LE ZEDECEDAIRE DE BILL YELEUZE, épisode 2 : Le Retour de la Critique de Cow-Boy...

Publié le par Bill Yeleuze

[Photo : "Event Cow-girls Get Hairy" d'après une photo du before du BILL YELEUZE ANNUAL SWIMMING POOL SHOW de 2005, à Ackron, Ohio, USA]




Hello Les Kemosabes,

La critique qui sent bon le désert et à l'haleine de cheval revient dans cet article pour suppléer in extremis à ce bon docteur trop accaparé au service des urgences. Changement de costume donc. Dans mon dernier Zédécédaire, j'avais tenté de faire état des films vus lors de mon dernier passage dans le ranch du Marquis, l'homme qui murmure à l'oreille des DVD les plus sauvages. Corpus Analogia, donc. On ne m'appelle que dans les cas désespérés, quand des critiques se sont échappées du corral. Il y a aussi du retard de chroniques dans les films au cinéma (Corpus Filmi), et on va donc essayer aujourd'hui de récupérer une partie du troupeau.

Oui, maintenant que vous me le dites, j'ai vu le film 16 BLOCS, réalisé par cette vieille ganache de Richard Donner (SUPERMAN). Poulet cuit et recuit dans le saké, mariné quoi, Bruce Willis, entre une légion d'honneur et une inauguration de Fête du Cinéma, joue ici le flic imbibé, foutu, largué et donc goulu comme un évier, le rapprochant encore plus, mais avec une moustache, de son rôle génial dont je rêve depuis des années : Homer Simpson dans la version live et long-métrage du dessin animé ! [Voir ici. On peut rêver, disent les plus sceptiques d'entre vous, mais ils n’ont pas encore vu le fabuleux BREAKFAST OF CHAMPIONS d’Alan Rudolph !] Flic à la ramasse donc, Willis doit escorter un petit délinquant du commissariat au palais de justice où il doit comparaître à 10h. Willis râle, il a déjà une nuit de service dans les pattes, et le dit prisonnier est aussi inoffensif que casse-bonbons (Mos Def). Au premier carrefour, bien entendu, le policier plus Johnny que Texas Walker va essuyer en plein New York un déluge de coups de feu. Il sauve in extremis son prisonnier, mais c'est sûr, il y a du flic ripoux sous France Roche. Il va falloir faire le chemin jusqu’au tribunal à pieds.
Bah ! De la petite série B, voilà tout. C'est plutôt soigné : photo bleutée-thriller, of(f) course, un peu de cadre, décors sympas et petits retournements de situations bienvenus. Flic pété, gueule de bois et bedaine en avant, Willis fait son numéro sans trop faire de demi-cercle de la tête avec la bouche en cul de poule (de 3/4), ce qui repose. La situation est bien pourrie, ça pourrait être sympa comme tout. Les scènes d'actions sont souvent plus hésitantes, avec caméra sur gigotis de rigueur, modernes quoi, et donc excessivement impersonnelles. Ça trainasse assez vite dans la dernière longueur, plus attendue et en même temps pas du tout, mais un peu frelatée par l'ambiance Butch Cassidy en position sacrifice, histoire de faire sortir, un peu, les kleenex. Mouais. Mos Def est doublé en casse-rouille zyva insupportable, dévoilant enfin ce que pensent les responsables du doublage : en banlieue, on parle zyva, façon les Inconnus ! Très crédible, surtout dans un thriller un peu glauque. On se croit dans le PRINCE DE BEL AIR, horreur ! Donc, dès qu'il ouvre la bouche, on se casse, fuyant le doubleur zélé et pénible qui mérite largement le licenciement. À part ça, on passe un moment qui passe devant cette série qui ne flatule pas beaucoup plus haut que ce qu'elle est. Ça passe le temps, et ça vaut mieux qu'un BRONZÉS 3 ou un CAÏMAN. Ça permet de rester digne, donc ! À noter ici la présence du toujours improbable David Morse (le flic bizarre de DANCER IN THE DARK, ici en flic ripou, décidément !). Regardable. Un peu dans la veine OTAGE, précédent Willis, mais sans expression personnelle, contrairement au film de Siri qui par moments (et pas les plus moches) arrivait largement à tirer son épingle du jeu.

