LA LOUVE SANGUINAIRE de Rino di Silvestro (Italie-1976): Cythère à Poil

Publié le par Docteur Devo

(photo: "Centre Dr Devo d'Entrainement pour Critiques" par Dr Devo)

Chers Gens,
 
Vous trouverez sur Internet un nombre assez impressionnant de sites concernant les films de série Z et les nanars. Baladez vous, par exemple sur nanarland.com, site à l'impressionnante documentation, poussant le soin maniaque d'analyse et de description jusqu'à ces dernières limites. C’est évidemment très drôle, mais voilà qui m'amène à une réflexion. Certes, il est toujours très amusant de rire à la vue d'un homme chutant d'une falaise et remplacé par un mannequin de chiffon qui se tord dans les plus invraisemblables positions, de s'esclaffer à la vue  d'un monstre de l'espace tellement mal foutu qu'on voit la fermeture éclair dans le dos de l'acteur, et dont le costume ferait honte à SPECTROMAN lui-même. Et on en veut encore, de ces films où la Terre est supposée avoir été envahie par des rats (ben ouais), et où l’on voit péniblement deux plans mal cadrés de petits museaux frétillants, sûrement piqués à un documentaire animalier. A moins bien sûr que vous ne préfériez la version opportuniste et turque de STAR WARS, avec zéro moyens et 100% de copiage du film original ! [Tous ces exemples, vous les retrouverez sur nanarland.com]
 
Une fois ceci posé, permettez-moi de faire une nuance. Un film Z est, historiquement, un film ultra-fauché, où le budget principal est celui de la caméra et de la pellicule. Une fois loué (ou volé ou prêté) le matériel de base, il ne reste quasiment plus rien dans les caisses. Et donc, il faut faire avec les moyens du bord. Je préfère cependant la définition que Jess Franco donnait sans le savoir, en parlant de son producteur français qui, dans un hôtel où ils étaient logés, en regardant le jardin de l’hôtel en question, où il y avait quelques plantes grasses et exotique, dit brutalement à Franco : "Bon, on va faire un film de cannibales ici, le décor est super", et hop, c'est parti. L'autre jour, j'ai regardé avec Le Marquis un film qui s'appelle KARATE DOG ("Le Kung-Fu version Jackie Chien", annonce fièrement la jaquette). Ça raconte comment le chien d'un vieux sage chinois vivant aux USA, se retrouve seul le jour où son maître est assassiné par des industriels qui veulent récupérer la formule d'un étrange liquide. Abandonné, le chien doit faire équipe avec un jeune flic. Déjà, ça donne envie. Mais le mieux est à venir : le chien fait du karaté, est champion de kung-fu et parle comme vous et moi. [Quand je dis qu'il se bat, c'est qu'il se bat avec des hommes sans problème !] Bon, voilà un sujet débile, très improbable, avec comme principe de départ un pari quasi-impossible à tenir. Pourtant, le film était assez richement produit, et on pouvait y retrouver Jon Voight, excellent dans DELIVRANCE de John Boorman, Chevy Chase (qui double le chien) et Pat Morita (le petit vieux de la série KARATE KID, pour les plus atteints d'entre nous, un vieux chinois, malgré son nom, pour les autres). Et puis, il y a dans ce film d'incessants effets spéciaux richement dotés, très loin de la série Z. Pourtant, il m'est difficile de ne pas considérer un film qui se base sur l'histoire d'un chien qui fait du kung-fu comme aussi improbable qu'un remake turc de STAR WARS, sans aucun effet spécial !
 
