SOUDAIN LE VIDE de Caspar Noé (France-2009): Cannes Focale J-11 & fin

Publié le par LJ Ghost






(Photo: Les Copains d'Abord" par Lj Ghost, d'après une photo du cinéaste Jacques Audiard.)




Pour lire la précédent chronique cannoise et focalienne de LJ Ghost consacrée à INGLORIOUS BASTERDS de Quentin Tarantino: cliquez ici.




Nathaniel Brown et sa soeur Paz De La Huerta, deux orphelins qui se sont promis d'être ensemble pour toujours, vivent à Tokyo. Elle est stripteaseuse, il vit de menus deals de drogue ; il meurt à l'occasion d'une descente de police. Tandis qu'il agonise, sa conscience vogue et revit son passé, le présent et le futur.


Ce film ne ressemble à rien. Ce film n'est même pas un film. Il ne se rapproche d'aucune sorte du cinéma (ou alors l'est complètement et entièrement). C'est un voyage hypnotique et transcendantal en forme de mille-feuille. Mais c'est aussi une pastèque, une chaise, ou un ranch. SOUDAIN LE VIDE est tout à la fois, et même plus, et même rien du tout. Gaspar Noé, ici, dans un geste infiniment personnel, parle finalement à l'univers tout entier, dans un maelstrom de sensations qui touchent à un point sensible de l'être. Cette histoire de frère mort qui surveille sa soeur au-delà de la mort et du temps, idée naïve et plutôt casse-gueule au départ, s'avère finalement secondaire ; Noé se fout de son scénario, ou plutôt l'utilise à une autre fin : la sensualité. Tout son dispositif technique, le déroulement même de son scénario (quasiment du linéaire d'ailleurs ! On fait parfois des sauts temporels, mais nous sommes fort loin du récit à l'envers d'IRREVERSIBLE) ne cherchent qu'à évoquer quelque chose d'enfoui chez le spectateur. Et ce n'est pas une nouveauté, mais Noé est complètement jusqu'au-boutiste ; tout son film se déroule en point de vue subjectif, c'est à dire que nous sommes soit les yeux de Nathaniel Brown, soit sa conscience, soit nous sommes derrière lui. Ce parti-pris de mise en scène peut sembler ridicule mais est ici complètement payant : en voyant exactement la même chose que le personnage principal (c'est à dire en étant non seulement ses yeux mais en épousant également son point de vue totalement subjectif des choses), nous vivons sa vie intérieure de manière aussi réaliste que nous vivons la notre dans notre vie de tous les jours, et ce malgré la proposition complètement fantastique et mystique de l'oeuvre. Ce (oserais-je ?) modus operandi s'avère au final d'une richesse démesurée, parce que Noé ne s'arrête pas à cette idée de petit malin, mais l'enveloppe dans un écrin hallucinatoire qui finit de nous éblouir et de nous hypnotiser.