Le lendemain, je vais voir FIREWALL de Richard Loncraine, vieux compagnon de petite date. J'y vais pour Loncraine. C'est exactement pareil que 16 BLOCS, policier du dimanche soir, Hollywood Night soignée mais de série B quand même, en quelque sorte (seulement). Ici Harrison Ford, King de la protection informatique des données informatiques (logique, somme toute), qui voit sa famille se faire kidnapper chez lui et qui doit, en échange des vies sauves, vider les comptes en banque, sinon on les tue. Non, non, ne touchez pas à ma famille, s'il arrive quoi que ce soit à ma fille, etc., menaces d'impuissant. Papy Ford (moins décati qu'en vrai, épuisé par ALLY Mc BEAL sans doute, le bonhomme parait 75/80 ans facile en interview) paraît assez alerte et smart, un peu comme dans la pub Toyota. Le sujet est rebattu, l'originalité étant que Ford est buggé à mort de micros espions et qu'il est surveillé par des caméras cachées au travail. Les ravisseurs du petit Juju (le gamin de POSÉÏDON, brrrr...) peuvent donc vérifier en direct si Ford joue le jeu et dévalise bien les comptes ! Je ne vois pas trop ce que les critiques du bureau pros (opposés à la critique sauvage de cow-boy que je pratique) ont trouvé là dedans qui leur fasse penser que la chose ressemblât (Mon dieu !) à 24 HEURES (faut pas déconner, quand même) ? En tout cas, si la photo léchouille à mort, et ô surprise, en privilégiant les teintes bleu-thriller (comme 97,54% des thrillers !), est soignée, pas grand chose sinon : cadre gentil vite détruit par une échelle de plans téléfilmesque et rapprochée donc, scène d'action montée en tirant à la courte paille et sur gigotis une fois de plus. Beaucoup moins plouc que 16 BLOCS, on préférera donc le Willis, surtout que Ford, franchement, faut se le farcir ! Quel plat de nouille ! Donc, FIREWALL est banal à crever, mais avec un embryon de départ sympa et une photo léchouillante. Et un casting sympa de seconds rôles : Robert Foster, la sublimissime Virginia Madsen (fabuleuse dans CANDYMAN, le chef-d'œuvre à moins de 5 euros neuf en DVD, qu'attendez-vous, bon sang ???) dans le rôle de la maman du Petit Juju et Mary Lynn Rajskub (formidable folle de Roswell dans MYSTERIOUS SKIN, très bonne actrice), ici un peu sous Prozac quand même. Aucun intérêt donc. Je crois même qu'il y a à la fin une scène avec Médor, le chien de la famille. Au secours !
Richard Loncraine, disons-le, est un bon réalisateur, ou l'était du moins. Il réalisa le superbe LE CERCLE INFERNAL (FULL CIRCLE), film fantastique méconnu avec Mia Farrow. Ce film est sublimissime ! Il vient de sortir en France en DVD, mais ne l'achetez pas : le film est au format 1.85... alors que le vrai format est 2.35 (scope). Donc, c'est recadré. Quel dommage, car le film est désormais introuvable. Mais par pitié, n'achetez pas le DVD : LE CERCLE INFERNAL est film tellement splendide que ça vaut le coup d'attendre de le voir dans de bonnes conditions. [Ceux qui veulent essayer le DVD peuvent aussi regarder un tableau de Van Gogh sur une photocopie noir et blanc et en pliant la moitié de la feuille !]