Malgré toutes ces nuances, il reste un problème. Sur nanardland.com, on retrouve parmi les films analysés de très bons films de Jean Rollin ou de Lucio Fulci, par exemple. Ils sont passés à la moulinette de l'analyse Z, et je vais vous révéler un scoop : ça marche sur Fulci, et encore mieux sur Rollin. Ainsi donc, L'AU-DELÀ de Fulci est un nanar et quasiment une série Z. Ben non, les gars, pas d'accord. C'est peut-être un film à budget modeste, mais c'est un film sublime de A à Z. Par contre, l'amateur de Z professionnel pourra sans doute rire devant certaines scènes qui lui paraîtront tellement kitsch et tellement maladroites, pour ne pas dire "ploucs", que ce sera pour lui un délice. Et là, on est en plein dans le problème. Certains films ont des narrations ou des modes de fonctionnement particuliers, mais qui étaient de leur temps des normes, et qui ont des conventions aujourd'hui disparues (ou qui  étaient déjà totalement iconoclastes à l'époque). Bref, c'est un peu le grand flou, et entre le film improbable (un chien qui fait du karaté) et le film iconoclaste (une petite fille qui, par son cri, fait vibrer le bocal d'acide en haut d'un placard juste derrière elle). La frontière est elle-même improbable. Et pour être honnête, je suis toujours mal à l'aise avec les spécialistes maniaques du Z ou du kitsch, sentant bien souvent que leur regard est ironique, là où moi je vois seulement un principe de film ou un scénario intenable ! Et pour le Z comme pour le A, un seul critère : la mise en scène, qui doit être belle et poétique, uber alles !  Et c'est vrai que quelquefois, certaines narrations, effets de mise en scène, ou événements de scénario sont tellement énormes ou imprévus qu'on a l'impression, nous spectateurs, d'être en face de quelque chose de complètement inédit, presque nouveau, comme si le langage cinématographique lui-même évoluait... Et là, pour moi, plus question de rires ironiques vis à vis du kitsch. Il ne s'agit plus que d’éblouissement devant la mise en scène. Et je sais bien que la frontière est floue, et que bien souvent la beauté est dans l'œil du spectateur, comme dirait l'autre. Passons.
 
Attaquons-nous donc à cette LOUVE SANGUINAIRE de Rino di Silvestro, petit réalisateur italien des années 70 avec peu de films au compteur (une dizaine), et surtout des films au moins érotiques, ou alors d'exploitation un peu craspec (À SEIZE ANS DANS L'ENFER D'AMSTERDAM, par exemple). Mais je ne connais pas le monsieur, donc passons.
LA LOUVE SANGUINAIRE s'ouvre sur une étrange scène où l'héroïne, jouée par Annik Borel, danse nue dans un cercle de feu, à la manière d'une cérémonie vaudou dont elle serait l'unique participante (et sur une musique qui rappelle étrangement une musique traditionnelle des caraïbes !). Elle danse, s'agite frénétiquement et finit par se convulser sur le sol, avant de se transformer en louve-garou ! La lune est pleine, filmée joliment (un flou qui aura du mal à devenir une image nette, plan leitmotiv dont le réalisateur abusera moult fois pendant le film et qu'il utilisera comme une ponctuation incessante). Des villageois arrivent et on comprend que nous sommes sans doute au XVIIe ou au XVIIIe. Ces derniers, armés de fourches et de torches comme le veut la tradition, se mettent à la recherche du monstre. L’un d'eux se sépare du groupe et se fait boulotter par la Louve, mais ses cris alertent les autres villageois qui trouvent la louve et la brûlent sur un joli bûcher ! Heureusement, tout cela n'était qu'un rêve (mon dieu !). Annik Borel se réveille de nos jours (année 1976), affolée et en état de choc, léthargique. Le papa d’Annik s'inquiète, va consulter un psychiatre auquel il explique qu’Annik a retrouvé dans des vieux papiers la gravure d'une ancêtre qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau (ben tiens !), et que les légendes villageoises de l'époque décrivent comme une louve-garou. Pas de problème, dit le psychiatre, d'ailleurs selon moi, la lycanthropie existe et de multiples études montrent bien que c'est un fait ! Ah !, se plaint le médecin, si seulement la science s'intéressait plus au paranormal, etc. Le père d’Annik ajoute que quand celle-ci était encore une ado, elle fut tabassée et violentée, et que depuis lors, elle n'est plus la même, tu m'étonnes, et qu'elle a développé une phobie du sexe fort et du contact physique. "Sexophobie" très légitime, déclare le psychiatre ! Ça démarre fort. Mettez-là au vert et tout ira bien. C'est ce que fait le gentil Papa, et effectivement Annik est plus en forme que jamais, jusqu'à ce que sa sœur, qui vit aux USA, débarque avec son fiancé qui ressemble comme deux gouttes d'eau au paysan boulotté dans la séquence d'ouverture. Annik redevient la sombre adulte qu'elle était quelques jours auparavant. Dans son délire, la nuit, elle croit voir son aïeule si ressemblante qui l'appelle à redevenir ce qu'elle est. Annik espionne sa sœur et son fiancé en train de faire l'amour, puis finit par piéger celui-ci dans le parc, où elle se jette sur lui, lui fait l'amour sauvagement et le mord jusqu'à ce qu'il expire. L'hystérie est à son comble, il faut interner Annik, qui bien sûr s'échappera en laissant derrière elle moult cadavres mordus à mort, avec la plus grande sauvagerie. Annik, profondément angoissée entre deux crises hystériques, ne sait plus quoi faire tandis que le nombre de ses victimes augmente. Un policier mène l'enquête.
 
