OSS 117 : RIO NE REPOND PLUS de Michel Hazanavicius (France-2009): L'Age Bath

Publié le par Norman Bates






[Photo : "Portugal" par Dr Devo.]




Le premier OSS... était quand même une bonne surprise, et malgré des lacunes énervantes, le film laissait transparaître une certaine sincérité et une fraîcheur agréables. Dans le paysage post-apocalyptique du cinéma comique français, OSS... faisait figure d'oasis grâce notamment à une large place laissée à l'absurde et à la mise en scène (ou au moins au visuel). Il faut dire qu'au milieu de l'atmosphère saturée par les comédies franchouillardes insipides basée sur un comique TV surpayé jouant ses meilleurs sketches casés à coups de pieds dans une ébauche de scénario filmé par un transfuge du téléfilm en état de grâce, la moindre idée un peu originale fait l'effet au spectateur zombifié d'une poche d'oxygène pure. Pour ce second épisode, on prend les mêmes et on recommence au Brésil.

 




On se fiche grave du scénario, aussi improbable que celui du premier film, mais ma conscience de critique m'oblige à vous en produire un résumé en bonne et dûe forme, par respect pour le travail remarquable d'adaptation des livres de Jean Bruce. J'imagine, n'ayant jamais lu aucun de ses livres, qu'un génie capable d'inventer un espion répondant au nom de Hubert Bonisseur de la Bath doit déployer un talent stylistique peu commun et sans aucun doute fascinant.

 




C'est douze ans après ses précédentes aventures en Egypte que nous retrouvons Hubert. En prise avec des Chinois dans un chalet suisse lors de ses vacances au ski, il est rappelé d'urgence à Paris pour une mission de la plus haute importance : remettre un gros chèque à un nazi pour obtenir des microfilms contenant une liste de personnalités politiques françaises de premier ordre ayant discrètement raccourci leur moustache en 40.  Très vite, la mission dérape et Hubert doit compter avec le Mossad, les Chinois, les nazis, la CIA, des hippies, des catcheurs mexicains et autres reptiles plus ou moins vivaces. Il réussit, avec le brio français qui le caractérise, à passer au travers de toute ces organisations afin de faire rayonner le prestige de la France du Général De Gaulle jusque dans les plus misérables favelas.

 




Malheureusement, la malédiction du deuxième volet a encore frappé, et ce nouveau OSS 117 pêche méchamment sur de nombreux points. La chose la plus grave, qui saute aux yeux tout de suite, c'est - comme souvent dans les films français - la mise en scène. Le constat est pire que dans le premier épisode. L'échelle de plan comme le cadrage sont, de manière générale, très décevants. Mais ce n'est rien en comparaison des insupportables split screen (sauf peut-être pour la scène du téléphone) répétés ad-nauséam pendant tout le métrage. On a bien compris que c'est de la parodie, merci. Là, le spectateur est vraiment pris pour un idiot. Ces maladresses handicapent sérieusement le film d'un point de vue formel, d'autant plus que les faiblesses de rythme égyptiennes ont fait le voyage dans la soute. Toutefois tout n'est pas à jeter, le film n'est pas dénué de jolies surprises comme "le coup du trapèze" ou la scène sur les bras de Jésus (plutôt bien spatialisée). De manière générale, on est au-dessus de la moyenne des films français, mais à vouloir trop faire dans le référentiel, on tombe dans les travers des films parodiés, et surtout les effets de mise en scène sont les mêmes que dans le premier volet. Si c'était drôle au début, ça suffit, arrête, ça devient relou !





 

D'un point de vue narratif, l'humour est lui aussi touché par cette "malédiction". Les gags  sont moins recherchés, et l'humour utilise souvent les mêmes ficelles un peu éculées à base du décalage entre Hubert le Français misogyne inculte, et le reste du monde. L'absurde si agréable du premier volet est bien trop rare, et le sentiment qui surnage est la beauferie crétine, un brin énervante du personnage de Dujardin (au demeurant assez bon dans son personnage, là n'est pas le problème). Ce brave Hubert est présent dans tous les plans, monopolise le film qui ne semble plus tourner qu'autour des ses vannes. C'est beaucoup trop écrit, l'humour visuel a presque disparu, des gens l'ont vu pleurer. Du film on retient surtout des répliques, et il est difficile de se rappeler d'une scène en particulier, d'un sentiment diffusé en loucedé ou encore d'une association contre nature.

 

Finalement, la recette du premier épisode n'a pas vraiment changé, les gens ne seront pas déçus. Ils retrouveront leurs pantoufles devant la cheminée, le feu les réchauffera, mais jamais ils ne feront l'amour à une sublime inconnue sur une peau de bête fraîchement tuée. La saveur piquante de la nouveauté disparue, l'ennui pointe pour le spectateur à la recherche d'aventure extra-conjugale à huit euros. Comme dirait mon pote John Weng Weng  : de la dinde.




Norman Bates.



Publié dans Corpus Filmi

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Martin R 12/05/2009 11:56

Un peu dur tout de même...Je pense déjà qu'il faut plus parler de déclinaison, de "à la manière de" que de pastiche ou de parodie. Le premier OSS 117 est vraiment très bon, chaque choix de mise en scène (de la photo au montage en passant par la direction d'acteur ou la direction artistique) a deux buts : 1- réincarner quelque chose (et pas à la manière suranée des "choristes" mais vraiment par la prouesse formelle déjà expérimentée avec "le grand détournement") ; 2- faire rire.Le problème du second volet, c'est que toutes les maladresses dont vous parlez, là où il me semble qu'elles sont millimétrées dans le premier volet (le découpage est juste complétement dingue : juste l'arythmie et les faux raccords qu'il faut là où il faut ; par exemple le champ contre-champ où l'espion est recoiffé) ; dans "Rio ne réponds plus" on a effectivement des vannes drôles mais engluées dans une imprécision technique dommageable (faux raccords honteux, burlesque moins abouti au proft de la vanne, décadrages niais...) car c'était justement là la prouesse et 75% de la valeur du "Caire Nid D'Espion" ; tout comme c'était déjà la grande qualité du "Grand détournement".On peut voir le récent court-métrage d'Hazanavicius avec Akhenaton, on comprend que s'il garde de bonnes idées et une réelle intelligence comique ; il y a beaucoup de rigueur perdue en cours de route ; peut être due aux nouvelles exigences de production (que ce soit en terme de temps de production et pré-prod ou d'audience) que soulève ses projets les plus récents.

Norman Bates 21/04/2009 21:35

Le premier avait quand même l'avantage de la surprise ! Quand à mon blog, il faudrait que je me démultiplie pour avoir le temps de regarder plus d'un film par semaine, mais un jour viendra ou j'aurais peut être le temps de m'y remettre !

Bertrand 20/04/2009 23:42

J'avais déjà trouvé le premier faiblard, donc merci pour cette critique qui vient rétablir un peu d'équilibre dans ce douteux concert de louanges.(alimenteras-tu à nouveau ton blog un jour ?)