GARDEN STATE de Zach Braff (USA-2005): Culpabilité, Lithium, et Rédemption (Bienvenue dans le New-Jersey!)

Publié le par Tournevis

(photo: "Patha Madonnos" par Dr Devo)

 

Chers Amis,

La famille de Matière Focale s'aggrandit. En plus du Marquis et moi-même, il faudra désormais conmpter sur notre ami Tournevis. L'oeil expert, le regard vif, et la plume bien affûtée, Tournevis avait complétement sa place ici. Nous l'accueillons avec joie, sous vos applaudissements pour son premier article (et qui ne sera pas son dernier). Matière Focale, c'est ça: sélectionner les meilleurs races de critiques pour ne vous donner que le meilleur. Je vous laisse maintenant dans les mains expertes de Tournevis.

Garden State est la dernière curiosité indé du cinoche américain. Film estampillé « Oui FM, la Radio Rock » (super !), porté aux nues par Jean-Pierre Jeunet (re-super !), avouez que ça fait peur. En fait, pas du tout… Enfin beaucoup moins qu’on aurait pu le craindre. Au-delà du buzz marketing sûrement distillé à grands coups de brainstormings inutiles par le distributeur français, le film de Zach Braff se révèle un des films les plus attachants et – à y regarder de plus près – les plus profonds de cette année.
L’acteur auteur réalisateur (étonnant morphing physique entre un jeune Spielberg et un Tom Cruise plus chevalin qu’à l’accoutumé) ose, à partir d’un argument simpliste (un jeune acteur débutant – Andrew – revient dans sa petite ville natale pour y enterrer sa mère handicapée, noyée dans sa baignoire), jouer la carte de la mélancolie, sentiment cinématographique clef, hélas trop rare dans la production américaine d’aujourd’hui.
Premier point fort du film : les acteurs. Natalie Portman en tête (ok, j’avoue, je craque). Après s’être ouvert les veines dans HEAT et écarté le string à paillettes dans CLOSER, la jeune femme nous montre ici, encore une fois, l’étendu de son immense talent et la pertinence de ses choix post STAR WARS. Elle prend des risques la donzelle, n’hésitant pas à camper avec une facilité déconcertante une jeune « white trash » complètement chtarbée et, bien évidemment très attachante. On voit venir l’histoire d’amour à grands pas, mais la poupée est farouche et l’on se demande comment et quand ces deux freaks vont fricoter enfin semble. Ian Holm ensuite, dans le rôle ingrat de l’austère paternel qui ronge son frein et qui ressasse jusqu'à l’ulcère l’idée tenace que son fils est la cause, certes involontaire, de l’handicap de sa femme, et donc de sa mort. Bref, son personnage n’est pas vraiment un joyeux drille, mais l’acteur anglais est une fois de plus sidérant d’intériorité et de retenu.
Zach BRAFF, lui, campe l’anti-héros parfait, Andrew, un mec d’une mollesse exemplaire, aussi imperméable aux événements extérieurs qu’une toile cirée au jus de pomme, que ça soit la mort de sa mère ou les frottis-frottas d’une bombe anatomique lors d’une soirée déglingue. Andrew se fond d’ailleurs dans le décor, au propre comme au figuré, dans un gag caméléonesque assez réussi. Sa vie, loin d’être rythmée par les matchs de football de l’équipe locale, mais plutôt par ses rendez-vous chez le psy, ses humiliations au resto où il travaille ou par la prise de psychotropes, tend plutôt vers l’abrutissement volontaire et quasi masochiste du moindre de ses états d’âme. Jamais vu un personnage aussi mou du genou ni aussi transparent dans un film US. On n’est pas loin de Mersault, l’étranger de Camus.
Alors, GARDEN STATE, œuvre radicale ou bien film de djeunz du samedi soir ? Les deux mon capitaine. Et c’est ça qui en fait tout le charme de cet « Etat des Jardins » (le New Jersey) à l’instar des premiers films d’ados d’un John Hughes qui, avant l’horripilante série des MAMAN, J'AI RATE L'AVION, réussissait à nous émouvoir au milieu des 80’s avec quelques teen comédies bien troussées et toujours justes comme BREAKFAST CLUB ou même le débilissime, mais fort hilarant, LA FOLLE JOURNEE DE FERRIS BUELLER. Plus récemment, et à l’instar de DONNIE DARKO, GARDEN STATE nous pointe du doigt une jeunesse américaine bien éloignée des clichés ados : sportifs, graisseux, décérébrés. Les personnages de Garden State, sont gavés de lithium (comme le héros du film de Richard Kelly), tètent le bang sur le canap défoncé du salon comme on se coupe les ongles des pieds et ne conçoivent pas une simple soirée de retrouvailles entre potes sans comprimés d’ecstazy ou sans partouzer comme pour oublier de concert leur misérables conditions humaines et le trou du cul du monde qui leur serve de ville natale. Pathétique.
Bon évidemment le film est en scope et les morceaux de musique pop mixées très fortes qui parsèment la bande son donnent tout de même envie d’aller habiter là-bas et forcent un peu facilement l’indentification aux personnages principaux. Mais bon, pêché de jeunesse sans doute.
Le film se termine sur un faux happy end amer comme si le réalisateur, tiraillé entre la tristesse générale de son propos et l’obligation de terminer sur une note positive, se mordait la queue. Dernières phrases du film, Andrew murmure à plusieurs reprises à sa belle un « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » qui n’augure pas que de bonnes choses. Bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