Encore une fois, c'est un film de ressenti, d'émotion ; pas de sens caché, pas d'explications à tiroirs, et même s'il justifie son "trip" au début du film en lui donnant une explication religieuse, non seulement on devine la fin au bout de quinze minutes, mais en plus ça n'a strictement aucun intérêt. L'intérêt, c'est le voyage (et il n'est même pas initiatique, c'est un voyage, posé là, sans raison, sans but, il ne sert finalement à rien, c'est peut-être ce qui est le plus beau). Notre oeil vole au-dessus des immeubles, au-dessus des avions, passe à travers les murs et les corps, virevolte et hallucine, voit des formes géométriques étranges, prend de la drogue, meurt, vit, voyage dans le temps, se souvient et regrette, baise, espionne, compatit, et regarde le monde avec précision et subjectivité. Le sentiment d'immersion est total, et la réussite de cette entreprise passe par les effets spéciaux et le montage. Ce dernier est complètement en adéquation avec le principe de mise en scène, et c'est très visible dès le départ (je n'en dis pas trop, mais je suis resté bouche bée une bonne minute devant la poésie et l'efficacité de cette idée de montage, qui vous sautera aux yeux dès le début) ; ensuite, une fois que Nathaniel Brown meurt, le montage se fait de manière plus heurtée, mais pas seulement : il privilégie énormément la répétition, dans un geste un peu à la Greenaway (j'exagère complètement, mais c'est pour vous donner une idée) avec, pendant une assez longue période, les mêmes coupes, les mêmes enchaînements, les mêmes mouvements. C'est assez beau, parce qu'encore une fois, le principe d'hypnose fonctionne, c'est comme un immense cercle qui se répète, qui se répète, qui se répète, tout en continuant de donner des informations, dans un mouvement de vague étrangement relaxant (malgré la dureté et la noirceur de ce qui est raconté ! On n'est jamais vraiment choqué, parce que tout se passe en douce, nous sommes presqu'endormis, mais pas vraiment ; presque morts, même !). Les effets spéciaux sont d'une importance capitale, et ici, toujours au service de la mise en scène et du modus operandi du film de Noé ; ce sont des hallucinations dues à la drogue, des voyages dans la lumière qui permettent de faire des bonds dans le temps et l'espace ; ils interviennent à chaque fois qu'un espèce de point de non-retour est atteint, disons plutôt à un moment où Nathaniel Brown apprend quelque chose de nouveau. Encore une fois, ici c'est la volonté d'hypnose qui prime, et avec ces formes, ces éclats de lumière, Noé parvient complètement à son but (attention tout de même aux épileptiques, parce que le metteur en scène n'y va pas de main morte !).


Gaspar Noé a parfaitement su s'entourer pour que tout dans son film puisse concourir à ce principe d'immersion ; visez un peu le casting : Benoît Debie à la lumière, Marc Caro aux décors, Thomas Bangalter aux effets sonores. La communion de ces quatre personnalités est évidente ; on dirait que Debie a fait louer la ville entière de Tokyo, tellement toutes ces lumières, tous ces néons sont source d'une sensualité extrême. C'est peu dire que la photographie change toutes les cinq secondes, et c'est assez beau pour les scènes en extérieur : comme ce sont particulièrement des enseignes de magasins, elles s'allument puis s'éteignent, pas toutes en même temps, mais on les reconnaît facilement ; le voilà, là aussi, l'immense cercle qui se répète ! Les décors de Caro sont hallucinants, en particulier celui de l'appartement de l'ami de Nathaniel Brown, avec son Tokyo miniature et complètement fantasmé, reconstitué ! Un dernier mot de technique : le son va vous faire pleurer toutes les larmes de votre corps. Le mixage est absolument parfait (notamment quand nous sommes dans la tête de Brown), et les sonorités industrielles qui parsèment le film entier sont un vecteur d'émotion assez hallucinant.


S'il fallait vous donner une idée cinématographique de ce qu'est SOUDAIN LE VIDE, il faudrait que je parle du MIROIR d'Andreï Tarkovski (cité à plusieurs reprises, notamment à travers le choix de la musique classique - 2001 L'ODYSSEE DE L'ESPACE est également cité, mais c'est plus évident connaissant Noé), parce que ces deux films ne ressemblent à rien de connu sur Terre. Bien que les deux oeuvres soient aux antipodes, c'est pratiquement le même geste qui les réunit. SOUDAIN LE VIDE n'est pas beau, n'est pas sublime, n'est pas une arnaque, n'est même pas une protubérance prétentieuse. Il vous fera revivre des choses que vous vouliez garder enfouies. Cette oeuvre n'a pas de nom.

LJ Ghost.



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Publié dans Corpus Filmi

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benassi 20/05/2010 15:54



Cest un film trop bien! T'es là tu prends ta claque comme quand tu tapes un exta. Franchement ça me rappel comme quand je vais à la bush avec mes potes. Ou bien c'est comme un clip de prodigy!
waoou rock n roll ! Franchement mes parents ils étaient trop choqué, ah ah délire ! Et puis ça fait du bien de se faire un petit trip, ça te fait oublier tes soucis tout ça, ça décompresse t puis
apres tu peux retourner fravailler tranquille. quand meme hein, faut pas déconner.



