L'EMPIRE DES LOUPS, de Chris Nahon (France-2005) : Pluie Molle

Publié le par Docteur Devo

(photo: "Le Point Noir du Mauvais Cinéma" par Dr Devo)

Chers Confrères,
 
Comme pour crâner, je reviens sur Matière Focale après quelques jours d'absence. Vous étiez dans de bonnes mains, avec Mr Le Marquis, plus en forme que jamais dans une défense superbe des copies DVD semi-pirates (c'est un peu compliqué mais fabuleusement bien expliqué par Marquis, ici). Et hier, vous avez pu découvrir le petit nouveau de la bande, Tournevis, l'homme qui démonte les films sans vergogne et vous dit ce qu'il y a sous le capot. Il vous conseille GARDEN STATE, et d'assez loin.
 
Et ce n’est pas moi qui vais vous conseiller un film sympa pour ce dimanche 1er mai, ou pour le prochain viaduc. De toutes façons, les beaux jours arrivent et les salles de cinéma vont heureusement se vider ! Parce que là, les amis, c'est pas du terrible quand même. Enfin bon, on va quand même faire avec.
L'EMPIRE DES LOUPS de Chris Nahon, est, comme chacun le sait, excepté le Dr Devo qui se rendit compte que sa bévue était double pendant le générique, ce film, dis-je, comme chacun le sait, est donc adapté d'un livre de Jean-Christophe Grangé déjà auteur des RIVIERES POURPRES le film... Towww ! Bévue Mortelle pour le Dr Devo, tel aurait pu être le titre de cette séance. Bon, je savais que j'allais voir un Jean Reno qui, comme je le disais il y a peu, est le Eric von Stroheim des années 2000, et donc à ce titre, on sait à quoi on s'attend, ou plutôt à quoi on ne s'attend pas. Les deux petits gars derrière moi m'ont donc appris, en bavardant pendant le générique, que c'était adapté de Grangé, et je ne sais comment le dire avec exactitude, mais ça m'a fait un coup au moral. Bon, le scénario des RIVIERES POURPRES était complètement surréaliste, et franco-français jusqu'à l’absurde. Très confuse la chose, au papier comme à l'écran d'ailleurs, où tout était assez laid, très débilosse, et unanimement mal joué ! Bravo les Artistes. Cependant, il y avait un plan et demi de réussi. D’abord, le plan en caméra subjective sur le stade, de nuit, avec sa couleur sublimement maronnâtre, sur le "méchant" masqué qui fuit progressivement Cassel. Ça dure deux secondes, ce plan, mais c'est magnifique. Et puis il y avait le plan descendant sur la fac de médecine, qui s'achevait sur la route et où le mot « Urgence », en immense, couvrait en fin de mouvement la totale longueur du scope ! Idée farfelue, belle mais malheureusement le plan était complètement foiré : ça tremblait de partout ! Très laid ! Mais quelqu'un a eu l'idée géniale de mettre le son d'un hélicoptère dessus, car après tout le plan est dans un mouvement "descendant" ! Et là, je dis chapeau ! Ça, c'est la France ! Pas étonnant que les Etast-Uniens nous raflent la mise au moindre XXX. En tout cas, un plan sublime de deux secondes, et un plan rigolo et raté de trois secondes, ce n’est pas grand chose!
 