 

Tournevis.


PS : ah oui, comme tous les films ricains où enfants et ados apparaissent, V.O. indispensable bien sûr…

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Publié dans Corpus Filmi

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Cyrano 29/06/2005 13:25

J'avoue poliment que ce film ne passant absolument pas a 100 km à la ronde (Alors que pour Brice de Nice, il y en des copies!!!), j'ai dû me le procurer autrement et le voir en V.O mais pas au cinéma!
Résultat des courses: j'attends le DVD!
Le film est très beau l'analogie avec Donnie Darko est assez juste, avec un côté plus terre à terre peut-être.. L'interprétation est sensible, les choix esthétiques (y compris musicaux) simples et bien sentis... Un ton original aussi, bien sûr, d'autres l'ont dit que les trentenaires et adulescents étaient un peu paumés mais ce Lost in translation de banlieue résidentielle américaine est juste et bien porté, sans esbrouffe..sincère.
Zach Braff est vraiment pas mal devant et derrière la caméra, un jeu tout en souplesse, entre le flegme et le desarroi, Portman compose un truc sympa fait d'excentricité et de sucreries petite fille...Les seconds rôles sont bien menés aussi. Rafraîchissant et très actuel...allez, même la fin m'a plu, on ne leur veut que du bien à ces gens-là!Ca y est je pleure de l'oeil droit, c'est malin...Je ne suis qu'une pauvre petite chose sensible!!

Cgiles 29/06/2005 10:29

J'attendais impatienment ce film depuis ça découverte dans une news plus d'un an avat la sortie, fan de ZB (quoi que le mot fan n'est pas vraiment ce qui correspond le mieux mais bon c'est un mot fourretout comme teenmovie ( voir plus loin) ) depuis la découverte de scrubs, j'ai été térrasé par Garden State, voir limite un syndrome de stendhal, bon redevenons sérieux.
Je pense que l'on peut méchament dire que c'est un teen-movie, voir un adultteen-movie, mais cela pour le rapprocher d'une autre grand film récents : Donnie Darko, comme tu le fais dans ton article : le lithium , comme l'explique R.Kelly, DD correspond au début du traitement des enfant-ado a coup de cachet pour rentrer dans les rangs, les personnages , qui sont déconnecté de la réalité , voir on un rapport différent des autres par rapport à celle-ci, ou encore la scène du baisé qui ce passe lors ce que ça leur représente quelque chose de "beau".
Bref si vous pouvez encore aller le voir n'hésiter pas.

Dr Devo 01/05/2005 14:32

J'y travaille!
Ca va se rétablir!

philippe U 01/05/2005 13:59

Il faut un écran 33'' pour voir ce blog correctement maintenant ?

Peyo 30/04/2005 18:42

Garden State, Dr Devo sait ô combien j'ai defendu ce film.
Belle critique ;)