Cette Nuit, LJ M'a Sauvé l'Avis: Cannes Focale 2009, Jour 3.

Publié le par LJ Ghost






[Photo: "Quentin Tarantino - Autoportrait" par LJ Ghost.]






Jour 3 du Festival de Cannes, avec comme programme, pour votre serviteur, deux films en compétition et une superbe reprise en séance spéciale, avec des guests de choix ! Commençons !




THIRST (CECI EST MON SANG...) de Park Chan-Wook (Corée du Sud, 2009)

Un jeune prêtre, le sémillant Song Kang-Ho (déjà vu dans le sympathique THE HOST), décide un jour de partir au fin fond de l'Afrique pour se faire inoculer un virus dévastateur afin de tester un vaccin. Il est le seul survivant de l'expérimentation, mais suite à une transfusion de sang, se découvre de curieux pouvoirs : il est devenu vampire. Dans le même temps, il tombe sous le charme de Kim Ok-Vin, la femme d'un de ses amis d'enfance...



Park Chan-Wook est un petit malin, qui semble très bien connaître son métier ; car quand on n'a pas lu le synopsis, ce qui était plus ou moins mon cas (survolé et pratiquement oublié), avant d'entrer dans la salle, la première bobine fait un peu peur : vraiment ? Un film de paroissiens où rien ne se passe, dans un espèce de faux rythme assez dérangeant ? C'est là que notre ami Park bascule son film, et le fait bifurquer vers un vrai film de genre, complètement premier degré, et dans une espèce de descente aux enfers physique et psychologique. Il est en cela complètement aidé par sa mise en scène, qui se métamorphose petit à petit, à l'unisson du personnage principal : sage et plutôt en à-plat au départ (avec un joli jeu sur l'échelle de plans), pour poursuivre de manière un peu baroque en enchaînant les inserts, les filtres, une photographie belle et changeante, et plein de petites idées tout à fait poétiques que je vous laisse découvrir pour ne pas vous gâcher tout le plaisir. Le montage est précis et alerte, il multiplie les axes et n'hésite pas à utiliser un humour noir assez savoureux en contrepoint de la violence sèche mais rare et subtile, qui fonctionne très bien.



Quelques bémols cependant. Le film semble un peu trop long ; le rythme ne me paraît pas très bien géré, il y a quelques longueurs assez embêtantes dans le ventre mou du film. Les acteurs ne sont pas parfaits non plus, Kim Ok-Vin manque un peu de précision, mais rien de rédhibitoire, finalement. Le film est extrêmement physique, et a demandé une belle dévotion de la part des acteurs, dans la déliquescence de la maladie comme dans la chaleur de l'étreinte animale (belles scènes de sexe, par ailleurs, parfois gênantes, avec une évidente mais réussie utilisation du son).



Peut-être pas un chef-d'oeuvre mais un film réussi, assez ambitieux mais qui a parfois du mal à s'affranchir de certains clichés inhérents au genre auquel il appartient (je tiens en exemple la longue séquence finale, genre de jeu mimesque désespéré, inutile et beau, au son particulier ; je n'en dis pas plus).



Un idée m'est venue tout à fait récemment : pour les films en compétition que je verrai, je leur donnerai une note représentant l'appréciation (probable) des membres du jury du Festival et la chance qu'ils aient la suprême récompense. Je ferai ça sous forme d'étoile, de zéro à cinq pour les "chefs-d'oeuvre" cannois. Pour THIRST, je mettrai trois étoiles (parce que bon, voyez-vous madame, un film de genre, ça fait mauvais genre !).








BRIGHT STAR de Jane Campion (Nouvelle-Zelande/UK, 2009)


Nous sommes quelque part en Angleterre, en 1818, et il fait beau. Ben Whishaw est un poète génial mais incompris, trop engoncé qu'il est dans sa veste délavée et sa ténébritude. Abbie Cornish est une jeune fille trop moderne pour son temps, effrontée et créatrice de robes à froufrous qui ont un grand succès dans les bals du dimanche soir. Entre la superficielle et le torturé, les choses sont difficiles au début mais Abbie, touchée par les vers de Ben ("Le ciel est bleu/Les nuages sont blancs/Gêné par le vent/Je vais me chercher une petite laine"), tombe amoureuse du sus-nommé, et réciproquement, rapprochés qu'ils sont par la maladie mortelle du frère de Ben, le pauvre garçon. Les deux tourtereaux vivent une passion secrète à base de balades en calèche la nuit, devant l'incompréhension des familles et amis des amants contrits. Finalement, la maladie de Ben va changer bien des choses dans leur quotidien...



Alors, bon, par où commencer ? Peut-être par le fait qu'il s'agisse d'un film en costumes doublé d'un film de maladie (NdDrD: Oh, mon Dieu!), ce qui, bien évidemment, ne présage au départ rien de bon. Mais n'ayez point peur ! La gangrène va se propager.



