FEAST de John Gulager (USA-2005): Alien Vs Guy Debord

Publié le par Norman Bates









[Photo: "De ses élans gracieux, de sa superbe d'antan, de ses adieux funestes, il ne regrettait rien. Dans quelques une de ces choses, ou dans toutes : la fin." par Norman Bates, d’après une photo de Boris Johnson.]




A ma droite la télévision, à ma gauche le cinéma. Jadis, chacun restait de son côté, on n’allait pas trop lorgner chez le voisin. Il faut bien dire que, jusqu'à présent, la télévision a toujours été une industrie bien moins lucrative que le cinéma. Aujourd’hui la situation est bien plus complexe, la Terre se réchauffe à cause de Yann Arthus-Bertrand, Canal Plus est remercié avant l’équipe technique au Festival de Cannes, et nombre de rapprochements se sont établis entre le cinéma et la TV, pour le pire comme pour l’abject. Là, je pourrais citer une phrase célèbre de Godard pour dénigrer la TV pour gratter une place à Télérama.



Pourquoi cette intro sur la TV ? Je le  vois bien, vous êtes étonnés. En fait, FEAST est issu d’une émission de télé réalité (…), aussi étrange que cela puisse paraitre. Après la chanson, la déco, la cuisine, la peinture, il fallait bien que la télé s’empare du cinéma. En fait, l’émission en question proposait à des inconnus complets de faire un film en étant encadrés par un jury de professionnels sous l’œil des caméras. Les professionnels en question sont Matt Damon, Ben Affleck et ce vieux loubard de Wes Craven, propulsés donc producteurs exécutifs. Vous doutez du bien-fondé, et surtout du résultat d’un tel procédé ? Et bien vous avez raison, mais ne partez pas.



Dans le désert, un bar. Dans le bar, une dizaine de personnages venus passer un samedi soir loin des émissions de Sabatier. Dans le désert autour du bar, des monstres féroces amateurs de chair humaine. Hop, 1h30 de film.




L’originalité, ce qui a fait la renommée du film (apparemment), c’est cette concision dans l’écriture. Les dix premières minutes présentent les personnages un par un, via un carton très ironique, genre "Voici le héros, il va mourir dans 90 minutes » ou « Voici un député, il va voter une loi après le repas". Ca c’est typiquement le genre de truc qui sent le Rodriguez, soit le film "parodique ironique cool avec mon pote Tarantino, regardez comme je joue bien de la guitare". Donc, oui, on a droit à des personnages caricaturaux, genre la bombasse idiote, ou le handicapé malin qui s’en sort tout le temps et a un script complètement débile à la BAD TASTE. L’intro dure dix minutes, suivie de la boucherie annoncée. On est dans le film gore classique, tendance parodique, sans surprise pour le cinéphile amateur du genre.  Il y a du vomi, des enfants morts, des vieux qu’on tue discretos, des aliens qui forniquent quand ils se rendent compte que leur rejeton est mort, des bimbos idiotes : c’est super rebelle comme scénario mes cocos !



Mon Dieu quel désastre ! Aligner des greluches et des beaux gosses dans un bar redneck et les observer en huis-clos se faire massacrer par des aliens n’a jamais été aussi ennuyeux ! C’est du grand n’importe quoi du début à la fin, aussi bien dans l’écriture que dans la mise en scène. C’est clairement du téléfilm moisi, mal monté et filmé à l’arrache. Au bout d’une heure, j’en suis venu à la conclusion suivante : le caméraman est lui aussi un personnage, et il cherche vraiment à sauver sa peau par tous les moyens. C’est la seule explication que j’ai trouvé à ce manque flagrant de lisibilité dans l’action, un flot frénétique d’images en mouvement ponctué de vannes catastrophiques. On en vient même à regretter que Rodriguez ou Ruquier ne soient pas derrière la caméra, c’est dire !



Le film ne fait peur que par la monstruosité de l’ennui qu’il engendre, et n’est drôle que parce que le barman ressemble à Sardou : c’est bien maigre pour 1h40 de bobine, mais on est bien content que ça s’arrête.



Norman Bates.





 

Publié dans Corpus Analogia

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Hulk Bresson 01/06/2009 16:11

Dommage pour Feast et belle photo Mr Bates... Mais ne serai-ce pas plutôt un portrait hommage au peintre anglais William Turner.