(Photo: "Des Milliards de Copains" du Dr Devo, d'après une photo de l'artiste Paul Hyu.)







Chers Focaliens,


Il y a les petits chanceux comme LJ Ghost, qui se rincent l'œil sur place, au Festival de Cannes et il nous régale en témoignant de ce qu'il a vu... En attendant ANTICHRIST de Lars Von Trier, le 3 juin, et aussi pour honorer le principe du Palmarès Tanaka (qui m'oblige à regarder tous les films en compétition lorsqu'ils sortent ; les résultats du Palmarès, c'est d'ailleurs pour demain), c'est à quinze minutes de chez moi et avec quelques jours de retard que je découvre VENGEANCE, le nouveau Johnnie To qui s'est payé une jolie conduite très officielle grâce à notre Johnny Hallyday malheureusement très national...



Nous sommes à Macao et Sylvie Testud aussi, car elle vit là-bas entre ses deux enfants et son mari du cru. Un beau soir de pluie, alors qu'elle prépare des nouilles sautées pour sa tribu, voilà que débarque un trio d'hommes mystérieux, et visiblement ils ne veulent pas du menu vapeur à 10,50 euros ou du canard B27, car ils commencent à massacrer tout le monde avec un entrain certain. Toute la maisonnée, y compris les deux pioupious, se  font copieusement génocider jusqu'à ce que mort s'en suive, à l'exception notable de Testud, laissée pour morte mais qui échappe à son triste sort par miracle. Son père, Johnny Presley, restaurateur, débarque immédiatement en Asie, et promet une chose à sa fille : il vengera tout le monde !
Ca tombe bien, il croise, dans le hall de l'hôtel où il est descendu, un trio de tueurs à gages qui vient justement de buter quelques personnes. Ni une ni deux , Mojo Jojo les engage...  Mais quel secret se cache derrière l'hideux des jeunes ? Est-il vraiment le restaurateur qu'il prétend être ? N'y aurait-il pas de la rouille dans le pâté impérial ?




Je n'ai jamais été un fan hardcore de Johnnie To dont je n'ai pas vu le fameux THE MISSION qui lui a valu auprès de toutes les critiques des différentes églises, un respect immédiat. BREAKING NEWS me paraissait sympathique mais en-deçà de son dispositif pourtant gourmand. SPARROW, le dernier sorti en France, m'a donné l'impression de quelque chose d'assez poussif. Par contre, sa participation au film en forme de cadavre exquis, TRIANGLE était assez rigolote, et MAD DETECTIVE me semble encore plus abouti, avec des séquences entières vraiment jolies et un parti-pris très sympathique. Il faut dire que le bonhomme tourne comme il change de chaussettes, c'est-à-dire à la vitesse de la lumière. To est en quelque sorte un artisan prolifique et besogneux. On est en droit d'attendre de lui, une petite série B bien troussée. Le voir sélectionné en compétition officielle me paraît un peu exagéré sur le papier, et on se doute bien que si des capitaux français n'étaient pas engagés, sans parler de Johnny Hallyday, bien sûr, To n'aurait sans doute pas joué dans la Cour des Grands....




Ceci dit, on est toujours plus content de se taper un bon petit polar un peu loufoque que la dernière resucée de pathooooosse de Almodovar, ou l'énième constat doux-amer d'un Loach. Voilà bien, depuis vingt ou trente films vus en salle, que je n'ai ressenti le moindre plaisir, notable du moins, et donc, au vu de la nette médiocrité de la distribution française en 2009, je l'avoue sans détour : To, ça m'aille, et j'y vais avec le sourire.



Ca commence gentiment kitschouille et balisé mais de manière fort sympathique, avec une scène de massacre sans préambule et relativement sèche, non pas au niveau de la mise en scène (gros ralentis, photo pas ultra-réaliste) mais plutôt narrativement. En trois minutes, tout le monde est au tapis, la famille bien massacrée comme il faut et zou, le film peut commencer. Bon, on sait ce que vaut Johnny H. au ciné, c'est plutôt du kitschouille, et le voir débarquer dans un film de To, c'est un peu comme d'imaginer Denise Fabre dans le prochain Jörg Buttgereit, c'est très improbable. Mais vous le savez, l'improbable, je ne suis pas contre, bien au contraire. Dès la deuxième séquence, Jojo débarque hiératique, et spique son ingliche aqueux. C'est splendouillet. Le récit qui va suivre en choquera quelques-uns, à ces heures où le scénario "logique" est la doctrine dominante. L'amateur de genre asiatique, lui, ne sera pas dépaysé, et appréciera sans doute la surpopulation de coïncidences au mètre carré. Jojo rente à l'hôtel et il croise des tueurs qui, justement, connaissent l'armurier qui a vendu une arme aux tueurs de maman, qui eux-mêmes connaissent bien le parrain du trio héroïque, et ainsi de suite jusqu'à plus soif. On est dans le balisage asiatique de base. L'amateur a déjà vu ça plusieurs fois. Rien de choquant...



