AIR DOLL de Hirokazu Kore-Eda (Japon-2009): Cannes Focale 2009, Jour 2.

Publié le par LJ Ghost






[Photo: "The World is Yet to Come" par Dr Devo.]




Chers Focaliens,

La petite famille focalienne s'agrandit, c'est émouvant, mais plus important encore, ne reculant devant aucun sacrifice, (mangeage de biscottes pendant trois mois pour toute l'équipe, familles déshéritées, prostitution occasionnelle des critiques focaliens encore fringuants, vente des slips...), Matière Focale a réussi à envoyer un espion à Cannes. Il s'appelle LJ Ghost, il est discret  comme un saboteur bolchévique, précis comme un missile sol-air, et on lui donnerait le bon dieu sans confession avec ses airs de gendre idéal. Homme bien né et de grande culture, il nous envoie son premier bulletin secret, enfin plutôt son deuxième...

 

Bienvenue à lui...

Dr Devo.

 

 

 





Evitons de parler du contexte, des circonstances, de savoir s'il faisait beau ou s'il y avait du monde pour acheter une glace vanille-fraise. Parlons de cinéma, c'est tellement rare !



Le premier (et seul !) film que j'ai vu ce jour s'intitule KUKI NINGYO (AIR DOLL pour l'international) et est réalisé par un monsieur qui a l'air très gentil, j'ai nommé Kore-Eda Hirokazu (qui, apparemment est responsable de NOBODY KNOWS, c'est une information très intéressante). Le film nous raconte l'histoire d'une poupée gonflable qui, comme ça, un jour, pouf pouf, devient humaine. Certes. Ouvrons les hostilités.



Le sujet est traité par-dessus la jambe, et ce, malgré les deux heures et des poussières que dure le film, il ne décolle vraiment jamais des clichés auxquels on pouvait s'attendre de la part d'une idée comme celle-ci : elle apprend la vie, le travail (nous sommes au Japon), la mort ("C'est quoi la mort ?", au secours !), l'amour, la déception amoureuse, etc. On ne challenge jamais notre intelligence, et c'est très visible à cause d'un principe de mise en scène ici affreusement mal utilisé : la voix-off. Elle explique tout, explicite tout, et évite au spectateurs de réfléchir un tant soit peu aux enjeux proposés et à la complexité de l'apprentissage de la poupée devenue humaine. Nous ne nous poseront finalement jamais de questions quant à ce qu'elle vit, vu qu'elle le dit elle-même dès l'instant que le film devient un tant soit peu obscur ! Quel dommage !




Evidemment, il ne faut pas attendre de l'émotion venant de la mise en scène: elle est impersonnelle au mieux, insipide au pire. Les cadres ne sont pas travaillés (c'est un peu le "highway to hell" du plan rapproché), le montage est fonctionnel, il y a simplement un amusant jeu de mise au point qui donne un peu de vigueur à l'ensemble (je trouve plutôt amusant de penser que c'est une erreur du projectionniste !). Le film est mécaniquement découpé, et monté comme on le ferait d'un film de vacances : jamais de ruptures, jamais d'aspérités, tout coule de source et nous freine désespérément sur le chemin d'une quelconque émotion. La puissance de l'histoire est donc amoindrie : nous ne sommes jamais avec le personnage, et il n'y a même pas une petite gourmandise pour nous maintenir éveillés !



Je dois avouer avoir du mal à me rappeler d'une scène en particulier, tant l'ensemble du film vogue sur un radeau de mollesse absolue où aucun passage obligé ne nous sera épargné (dont la superbement originale scène de "soufflement" (je code) qui remplace la scène de sexe ! Houlala !). Ne parlons même pas des personnages secondaires, écrits par-dessus la jambe, jamais incarnés et caricaturaux au possible (l'enfant, le vieux malade, la vieille folle, la boulimique, bref, un espèce de melting-pot-pourri du monde, quoi, en fait) ; parce que, voyez-vous, nous sommes tous des poupées gonflables, nous n'avons rien à l'intérieur ! Waaah ! C'est étouffant d'originalité, et surtout de discernement. Bref.




Il y a tout de même deux-trois belles choses, mais malheureusement mal traitées : la relation entre la poupée et son propriétaire est trop immédiatement pathétique (à cause de la scène de sexe originelle), alors qu'il aurait finalement été plus intéressant d'en faire tout de suite quelque chose d'acquis et de, disons, normal (ce vers quoi tend le film au fur et à mesure, mais trop tard, et de manière pas assez précise pour que ce soit évident), pour que le malaise soit plus parlant. Ici, comme je l'ai dit précédemment, tout coule de source, et l'apprentissage de la poupée s'avère finalement très balisé, un peu à la Rocky en fait, et jamais rien ne dépasse. L'espèce de final à la Oshima (mais en moins beau) est plutôt bien vu, mais contrebalancé par l'usage frénétique et inexpliqué de fin à tiroirs, dans laquelle on dirait que c'est au spectateur de faire son choix (et les effets spéciaux moches sont une très mauvaise idée) !



Je ne vois pas trop quoi en dire de plus, ce n'est ni infamant ni brillant. AIR DOLL est dans un espèce de ventre mou où le temps semble s'étirer et où le spectateur semble s'étioler, mais rien de bien scandaleux. En fait, pour tout dire, ce film est au cinéma ce que le minéral est à la gastronomie : il n'a aucun goût mais bourre la bouche.



Et, quand même, c'est beau de commence par le jour 2.

 

LJ Ghost.




  

Publié dans Corpus Filmi

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