MUTANTS de David Morlet (France-2009): Hélène et les Garçons Bouchers.

Publié le par Norman Bates





[Photo: "Kritik étranglant le Spectateur" par Dr Devo.]



 

Profitant d'un séjour dans notre chère capitale, j'en profitais pour assister à la projection d'un film qui n'est manifestement pas destiné à nous autres provinciaux, c'est sans doute ce que pense le distributeur de MUTANTS, vingt-six copies le jour de sa sortie, merci merci. Il y a une logique que je ne comprends pas dans le fait de sortir un film comme HUMAINS dans toute la France, seul film à entrer sur Nanarland dès sa première semaine de diffusion (!), comme dans le fait de sortir un film potentiellement plus intéressant tel que MUTANTS sur seulement vingt-six salles. Bref, c'est Cannes, c'est la fête du cinéma, petit doigt en l'air-champagne !

 


Quelque part dans les Alpes. Partout en France, le monde est contaminé. Sauf Hélène de Fougerolles, son ambulance, son mec, et son garde-champêtre. Ils essaient de rallier Noé, un groupuscule para-militaire de survivants au virus. Des trois passagers de l'ambulance, peu vont voir la seconde bobine. Reste Hélène, déterminée coûte que coûte à s'en sortir dans un monde dévasté et avec un mari que le virus à rendu plutôt vindicatif. Histoire très classique, au moins on est sûr qu'ils ne briguaient pas la Palme du Meilleur Scénario.

 


Situons le contexte. J'ai vu MUTANTS dans des conditions étranges, dans une petite salle souterraine juste au-dessus du métro, chaque quart d'heure la salle tremblait plus qu'au Futuroscope. L'écran étant ridiculement petit, heureusement que l'image était correcte, et le son potable. Bref, c'était vraiment une projection splendide, entre les bas-fonds grondants et la Ville des Lumières, dans une strate oubliée, prise en sandwich entre les secousses souterraines et les feux de la rampe, ambiance prohibition post-apocalyptique avec du coca light. Voilà, il me semble important que le monde sache cela, pour comprendre ce qu'il s'est passé pendant l'Expérience et pourquoi je me suis rasé la moustache.

 


C'est toujours important le début d'un film, souvent plus marquant que la fin. C'est quand même la seule partie du film que 100 % de la salle suit, le moment décisif, l'accroche. Dans le cas qui nous intéresse, l'entrée en matière se fait par un générique old-school sur fond abstrait, suivi de quelques mots introduisant le scénario. Tout le monde est infecté, seuls quelques survivants, etc. Du vu et revu. Par contre, ce qui est d'emblée une idée forte, c'est de commencer par un plan entièrement flou sur des cadavres, suggérant tout de suite la violence de la situation et piquant l'intérêt du spectateur. Des corps en vie, morts, ou en instance de l'être. De cette introduction, on passe violemment à Hélène de Fougerolles et ses gyrophares, dans une sorte d'étreinte charnelle atomisée, une rencontre vie/mort à 70 km/h. Concis, c'est bien. D'autant plus que la direction artistique marque, elle aussi, beaucoup de points très rapidement. La photo se révèle bien plus belle que la traditionnelle teinte gris métal crainte dans les premiers instants. On ne s'ennuie pas, vite happé par le film. Malheureusement, on en sort aussi rapidement. En fait, dès que les acteurs l'ouvrent, le charme disparaît. C'est très mal joué, seul De Fougerolles - curieusement - est un peu crédible. Comme quoi, dès qu'elle ferme son Klapisch, ça va mieux. Autour d'elle, le casting fait vraiment pitié, sans doute de jeunes acteurs amateurs qui ont du chemin à faire.

 


En fait, très vite, un des défauts majeur du film se fait sentir. C'est beaucoup trop fermé ! On a l'impression de voir un film de fin d'études à la FEMIS, gros travail de story-board, tu sens que chaque plan à été minutieusement préparé pendant des heures, chaque réplique écrite à l'avance, chaque cadre dessiné. Il ne reste aucune marge de manœuvre, aucune folie, aucun terrain de jeux pour les acteurs comme pour le montage, il n'y a à aucun moment une impression indécise, un interstice sublime, un accident poétique. Tu m'étonnes que les acteurs aient du mal.