Malheureusement, hélas, mille fois hélas, fatalitas maledictas, suis-je maudit, VENGEANCE n'est satisfaisant sur quasiment aucun point. Mais d'abord, une anecdote...


Il y a un plus d'un an, je devais voir le film PARANOID PARK en avant-première, quelques semaines avant la sortie, et surtout quelques semaines après sa présentation au Festival de Cannes. La copie était d'une beauté hallucinante !!!!! Je grimpe en cabine pour voir le projectionniste, et là je tombe sur l'évidence : c'était la copie de secours (35mm) du Festival. Le tirage du même film utilisé dans le même cinéma quelques semaines plus tard était tout-à-fait beau, mais rien à voir avec la magnificence de la copie de secours cannoise. Je le dis souvent, et ça m'a valu des railleries de pas mal de gens, mais le tirage des copies en France est un gros problème et bien souvent, trois fois sur quatre, elles sont très mal produites.

Ici, la copie était immonde. Il me sera dur de faire la part entre problème de tirage et photo originale. Mais en l'état la photographie m'a paru sans aucune espèce d'intérêt la plupart du temps : teintes verdâtres ou légèrement glacées presque omniprésentes, virage rougeâtre sur certaines scènes (la plage par exemple), absence de grain, contours hésitants, c'est un sans faute. A tel point que certaines scènes m'ont paru carrément médiocres, comme la fusillade au clair de lune, illisible. Déjà la scène, tout-à-fait caractéristique du film, n'est pas un exemple du genre. Le cadrage est assez laid, et le découpage très brouillon. Les jeux d'axes et d'échelle ne vont nulle part ou sont illisibles. La bonne idée, c'était que la lune se dévoile et aveugle notre Jojo. L'effet n'est pas assez poussé, déjà, et To ne joue qu'une fois avec ça, là même où il avait sans doute la pierre d'achoppement nécessaire à construire la scène avec un point de vue, et de toute façon la photo, dans cette copie - encore une fois - est si laide que l'idée tombe à plat. Triste époque.   




Ce que je peux dire avec certitude, par contre, c'est que rarement un film de Johnnie To ne m'avait autant ennuyé et paru confus. Comme je le disais plus haut, le scénario ne nous prend pas en traître et est largement balisé. Il tirerait vers une certaine sécheresse, une épure toute propre au genre polar. Les acteurs asiatiques formant le trio exécutant est plutôt sympathique et précis, même s'ils n'ont rien de révolutionnaire à faire. Et malgré tout, c'est une impression de confusion et encore plus d'absence de rythme qui frappe. Alors, c'est sûr, To a voulu se la jouer langoureuse, on comprend bien le projet. Il n'empêche, le cocktail épure d'une part (je réduis les éléments narratifs à la stricte ossature du genre, donc à ses éléments les plus balisés)  et de retenue dans le jeu d'acteurs ou de mise en scène (qui cherche à suggérer sans le dialogue l'intensité des rapports humains, tout dans le non-dit en quelque sorte), ce cocktail, dis-je, ne fonctionne jamais, et ce pour une bonne raison : la mise en scène est beaucoup trop simplette et/ou brouillonne pour que cette ambiance en demi-teinte prenne véritablement vie, et s'incarne au-delà de la note d'intention. Bon, soyons honnête, To n'est pas le nouveau Greenaway, et sa cadence de tournage est tellement élevée qu'on ressent bien dans tous ses films qu'il tourne plutôt dans l'urgence. Mais, dans MAD DETECTIVE par exemple, il y avait quand même de belles petites gourmandises, des idées plutôt rigolotes ici et là, et globalement, la mise en scène en dehors de ces moments de bravoure, sans être fulgurante, était tout à fait honnête. Ici, ce n'est pas le cas. Dans les parties dialoguées ou mettant en avant les comédiens, c'est du bête champ-contrechamp, ni beau ni laid. On est dans le simple narratif. Outre la sur-stylisation de la photo, assez classique dans le genre asiatique et donc un peu décevante quand même, c'est dans les scènes plus scénographiées que l'on voit que la réalisation est trop faiblarde. L'échelle de plan, sans être complètement claustrophobe à l'européenne, est assez réduite. Les découpages se ressemblent bien souvent d'une scène à l'autre. Les jeux d'axe m'ont semblé trèèèès brouillons (la fusillade dans les bois, la tuerie finale sur la place, l'attaque des ballots). Dans ce dernier exemple, on a même un contrechamp très laid sur Simon Yam qui fonctionne comme un insert interrompant le programme en plan rapproché ! Mais, globalement, aucune géographie de l'action ne se dégage. Je pense que c'est dû à tous ces facteurs et pas à un en particulier. Dans la fusillade/échappée à travers les escaliers d'un immeuble et sous la pluie, par exemple, To élargit un peu le cadre et arrive à placer quelques plans généraux plutôt agréables. Je pense qu'il les a tournés ainsi pour profiter des mouvements, assez rigolos, des cascadeurs. Il n'empêche, ces quelques plans (noyés dans une série de plans beaucoup plus rapprochés et un montage confus du reste de la séquence) aèrent tout de suite le film. On le voit dans cet exemple : un seul poste est plus maîtrisé, ou plus original, et on respire un peu. Car To ne nous gâte pas des masses, et outre ces cadres, ces échelles et ce découpage pas très lisibles, comme au coup par coup, le montage n'offre pas de solution de secours. Bref, tout cela est illustratif, bien souvent, mal fagoté et assez peu original.



