LOOKING FOR ERIC de Ken Loach (UK-2009): Cannes Focale, Jour 6.

Publié le par LJ Ghost





[Photo: "Je leur avais bien dit pourtant, que le ciel était bleu comme un volcan, que l'herbe était verte comme un cygne s'envolant, et que ne comptaient que les tremblements de terre au fond de l'océan..." par LJ Ghost d'après une photo du cinéaste Derek Jarman.]




Vous trouverez ci-aprés la précédente chronique cannoise et focalienne de LJ Gjost: Jour 5.]





Après m'être fait refouler pour le Lars von Trier, je me fait accepter pour le Ken Loach. Si ça c'est pas un coup du karma...





Steve Evets est postier en Angleterre, fan de football et en particulier du club de Manchester United. Il a connu une femme trente ans plus tôt (Stephanie Bishop), avec qui il a eu un enfant (qui a son tour a eu un enfant) et qu'il a quitté du jour au lendemain. Il s'est ensuite remarié avec une femme et les deux enfants de celle-ci ; seulement, elle est partie (je vous laisse découvrir la raison) et maintenant Steve se retrouve seul à élever ses deux beaux-fils, de grands gaillards en pleine crise d'adolescence, les deux magouillant dans des petites combines. Un jour, Steve a un accident de voiture mineur et se rend alors compte que sa vie dépérit petit à petit, en partie parce qu'il regrette d'avoir quitté Stephanie Bishop. Ne trouvant pas de réconfort auprès de ses amis postiers, il se tourne vers son imagination, incarnée par son idole, Eric Cantona (qu'il considère comme un Dieu), qui va le coacher pour ramasser et recoller les parcelles éparses de sa vie, et principalement reprendre contact avec sa première femme.



Curieux objet cinématographique que ce LOOKING FOR ERIC. Si on a connu Loach, toutes ces années, pour être le parangon du cinéma social, du cinéma du réel, qui lui a permis de gagner sa première Palme d'Or en 2006 pour LE VENT SE LEVE, il se trouve ici en antinomie avec ce qu'il a fait jusqu'ici. Enfin, en antinomie, c'est exagéré. Je m'explique. Si l'observation sociale est toujours présente, elle l'est en filigrane (enfin, pas complètement, disons qu'elle n'est pas le coeur même du film - même si elle est très remarquable). Nous nous retrouvons donc avec une espèce de comédie romantique à l'américaine (le coach qui aide le loser à avoir la fille), teintée de fantastique (de fantasmagorie, plutôt - le coach en question est une vision de l'esprit, une projection de l'image que Steve Evets se fait de son idole), tentant l'humour (la séquence de psychanalyse de groupe est plutôt réussie sur ce mode-là), mais sans véritablement de conséquences sociales à la fin. Disons qu'il est intéressant de voir Loach s'essayer à ce genre d'exercice, mais que le résultat n'est pas particulièrement transcendant.



Puis, le film observe un changement de cap, et bifurque ensuite vers un espèce de drame, en tout cas un événement à résonance dramatique, tout aussi américanisant, que rien ne laissait vraiment deviner. Cette métamorphose du film est plutôt inconséquente, et on se dit finalement que s'il a fait ça, s'il a choisi cette voie, c'est pour gagner trente minutes et le coeur des spectateurs, en un espèce de morceau de bravoure qui justifie assez maladroitement le parti-pris du film. En clair, j'ai l'impression que s'il avait retiré ce passage, le film aurait non seulement gagné en concision, mais aussi que ça n'aurait pas vraiment eu de répercussions sur la fin. Il (le passage) semble donc artificiel et simplement là pour servir une morale fraternelle assez téléphonée et pas vraiment bouleversante (ni dans l'originalité, ni dans l'émotion conférée au spectateur).



Il me paraît également important de dire que malgré la teinte américanisante du film, il se fait plutôt en lo-fi, morne, à la façon Loach, finalement. Il reste visuellement fidèle à lui-même tout en semblant ingérer et régurgiter quelque chose qui, entre des mains américaines, aurait donné un film faste et rempli de belles gueules ; ici, l'anglais n'utilise pratiquement que des gens "moches", "normaux" plutôt, là où de l'autre côté de l'Atlantique on aurait eu Will Smith et Julia Roberts. L'impression du film s'en trouve finalement assez étrange.



Si on regarde dans le moteur, le film finit de nous décevoir ; il y a bien un joli grain dès le début du film, mais il est complètement gâché par la propension de Loach à ne filmer qu'en plan rapprochés (c'est très agaçant, depuis le début de ce Festival, j'ai l'impression d'à chaque fois me répéter, comme si j'avais toujours vu le même film) pour être toujours plus près des personnages (ce qui est, bien sûr, une idiotie). Les cadres sont donc laids et quelconques, la photo est grisâtre (que voulez-vous, on est en Angleterre - ah, mais allez plutôt voir un bon petit Derek Jarman, vous verrez que de l'autre côté de la Manche, tout n'est pas gris !), le montage et le son n'existent que pour servir le scénario. Je n'ai pas réussi à bien identifier la technique de filmage, si c'était de la caméra épaule, du panoramique tremblé ou de la steadicam qu'on trimbalait dans tous les sens, mais c'était très agaçant. La palme (ahah !) revient aux séquences de voiture, d'une innommable laideur. Bref, de ce côté-là, il ne fait aucun effort, c'est quasiment du foutage de gueule pur et simple.




Note du Festival : quatorze étoiles sur cinq possibles (il n'y a qu'à voir la réaction du public, très en forme et de très bonne composition, qui a applaudit me semble-t-il trois fois durant la projection ; petite remarque avant de vous quitter : j'ai remarqué que durant le Festival, le public était très joueur et réagissait bruyamment à chacun des films que j'ai vu - ça et l'extraordinaire qualité des copies, mais ça devrait être la moindre des choses tout le temps).



LJ Ghost.






Retrouvez la chronique focalienne et cannoise suivante de LJ Ghost: ici.








Publié dans Corpus Filmi

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sigismund 20/05/2009 12:03

superbes articles LJ, j'ai l'impression d'être moi-même à Cannes...

Abraham Soubrie 20/05/2009 11:57

Bonjour, Merci pour votre article , belle photo Quand je suis assis Là - Devant cet écran ... je vois votre travail , c'est comme auprès d'une fontaine , les idées coulent et prennent vie ...                                    çA Phot ' Aux Yeux ...!A+ de vous relire , Sincère Salutations . Abraham Soubrie  PhotoGraphiC

Echecs 19/05/2009 20:37

La chance sourit aux perseverants.Yves