Inutile de rechercher la moindre trace de mise en scène, même au microscope vous n'en verrez pas. Tout est d'un académisme désespérant, les cadres ne sont pas composés et elle a complètement oublié l'existence des axes. Ah si, à un moment il y a une petite plongée, quand Abbie apprend la maladie de Benny. C'est tout à fait iconoclaste, vous en conviendrez, mais finalement l'effet fonctionne plutôt bien puisque pendant l'heure quarante-cinq précédente tout n'a été filmé qu'à hauteur d'homme. On lève donc un sourcil et on se dit "Ah !", puis on peut retourner dans les bras de Morphée. Ajoutons tout de même que pour les scènes en extérieur entre les deux rouge-gorges, l'image granule un tout petit peu et il y a du flare, parce que bon, Jane Campion met sa caméra en face du soleil entre les branches des arbres. Le son est quant à lui totalement inutilisé ; sauf pour les dialogues, le plancher qui craque sous les pas en intérieur et les petits oiseaux qui piaillent en extérieur. Les acteurs sont nuls (à part la petite boniche qui m'a paru plutôt intéressante). Côté montage... Quoi ? Pardon ? On se connaît ?



BRIGHT STAR est une espèce d'éloge au romantisme petit-bourgeois avec un balai dans le fondement, qui n'aime rien mieux que de déblatérer de la poésie au lieu d'en faire. Jane Campion a lu Orgueil et Préjugés, a bien aimé, et a décidé de faire la même chose. Ahem.



Ah oui, et c'est une histoire vraie. Rions ensemble, ou pleurons de désespoir.



Note du festival : cinq étoiles.








LES CHAUSSONS ROUGES de Michael Powell et Emeric Pressburger (UK, 1948)

Soirée de gala dans la salle Debussy du Palais des Festivals, Martin Scorsese venait présenter la remasterisation des CHAUSSONS ROUGES qu'il a orchestré (le film l'ayant beaucoup marqué dans sa jeunesse). Il était accompagné de la femme de feu Michael Powell et, dans la salle, quelques guests de choix : Rosanna Arquette, Tilda Swinton (Tildaaa !) , James Gray, Ang Lee, Harvey Weinstein... Du beau linge, donc, pour cette projection du chef-d'oeuvre du duo anglais, et un peu de jeanclaudebrialisme ne fait jamais de mal à personne ! [NduDrD: t'as rencontré Tilda? Et j'étais pas là? La vie est injuste, Dieu n'existe pas...]



Que dire chers amis, que dire ? Que LES CHAUSSONS ROUGES n'ont pas vieilli d'un poil, que la photo de Jack Cardiff est d'une beauté hallucinante et fait à elle seule monter les larmes aux yeux, que les décors en carton-pâte de Hein Heckroth sont à se damner, que la volonté de Powell et Pressburger de placer, au centre de leur film, seize minutes de ballet est une idée brillante et une leçon de cinéma unique : quel besoin de dialogues ? Il ne suffit que de mise en scène, de montage et de direction d'acteurs, un peu de caches, de surimpressions, de jeu de reflets, et on fait un film merveilleux ! Je n'ai plus d'adjectifs assez forts, tout est magnifique, point.



J'ai vu, sans aucun doute, le plus beau film du Festival. Et celui-ci n'a aucune chance de gagner. Mais aurait-il seulement gagné ?



LJ Ghost.



Retrouvez la précédente chronique de LJ Ghost sur le festival de Cannes 2009 ici: Jour 2.

Et retrouvez sa chronique suivante ici: Jour 5.



Publié dans Corpus Filmi

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LJ Ghost 17/05/2009 22:36

Tout d'abord je tiens à vous remercier de ce fabuleux accueil au sein du temple focalien !Cher Docteur, je vous invite tout de même à aller voir le film de la Campion, peut-être y verrez-vous des choses qui m'ont échappé, mais en l'état je dois avouer que je n'ai rien vu à sauver. C'est un film calibré pour Cannes et pour faire pleurer la ménagère (qui pleurait effectivement).Et Tilda est merveilleuse (et était dans la même rangée que moi, ce qui a fait puissamment battre mon coeur !).Cher Bertrand, je dois vous avoué n'avoir pas piqué du nez durant LES CHAUSSONS ROUGES, dont le Technicolor flamboyant fait de toute manière garder les yeux grands ouverts !A très bientôt pour de nouvelles aventures !LJ Ghost

Dr+Devo 17/05/2009 19:00

Ha LA RENARDE j'aime bcp aussi, et je trouve pas ça chiant pour un sou!Dr Devo.

Bertrand 17/05/2009 18:45

Effectivement Les Chaussons Rouges c'est difficilement évitable, même s'il faut tout de même s'attendre à pioncer gentiment ici et là, un peu comme leur mélo La Renarde, qu'est-ce que c'est beau, mais qu'est-ce que c'est chiant..

Dr Devo 17/05/2009 17:37

Ha bah merdre alors!!! La Campion est passé du côté obscur!!!!! Quelle triste nouvelle nous rapportes-tu là, cher LJ!Ha, les CHAUSSONS ROUGES ! Pour les focaliens en culottes courtes, je rappelle que les film de Powell sont des films de première importance et d'une richesse inouïe. C'est vraiment très beau...Vivement la suite de ces cannoises aventures! Du suspens! Des révélations! Des coups de théatre!Dr Devo.