Le montage n'offre rien, disais-je, et surtout pas de quoi nourrir notre gourmandise. Et là, je vais embrayer sur les personnages et les acteurs. Si To relâche la pression sur la mise en scène, c'est que pour lui, VENGEANCE est un film d'ambiance. Pour faire ce film, il se repose plus sur les attitudes des comédiens, et la "charactérisation" des personnages, un peu comme le ferait un western anonyme. Et le modèle de To, c'est sans doute le polar à la française des années 70. Allez, je crache le morceau, To voudrait faire ce film avec Delon. Ca se ressent dans la direction : dialogues réduits, regards fixes et intenses, froideur extérieure contre bouillonnements intérieurs, saga de justice froide et absurde. Je dis : pourquoi pas ? Mais pour arriver à cette épure et à ces non-dits intenses, bah, faut drôlement construire. Ici, par les faiblesses évoquées plus haut, la Delon's touch désirée n'est jamais atteinte. Le spectateur reste avec une série d'intentions mais qui ne s'incarne à l'écran que de manière rachitique. Johnny H. (toujours splendouillet, j'y reviens) et ses collègues asiatiques se figent en attitude, se regardent en plissant les yeux, adoptent des poses de cow-boys. Certes. Mais c'est tout. Comme la mise en scène est trop imprécise ou faible pour soutenir cette volonté de schématisation, VENGEANCE devient un parcours éprouvant. Le film n'a aucun rythme, flotte dans une sorte d'éther temporel, et s'étire en langueur. Les plans se succèdent sans conséquence ni vraiment de logique. Comme les comédiens jouent l'attitude, c'est fort gênant !!!! On a l'impression de regarder un bocal avec des poissons morts ! Pour être honnête, on a même le sentiment que ça dure des heures et des heures. On observe les merlans qui s'observent. On voit le projet  mais on ne participe jamais. On ne peut pas se reposer sur l'intrigue, très simple. On soupire à la vue de situations poético-symboliques que l'on croit déjà avoir aperçues cent fois dans le cinéma asiatique (la plage aux enfants), on soupire quand un plan plus expressif arrive mais n'est pas bien amené (la lune et ses revenants). Et dans l'ensemble, en plus de l'absence de rythme très pénible, on a l'impression, face à ce squelette de film, de voir une histoire bien simplette. C'est une épreuve.



Hallyday a toujours le même niveau. Ca me rappelle TERMINUS, film kitschouille des années 80 (vu en salle les amis !). Plus sérieusement, Jojo aurait pu fonctionner dans le film. Ce côté hiératique et décalé fonctionnait dans le DETECTIVE de Godard. Mais le temps a passé. Certes, ici, le film est globalement très faiblard, mais de plus Johnny a vieilli et a changé. C'est au final un drôle de choix. Au-delà de la splendouilleterie qui se dégage de la star française, son visage et son physique actuels sont tellement éteints et tellement vides que rien ne peut se passer. Le visage de cet homme n'exprime plus rien, n'est presque plus humain. C'est un masque. Le thriller asiatique aime jouer avec le charisme froid et stylé de ses personnages. Dans l'état actuel des choses, Hallyday, complètement ailleurs, dans une galaxie très très lointaine, ne semble pas alors un bon choix, et plus encore apparaît comme une faute, une espèce de non-sens. "Miscasting" comme dirait Alain Delon ! Hallyday est donc le dernier clou sur le cercueil de ce film, et le rend encore un peu plus éprouvant. On est donc, globalement, très en dessous du niveau habituel de Johnnie To, et le film déjà épouvantablement long et sans rythme, donne une impression de tristesse et de désolation. VENGEANCE semble être une sorte de film mort-né.




Dr Devo.



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Mardi 26 mai 2009 2 26 /05 /Mai /2009 19:14

Publié dans : Corpus Filmi
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