David 19/05/2010 00:33



Petite déception pour ma part: autant la réalisation, le son, la photographie sont sublimes, autant je trouve que Noë ne va pas au bout de son concept au niveau de la narration.


Jusqu'à la fin du flash-back où sa vie défile, le film se tient dans son errance spectrale; mais après, il abandonne l'idée d'errance et de flottement pour se raccrocher à du scénario, un
scénario qui nous expose simplement "la suite" pour les protagonistes présentés en début de métrage: le procédé de la caméra subjective d'une âme ne contamine plus la narration à ce moment-là.


Il ne devient alors qu'un procédé un peu gratuit pour un enchaînement de montages alternés entrecoupés de flashs lumineux: sa soeur avorte, son ami gèle dans la rue, le traître s'engueule avec
ses parents, sa soeur couche avec une autre fille chez l'un de ses amis...


Là ou j'attendais une réelle errance, une perte de repères totale y compris dans la narration, Noë m'a enfermé dans quelque chose de trop carré, de trop balisé; c'est seulement à la fin, avec la
séquence sublime dans les rues de Tokyo qui aboutit au Love Hotel qu'on retrouve pleinement exploitées les possibilités de cette mise en scène .


Entretemps, une bonne heure m'a semblée vraiment paresseuse au niveau de la narration, et a terni quelque peu l'excellente impression que m'a faite le film...



Max 07/05/2010 16:38



 


Je sais bien qu'il n'est pas bouddhiste, et j'ai bien compris que ce n'était pas le film d'un gentil illuminé qui croit à la réincarnation. Quand il dit qu'il en a rien à foutre de la
métaphysique ou du mystique, et qu'il s'est inspiré de Titanic, je crois qu'il faut l'interpréter de deux façons. D'abord, c'est un athée, qui ne veut pas qu'on pense que ce film est un
traité religieux, une illustration du Livre Des Morts (ce qui lui a semblé  nécessaire, étant donné la proportion d'abrutis incapables de prendre du recul par rapport à des images, et
qui ne cherchent jamais à distinguer les différents degrés de lecture d'une oeuvre...).


Deuxièmement, c'est de la pure provocation ! C'est absurde d'affirmer que ce film n'a aucune dimension métaphysique. Je veux dire que, bon, on est pas dans une pub pour du parfum, ni
dans un mélodrame Céline-Dionesque, ni dans un film d'Arthus-Bertrand sur Tokyo-vu-du-ciel. On ne peut pas réduire le film à ce qui apparaît à sa surface.


Bien sur que c'est un film onirique, bien sur que Gaspar Noé a pris de la drogue dans sa vie. Après 7 minutes de film ça devient d'ailleurs très évident : on est pas dans un
film snobino-moralo-intellecto-prout-prout sur un junky... on est dans une plongée dans un état mental très précis - par ailleurs, évidemment, très proche du rêve - et dont
la représentation est d'une précision presque effrayante. Le son et la voix-off des premières minutes est d'une beauté fascinante et d'une improbable accuité (je crois que quiconque
a déjà fait l'expérience de drogues un peu solides sera dans les premières minutes plongé brutalement dans le film, plaqué au sol et aspiré comme une petite boule de cheveux dans
une baignoir qui se vide). Une sorte de bisou-barbu© qui t'écorche jusqu'au sang !


MAIS : bon ! Réduire ce film à une plongée insignifiante dans un tourbillon de sensations qui se succèdent comme les éléments du décor d'un train fantôme, mises en scène par un adepte
de drogues hallucinogènes, c'est quand même insuffisant. Déjà, c'est un film incroyablement lyrique et personnel. Derrière l'apparente simplicité du propos, la naïveté même, il y a une
sorte de message que j'interprèterai comme un immense "Ta gueule !". Notamment, aux "films du réel", sociaux, politiques, à tous ces petites oeuvres bourgeoises insipides et jetables
(et dénués de toute volonté artistique), à ce qui constitue le squelette du cinéma français (et d'ailleurs), des dialogues entre bonnes gens dans lesquelles le spectateur doit être
capable de s'identifier avec précision (ce qui est rendu possible par des études de marché, des sondages, une analyse poussé des émissions de Delarue, ou l'illusion d'avoir une opinion
politique pertinente et profonde), Noé s'en tient à l'essentiel, à la nature. L'Homme est un mammifère sentimental (quelle belle expression du réalisateur quand même) qui se débat dans
une obsession du cycle, mais surtout de la spirale (notre plus profonde identité, l'A.D.N., ce que certaines drogues met clairement en valeur), et qui dans ce mouvement circulaire
infini se trouve enfermé dans une sorte de "déjà-vu", s'appliquant à construire sa vie comme Philip Glass sa musique. 