Comme on le voit, Di Silvestri n’y va pas exactement avec le dos de la cuillère. On est bien en Italie et dans les années 70, et le sens de la logique des films de cette époque est assez typique, et pourra sans doute rendre dubitatifs les jeunes spectateurs notamment. Au fil du métrage, cependant, une ambiance assez charmante s’installe. Le film est ouvertement dans la lignée de ses contemporains, avec son lot de gore (au moins une scène, mais pas beaucoup plus, budget oblige) et d’érotisme, les deux facteurs étant qualitativement et quantitativement (un peu de gore, et pas mal d’érotisme) intégrés dans l’économie du film et de son scénario. Car il s’agit bien sûr d’une trame se basant, et c’est assez surprenant, sur les rapports de l’héroïne par rapport aux hommes en général, et donc, on parle beaucoup de sexe en particulier. Et là où Di Silvestri trouve ses marques, c’est dans le traitement « fantastique » de l’histoire. Comme l'a dit le psychiatre en début de film, la lycanthropie existe et est un fait médical avéré, et subtilement, le film ne montre aucune transformation en louve-garou, avec joli masque lupucien et femme poilue. Annik Borel, en effet, s’attaque à ses victimes, au hasard d’abord, hommes et femmes, en les mordants et en les déchiquetant, mais en restant humaine, la part du loup étant chez elle une part hystérique et mentale. Ça a son charme et ça permet de jolis développements dans l’histoire. Si au début, les scènes érotiques qui suivent très bien le parcours sexuel troublé de l’héroïne sont plus présentes et traînent bien sûr leur lot de cadrages un peu complaisants, ces scènes, dis-je, deviennent de plus en plus intégrées au fur et à mesure à la quête inconsciente et douloureuse de la « louve ». La sauvagerie et la gratuité des attaques s’amenuisent, et le parcours sanglant devient de plus en plus spécifique. Elle attaque finalement des gens dont le comportement sexuel la dégoûte (et l’attire aussi un peu), jusqu’à finalement rejouer le drame originel (le viol de son adolescence, qui a déjà eu lieu quand le film commence, et qu’on ne verra donc pas, malgré la sur-utilisation assez charmante des flash-backs, qui se reportent toujours à la scène onirique du début avec les villageois). Annik Borel rencontre au fur et à mesure tous les hommes dégoûtants qu’elle a connus (leur équivalent, je veux dire), et même l’homme qu’elle a aimé (là encore, ce n’est pas lui, mais son équivalent), à travers le personnage du cascadeur (un cascadeur de cinéma qui vit dans un ancien décor de village western). Là, très joliment, l’amour la guérit de son hystérie. Dans son parcours de plus en plus précis, dans le « choix », si on peut dire, des victimes comme je viens d’en parler, le metteur en scène introduit un joli parti pris, celui qui consiste à faire de Borel une voyeuse qui surprend des couples ou des hommes libidineux. Ceci nous vaut de superbes plans répétés d’observation des victimes, toujours vues comme par l’embrasure d’une porte (le joli plan surcadré avec les bottes de foin se répète à l’infini en quelque sorte, et donc très maladivement, ce qui nous plonge dans