Deuxième défaut majeur, et pas des moindres, les scènes d'action (au demeurant pas si nombreuses) semblent sorties de 28 SEMAINES PLUS TARD : musique éléctro super forte, flot d'images accélérées, basses THX qui vibrent jusqu'au fond des couilles, gigotisme de la caméra quand il se passe quelque chose à l'écran. On sent vraiment l'influence de Fresnadillo.

 

Pourtant, il y a vraiment un travail à soutenir là-dedans. Déjà parce qu'il y a un ou deux plans sublimes, une idée par-ci par-là, de très beau effets spéciaux, et surtout un magnifique travail sur la lumière. Gros coup de chapeau à l'équipe technique ! Certains plans rappellent un peu le SOMBRE de Gandrieux, dans cette obscurité trouée par de rares lumières comme lorsque Fougerolles soigne son mari, éclairée par la torche d'un fusil, ou les extérieurs crépusculaires de la grande bâtisse. La scène finale, avec le mari-mutant, est très intéressante, très Cronenbergienne dans l'idée. Dommage que le thème de la mutation soit traité par-dessus la jambe dans le reste du film (en parallèle du survival classique, il y a une histoire genre LA MOUCHE, avec le mari qui se transforme, mais c'est plus anecdotique qu'autre chose...).  Autre idée intéressante, il y a une gestion du suspens assez belle. En fait, et c'est très beau, Morley gère ses climax comme le fait Dario Argento (en moins beau quand même) dans son dernier film (MOTHER OF TEARS, à voir !), c'est-à-dire qu'ils n'aboutissent jamais ! Je ne vais pas trop en dire à ce sujet, mais la scène de la porte trouée en est un exemple très réussi. La pression monte au maximum, mais en fait il ne se passe rien ! Ce faux rythme est très beau, et instille une méfiance de tous les instants.

 

Pour ces qualités techniques, pour l'écriture concise, pour la beauté de certaines scènes, le film vaut bien mieux que la majorité des films français estampillés horreur/fantastique. Pour ces mêmes raisons, la frustration est encore plus grande à cause des énormes défauts qui minent le film. Il sera intéressant de voir vers quoi va évoluer David Morlet. J'espère qu'il prendra de l'assurance, lâchera un peu plus la bride de ses futurs films, et surtout trouvera un style personnel en arrêtant de lorgner du côté de 28 SEMAINES PLUS TARD. Et puis, des acteurs, ça ne serait pas de trop.

 



Norman Bates.



 

 

 

Publié dans Corpus Filmi

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Norman Bates 24/05/2009 11:43

Oui c'était bien cette salle. J'ai quand même trouvé Mutants bien plus interessant que le film d'Aja, dont je n'ai par ailleurs que peu de souvenirs. Il y a vraiment quelques beau moments dans mutants, alors qu'Haute Tension m'avait completement endormi.

L'USQ 22/05/2009 01:01

Je crois que la salle à laquelle tu fais allusion n'est autre que le Pathugmont Orient Express ( qui pour le coup porte son nom à merveille !) C'est en effet une experience... qu'on ne conseillera pas forcement d'ailleurs... en tout cas ça décoiffe.Et oui je décèle bien le souci dans ta critique, c'est la Française touche pardi !...On est pas capab' de mener a bien un ptit film genre (enfin si il n'y avait que les films de genre !). Ca me fait penser à Alexandre Aja qui avait fait Haute Tension, sympathique à de nombreux égards y compris en ce qui concerne la photo justement, ça faisait du bien... Mais bon il a fallu qu'il gache tout ça par une fin de merde avec Twist à St Tropez y tout... Bon ça reste à voir c'etait plutôt pas mal (En plus y 'a la petite Maïwenn hi hi hi )