verticale, où on arrête d'avoir des persos inutiles (salut Kevin Dilon, tu sers à quoi?) tout juste bons à crever (le racisme anti-marginaux du film est ahurissant de connerie). A partir de là, c'est un peu plus tendu et "efficace". Même si tout est ultra-convenu et clichetouille, qu'il n'y a pas l'ombre d'une idée de réa originale, y'a un truc, qui tient à la fois du sadisme, du spectaculaire et du sale gosse qui casse ses jouets, qui fait qu'on a quand même envie de savoir comment ça va finir (pas comment ça finit vraiment, ça on s'en doute, mais comment ils font pour arriver à la fin et qui, exactement, va finir par se sacrifier pour sauver tout le monde, puisqu'on a tous bien compris que ce serait ça, le climax).

Malheureusement, dès qu'on essaie de se passionner pour une séquence "tension", y'a un truc d'écriture qui vient tout foutre en l'air. On peut parler de la "mort du phoque" de Hurt Russel (ceux qui ont vu le film comprendront), mais le pire, selon moi, c'est encore le coup du gamin derrière la grille : comment il s'est mis là? On sait pas. Comment on le tire de là? On sait pas davantage.

d'où l'impression de voir des Playmobils, sans consistance (la bonne chose, c'est que ça nous évite un épilogue "trois ans après sur une gondole qui prend l'eau, à venise"), traversant des péripéties, et seulement des péripéties. En gros, c'est pas que c'est mal écrit, c'est juste que c'est pas écrit du tout!

pas de personnages (quelqu'un croit une seconde à l'histoire du père qui ne veut pas que sa fille fricote avec un type mais qui part en croisière avec les deux malgré tout? ça intéresse qq'un de savoir que Russell a été maire? ça intéresse qq'un l'histoire de la clandestine?... pas le film en tout cas), pas de trame, mais des vaguement drôles péripéties, qui tirent sans cesse sur la corde du in extremis, quitte à aller dans le mur...

On peut se laisser prendre au jeu, car il est sans conséquence. Mais ça ne fait pas vraiment un film...

Par contre, ça fait songer à un éventuel jeu vidéo dans un tel contexte. Ce serait à creuser, non?

Toute mon humidité à vot'dame.

Bernard RAPP 16/06/2006 20:46

En tout cas, Adjani était formidable (la scène du métro c'est trop!).

Le Marquis 16/06/2006 19:39

Ben alors, Dr Devo, on est fatigué ?
Oui, parce que tout de même madame la duchesse, il y a une coquille dans cet article : POSEIDON n'est pas le remake d'un Roy Ward Baker, mais bien de L'AVENTURE DU POSEIDON de Ronald Neame (1972), bon gros film catastrophe des familles avec Shelley Winters et Gene Hackman, entre autres stars et starlettes, car ces films se doivent toujours de proposer des brochettes de vedettes sauce piquante. Spectaculaire mais neuneu, pour faire court.
Mais tu es tout pardonné, car je devine qu'ici les fils se sont touchés entre les allusions à TITANIC et avant cela à A NIGHT TO DISMEMBER : Roy Ward Baker a quant à lui réalisé le superbe A NIGHT TO REMEMBER (nuance !), qui retrace le naufrage du Titanic - avec bien plus de talent que James Cameron, soit dit en passant ! Et oui, c'est un cinéaste de grand talent auquel on doit aussi THE VAMPIRE LOVERS, LES MONSTRES DE L'ESPACE (un des meilleurs films produits par la Hammer je pense) et TROUBLEZ-MOI CE SOIR.
Sinon, j'avais effectivement revu ENEMY MINE et t'en avais parlé, il avait été question de faire un article mais c'est resté sans suite, ce qui est dommage : cet été, peut-être ?