l’ambiance). Ces plans « d’embrasure » et ceux qui déclinent le plan d’ouverture sur la pleine lune sont sur-utilisés de manière quasiment hypnotique, ce qui est assez beau. Et comme le parti pris du film est finalement très psychologique, le spectateur est joliment placé dans un rapport enfantin : on dirait que cette femme est un loup-garou ! De ce fait, on nous place bien sûr dans la psychose de l’héroïne, que la violence passée place dans une situation qu’elle croit vraie mais qui ne l’est pas, ou sans doute pas. A ce titre, les scènes assez roublardes dans le village western sont assez bien vues. Une séquence musicale vient cliper en ellipse la relation amoureuse naissante avec le cascadeur : je t’embrasse pendant le coucher de soleil, je me ballade dans la campagne en t’embrassant, etc., sauf que dans un sur deux de ces inserts, le cascadeur saute complètement gratuitement à travers une fenêtre ! Le vrai-faux marche à fond, de manière assez maligne. Le plan d’ouverture de la séquence (l’héroïne qui s’avance, quasiment habillée en cow-girl et avec un revolver à la main, pour « abattre » son cascadeur d’amant est très belle, parce qu’un plan sur deux dure une seconde de trop. On sent le pot aux roses venir, elle ne va pas le tuer vraiment, c’est juste un jeu, ou peut-être pas). Le conte de fée, en tout cas, ne durera pas et s’achève dans une séquence charlesbransonnisante où la belle se fera agresser par trois mâles en rut, et chez elle de surcroît. Bizarrement, la scène de viol ne dure pas et est assez soft, au profit du cascadeur qui rentre à la maison. Une séquence de bagarre western (là aussi en trompe-l’œil, avec table qui se brise et chaises qui se cassent) commence, avec un rythme lent mi figue mi-raisin qui finira par donner à tout l’épisode se passant avec le cascadeur amoureux une teinte fantastique et irréelle, alors même que nous sommes dans la partie la plus « réaliste » du film. Etrange façon d’accumuler les paradoxes, certes. Mais dans le même mouvement, le parcours de l’héroïne devient assez singulièrement émouvant et incarné.
Enfin, la scène finale, dont l’idée est magnifique sur le papier et pas mal à l’arrivée, aurait gagné à être encore plus démonstrative. Il s’agit ici de répéter la scène d’ouverture mais de manière contemporaine et moderne (avec phares de voitures à la place des torches, et réinscription du cercle). Le rapport entre l’introduction et la conclusion du film joue à fond dans cette problématique du mélange réel-fantasme, les deux finissant par se mêler curieusement, avec l’arrivée de l’inspecteur qui est pourtant le personnage le plus extérieur à l’histoire, mais qui sera celui qui marquera la fin du cercle. C’est très triste. Et le dernier plan est quasiment le grand-père,  toute proportions gardées mais de manière émouvante et étonnante, du plan final du SYNDROME DE STENDHAL de Dario Argento. On retrouve la même pornographie ressentie, la même violence, sans que, dans les deux cas, on ait recours à la moindre nudité (ici, Annik Borel est à moitié nue, certes, mais le plan est très large, rendant de fait cette nudité invisible et obsolète).
 