Ici, il s'agit d'une enquête policière en deux temps. D'un côté, un sérieulh-killaheu qui terrorise le quartier turc (Turkistown ?) de Paris, et qui laisse derrière lui des cadavres de jeunes femmes mutilées avec un soin maniaque. De l'autre côté, une jeune femme comme vous et moi, sauf qu'elle est mariée à un énarque policier (si j'ai bien compris), et qu'elle habite dans un studio haussmannien de trois cent mètres carrés, décoré avec le plus grand soin, et le mauvais goût le plus sûr. Elle se demande si sa famille n'est pas en train de la manipuler, car elle a des troubles de la mémoire (elle ne reconnaît pas son mari, mais ceci dit, c'est pas très étonnant, il est carrément très oubliable...), des troubles de la mémoire dis-je, et on va même lui faire passer des examens high-tech dans un labo secret de l'Armée. Finaude comme pas deux, elle a des soupçons. Le jeune flic qui enquête sur le sérieulh-killaheu (sa maman a été tuée quand il avait 7 ans ! respect !), patine complètement, aucun indice, tueur maniaque... Blah-blah... Il va trouver un ex-flic renvoyé de la maison, spécialiste du milieu turc, et considéré comme un ripou par tous ces anciens collègues. Le vieux flic et le jeune flic (ha ouais !) viennent très vite à la conclusion que, accrochez-vous, "il ne faut pas trouver le tueur, mais trouver la prochaine victime", phrase sublime pour la bande-annonce, ou pour qui veut faire une enquête à la Robbe-Grillet, mais pour les autres, procédé laborieux à la COLUMBO, un indice menant à un autre. Petit baigneur, fais tes longueurs de piscine. Brasse, petit vernis. « Mettre papier + carbone dans la machine ! Continue comme ça, dit-elle. Oh ouiiiiiii ! Oh oui ! » Comme disait le poète quoi ! La roue libre. Générique. Tu rentres chez toi et tu regardes un épisode de CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR, et tu éclates de rire. Les imbéciles ! Ce n’est pourtant pas compliqué ! [Chose d'autant plus drôle que Gaumont aurait payé les droits d'adaptation 1 million d'euros !!!]
 
Alors Docteur, faut-il essayer de sauver le patient, ou cela est-il désespéré ?  Bah, débranchez-le... Une scène hilarante au début et en générique, où notre héroïne manipulée dans le labo high-tech et secret de l'armée doit reconnaître des images projetées, ambiance tranquillement pompée à deux ou trois dizaines de films. L'actrice Arly Jover, que notre ami Léon C. adore (j'y reviens), est allongée sur un siège de dentiste du troisième millénaire, en petit T-shirt, et petit slibard assorti, telle Milla Jovovich dans le premier RESIDENT EVIL. On injecte à la pauvrette du liquide radioactif fluo-verdâtre, un peu à la RE-ANIMATOR, film que Léon C. adore d'ailleurs. Etc. Bref, ça pille à tous les étages mais la scène est assez drôle, parce qu'on lui fait reconnaître des formes très compliquées (carré, triangle, croix...) et des personnages célèbres (Staline, Mao, Reagan), et que, quand le seul visage qu'on ne connaît pas passe, elle se met à hurler "jesaispasjesaispasjesaispas!!!!"... En fait, c’est la photo de son mari ! Bref, un grand moment de splendouillettude.
La première partie, assez mal écrite donc (comme le reste d'ailleurs !), court gentiment après SEVEN, pour son ambiance pluie, où l’on dénote un petit effort d'étalonnage et de jeux de reflets (cf. le retour en voiture) pas forcément désagréable, mais qui tombe très vite à l'eau, d'abord à force de répétition, puis à force de montage anarchique, sans rythme et aléatoire, très au service de comédiens qui sont soit complètement paumés, soit complètement à côté de la plaque, "à la française" ! Ce petit effort esthétique ne pisse pas loin, et le reste est super-mou. On baille, et on note les maladroites références pour faire « dans le style de... » Plutôt que de revoir le beau THE CELL (et même de le revoir encore en écoutant le commentaire audio dur mais sublime où le réalisateur explique pourquoi on ne plus faire de film de serial killer) et de s'apercevoir qu'on peut faire un film de tueurs sans lumière grise-bleue, et en plein soleil, les "concepteurs" de L'EMPIRE DES LOUPS construisent leur film comme des ambianceurs préparent une soirée people dans une boîte branchée. Là, ce serait la salle classique, là, ce serait l'ambiance Kawaï, et là, patati patata... Aucun intérêt. Côté acteurs, évidemment ça ne joue pas beaucoup. Le niveau visé est celui d'un téléfilm, et pendant la projection, on se sent plus proche de LOULOU LA BROCANTE ou de PJ à la rigueur que de David Fincher. C'est assez mal joué donc, et on est assez soulagés finalement de voir Jean Reno débarquer et jeanrenoïser tranquillement, l'œil rivé hors-champs sur l'énorme chronomètre qu'il a fait installer près des techniciens, et qui lui indique le coût de sa performance qui monte, qui monte, qui monte... Laura Morante fait ce qu'on lui dit de faire et s'en sort un peu mieux que les autres, il est vrai, dans un rôle assez minuscule. Pour les plus pointilleux d'entre-nous, signalons la présence de Vincent Grass, ici complètement anonyme car il n'a qu'une scène, et débile en plus, mais qu'on retrouvera  à l'automne prochain dans THE TULSE LUPPER SUITCASES 2 de Peter Greenaway, chic chic chic, qui sera sûrement aussi superbe que le No1 que j'ai déjà vu, et dont je vous assure, chers confrères, que c'est un chef-d'œuvre galactique intégral. Et ce n'est pas nos amis Bernard RAPP et le Marquis qui nous diront le contraire !
 