On continue avec des pouliches françaises de race, élevées à Saint-Cloud dans le plus grand luxe. Mais ne vous laissez pas surprendre, elles ont des mœurs de coyotes texans ! LES BRIGADES DU TIGRE, quelle bonne idée, me dis-je ! Vivement TOURNEZ MANÈGE LE FILM, ou SAMANTHA LE FILM (ce dernier va vraiment être réalisé ! Bonne journée à vous !). Film français de série A, film à costumes, film adapté d'une franchise, et film avec Clovis Cornillac (dire que les américains ont Elijah Wood ou Wentworth Miller, ou James Spader... Nous, on a Cornillac ! Mangez du bœuf !), LES BRIGADES DU TIGRE cumule à peu près ce qui se fait de pire dans votre beau pays !
Bref, ça sent l'arnaque à douze mille kilomètres, et encore plus la naphtaline. On est largement aussi excités que d'aller voir en avant-première ASTÉRIX 4 en présence de l'équipe du film. Bon, on peut le dire, c'est moins pire que prévu, et il y avait même là quelques maigres ambitions. Premier "atout", le scénario très peu réaliste et très exagéré (notamment une Princesse Russe, noble de sang donc, qui prend fait et cause pour la révolution gauchiste la plus violente !), et un vrai effort, en plus, dans les dialogues qui recréent un parler Seconde République des plus artificiels et gouleyants, qui rend la chose assez drôle et un peu non-sensique parfois. Voilà qui sert le casting. Cornillac est Cornillac, l'acteur ACDC (position off ou on, pas de nuance, égal à lui-même, sans saveur). Edouard Baer s'en sort le mieux, avec un rôle incisif, souvent méchant. Bien. Olivier Gourmet, lui, se sort enfin des Dardenne, du Nord et des corons pour investir la comédie, ce qui lui va très bien, le bonhomme étant, je trouve, largement sous-exploité tant par le cinéma commercial que celui dit "art et essai". Bon. Les seconds rôles par contre sont sans intérêt. Les plus pervers d'entre nous se rueront sur Thierry Frémont, ici russe (ouiiiiii !), et totalement splendouillet jusqu'à la moelle !
Côté mise en scène, première surprise, on sent que le scénario a été écrit justement, par endroits seulement mais c'est déjà assez exceptionnel, dans une perspective de mise en scène, et pas seulement dans une perspective narrative ! Sur le papier, c'est déjà un exploit ! Chose doublement bizarre, car dans les séquences qui révèlent ce trait, il y a un réel effort d'aller chercher l'inspiration chez les Ricains, et pas n'importe lesquels. Ça concerne essentiellement deux séquences. La première est celle de la poursuite à 40 à l'heure (cf. JADE de William Friedkin, très bon film) entre Cornillac en voiture et Jacques Gamblin (Ghostbusters !!!!!) en vélo ! Là, l'inspiration est nettement marquée. C'est une tentative de mise en scène à la Sam Peckinpah ! Oui, oui ! Et je dis ça sans rire ! Ralentis, la farine à la place de la poussière, etc. Étonnant, non ? Deuxième séquence, très longue, celle où le même Gamblin (who’re you gonna call ?), est reclus dans la petite maison dans la prairie. C’est un hommage direct à LA PORTE DU PARADIS de Michael Cimino (avec la même charrette enflammée). Ici, c'est plus intéressant, cette séquence étant bien intégrée à l'aspect non-réaliste du scénario (la foule de bourgeois vient voir la scène comme à un match de foot, bonne idée...).
Hélas, dans ces deux séquences, toutes les intentions tombent largement à plat. Le découpage est ignoble dans la première, l'échelle de plan est désespérément réduite et toute la spatialisation de l'action tombe forcément à l'eau ! Bref, on arrive exactement au résultat inverse d'un Cimino ou d'un Peckinpah ! Et c'est d'ailleurs sur ces aspects de la mise en scène que le film échoue. Le montage ne décolle forcément jamais, bien trop plombé par un découpage sans queue ni tête et un choix de cadrages trop frileux. Bien que le film soit assez richement doté (décors notamment) et en scope, les plans rapprochés (notamment dans la séquence de la poursuite) foutent tout en l'air, et empêchent le film de trouver sa logique de réalisation. Le plan rapproché, c'est à peu près le contraire de ce que font les deux maîtres américains. On reste donc bien en France se dit-on dans un soupir. On reste donc bien en France franchouille même, et le film redevient vite anonyme malgré ses bonnes intentions. Alors évidemment, par rapport à
L'EMPIRE DES LOUPS et autres séries Z de luxe qu'on produit chez vous, c'est mieux. La marge de progression est énorme :  changement = améliorations ! Bon, on se dit qu’au moins, un gars en France a vu Peckinpah et Cimino, c'est déjà ça. Ça n'empêche pas le film de sentir la naphtaline, mais c'est un progrès, en plus de dialogues entre brigadiers plutôt travaillés. Raté, donc, mais un peu réfléchi.