Il faut noter cependant que le film n’est pas cette construction lisse que les paragraphes précédents décrivent de manière on ne peut plus subjective. Au contraire, il faut imaginer un film largement de guingois. Il y quelques maladresses, c’est vrai, mais aussi des modus operandi (les amis, ça fait un moment que je cherche à placer ce terme ! Le faire dans l’article d’hier, sur L’EMPIRE DES LOUPS, aurait été trop facile) datant de l’époque. Un peu de zooms italiens, des plans répétés, une musique assez splendouillette toute en résonances analogiques, des dialogues splendouillets également à l’unisson, et un côté rentre-dedans qui ne se fait plus guère. Qu’importe, ça fonctionne quand même de temps en temps, et ça rend le film beaucoup plus expressif que les anonymes métrages de maintenant. Donc, si les coupes de son au plan ne vous effraient pas, si des gros plans en scope sur les yeux de l'héroïne ne vous semblent pas d’un kitsch indéfendable, ces maladresses ne vous poseront pas de problèmes. D’autre part, il garder à l’esprit que le film est quand même assez nettement en dessous de Mario Bava ou de Lucio Fulci, à côté desquels Di Silvestri fait figure de petit maître, bien entendu. Mais ne gâchons pas notre bon plaisir, comme disait Tavernier. Si les maladresses ici et là et le passage du temps font leur ouvrage, c’est autant pour le meilleur que pour le moins bon. Car c’est un émerveillement toujours vivace qui anime le cinéphile qui s’égare sur les terres italiennes de ces époques (années 60 et 70). Le cadre est peut-être changeant, mais il ne se passe pas une scène sans un plan magnifique. On est encore une fois en dessous de la constante magnificence des meilleurs Bava et Fulci, mais il y a encore des choses sublimes. Et on remarquera également la lumière toujours soignée, très travaillée même s’il s’agit d’un film modeste qui n’hésite jamais à insuffler un luxe certain qui devrait, en tout état de cause, donner des complexes à énormément de réalisateurs contemporains, même richement « dotés ». On se rend compte, une fois de plus, combien de terrain nous avons perdu depuis ces années-là. A aucun moment on ne retrouve l’indigence de la plupart des productions actuelles.  
Le film tire aussi sa force de ça, de cette volonté de faire quelque chose de beau, de prendre soin et temps pour éclairer le plus anodin des décors, et si possible pour faire les plans les plus gourmands et ambitieux, de nos jours remplacés hélas, trois fois hélas, par l’hégémonie des images de synthèse, même dans les plans les plus simples, et celle des mouvements de caméra inutiles et des plans archi-courts, qui tendent à masquer comme un misérable cache-sexe (dixit Bernard RAPP) l’indigence de mises en scènes qui n’ont rien à dire.
L’interprétation vient renforcer le soin général. On retrouve un Frederick Stafford (célèbre OSS 117, ici dans un de ses derniers rôles, la mort l’ayant fauché en plein vol et en pleine force de l’âge ! Excusez l’humour), on le retrouve, dis-je, dans une posture un peu distante et effacée qui ne fait que rendre la structure finale plus intéressante. La française Annik Borel quant à elle est assez éblouissante. Femme au visage superbe, mais un peu carré, rappelant très vaguement la Deneuve de l’époque, elle se jette avec une énergie étonnante et belle à voir dans cette histoire, pourtant toujours sur le fil du ridicule. Elle assène un jeu protéiforme, entre le froid et l’hystérique (elle très impressionnante dans ce registre), et semble vibrer de souffrance à chaque pas. Son visage singulier fait le reste et nous emporte très loin. Elle peut rappeler, d’une étrange manière, le Kinski le plus sobre, jamais tout à fait calme, qui se donne au film corps et âme. Elle est très impressionnante et le film lui doit beaucoup. Malheureusement, la belle n’aura pas fait beaucoup plus, ce qui est profondément injuste.
 