Le propos est bien sur développé sur un ton poétique, avec douceur et finesse, Noé tentant d'illustrer cette idée en représentant l'âme comme un bout de papier flottant qui fait
des tours sur lui-même et attiré, guidé, hypnotisé, obsédé par toute forme de lumière (ce qui est à mon avis, comme je le disais, le vrai sujet du film). Il n'est pas là pour
expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit, il ne cherche pas à définir une doctrine spirituelle, il est simplement dans une recherche compulsive (à travers la radicalité et la
rigueur artistique de sa démarche) de la Vérité.



Norman Bates 07/05/2010 12:22



Salut Max !


 


C'est très bien ce que vous dites ! Pour info j'ai discuté un peu avec Gaspar mercredi soir, et vous seriez surpris de savoir que ses deux plus grandes influences pour Enter the Void sont TITANIC
et TRON. TITANIC pour la structure narrative du tout est joué : tout le monde connait la fin au bout de 10 minutes de Enter The Void, tout le monde sait comment le TITANIC a coulé.


 


Deuxieme point qu'il me parait important de préciser : Noé a dit que l film montré à Cannes était un brouillon grossier. En effet il ne comptait pas du tout y aller, et a été prevenu un mois
avant. Le montage, l'etallonnage ainsi que le son et les effets spéciaux n'étaient alors pas terminés.


 


Pour finir, je crois qu'il faut arrêter de trop conceptualiser le film : c'est un train fantome ou apparaissent sans cesse les mêmes éléements effrayants : l'accident, la perte des parents, la
solitude. Le tout en cercles concentriques, tout le temps dans le même ordre, comme la litanie de la musique. C'est avant tout des sensations plus que des mots, et Noé a fermement dit qu'il en
avait, je cite, rien à foutre de la métaphysique, du bouddhisme ou de quoi que ce soit de mystique.  Son film est un train fantôme ou un grand huit, basé sur ses expériences avec la drogue
(ca il faut pas le dire, chut). En fait le film à été écrit comme un rêve : le héros se souvient du dernier livre qu'il a lu avant de mourrir, et tel la mécanique du rêve son esprit recompose des
éléments de sa vie avec ce qu'il a fait juste avant de mourir/se coucher.


 


Hop.


 


Norman B.



Max 06/05/2010 13:43



Ayant relu l'article, je réalise que j'ai exagéré et que tu as bien parlé du son... Mais il y a une telle beauté de ce point de vue, qu'un article entier serait nécessaire pour décrire,
analyser, et partager l'émotion transmise par ce biais. Mais c'est pas suffisant, j'ai envie de parler d'autres trucs.


Enormément de gens ne peuvent simplement pas supporter ce film, car ils ont l'impression d'être attaqué, mis face à une part d'eux même qu'ils rejettent radicalement de peur
d'être détruit. C'est assez fascinant. Il y a dans ce film comme un trop-plein de poésie, qui revêt, entre autre, les formes d'une certaine idée du vide (développé à plusieurs niveaux :
vide existentiel, social, et finalement concret : la caméra qui s'élance dans le vide et nous donne le vertige). J'ai vu une bonne trentaine de personnes sortir de la salle en cours
de projection, et entendu à peu près tout ceux qui n'étaient pas seuls se moquer du film à la fin... il y a même une femme qui a hurlé de rire lors de la dernière minute du film, ce
qui pourrait être une réaction belle et honnête, un hommage à la générosité de l'oeuvre, mais qui ressemblait plus à l'aveu qu'elle refusait de s'associer à son propos. "C'est
n'importe quoi !" "Pff !" Rarement je n'ai ressenti une envie aussi pressante de donner des claques (à l'abruti à côté de moi qui gémissait, qui se dandinait, qui n'osait pas partir
mais n'en pouvait plus de tant de beauté...). En même temps, ce rejet brutal, violent, total, d'une partie du public, d'un point de vue snob (et allimenté d'une connaissance de
l'histoire de l'art) ne fait que conforter mon idée que c'est un film important.