Ne reculant devant rien, il fallait voir JEAN-PHILIPPE avec l'ignominieux Johnny Hallyday. Pour le Marquis, c'est le film du Diable. Il déteste Luchini et Hallyday. Le cauchemar le plus ignoble, et d'autant plus flippant qu'il est réaliste, consiste pour le Marquis à être en territoire français le jour où Johnny mourra ! Et je dois dire que cette perspective m'effraie aussi. Tu le sens, le deuil national qui monte ?
Ici, on s'est déplacé car l'histoire, même si elle concerne l'affreux Jojo, rappelle carrément un scénario de Harold Ramis. Je suis donc allé jeter un œil à cette comédie fantastique.
Bah... Que dire ? On sent que le scénario a été réécrit plusieurs fois, dans un esprit de rationalisation et de polissage narratif à l'américaine. Bon, ça aussi c'est un progrès. La scène d'ouverture entre vite dans le lard, c'est agréable, et semble être un montage alterné entre parc des princes et Ploucville, ce qu'elle n'est pas. Cette première scène, réalisée de manière anonyme mais regardable, est simplement triste, voire un peu glauque : ça marche. Luchini luchine ensuite, mais plutôt sotto voce, conte toute attente. Cependant, le soufflet retombe vite. L’intérêt de ce scénario, c'est le conflit Luchini-Hallyday une fois que les deux se sont rencontrés. C'est l'affrontement entre le genre fantastique et la comédie (donc le réalisme). Comment convaincre un pauvre plouc (Johnny) de l'histoire impossible de Luchini, coincé dans un décalage temporel ? Impossible bien sûr ! Et donc intéressant. Malheureusement, cette option est vite résolue. Johnny accepte sur le champ ! Quelle mauvaise idée ! Évidemment, Johnny fera quelques remarques de principe du genre "comment j'ai pu suivre un fuuuuuh pareil !" mais sans conviction. Du coup, le film cherche simplement à déployer un poussif développement en trois actes, un peu too much, et perd tout son intérêt. On est loin au final d'un quelconque effet Harold Ramis. La mise en scène est assez laide, avec des pointes médiocres notamment dans la scène finale très TF1 dans l'esthétique, et la très bizarre scène montée entre Luchini et Jackie Berroyer (qui ne sont jamais rencontrés, à l'évidence), qui fait quasiment mal aux yeux et dont on se dit qu'il a dû y avoir un problème technique ou des pertes de rushs ou je ne sais quoi. Ça sent la bricole... Pour le reste, je ne me souviens absolument pas ou peu de la mise en scène... Une belle idée qui accouche d'un film plan-plan. Mouais... On est bien en France.

Quatre films, deux systèmes semblables avec divers régionalismes. Sur le plan artistique, l’avantage est quand même aux états-uniens, bien sûr, dont les films reflètent un facteur technique bien supérieur, la moindre série A étant au minimum éclairée avec des pincettes, et la spatialisation étant quand même plus efficiente. Ces choses-là, ça se joue finalement à peu !

[Le docteur me signale que le juke-box, dans la colonne de droite, remarche, Hiiiiii Yaaaaaah, et sans qu'on soit intervenu ! Merci Dieu !]

Bill Yeleuze.
 

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Publié dans Corpus Filmi

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