[Signalons une curiosité : dans la scène de la grange, il y a un acteur absolument terrifiant car c’est le sosie quasi-parfait de Nanni Moretti ; je n’ose aller sur Imdb.com pour vérifier !]
 
LA LOUVE SANGUINAIRE est un film de série, et sans doute un film mineur, à côté des splendeurs intersidérales que l’Italie produisait à l’époque, mais il serait faux de prétendre que votre bon docteur n’ait pas été touché et ému par ce film bringuebalant et bizarrement (inconsciemment ?) ambitieux qui l’a quand même bien passionné et dont il ne saurait faire autre chose que l’éloge. On pourra acquérir la chose pour une bouchée de pain dans les trocantes ou sur les sites de seconde main. Allez-y voir, et dîtes, de ma part, à la Louve qu’on pense toujours à elle avec nostalgie.
 
Passionnément Vôtre,
 
Dr Devo
 
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Publié dans Corpus Analogia

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Le Marquis 06/06/2005 22:39

John Nada, mets ces lunettes !!!
Je suis très surpris par ta réaction, même si j'y vois les vieux réflexes d'un ancien catcheur. Mon opinion sur nanarland.com n'a pas à être transformée, à moins que tu ne souhaites que je prenne le site en grippe : comme je le souligne bien dans ma réponse au Rôdeur (une contraction de Roddy Piper?) que je salue au passage, j'aime beaucoup ce site que je trouve passionné et passionnant - si j'étais Télérama, je vous mettrais trois "T" (non, si j'étais Télérama, je ne connaîtrais probablement pas votre existence, mais tu vois ce que je veux dire). Dans le même ordre d'idée, je "n'incrimine" aucun article, je ne les critique même pas en fait : je mentionnais simplement quelques films présents dans le site et dont la mention pouvait à mon sens prêter à confusion pour le chaland qui passe - KILLER KLOWNS (ton article est excellent) ne me paraît pas relever du nanard (que ce soit sur la forme ou sur le fond). A aucun moment (vérifie!) je n'affirme que vous dites du mal du film sur le site !! La question reposait surtout sur la présence de certains titres dans la base de donnée, et le Rôdeur a déjà parfaitement répondu à cette question, la polémique s'arrête là. Donc pour faire court, je n'ai pas de critiques à formuler contre le site ou contre tes articles (que j'apprécie beaucoup en réalité), donc baisse les poings et mets ces lunettes !!!
PS: je ne suis pas d'accord avec toi sur un point ceci dit, j'aime énormément MANHATTAN BABY de Lucio Fulci, un de ses meilleurs films à mon sens - j'avais détesté le film recadré et en vf tel qu'il avait été diffusé, mais sa "révision" au format respecté et en VOST, entamée avec un fort taux de scepticisme, m'a laissé comme deux ronds de flanc. Je le trouve très, très impressionnant (montage et cadrages magnifiques) et truffé de séquences et de plans extraordinaires (aaaah, le gros plan sur la bouche du petit garçon qui susurre : "punis-moi...").
Cordialement, mais si! je t'assure : cordialement!

John Nada 06/06/2005 21:37

Bonjour,

J'en profite pour en rajouter une micro-couche à la suite des explications du Rôdeur, me sentant un peu concerné dans la mesure où j'avais rédigé (il y a déjà un moment...) certaines des chroniques incriminées, à savoir Killer Klowns (classé en "Bon Film / nanar volontaire") et Conquest de Fulci. En lisant la chronique de Killer Klowns, même en diagonale, tu aurais tout de suite vu que je ne faisais que vanter les mérites de ce film sans jamais m'en moquer, puisqu'on ne rit pas aux dépends du film mais "avec le film", à l'instar d'une parodie. Concernant Fulci, c'est drôle parce que j'aime moi-même beaucoup L'Au-delà, qui m'avait énormément marqué quand je l'avais vu. Fulci a fait du très bon, mais aussi du très mauvais (Manhattan Baby), et c'est exactement ce que j'explique dans ma chronique de Conquest, dont je vante les scènes qui me paraissaient intéressantes, le boulot du chef-op' et la BO sans la moindre ironie. Je t'invite à les lire, ce qu'on fait généralement avant de critiquer (et au passage jette un oeil à la bio de son acteur principal, c'est vraisemblablement la seule que tu trouveras en français sur le web ou ailleurs, peut-être que ton opinion sur nanarland.com s'en verra transformée)