"Le beau n'est rien d'autre que ce début de l'horrible qu'à peine nous pouvons encore supporter, et nous le trouvons beau, parce que, impassible, il se refuse à nous détruire ; tout
ange est terrifiant." 


Assez fou comme ce début de la "première élégie de Duino" de Rilke que je suis par hasard en train de lire répond au film. Je serais même tenté de penser que Noé à nécessairement lu Rilke,
et a écrit ce scénario avec quelques impressions restées de cette lecture. On retrouve ces mêmes liens étranges entre la terre et autre chose (l'étrangeté de ce lien atteind son
paroxysme lors de la sublime scène dans laquelle l'ami du héros, celui qui lui a transmis le livre des morts, et qui ère dans la ville, lui-même fantôme, s'adresse directement à Oscar,
dans un regard caméra qui m'a presque fait pleurer). Une sorte de cri de désespoir prononcé dans un dialogue avec ce qui ressemble à un pur esprit (un ange). Un jeu de miroir, bien sur,
l'un s'adresse à l'autre et donc à soi-même. Le lien avec Rilke est quand même tellement évident :


"Le héros se préserve, et même de périr ne fut que prétexte pour lui à être ; sa dernière naissance." Ou encore : "Il est, à dire vrai, étrange  de ne plus habiter la terre, de
ne plus pratiquer les coutumes justes apprises, et de ne plus donner aux roses, non plus qu'à d'autres choses prometteuses la signification d'un avenir humain ; et ce que l'on était
dans des mains infiniment peureuses, de ne plus être, et même d'abandonner là son propre nom comme on laisse un jouet démoli".


Il y a ce même impressionisme aussi. Ces oeuvres sont presque dépourvues de la moindre forme de pensée, de réflexion, d'analyse, ce sont des sensations qui se superposent ("la sentimentalité
du mammifère" a dit le réalisateur dans un interview) et s'élèvent en tournoyant (Ah bah il aime bien faire tournoyer la caméra l'ami Gaspar) et se rejoignent dans une explosion de
lumière...


Ce qui m'amène à ce qui me semble le plus important : le "sujet" du film, ce n'est bien évidemment pas Oscar, ni personne d'autre (ceux qui ont vu une "faiblesse de scénario" sont des
crétins finis qui doivent penser que Rimbaud "manque quand même de clareté, quoi, merde" ! La dimension allégorique du film est sacrément évidente). Le sujet c'est LA LUMIERE ! Et là,
au delà de la dimension poétique et métaphysique du film, il y a quelque chose de pleinement sublime. Quel plus beau sujet de cinéma que la lumière ? Il me semble que Noé n'a rien voulu
faire d'autre que de filmer cette lumière, de tellement de façons différentes, et on en revient à ma comparaison avec l'impressionisme. Je pense que Monet et ses amis sont clairement
cités dans ce film. Et au delà de la générosité, de l'audace artistique de ce parti pris, qui prend forme à travers une oeuvre d'une beauté formelle ahurissante, il y a bien sur une
sorte de métaphore filée qui explose et touche le sublime à la fin, lorsque l'âme du film effleure l'ultime source lumineuse de son périple, et encore une idée de mise en scène
tellement belle : l'être humain comme flamme... Et on dirait que Noé s'acharne à planer au dessus de Tokyo, de ses personnages, à prendre de la hauteur, encore, et encore, qu'il filme
avec autant de soin ce qu'il appelle la "décorporation" avec comme seule idée ce point de chute, pénétrer dans les entrailles de l'Homme, à travers cette splendouillette idée de cinéma
qui conclue le film.


Mais il y aurait encore beaucoup (trop) à dire.