En bref, avec ses velléités de suiveur et son casting qui, majoritairement, vise la qualité TV, rien à signaler dans ce film bâclé, dont on se demande bien où est passé le budget complètement hénaurme ! Pour répondre à notre ami Léon C., qui avait laissé une remarque en commentaire de mon article sur MILLION DOLLAR BABY  (tu es ici chez toi, tu reviens quand tu veux, comme disait le poète), Arly Jover, l'hispanique au physique un peu particulier,  a l'air complètement perdue dans un rôle très ingrat (quand elle est allongée, ou que sa tête penche vers l’arrière, elle a un vrai faux air de Rachel Griffith). J’ai dû en effet la croiser dans le premier BLADE (mais je ne m'en souviens pas), et je préfèrerais la voir nettement dans FOUR DOGS PLAYING POKER où elle tenait l'affiche avec Olivia Williams, la délicieuse et sublime héroïne de RUSHMORE, le chef-d'œuvre de Wes Anderson. Bref, à moins de rêver au prochain Greenaway ou de se rappeler RUSHMORE pendant la séance, L'EMPIRE DES LOUPS n'a aucun intérêt, ne fait preuve d'aucune volonté d'originalité, et une fois de plus, devant tant d'approximation et de suivisme (et surtout de manque de mise en scène), on a une fois de plus l'impression de se faire faire les poches, là où le prix d'une place de cinéma dépasse de plus en plus les 7€ !
 
A la fin de la toute dernière scène, Reno et son pote le jeune flic finissent par abattre le véritable méchant de l'histoire. Reno reçoit un coup de fil de son super-patron de la Police qui dit : "Où est-ce que vous en êtes ?". Reno, qui vient d'abattre le "cerveau" de l'histoire, répond : "C'est bon. C’est fini !". Et hop, générique. Tu le sens le regard sur le chronomètre à euros, hors-champ ? Tu le sens le ton du film ? Oui, et ça a un nom: VULGAIRE !
 
 Evidemment Vôtre,
 
Dr Devo
 
PS: je pensais parler dans ce même article de XXX, deuxième mouture, mais je crois qu'on en a vu assez pour aujourd'hui. Vous trouverez chez notre ami Kuhe im Halbtrauer un très bel article sur L'EMPIRE DES LOUPS.
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés: cliquez ici!

Publié dans Corpus Filmi

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Le Marquis 03/05/2005 17:56

ha la la, je ne l'ai jamais vu celui-là...

Papy Navo 03/05/2005 11:06

J'ai toujours eu un faible pour Robojox...

Le Marquis 02/05/2005 23:00

RE-ANIMATOR, FROM BEYOND, la grande époque... Mais n'oubliez pas le très beau DOLLS.

Monsieur Deloyal 02/05/2005 12:32

belle illustration, que j'ai remarquée sur le film amateur de F Cannavaro !!!

Fab 01/05/2005 22:42

ah tu as linké le blog d'Abie. c'est bien hein... il y a toujours à lire et c'est joliment écrit. Bon boulot.