Le Marquis 03/06/2005 01:45

Et bien... Ce n'est plus un commentaire, c'est presque un article ça. Et intéressant en plus. Je n'ai pas encore pu mettre la main sur CLASH ou LES RATS DE MANHATTAN (une sacrée Arlésienne, celui-là). Par contre, j'ai acquis la très belle édition de LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES (avec l'intégralité de la BO, c'est hallucinant) - dans le genre, c'est un très, très grand moment. Le Rôdeur, ça fait plaisir de te lire.

le rÎdeur 02/06/2005 22:42

oui, effectivement pour ce qui concerne des films comme Buckaroo Banzaï ou Killer klowns, ce ne sont pas du tout des séries Z et c'est vrai que ça fait bizarre quand on regarde la liste alphabétique des chroniques du site de voir ces films là rangés parmi "ninja terminator" et "turkish star wars". C'est parce que sur le site il y a une petite rubrique consacrée aux "bons films qui font rire volontairement" où l'on retrouve des films qui utilisent les codes des séries Z de drive in pour amuser. Ce sont par exemple les films de chez troma, volontairement outranciers et fauchés, des comédies volontairement débiles ou des parodies comme "captain orgazmo" (une sorte de faux Flash Gordon qui rosse les méchants à coups de pénis en plastique), "les killer clowns " une comédie de genre bien troussée,ou bien "Buckaroo Banzaï" qui est une comédie d'action un peu hystérique comme il s'en tournait dans les années 80. Dans cette catégorie on pourrait trouver aussi des films comme psycho beach party, flic ou zombie, galaxina, bad taste, les films de John Waters... M'enfin bon, on se limite à quelques uns car c'est un peu hors sujet, je suis bien d'accord. Ces films sont faits souvent par des bons cinéastes qui connaissent bien l'univers de la série Z ou les codes du genre qu'ils utilisent de manière détournée et ont donc un lien avec le reste du site, c'est pourquoi il leur a été fait une petite place.

Autrement, sans parler de cette catégorie particulière, il est évident qu'il existe autant d'avis sur les films qu'il y a des gens qui les regardent et personne ne peut prétendre que seul son avis est le bon. Au fond, la "série Z" ça n'existe pas, c'est un terme très vague et très subjectif car tout le monde ne s'amuse pas des mêmes choses et n'a pas les mêmes goûts. Dans son article Dr Devo cite "les rats de manhattan" de Bruno Mattei. C'est un film que je trouve très amusant (malgré lui) car il est complètement fou. En le voyant je m'imagine bien l'assistant de Mattei jeter des pelletés de rats mouillés à la tronche des acteurs ou scotcher du plexiglas sur des pots de fleurs pour faire une serre post-apocalyptique. Maintenant, quelqu'un d'autre pourra trouver que compte tenu des moyens (et du scénario pourrave ! ), Mattéi s'en est plutôt bien sorti car le film est sympa à suivre et que la photo est plutôt belle car il avait un bon opérateur. C'est vrai aussi que ce film s'inscrit dans un genre bien particulier (post-nuke / film animalier) et que ces genres ont donnés des bons films. On ne peut pas généraliser en disant "tout les films post apocalyptiques sont ringards" par exemple car il y a aussi dans ce genre comme dans tous les autres pas mal de bons films (apocalypse 2024, mad max 2) Mais à l'inverse, je ne vois pas pouquoi il faudrait considérer chaque post-nuke comme un chef d'oeuvre juste parce que le genre est respectable et cool. Il y a aussi beaucoup de films extrèmement mauvais faits n'importe comment juste pour exploiter une mode parce que c'était à l'époque un moyen rapide et pas cher de se faire un maximum de blé avec un minimum de moyens (trois figurants dans une carrière 8 jours de tournage et hop !) et c'est justement ceux-là qui se retrouvent sur des sites comme nanarland, même si encore une fois, on peut ne pas être toujours d'accord avec tel ou tel choix de film.
Il y a aussi que je suis toujours un peu gêné quand je lis des grandes critiques sérieuses sur les films du genre "virus cannibale" "Starcrash" ou "les nouveaux barbares" voire certains films bis mieux faits. Ces films s'adressent avant tout à un public populaire de salles de quartier et de vidéophages et n'ont pas d'autre but que de divertir (et finalement, ils y arrivent plutôt bien !) alors je considère qu'en parler avec humour (et même parfois avec un peu de dérison et de mauvaise foi) c'est pas forcément plus à côté de la plaque que parler de "mon curé chez les nudistes" en se prenant pour un critique des cahiers du cinéma !
Après tout, je connais peu de fans de bis horrifiques qui ont peur en regardant les films d'horreur. C'est plutôt l'inverse : Ils se reunissent entre potes pour mater des scènes gores et se délecter d'atmosphères macabres autour d'une bière dans une ambiance détendue et aiment ces films car ils sont divertissants. Ca ne les empêche pas de les aimer vraiment. Moi aussi j'aime bien "la nuit de la mort" (en fait je préfère "clash" qui est vraiment un bon film) et pour "la revanche des mortes vivantes" ça fait 15 ans que j'ai la k7, ce film a été tourné à Mamers dans la Sarthe à quelques dizaines de kilomètres de chez moi. Les zombies femelles immatriculées dans le 72 et qui payent en dollars, le scénario incohérent, les répliques hasardeuses, le côté mal foutu, les plans-cul toutes les dix minutes ça m'amuse plus que ça me terrifie et je l'aime pour ça et finalement c'est pas pire que de n'en avoir rien à battre.

Le Marquis 02/06/2005 02:39

Je suis globalement d'accord avec toi, Rôdeur, mais globalement seulement. Sur nanarland.com (qui est un site par ailleurs délectable), il y a quand même des fausses notes et de la confusion sur le terme de nanar : je ne comprends pas la présence sur le site de films comme ZARDOZ (malgré ses choix esthétiques douteux), KILLER KLOWNS FROM OUTER SPACE (qui est une excellente série B visuellement admirable) ou BUCKAROO BANZAI (qui, malgré ton cuisant échec commercial est un film atypique et attachant), de même que des nanars potentiels comme GLEN OR GLENDA d'Ed Wood ou LA NUIT DE LA MORT de Raphael Delpard, films que j'adore au tout premier degré, me paraissent être, malgré l'étroitesse de leurs budgets, des films surprenants, réalisés avec talent.
Pour le reste, encore une fois, le site est quand même plus qu'agréable à visiter, et on sent qu'il y a du travail et de la passion derrière tout ça. Mais je ne partage pas trop ton sentiment sur cette "perversion bien plus grande" (même si je vois de quoi tu veux parler). L'intérêt de la série Z, en plus d'être régulièrement drôle, est que par manque de moyens, les réalisateurs essaient des choses qu'on ne verrait (et auxquelles ceux-ci ne s'essaieraient pas) nulle part ailleurs. Il y a donc, de temps à autres, de vraies petites fulgurances de cinéma, égarées dans des films en-dessous de tout. Je doute qu'ils soient très nombreux, mais je crois dur comme fer qu'il existe des tâcherons qui sont effectivement des artisans passionnés. Mais je n'en connais aucun qui ait eu la grâce de devenir intouchable...
PS : je viens de visionner THE WASHING MACHINE, de Ruggero Deodato, en compagnie du Dr Devo. Je m'attendais à un très mauvais film, et je peux te dire que la surprise a été de taille de tomber sur un métrage assez bluffant. Le Docteur va certainement en parler demain.
Merci beaucoup pour ton commentaire !